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Night Lords - Leviathan

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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:04


Night Lords - Leviathan Leviat12



Salutations à tous !



Je partage avec vous mon récit entamé il y a quelques années. Bien sûr, n'écrivant que quand l'inspiration se fait pressante, le contenu total n'est pas extrêmement long, mais il a déjà subi pas mal de refontes...

*

Je vous communique le lien menant du Drive contenant le texte et la galerie d'images (croquis griffonnés par mes soins et portraits réalisés par un ami). Bien entendu, le texte est sujet à des changements constants (on est jamais satisfaits...). Je posterai également le texte ici-même et le tiendrai à jour.

*

Si vous avez des remarques, des avis, ou quoi que ce soit qui puisse me faire progresser dans mon écriture, la crédibilité de mes personnages ou quoi que ce soit d'autre, n'hésitez pas à me le dire !
Je suis preneur de tout ce qui pourra m'aider à m'améliorer Smile

Sur ce, bonne lecture, j'espère que tout ceci vous plaira autant que j'ai de plaisir à l'écrire Wink



LIEN DRIVE


-   x   -


DRAMATIS PERSONNAE

Halek:
Night Lords - Leviathan Halek_12
Celyne:
Night Lords - Leviathan Celyne11
Hadès:
Night Lords - Leviathan Hadzos10
Klesya:
Night Lords - Leviathan Klesya11
Chapelain Corten:
Night Lords - Leviathan Corten10



Dernière édition par - Talos - le Mar 21 Avr 2020 - 0:21, édité 6 fois


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Mon récit en cours sur la VIIIème Légion : Leviathan
Mes reportages et maquettes historiques, c'est par là : Voile Noire



"Mourrez comme vous avez vécu, fils de la VIIIème Légion. Drapés de nuit." Konrad Curze.
"Vous êtes une race de proies, rien de plus, rien de moins." Asdrubael Vect.


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:05

   L'homme et la femme étaient tapis contre le mur sous le stroboscope de l'alarme incendie. Sur la cinquantaine d'occupants de la pièce, ils étaient les seuls à ne pas avoir été éventrés. Du masque mortifère qui les surplombait ne suintait aucune émotion. Malgré le vacarme des sirènes, la respiration du colosse faisait trembler leurs os aussi sûrement que leur chair livrée aux jets d'eau glacée. Derrière lui, la lumière intermittente ne semblait éclairer le charnier que pour mieux s'évanouir, comme par honte ou par crainte de ce qu'elle avait révélé. Le cas échéant, réapparaissait-elle une fraction de seconde plus tard par contrainte, ou par perversité ?
   Un pas en avant fissura le sol fragile alors que la femme levait ses yeux noyés de larmes vers le démon qui avait massacré le bloc d'habitation. Son arme, aussi grande qu'elle, émettait un ronflement régulier digne d'un carnivore. Mobilisant le peu de conscience qu'il lui restait, elle réussit à se demander si ce bruit ne venait pas également du casque qui la regardait. Saoul de terreur, son mari se crispa contre elle alors que la monstrueuse épée-tronçonneuse à rangée double émettait un rugissement en montant dans les tours. Il cria lorsqu'il entendit le tueur lever le bras, et elle joignit sa plainte à la sienne alors que les dents hurlantes se ruaient vers sa gorge.

- Pourquoi !?









                                                                      - Pourquoi pas ?

                                                                       Attribué au Sergent Cineris Vytraan, IXème escouade Torture,
                                                                                                                                  IIème Compagnie,
                                                                                                                                  VIIIème Légion,
                                                                       lors de la pacification de Garante Unitis.


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:06

Prologue










  Toujours il frissonnait.

N'était pas en cause le froid des bas-fonds de la cité. Ce n'était pas non plus la pluie glacée qui ruisselait le long des parois d'acier. Le métal ne rayonnait d'aucune chaleur. Même en s'appuyant contre lui depuis plusieurs minutes, sa température corporelle ne s'y imprégnait pas. Au contraire, l'humidité des conduits de refroidissement formait une pellicule de givre sur son bras tremblant, et gagnait ses os. La température artificiellement négative changeait les gouttes acides en cristaux de glace sitôt qu'elles touchaient le sol torturé. Le gel s'emparait de ses haillons et les durcissait, et il se doutait que les ôter allait également le priver de certaines portions de sa peau. Il s'en moquait.

Toujours il frissonnait.

Non pas qu'il eut peur de quelque chose. L'obscurité coulait le long de son corps comme un flot d'huile lorsque, dans un silence quasi-total, il la parcourait. Le fait d'y avoir toujours vécu le préservait des spectres et des sons que "d'autres", aux aguets, croyaient voir et entendre une fois la lumière éteinte. Celle-ci était pour lui une voisine discrète, peu encline à se montrer à travers une meurtrière ou un sas. Elle le suivait, accrochant son regard lors de ses courses solitaires entre les blocs d'habitation et les spires industrielles. Seul ce grand astre accroché dans le ciel gris faisait office de source lumineuse constante, diffusant une couronne d'un bleu terne et malade. A quelques rares occasions lui avait-on fait remarquer que ses yeux avaient la même couleur. Cela aussi, il s'en fichait éperdument.

Toujours il frissonnait.

Haletant, il déglutit en forçant son cœur à ralentir. Insolemment, ce dernier n'obéit guère et accéléra durant une brève poussée qui faillit le mettre à terre. Même s'il ne le ressentait pas, le froid gagnait son corps et il savait que les secondes le rapprochaient d'un risque, alors qu'elles s'écoulaient. Sa main gauche serrait toujours l'écharde métallique, et une crampe assaillait désormais son poignet crispé. Relâchant ses muscles et inspirant à fond un air vicié, il se redressa enfin face au ciel. Ses dents reflétèrent l'éclat chétif de l'astre suspendu entre les tours alors qu'il souriait. La pluie froide qui heurtait son visage offrait un contraste tellement agréable avec la chaleur qui noyait ses pieds nus...

Il libéra enfin l'air prisonnier de ses poumons et écarta les doigts pour laisser choir son couteau improvisé qui heurta le sol dans un "ploc" humide. Un faible rire, guère plus qu'un hoquet suffoqué digne d'un mourant, agita son corps de spasmes alors que les tremblements reprenaient de plus belle.

Toujours il frissonnait, lorsqu'il égorgeait.


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:07

LEVIATHAN



Chroniques condamnées d’un monde sans soleil








Note de l’auteur :

Ce récit des Night Lords, tout droit sorti de ma tête, est encore en cours de rédaction. La route est encore longue, si bien que la version que vous lisez aujourd’hui aura peut-être changé demain. L’indice de version est indiqué dans le titre du document. N’hésitez pas à me faire des retours, des remarques, donner votre avis, je suis humble et souhaite entendre toutes vos critiques, bonnes ou mauvaises.


Pour les lecteurs familiers de la VIIIème légion, j’espère arriver à vous surprendre malgré l’ombre dans laquelle je marche. Vous savez tous à laquelle je fais référence…

Pour les autres, celles et ceux qui s’apprêtent à rencontrer Halek, Celyne, Hadès, Dorkh, Klesya, Corten, Lebian… pour reprendre une citation d’Aaron Dembski-Bowden dans le prologue de sa trilogie :

« Bonne chance avec eux, vous en aurez besoin… »


- Talos -


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:08

Chapitre I

Une marque de plus










  Une goutte de pluie entrait toujours en scène avec fracas. Son premier acte consistait à chuter d'une hauteur vertigineuse, offerte à la force de gravité. Elle s'étirait en une longue traînée de plusieurs centimètres, ses molécules retenues entre elles par élasticité malgré la force qui cherchait à l'écarteler. Quand enfin l'impact se produisait sur une surface solide, l'énergie cinétique développée lors de la chute provoquait au niveau microscopique un véritable cataclysme. Les particules liquides étaient alors projetées et dispersées dans toutes les directions. A leur retombée, elles fusionnaient avec d'autres fragments d'eau pour, au final, reconstituer d'autres gouttes.

  Ainsi suspendues, elles paraissaient observer le monde en-dessous d'elles. Si des opinions avaient pu être exposées, elles auraient sans doute évoqué les abysses qu'elles surplombaient. Pas ou peu de lumière pour faire briller la pluie qui ne demandait qu'à se parer de brillance. La faible teinte bleutée d'un astre mort donnait l'impression d'un reflet sur une faux gigantesque que la nuit elle-même souhaitait utiliser pour trancher le monde en deux. La voûte nuageuse de gris et de noir n'offrait aucun confort. Telles des tornades cancéreuses, les émanations chimiques des trop nombreuses cheminées grimpaient à la manière de nuées infernales vers les cieux, berçant l'horizon d'un crépuscule nauséeux.

  Ecœurée par un environnement aussi maussade, sans doute l'eau chargée de corrosion et de poisons en tous genres aurai-t-elle choisi de tomber à nouveau vers un cadre plus profiteur et à même d'honorer sa constitution. C'est donc lentement, paresseusement, que la goutte égoïste se serait soustraite à ses semblables - estimant cet entourage bien trop terne à son goût – en glissant le long de son perchoir jusqu'à ce que le vide l'appelle à nouveau.

  Malheureusement, aucun paysage prometteur ne l'attendrait plus jamais. Innocemment guidée une fois de plus sur une trajectoire verticale ou presque, ballottée par quelques courants d'air, elle finit sa course aveugle dans un écrin mou et chaud. Sa froideur foudroya le crâne sur lequel elle était tombée. Une main rageuse et gigantesque vint aussitôt punir la goutte insolente qui, sans le vouloir, s'était écrasée là.

- Putain de vérole ! Pourquoi juste derrière l'oreille ?

Elle frotta énergiquement sa tête pour chasser l'intrue. Celyne détestait cela. La flotte glacée avait toujours son chic pour atteindre des endroits stratégiques. Traversant les ténèbres de la cité, elle suivait une silhouette sombre qui n'avait pas parlé depuis leur départ des districts périphériques. Comme toujours, ils se dirigeaient vers les Ronces pour y traîner. Marcher ne l'aidait pas à se réchauffer, et l'intervention liquide dont elle gardait encore le souvenir désagréable n'arrangeait pas les choses. Elle en avait simplement marre de ce crachin miteux.

- Eh ! Tu crois qu'une nuit ça cessera ?

L'autre ne se retourna pas et ne répondit rien, ce qui la fit soupirer. Ils bifurquèrent sous un porche duquel pendaient des crochets à l'aspect peu engageant. Ils ne levèrent même pas la tête. Devant eux, quelques marches glissantes menaient à un vaste espace où avait poussé une véritable forêt épineuse. Les dalles recouvertes d'un gravier poisseux étaient jonchées de débris en tous genres, mêlés à des morceaux de ronces mortes. Celyne laissait ses yeux noirs dériver sur le sol alors que ses guêtres enjambaient des bouts de plastek, de ferro-béton, des câbles, des pièces de vêtements, des tissus fibreux et parfois organiques. Des nécrophages aux yeux brillants détalaient sur leur passage bien qu'un ou deux téméraires durent être repoussés par un coup de pied nonchalant de la part du garçon devant elle. Après tout, il était plus grand et plus vieux qu'elle, à lui revenait donc le sale boulot. Elle sourit à cette pensée alors qu'ils s'enfonçaient toujours plus dans le maelstrom de pointes. Sur n'importe quel autre monde, l'endroit aurait été considéré, au mieux, comme une décharge. Et comme toute décharge a son lot de visiteurs attitrés, il était normal qu'ils rejoignent leur coin d'errance. Le vieux condensateur qui leur servait d'assise était toujours là, sous son porche de toile déchirée. Ils avaient galéré pour le traîner jusque là, car les cent cinquante kilos de la machine ne s'étaient pas laissé faire face à des adolescents. La boue huileuse avait cependant joué un rôle apprécié en facilitant la glisse du caisson.

Ils s'assirent sans mot dire après avoir déposé leurs besaces vides. Celyne soupira vers le ciel et la couronne bleutée qui lui prêtait sa teinte. Son ami ramassa un caillou humide en forme de dent et l'inspecta d'un œil absent.

- Sinon, tu en as quelque chose à faire ? » Demanda-t-elle. « C'est pas comme si je t'avais posé une question...

Il la regarda en coin, et esquissa un faible sourire avant de replonger ses yeux vers le sol.

- Je pense que ça cessera la nuit où tu feras découler tes questions d'une pensée logique. Répondit-il enfin d'une voix calme.

- Qu'est-ce que tu me chantes ?

- Réfléchis, idiote. Comment voudrais-tu empêcher la pluie de tomber ? Ce serait comme demander au vent d'arrêter de souffler. Impossible.

- Et pourquoi pas ? J'suis sûre que tout peut se faire. La preuve, on ne voit même pas notre étoile-mère ! C'est ce qu'on nous a appris la dernière fois en étude d’astronomie : Tenebor est placée devant elle, alors que dans des millions de systèmes les planètes ont une de leurs faces illuminées. On est donc bien un cas à part ! L'Humanité n'aurait jamais pu s'élever si le Soleil de Terra ne l'avait pas éclairée !

- Et si c'était le cas ici, on serait tous morts. Notre astre est mourant et ses radiations nous changeraient en viande cuite si nous étions exposés de la sorte. Je ne pense pas que cela te tenterait de sentir ta peau grésiller, si ?

Elle se frotta les bras à cette idée, secouant ses cheveux coupés court.

- Bien sûr que non ! Mais imagine rien qu'une seconde : la cité dans la lumière ? Voir notre monde dans une gamme de couleurs différentes...

- Il y a déjà un bon paquet de choses qui mériteraient de rester dans l'ombre... Rétorqua-t-il alors que ses yeux bleus irradiaient de sarcasme.

Comme pour souligner cette dernière phrase, un bref écho parvint à leurs oreilles. Répercuté par les murs gigantesques de la cité, il était faible mais ô combien distinctif. Depuis toujours habitués à entendre ce type de son, ils l'accueillirent avec nonchalance et habitude. Les hurlements avaient toujours fait partie de l'atmosphère polluée de Nostramo Quintus, aussi sûrement que ses nuages toxiques. Les guerres entre groupes et gangs rythmaient le quotidien de tous, et aucune génération n'était épargnée...

Celyne tapota le sol innocemment du bout des pieds, fredonnant une mélodie comme si de rien n'était. L'autre utilisa son caillou pour graver une petite ligne verticale sur le côté du caisson, qui s'ajoutait à une longue liste de griffures, avant de le jeter avec détachement.

- Tu penses qu'il sera content ? Finit-elle par demander.

Il soupira, visiblement fatigué de répondre à toutes ces questions.

- Si je ne t'avais pas toujours connu, je t'aurais déjà assommé, au minimum. Répondit-il en se massant la nuque.

- T'es trop vieux Hal', tu serais incapable de me toucher ! Elle désigna du menton les cheveux de son ami, qui grisonnaient déjà par endroits malgré son jeune âge.

- Ne me tente pas, petite chose. Il serait dommage que tu te retrouves invalide alors que tu viens à peine d'intégrer le clan.

- Un tracas pour toi aussi, puisqu'Hadès t'a personnellement chargé de t'occuper de moi ! Dit-elle en souriant. Elle inspira par le nez tout en désignant du menton la direction d'où semblait être venu le hurlement. C'est toi qui dois m'apprendre !

Elle marqua une pause et hocha la tête d'un air enjoué, changeant brusquement de sujet,

- C'est presque marrant, j'ai l'impression que tout s'est déroulé super vite !

- Parce que c'est le cas, et c'était également le but...

- C'est moi qui vais finir par t'assommer Halek ! Et d'ailleurs t'as toujours pas répondu à ma question. Encore une fois !

Elle lui tapa sur l'épaule, ce qui ne le fit guère bouger. Dans l'obscurité résonna un second bruit, déformé à nouveau par les parois successives que le son devait percuter pour parvenir à leurs oreilles. Ils perçurent une détonation sèche, qui traîna derrière elle un grondement sourd. Derrière le paysage de cheminées et de structures hideuses, un halo orangé viola le spectre coloré de Nostramo alors qu'un champignon enflammé partait à l'assaut du ciel. Les yeux noirs de Celyne reflétèrent la lueur de l'explosion et furent noyés de larmes en réponse à la lumière hostile, alors que les yeux bleus d'Halek se fermaient en signe de soulagement.

- Oui, finit-il par répondre, je pense qu'il sera content...


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:09

Chapitre II

Hadès










  Pour une fois qu'ils étaient rassemblés...

Cela ne lui plaisait pas. Il avait toujours eu horreur des endroits clos et bondés de monde. Ce n'était pas un sentiment né de son appartenance au gang des Barbelés, il lui avait toujours collé à la peau comme son ombre. Halek serra les dents et fronça les sourcils alors qu'il se frayait un chemin parmi les torses moites et puants de ses congénères. L'odeur de tabac froid lui donnait envie de vomir, l'alcool coulait à flots au point d'en recouvrir le sol et les braillements atteignaient un niveau sonore proche de l'insupportable. Tout ceci le mettait d'autant plus mal à l'aise qu'il avait été l'instrument qui avait permis à ce rassemblement discordant et victorieux de voir le jour. Le “chef d'orchestre” l'avait convoqué et il devait jouer des épaules pour écarter les fêtards. Derrière lui, Celyne se donnait toute la peine du monde pour ne pas le perdre. Il sentait son petit poing serrer son chandail à bout de bras, ce qui tirait sur le tissu râpeux et écorchait les plaies de son dos. Il maudit le gel des bas-fonds plutôt que de se maudire lui-même. Ce n'était pas dans sa nature.

Un soudain et tonitruant grincement retentit. La plainte métallique cria si fort que certains finirent pliés en deux, les mains collées à leurs oreilles. Celyne les imita dans un réflexe incontrôlé, et cria sans que personne ne l'entende. Halek inclina la tête en grimaçant de plus belle. La peur de la jeune fille de le perdre prit néanmoins le pas sur sa douleur et elle sacrifia sa jeune audition pour ressaisir les haillons de son mentor.

Elle hurla, la bouche collée contre sa tempe.

- C'est quoi ce truc horrible ?

En guise de réponse, et malgré la douleur qui barrait son visage, il désigna du menton le fond de la salle. Celui-ci laissait deviner la silhouette massive d'un trône dans les ténèbres. A ses pieds, le sol s'élargissait en un cercle d'une dizaine de mètres, surplombé d'un toit en ogive. Les pavés gris en son centre étaient recouverts d'une couche luisante et pétrifiée d'un marron écœurant. Lentement, l'annonce sonore qui avait mis la moitié de l'assemblée à genoux faiblit en intensité. A l'inverse, quatre projecteurs fixés aux colonnes de pierre qui encadraient l'épicycle vide vinrent progressivement à la vie, tranchant l'obscurité d'une lumière blanche relâchée avec précaution. Tous plissèrent les yeux en réaction à cette agression, des larmes coulèrent. Bien mal préparée, Celyne se couvrit carrément les yeux de sa main libre. Elle n'avait tout simplement pas l'habitude d'un éclat si vif. L'avaient-ils seulement tous, d'ailleurs ?

Lorsqu'enfin le silence s'installa, tous se massèrent tels des automates autour du cercle lumineux. Un grincement de porte retentit dans le coin gauche au fond de la salle, et Celyne en sursauta presque de peur de revivre l'expérience sonore dont la persistance noyait ses tympans de sifflements. Des pas mal assurés se firent entendre. Halek reconnut sans difficulté deux paires de bottes battant le pavé, ainsi qu'une marche clapotante de pieds nus. Juste derrière la porte ouverte ronronnaient les générateurs du silo qui servait de lieu de rencontre aux Barbelés, plus mal en point encore qu'à sa dernière visite s'il en croyait leur grondement qui avait gagné en intensité.

Devant la centaine d'hommes et les rares femmes qui composaient le gang, deux tueurs portant des masques industriels amenèrent par les bras un captif dans le halo éblouissant. Ils le jetèrent au sol sans ménagement, ramenant ses bras en arrière tout en appuyant sur ses omoplates. La clé de bras arracha un grognement au prisonnier. Il était tête nue, charpenté et Halek l'inspecta du regard. Pour l'avoir croisé quelques heures plus tôt, il ne mit pas deux secondes à le reconnaître. Cette tresse nouée d'os sur le côté gauche de son visage était reconnaissable entre mille. L'homme, en sueur, arborait un tatouage qui recouvrait son torse et remontait jusque dans son dos. Le motif ne semblait pas régulier et évoquait à Halek les plantes familières qui proliféraient dans les Ronces. Celyne se mit légèrement en retrait, ses yeux passant de l'un à l'autre des masques menaçants enchâssés sous des robes à capuche noires.

Dans un raclement sinistre, les bourreaux ramenèrent vers le captif quatre fers qu'ils verrouillèrent autour de ses poignets. Les bras tendus, chacun relié par deux chaînes à une paire de colonnes, révélèrent à l'assemblée les mains tatouées d'encre rouge, ce qui déclencha des ricanements, des insultes et quelques crachats. Cependant, le silence retomba très vite.
Une ombre trapue, quadrupède, émergea de la porte. Elle sembla glisser le long du mur pour se poster, alerte, près du trône sinistre que tout le monde savait se trouver là. Sa respiration hostile puait le sang à des kilomètres. Le faisceau des projecteurs se reflétait en deux points minuscules dans les puits sans fonds qu'étaient ses yeux. Personne ne regardait dans sa direction.
Les deux tueurs encapuchonnés se séparèrent. Chacun se posta d'un côté de la salle à la limite du cercle lumineux, suffisamment pour être ignoré, pas assez pour être oublié. Le captif avait conservé son menton posé sur son torse, incapable de soutenir le regard de son public vindicatif. Celyne tira légèrement sur la manche de son ami, elle voulait savoir ce qu'il se passait. Il baissa ses yeux bleus vers elle et remua imperceptiblement la tête. Halek sentait son malaise, mais ne pouvait rien dire. Il n'avait aucune envie d'éprouver à son tour la solidité des liens...

Le grondement des générateurs crût en intensité. Halek orienta son regard vers la porte et distingua une paire de voyants rouges dans l'encadrement. Pas franchement stables ces silos. Il va falloir que l'on bouge bientôt. Alors qu'il pensait ces mots, une part d'ombre se détacha de l'encadrement et un sifflement régulier naquit dans la salle. Immédiatement, l'atmosphère se fit plus silencieuse qu'elle ne l'était déjà. Tous se raidirent en reconnaissant l'amortisseur pneumatique d'une jambe bionique dont le son se déplaçait vers le trône. Comme à chaque fois, un ancien mythe Terran conté par sa mère revint en mémoire d'Halek  alors que son maître prenait place face à ses sujets. Les cultes païens de Beotie relataient parmi leurs divagations égarées le mythe d'un seigneur de la mort, gardien des âmes perdues. Pour chasser les imprudents de son royaume glacial, il avait placé en sentinelle une créature à trois têtes, avide de chair. Comme l'histoire semblait se répéter... La silhouette prit lentement place sur son siège de fer. Sa voix rongée par la tumeur glissa parmi l'assemblée telle une chape de brume.

- Athrillay, vylas...

Les gangsters répondirent au salut de leur souverain par un poser de main sur leur cœur, leurs doigts recourbés en une imitation de serre. Celyne fut trop surprise pour se souvenir à temps du salut de rigueur. Son diaphragme se crispa. L'avait-on vue ? Ses yeux affolés s'orientèrent dans toutes les directions à la recherche d'un geste punitif. Personne ne l'avait remarquée. A la seconde où elle se sentit rassurée, son regard se posa sur les yeux blancs situés à côté du trône et son cœur bondit dans sa poitrine.
Ils semblaient verrouillés sur elle.
Le silence dura encore quelques secondes, un temps précisément mesuré par le maître des lieux, durant lesquelles le seul son audible fut la respiration lourde du prisonnier. Sa poitrine se soulevait exagérément à chaque inspiration, la chaleur des projecteurs entamant son épiderme blanc comme la craie.

- Quelle ironie... Souffla la voix venue du trône sans le moindre amusement. Malgré la haine que cette cité nous vaut et les chancres qu'elle sème en nous – il toussa grassement – il suffit de si peu de lumière pour faire cuire les traîtres.

Quelques ricanements retentirent. Halek se demanda en cet instant si la notion d'humilité avait sa place entre ces murs. Et si place elle avait, y était-elle présente ? Hadès jouissait d'un pouvoir certain, que l'on pouvait qualifier de mérité malgré les moyens qu'il avait employé et qui passeraient très difficilement pour acceptable sur n'importe quel monde de l'Imperium. Sa fortune était composée de maintes monnaies – crédits, armes, matériel, captifs, sans oublier l'adamantium, première ressource de Nostramo – mais sa garantie n'était que temporaire. Toute nuit s'achève avec une aube. Et le captif sous ses yeux subissait de plein fouet les foudres des quatre soleils artificiels qui menaçaient de faire grésiller sa peau. N'importe quel abruti dans cette pièce se retrouvera peut-être à sa place dans le futur. Combien de temps avant que l'un d'eux ne trahisse son clan pour une prime plus juteuse que les rapts orchestrés par Hadès ? Combien de temps avant que la honte et l'humilité coupable ne se reflète dans cette sueur qui coulait à grosses gouttes sur les pavés meurtris ? Pour celui-là, l'heure avait sonné au moment où il avait mené Halek et Celyne sous le monastère des Spectres. Le clergé impie s'était rassemblé dans sa crypte sans même remarquer l'absence de l'un d'eux. Les fondations abritant le réseau de prométheum avaient pulvérisé le bâtiment après que les adolescents y eurent placé les charges de démolition. Les épaves qui servaient de transports camouflés aux Barbelés eurent tôt fait d'être emplis des armes et des technologies du gang rival alors qu'Halek et Celyne manipulaient les explosifs. Nonchalamment, lui n'avait repensé à leur complice qu'en admirant la déflagration infernale illuminer la nuit. Il s'était demandé s'il avait été assez stupide pour se faire prendre, et à cette pensée il leva un sourcil en réalisant à quel point le traître devait s'en vouloir pour sa sottise. Oh oui, comme cela était dommage...

Un claquement de dents humide émis près du trône le fit se redresser. Un réflexe le retint de lever les yeux vers le Dimetræ qui montait la garde. Mieux valait éviter de croiser son regard, à moins de vouloir finir en pièce de viande.
Le nostramien qui émanait de la bouche de leur maître était à moitié mâché par sa langue serpentine. Un souvenir de mauvaise fortune durant sa jeunesse.

- Soyez témoins de notre jugement séculaire. Cet imbécile n'a pas su modérer l'appât du gain qui l'a poussé à trahir ses pairs. Qu'aucune pitié ne filtre au travers de nos agissements. Que les enseignements du Night Haunter résistent à son envol.

D'un pas symétrique, les deux silhouettes drapées de noir approchèrent du condamné. Le premier agrippa de sa poigne gantée la chevelure sale et ramena la tête d'où elle poussait en arrière. Immédiatement, les fragiles yeux offerts à la morsure des projecteurs ruisselèrent de larmes. La deuxième main empêcha les paupières de se refermer. Ce qui s'amorça en un grognement plaintif se changea rapidement en gémissements alors que les larmes s'évaporaient, ne laissant que leur sel sur les pupilles noires.

- La trahison, reprit Hadès, est une faiblesse. Peu importe qui elle frappe et qui elle sert. La main nourricière reste une main, et toujours vient la nuit où les crocs s'y referment. Notre profit n'excuse pas la lâcheté, et il n'y a pas plus fétide infection que celle d'un cœur prompt à trahir les siens !

Les hurlements percutèrent les murs alors que le condamné sentait ses yeux grésiller. Aveugle et totalement détaché de ses sens, il ne vit ni n'entendit le second bourreau se placer devant lui. Une lame naquit des robes sombres et entailla la chair du plexus en sueur. Le sang et l'encre dégoulinèrent sur le sol tandis que la lame remontait, traçant des lignes écœurantes sur la peau blanche. Les mains cramoisies s'ouvraient et se fermaient en un réflexe incontrôlé. Les tendons du traître semblaient être sur le point de se rompre, tout comme ses cordes vocales. Dans une volonté arcanique d'échapper à son jugement, il remuait de désespoir, mais les mains de fer de ses tortionnaires l'empêchèrent de bouger. Lorsque la lame atteignit les lèvres minces et poursuivit son chemin jusqu'au front, les cris furent atténués par le sang qui inonda la bouche meurtrie. La créature qui veillait près du trône apparut brièvement aux abords du cercle lumineux, attirée par le fort parfum de sang et de souffrance. Celyne distingua des crocs bien trop longs pour qu'une telle gueule puisse se fermer, surplombés de deux orbes noirs d'une profondeur inconcevable. De longues épines recouvraient ses épaules osseuses et semblaient elles-mêmes dégorger de sang.

Lorsqu'au pinacle des hurlements la peau fut violemment décollée de chaque côté de l'entaille, Halek frissonna. Il sentit sa peau durcir et ses poils se dresser alors que deux pans de viande étaient arrachés à leurs os par les bourreaux. La poitrine ainsi exposée luisait et ruisselait de sang à chaque mouvement des côtes. Au-dessus, les dents dont certaines étaient brisées semblaient s'être muées en sourire alors que les cordes vocales rendaient l'âme. Un souffle sifflant était tout ce que la ruine enchaînée que l'assemblée contemplait serait plus jamais capable d'émettre, et émettrait jamais.

D'un pas boiteux, Hadès se présenta enfin devant ses sujets. Son visage ravagé par des années de banditisme était à moitié recouvert par un masque de protection. Le sifflement pneumatique de sa jambe artificielle faisait écho à la respiration de sa victime agonisante. Il tourna le dos à la foule – un geste de provocation qui en disait long sur sa témérité – et se campa face à l'écorché. Il leva le bras dans un geste presque exagéré, ferma le poing et l'abattit sur les côtes exposées. L'air violemment expulsé des poumons se traduit en un gémissement étouffé. Le deuxième coup arracha un râle. Le troisième un hoquet semblable à un pleur. Un craquement retentit au quatrième coup. Le son qui fuit péniblement de la gorge brisée fut un gargouillis traduisant la remontée de sang depuis les poumons percés. Il repoussa en arrière le torse ensanglanté qui s'était affaissé et saisit le couteau sacrificiel que lui tendait le second bourreau. Il entailla les muscles et plongea sans ménagement sa main à travers les os brisés. Lorsqu'enfin il extirpa un organe mou et palpitant, Celyne faillit vomir. Elle plaqua sa tête dans les tissus d'Halek. La lame trancha dans un effort conséquent les appoints du cœur mourant et la silhouette s'affala aussitôt, maintenue en une parodie de révérence par les chaînes inflexibles.
Hadès se retourna et brandit l'organe endormi, posé sur sa paume ouverte. Ses lunettes sans teint semblaient regarder chaque membre du gang droit dans les yeux. Il conclut à travers le rictus de son masque ouvragé :

- Nul cœur n'est utile s'il se détourne de sa cause.

Il le jeta nonchalamment dans son dos, et des crocs luisirent brièvement alors que la bête engloutissait le morceau de viande dans un grognement à glacer le sang.


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:10

Chapitre III

Instructions












  La leçon terminée, Hadès retourna vers son trône. Il attendit que la carcasse sans vie soit évacuée par la porte arrière et que les ampoules assassines furent ramenées au silence. Il leva sa main encore humide de sang vers Halek, lui faisant signe d'approcher dans un geste éprouvé par les monarques, de tous bords et de tous temps. La révérence n'était pas de mise pour les natifs de Nostramo qui peuplaient les cités dans une vie charognarde brève mais violente. Seule la présence du Night Haunter et de ses fils imposait que l'on ploya le genou. Par magnificence ténébreuse pour l'un, par crainte et déférence pour les autres. Aucun d'entre eux n'était là cette nuit, mais Halek plia néanmoins une jambe pour se prosterner devant son maître. Quelques ricanements s'échappèrent de la meute derrière lui, mais il n'y prêtait plus attention depuis longtemps.

- Où est ta protégée ? Demanda Hadès. Il me semble juste que des louanges méritées par un duo si jeune soient prononcés en bonne et due forme.

Fébrilement, la jeune fille dont Hadès avait reniflé l'anxiété dès son arrivée, vint se ranger au côté de son mentor. Elle tentait de faire bonne figure, et s'en sortait avec un amusant succès alors que ses pupilles noires restaient rivées sur ses pieds. Hadès reprit :

- Il te fut plaisant de voir ton ancien contact finir étripé. Ai-je tort, bâtard ?

Halek inspira tout en triant rapidement dans sa tête les mots à dire ou ne pas dire.

- Il n'était qu'un lâche fils des Spectres, monseigneur. Ses cris ont contribué à ma résolution.

- Tu n'as guère répondu à ma question, rétorqua Hadès d'un ton menaçant.

Halek nota cette sale habitude qu'il allait devoir perdre très vite. Il sentait l'haleine chargée de viande du Dimetræ émaner de sa gueule par relents écœurants à trois mètres de lui. Sa peau se hérissa malgré lui lorsque le carnivore fit deux pas en avant, ses griffes cliquetant sur les dalles de pierre.

- Oui monseigneur. J'ai savouré chaque seconde de la mise à mort.

Les verres sans teint se tournèrent légèrement vers Celyne.

- Et toi, petite chose ? Qu'as-tu ressenti ?

La jeune fille, bien malgré elle, sentit son cœur battre plus vite. Elle leva imperceptiblement les sourcils alors qu'elle cherchait quoi répondre.

- Je...me réjouis que justice fût rendue selon les préceptes de notre Maître à tous.

Elle ne savait pas si la réponse qu'elle avait délivrée était correcte, et les secondes lui parurent s'étirer dans un moment incroyablement oppressant. En réalité, Hadès se félicitait de son intimidation auprès des récentes recrues du gang. Si sa bouche avait encore siégé à sa place, sans doute aurait-il esquissé un sourire. Cette idée elle-même en aurait d'ailleurs été une raison suffisante.

- Vous avez plus que dépassé mes attentes en détruisant le repaire des Spectres en une seule frappe. Malgré l'empressement de la situation toi, Halek, as su tempérer tes manœuvres pour retarder notre succès. Tu l'as amplifié en prenant le temps, disons, d'emprunter les armes et les technologies de nos ennemis avant de les annihiler. Cette action mérite de servir de leçon à ceux qui se comportent en chiens affamés et écervelés.

Hadès avait hoché la tête en direction de l'assemblée, comme pour souligner sa dernière phrase. Halek sentit presque physiquement la vague de jalousie suscitée par tant d'éloges heurter son dos.

- Trèves de bavardages, lança Hadès en se relevant brusquement avant de faire les cent pas dans le sifflement régulier de sa jambe augmétique. Ne vas pas croire que ton succès te valle une place plus élevée dans notre hiérarchie. Disons qu'il a retenu certaines attentions. Ta protégée et toi allez dorénavant être placés sous les directives de Dorkh. Après votre petite victoire de cette nuit, j'ai décidé qu'il était judicieux de vous faire bénéficier de son expérience et de sa bonne humeur.

Halek orienta son regard vers la droite. Celyne l'imita après qu'elle se fut rendue compte qu'il ne la regardait pas. Un individu était détaché de la masse, adossé au mur, les bras croisés et le visage fermé. Ses yeux noirs fixaient Halek d'un regard empli de haine. Dorkh n'éprouvait que mépris pour lui, ce n'était un secret pour personne. Les pupilles glacées d'Halek ne purent retenir une nuance d'amusement à l'idée que son nouveau précepteur avait dû provoquer un sacré déplaisir à leur maître pour que celui-ci choisisse une telle punition. Comme pour ramener les regards égarés à leur place, le Dimetræ grogna bruyamment. Immédiatement, les yeux se rivèrent sur le sol alors que la bête se mettait à tourner autour des adolescents.

- Les raisons pour lesquelles j'ai opté pour un tel trio ne regardent que moi, déclara Hadès comme s'il avait lu dans les pensées de tous. Une nouvelle quinte de toux émana de son masque. Je serai néanmoins assez généreux pour vous annoncer que votre récent succès m'a amené à vous envisager comme guetteurs lors de la prochaine Chasse, et que cela constitue un motif suffisant pour vous coller aux guêtres de Dorkh.

Celyne ferma presque les yeux lorsque le pas de la bête cessa devant eux. Son flair ressembla un instant à un juge macabre, estimant la valeur de deux accusés et prêt à libérer ses crocs pour peu que son maître délivre une sentence.
Celui-ci poursuivit, sa voix soudain devenue lourde résonnant contre les parois froides.

- Il va sans dire que cette occasion n'est que très rarement délivrée...et qu'aucun échec ne sera toléré. Je sais que ton sang à moitié Terran est réclamé par bon nombre de personnes ici présentes, bâtard. Aussi les preuves de tes progrès ont-elles intérêt à éclore très prochainement...

Le masque fixa Celyne. Ses cheveux étaient de peu plus longs que ceux d'Halek et son corps permettait à peine de faire une distinction de genre.

- ...et la gamine va vite devoir prendre des vies, autrement la sienne paiera ma perte de temps.

Hadès se retourna dans la bourrasque de sa cape déchirée, suivi de son Dimetræ. Halek les regarda s'éloigner vers la porte menant aux générateurs et plissa les yeux. Les deux voyants rouges luisant dans la pénombre semblaient avoir bougé. La fatigue, sûrement. Il se releva, sachant l'audience terminée, et Celyne l'imita après une seconde d'hésitation. Halek affronta l'espace d'un instant les regards de ses alliés, puis les discussions reprirent et le niveau sonore redevint assourdissant. Il fit un signe de tête à Celyne, lui indiquant la sortie afin qu'elle le suive. Après une traversée mouvementée de la horde bruyante, ils sentirent enfin l'air pollué de la cité emplir leurs narines alors que la porte se découpait devant eux.

Juste avant de sortir, Halek distingua du coin de l'œil Dorkh, en pleine conversation avec deux gangsters dont un avait une main en moins. Il se demanda à quoi pouvait bien lui servir une paire de revolvers... La brute aux yeux noirs le remarqua et cracha vers lui en barrant sa gorge de son pouce. Ses acolytes ricanèrent alors qu'ils savouraient sûrement à l'avance les défis impossibles qu'ils allaient pouvoir lui infliger.

Voilà qui promet d'être intéressant, pensa-t-il lorsqu'il émergea enfin du bâtiment.

Il ne fit pas tout de suite attention à Celyne, désirant avant tout relâcher la tension de son corps. Il leva le visage face au ciel meurtri tout en inspirant à pleins poumons. La fraîcheur de l'air irrita les plaies dans son dos, ce qui les rappela à leur bon souvenir. Il fixa Tenebor un moment, de ses yeux noirs auréolés de bleu. A y repenser, il y avait vraiment une ressemblance, les gens avaient sans doute raison. Il relâcha son souffle avant de tourner la tête vers Celyne.

- Tu disais ?

Elle se tenait les mains et faisait jouer ses doigts dans une danse traduisant son anxiété. En même temps, sa tête ne cessait de se tourner vers le silo d'où ils étaient sortis comme si elle craignait que quelque chose en surgisse.

- Je disais que c'était...pas mal ? Non ? Je veux dire...on s'en est bien sortis !

Sa voix tremblait presque. Halek devina qu'elle sentait encore le souffle du Dimetræ sur ses talons.

- Pas trop mal. Répondit-il. Participer à une Chasse est un privilège dont peu se vantent.

- Eh bien c'est super alors ! S'exclama Celyne dans un faible sourire. Oui, oui c'est très bien...

Il voyait bien qu'elle tentait de se rassurer, mais si elle y était parvenue, il allait réduire à néant son peu de réconfort.

- Peu se vantent car peu en reviennent. La proie n'est pas toujours celle que l'on croit. Mon précepteur est revenu d'une Chasse en boitant, lui et dix-sept autres sont les seuls à avoir survécu sur quatre-vingts traqueurs. Ils ont traîné le cadavre de leur gibier à pieds depuis les falaises où leurs tacots finissaient de se consumer...

Il ne put réprimer un sourire.

- Bel exploit pour quelqu'un qui mourut deux nuits plus tard.

Celyne l'observait d'un œil détaché. Quelque chose entre le désespoir et la curiosité se lisait dans son regard. Elle finit par se retourner et ils partirent tous deux vers les tours d'habitation des quartiers intermédiaires. Après une grosse demi-heure, ils parvinrent à une intersection bourdonnante d'activité. Des transports de minerai et de ravitaillements en tous genres passaient en vomissant des nuages empoisonnés alors que des marchands de tissus laborieux arpentaient les trottoirs. Avant de se séparer, les adolescents cédèrent quelques crédits à un commerçant qui vendait des produits alimentaires à l'abri de la pluie, histoire d'avoir quelque chose de tiède dans l'estomac.

Alors qu'ils finissaient leur maigre collation, Halek hocha la tête en guise d'au revoir.

- Je te verrai sous peu, dès que j'aurai des nouvelles de cette crevure de Dorkh. A plus tard...

Alors qu'il s'éloignait déjà sans plus de cérémonie, Celyne l'interpella.

- Hal', attends ! Comment est mort ton précepteur ?

Le garçon se retourna, la mine fatiguée malgré son jeune âge. Nostramo n'élevait pas d'enfants pétillants.

- Je lui ai planté un poignard entre les côtes, répondit-il en jetant nonchalamment au sol l'emballage de son maigre repas, avant de se retourner pour marcher de nouveau. Quelques mètres plus loin, il tourna vaguement la tête.

- Et je lui ai aussi tranché la gorge, lança-t-il sans se demander si elle l'entendrait.


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:11

Chapitre IV

Profondeurs












  Halek ne se hâta pas de rentrer chez lui. N'importe quel voyageur, s'il avait eu l'idée folle de séjourner sur Nostramo, ne se serait jamais déplacé plus que nécessaire. Par un jeu d'instinct farouche, révélé par l'environnement d'une hostilité extrême, il n'aurait jamais effectué de trajet à moins que cela en vaille la peine. Il ne l'aurait jamais fait à pieds, ni seul. Et il n'aurait pas pris son temps.
  Cela faisait quelques minutes qu'il avait laissé Celyne, mais elle avait déjà quitté ses pensées. Alors qu'il parcourait les trottoirs sales de gravier et d'acier sous les vibrations des véhicules qui passaient là, il faisait le bilan de cette nuit. Le gang des Spectres avait été réduit au silence et son maître allait gagner en influence auprès des autres chefs de guerre. Cette victoire dont le mérite lui revenait laissait sur la langue d'Halek un goût amer. Plus encore que cela, jouer les guetteurs pour la Chasse le révulsait à tel point que ses intestins se crispèrent. Faire office de proie pour qu'une fois de plus les autres se parent de gloire... Autant se pendre à un arbre et se trancher les jambes, au moins l'appât serait digne de ce nom. Halek le refusait. Sa vie valait tout simplement beaucoup trop cher pour ça.  Il sourit pourtant à l'idée que quelqu'un d'autre était tombé à point nommé pour prendre sa place.
Après un quart d'heure de marche, il quitta les docks miniers pour longer la voie de service qui s'enfonçait vers le centre de la cité. Comme les centaines d'autres axes qui la parcouraient, celle-ci était large et axait sa priorité vers le passage de véhicules. Quelques habitants et travailleurs l'empruntaient tout de même, en utilisant la passerelle piétonne située sur le côté et bordée d'un mince garde-fou. A peine assez large pour deux personnes, il fallait sans cesse se mettre de côté pour croiser habitants, travailleurs, trafiquants, divers gens louches appartenant à la palette de criminels que Nostramo façonnait. Jamais cependant une autorité quelconque ne l'avait interpellé. La cité faisait sa loi elle-même. Les comptes à régler étaient soldés dans un bain de sang, dans le meilleur des cas. Les meurtres gratuits allaient bon train également et il n'avait besoin de personne pour le lui rappeler tant il en avait été lui-même l'auteur. A combien de reprise avait-il ressenti l'envie -le besoin- d'attraper un badaud à la gorge avant de le jeter dans le vide ? Était-ce parce qu'ils ne signifiaient rien pour lui ? Parce que lui appartenait à un gang sanguinaire et plein d'influence alors qu'eux travaillaient sans relâche ? Ou bien parce qu'il ne valait pas mieux qu'eux...

Parce qu'il était à son maître ce qu'ils étaient à Nostramo. Il était prédestiné à une vie brève et violente prenant fin sous une lame ou un coup de feu. Il n'avait pas eu besoin de l'apprendre, ni de le savoir. C'était un fait naturel qui régissait la chaîne alimentaire de la société. Mais depuis quand s'en souciait-il ? Depuis quand accordait-il de l'importance au déroulement “normal” des choses ? La population de Nostramo elle-même était marginale en comparaison des mondes du nouvel Imperium.
Il dût se mettre de côté en grognant pour croiser une morne silhouette en habits de travail. Les vibrations transmises par le passage des engins de concassage lui faisaient mal aux os. Jetant un oeil sur sa droite, il regarda l'un d'entre eux le dépasser. La brillance de sa cargaison d'adamantium provoquait douleurs et migraines à une grande partie des nostramiens, aussi la partie arrière du véhicule consistait en un énorme broyeur. De celui-ci exsudait un épais nuage de poussière dû à l'écrasement du minerai. Les gyrophares -depuis longtemps abandonnés sur bon nombre de véhicules- donnaient aux volutes une teinte jaunâtre qui se mariait à la perfection avec le ciel malade. Halek ignorait tout de l'industrie dédiée à l'adamantium, mais il n'avait aucun doute quant au fait que ces camions de six mètres de haut mâchaient le travail des ouvriers.

Il s'arrêta une seconde pour frotter ses yeux de ses mains sales car la fatigue accumulée durant les deux dernières nuits se faisait péniblement sentir. Il sortit d'une poche un tube d'Ikla. Cette plante constituait à elle seule un pourcent des espèces végétales recensées sur la planète. Ce prestigieux score illustrait parfaitement la rusticité de la flore nostramienne, ainsi que sa dangerosité. Les graines d'Ikla renfermaient un poison corrosif au but évident, et constituaient un formidable moyen de dissuasion à l'échelle évolutive, si bien que les rares espèces animales arpentant les collines de métal en évitaient l'ingestion. Lorsqu'elle brûlait, le parfum fruité de la plante n'était cependant pas désagréable à l'odorat, ce qui incita très vite son utilisation comme drogue. Roulée dans une feuille du papier le plus basique qui soit, la fumée dégagée provoquait par son inhalation le décès par cancer en l'espace d'une douzaine d'années en moyenne. Bien peu cependant mourraient de l'acide qui leur perforait les poumons, leur mort par homicide arrivait généralement bien avant cela. Puisque cela constituait un autre fait naturel sur Nostramo, Halek alluma son tube sans la moindre préoccupation pour son avenir. L'épaisse fumée envahit ses poumons et il put la sentir agresser sa gorge. Son expiration trahit sa fatigue tant sa silhouette s'affaissa alors qu'il posait ses avant-bras sur la rambarde.

Il baissa les yeux vers les abîmes bleutés des centrales à plasma, des centaines de mètres au-dessous de lui. Leur chaleur changeait le crachin permanent en vapeur qui diffusait la lumière dans une parodie de beauté. Entre elles et lui s'étendaient des dizaines de passerelles similaires à la sienne sur lesquelles transitaient des milliers d'âmes et des centaines de véhicules. Tout en envoyant une nouvelle vague acide ravager ses alvéoles, Halek se sentit vaguement tel un créateur contemplant son échec. Tout ceci était si laid. Du gris, du sale, des figures mortes et des rêves avortés. Malgré le temps depuis lequel il se persuadait d'avoir de l'importance, il savait qu'il n'en était rien et que quelqu'un le regardait sûrement, depuis une passerelle au-dessus de lui.

Cette idée devint une sensation. Fronçant les sourcils pour tenter d'apercevoir quelque chose, il leva la tête pour s'assurer de ce pressentiment. Rien en vue, mais son tempérament de tueur ne fit que ranger ce soupçon dans un coin de son cerveau, plutôt que de le balayer définitivement. Il jeta un coup d'œil sur sa gauche -un réflexe naturel destiné à surveiller ses arrières- puis abandonna le garde-fou, ne laissant pour seul souvenir de son passage qu'un nuage toxique surplombant un mégot écœurant.

L'amabloc dans lequel il vivait était à l'image de l'architecture nostramienne: un agglomérat de caissons en férobéton immense et insalubre. Toujours avant d'entrer, il levait les yeux vers les spires vertigineuses d'Inter-cité abritant les nobles corrompus, régents de la cité. Il ne s'était pas fallu de beaucoup de temps depuis l'envol du Night Haunter et de ses fils immortels pour que la gangrène gagne à nouveau chaque échelon de la société. Halek rageait de ne pouvoir rien y faire, mais cracha symboliquement sur le sol graveleux. Il poussa la porte d'entrée qui grinça sur ses gonds, en se demandant si les nobles en étaient eux-mêmes capables tant ils devaient se vautrer dans le luxe et avoir des serviteurs pour tout et n'importe quoi. Les marches menant aux niveaux supérieurs étaient jonchées de débris mis en valeur par des lumiglobes diffusant une lumière bleue extrêmement faible. Deux rats, surpris dans leur fouille, repartirent à l'assaut des étages en couinant. Lorsqu'il arriva près des marches, une voix venue du dessus résonna.

-  Hé gamin ! T'as pas idée d'effrayer mes bêtes comme ça ?

Halek leva les yeux vers le visage vieux et malade, bordé de haillons qui se tenait deux étages au-dessus.

- Ferme-la Klen, retourne t'asseoir dans ton coin jouer aux dresseurs de vermine.

- Ho-hooo le gosse est en forme ! Lâcha le vieillard dans un sourire qui découvrit ses dernières dents. N'oublie pas ce qui risque de t'arriver si tu montes jusqu'ici, ajouta-t-il en désignant la poignée de machette qui dépassait de son épaule.
Halek soupira en esquissant un sourire sans joie.

- Peut-être une nuit, vieux fou. Mais n'espère pas qu'elle vienne...

Il contourna les marches de fer pour accéder au monte-charge qui descendait vers les sous-sols. Alors que la grille se refermait, il entendait le rire du vieil alcoolique dont l'âge avancé tenait du miracle.

- Toujours vient la nuit, gamin ! Mais je pisserai sur les marches pour que tu glisses !

L'odeur moite de la roche souterraine monta à la rencontre d'Halek au fur et à mesure que le monte-charge descendait en grinçant. Les parois de la cabine étaient inexistantes, l'ensemble élévateur glissant sur des rails rivetés à la pierre. L'amortisseur de fin de course était hors-service depuis longtemps et la plate-forme heurta le sol dans un choc qui se répercuta dans le sous-terrain. La cavité mesurait des centaines de mètres de long et demeurait non éclairée. Ici, dans le ventre de la planète vivaient ceux dont la fortune n'avait d'égale que la maigreur de leur corps. Des portes d'acier sans ornements se faisaient face de chaque côté de la voute, chacune d'elles s'ouvrant sur des appartements plus sommaires encore. Halek avança dans le noir. Il entendait plus qu'il ne les voyait la vermine des profondeurs détaler devant lui. Certains nuisibles pouvaient atteindre des tailles non négligeables, mais ils ne représentaient nullement une menace pour lui. Enfant, il jouait seul dans ce corridor, et avait tué un bon nombre d'animaux de sa main en ne s'aidant que de sa perception, plongé dans le noir absolu. Arrivé à la dix-huitième porte, il frappa une fois du poing sur celle-ci en reniflant. Quand elle s'ouvrit quelques secondes plus tard, les yeux noirs de sa mère se campèrent dans les siens.

- Tu es en retard.

- Il ne me semble pas que nous avions rendez-vous, lui répondit-il dans un faible sourire. Mais puisque tu avais l'air de m'attendre, tu me laisses entrer ?

Elle lui rendit son sourire, et lui fit signe de la tête en rangeant la machette qu'elle tenait derrière la porte.

- Tu as l'air fatigué, je ne vais pas te laisser ici manger des rats.

Il entra et se débarrassa de son sac vide, avant de s'affaler sur le maigre fauteuil qui se tenait au coin de la pièce. Il posa ses semelles sales sur le rebord de la table et resta là, à trôner sur les quelques mètres carrés constituant leur habitat.

- Tu bois quoi ? Lui demanda sa mère.

- Ce que tu bois, lui répondit-il dans une expiration fatiguée.

- Ce que je bois n'est pas pour les enfants.

Il sourit, alors que sa mère lui adressait un clin d'œil en débouchant une bouteille d'alcool. Klesya. Elle s'appelait Klesya. Son âge moyen n'avait pas encore entaché sa beauté, et quelques imprudents trop entreprenants y avaient laissé leurs membres. S'il estimait son propre nombre de victimes à une vingtaine, il n'aurait su deviner celui de sa mère. Probablement ne voulait-il même pas le savoir… Elle posa les tasses en fer sur la table et versa une dose de gnôle dans chacune d'elles. Elle en tendit une à Halek avant de lever légèrement la sienne.

- A quoi trinque-t-on ?

- A rien, comme d'habitude, répondit-il avant de vider sa tasse d'un trait.

Ils restèrent silencieux un moment. Halek accueillit la chaleur bienvenue de l'alcool dans son estomac. Klesya buvait par petites gorgées en examinant ses ongles rongés par le travail.

- J'ai encore entendu des grattements venant de ta chambre, tu vas te retrouver avec des rats partout, dit-elle.

- Je te remercie de ne rien y avoir fait, je me sentais trop seul pour dormir.

- Halek...

Il lui sourit à nouveau en levant légèrement la main. Il savait très bien que sa mère ne supportait pas d'entrer dans sa chambre. Halek y avait bricolé un éclairage de fortune, faible pour quatre-vingts dix-neuf pour cent de l'espèce humaine, fort pour les natifs de Nostramo. Sa mère éprouvait des douleurs crâniennes au bout de seulement quelques secondes d'exposition. Lui n'était affecté par ce mal qu'occasionnellement, ses yeux à moitié terrans bien plus adaptés à la lumière.

- Puisqu'on en parle, je vais aller m'étendre quelques heures. La nuit a été longue, dit Halek tout en se levant. Longue et pleine d'événements...

Klesya leva ses yeux noirs vers lui. Il lisait l'inquiétude dans son regard et pressentait sa question.

- Hadès continue de te tester ? Demanda-t-elle avec une voix emplie de peine.

Il fit “oui” de la tête sans en dire davantage. Elle n'avait pas besoin de savoir pour la Chasse. Il ne pouvait y déroger, et ne voulait pas inquiéter sa mère plus que nécessaire.

- Des petites besognes, rien de grave ne t'en fais pas.

- Ne me cache pas ce genre de choses Halek. N'oublie pas qui je suis, nous sommes de ce monde et je sais très bien comment fonctionnent les gangs. Je sais que tu fais ces choses qui demeurent dans les ombres, et je sais que tu es doué. Mais tu sais qu'une nuit, il se débarrassera de toi mon fils...

Halek regarda sa mère, et l'ombre d'une tendresse se dessina sur ses traits. Elle serrait le poing, ce poing qui avait ôté des vies pour n'en protéger qu'une. Il savait que s'il mourrait, elle ferait tout pour tuer Hadès, même si c'était peine perdue.

- Pas si je me débarrasse de lui avant, lui dit-il avant de passer la porte qui donnait sur sa chambre, dans une lumière que tous, sauf lui, fuyaient.


Dernière édition par - Talos - le Mar 21 Avr 2020 - 0:17, édité 1 fois


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 0:14

Chapitre V

Réminiscences











  L'humidité sous-terraine lui faisait du bien. Elle était plus pure que la pluie corrosive grâce à la roche qui la filtrait. Plus fraîche. Les parois minérales de sa chambre réfléchissaient la lumière artificielle installée par Halek sur le seul mur d'acier. Sa paillasse à moitié trempée lui tendait presque les bras, et il dut se retenir de s'y affaler pour dormir, comme il l'avait dit à sa mère. Au lieu de cela, il se mit torse-nu et laissa couler l'eau gelée de son robinet. Sa peau contrastait avec le noir des murs et aurait semblé pure s'il n'y avait pas eu ces plaies dans son dos. Les croûtes n'avaient eu de cesse de s'arracher à cause du tissu et ce dernier était bardé de sang séché. Halek recueillit un peu d'eau dans le creux de ses mains et se les passa sur le visage plusieurs fois. Il fit craquer sa nuque avant de laisser tomber sa tête en avant, en s'appuyant de ses mains sur le lavabo. Il fixa le fond de celui-ci, comme s'il pouvait s'y réfugier l'espace de quelques secondes. Les choses avaient rapidement changé. Peut-être trop à son goût, mais à quoi pouvait-il s'attendre ?

Que pouvait-il espérer ?

La Chasse mobilisait l'ensemble du gang, et témoignait de sa puissance...et surtout de son audace. Le risque de subir des pertes étant immense, tellement total, que bien des bandes fortunées sont retombées au bas de l'échelle tant leurs moyens s'en étaient retrouvés réduits. C'était le cas des Rédempteurs, dont faisait partie Halek avant que les Barbelés ne les absorbent. La dernière Chasse des Rédempteurs avait vu seulement le quart de la bande revenir à la cité et Hadès n'avait pas manqué de se tenir aux aguets. Le choix de rejoindre son gang ou de mourir fut vite fait. Certaines mentalités n'étaient cependant pas tout à fait recadrées malgré le temps. Dorkh souhaitait tuer Halek depuis l'assassinat de son précepteur, qui se trouvait être -fait assez rare pour être souligné- un semblant d'ami. Le fait qu'il soit assigné à la supervision d'Halek était une marque de provocation choisie par Hadès, sûrement en guise de test. Il voulait comparer les motivations de l'un et de l'autre, et savoir lequel de la vengeance ou de l'ambition prendrait le dessus. Halek ne se faisait aucune illusion quant à la nature de ce test. Au retour de la Chasse, il ne devrait en rester qu'un. Un sourire se dessina dans le miroir. Dorkh était persuadé qu'Halek avait tué son précepteur par opportunisme, quand il ne l'avait fait que par plaisir. Le chemin qui se dessinait devant lui demeurait dangereux. Même si Hadès avait dirigé les Barbelés avec zèle, même s'il avait réussi à les maintenir dociles après l'envol du Night Haunter, même s'il savait manier l'ambition des autres comme une arme...le jeune garçon savait que chaque pas en avant le rapprochait du point de mire de son maître. Il s'autorisa enfin à s'allonger sur sa paillasse, offrant son dos meurtri à l'humidité avide du tissu. La fatalité le fatiguait. Depuis toujours, il lui avait fallu vivre sous l'influence de maîtres égoïstes, cupides, qui pour lui ne comprenaient rien à rien. Des idiots, tous autant qu'ils étaient.

Il était coincé avec eux sur ce monde désolé alors que tant de privilégiés avaient senti sur leur peau une chaleur fantasmée durant des décennies lorsque leurs vaisseaux avaient quitté la surface. Halek n'était pas né lorsque le Night Haunter fut retrouvé par l'Empereur. Le Souverain de l'Impérium. Le Maître de l'Humanité. Les récits content la naissance de couleurs que jamais un seul nostramien n'avait vu de sa vie, l'inondation d'une lumière si forte que la pluie avait cessé et que les nuages avaient fui sous le vaisseau d'or qui avait déposé l'Empereur sur le sol décapé. Ce dernier avait recueilli le Night Haunter dans sa lumière, accompagné par quatre géants qui s'étaient présentés comme ses frères.
Ils n'étaient cependant restés guère longtemps. D'autres vaisseaux avaient débarqué des milliers de guerriers, parés d'armures qui paraissaient étonnamment sombres dans le halo éclatant de l'Empereur. Ceux-là étaient les fils du Night Haunter, qui le suivraient désormais à travers les étoiles dans son voyage interminable. Un nombre incalculable d'humains, militaires, hommes de savoir, historiens, ingénieurs, artisans...avaient sillonné les cités nostramiennes pour en dresser le portrait, y greffer des institutions et, disait-on, renouer les liens brisés d'un temps où l'Humanité allait à sa guise dans le vide spatial. A la venue de l'Empereur, la planète s'était immobilisée. Les nostramiens se retrouvaient confrontés aux Terrans et aux natifs d'autres mondes, l'activité industrielle avait par conséquent cessé. Les ouvriers, techniciens, gens de mal ou de bien, tous formaient un maelstrom vivant dans les rues de Nostramo Quintus au milieu duquel naviguaient des nouveaux arrivants avides de savoir et de données en tous genres. C'est lors de ce temps de redécouverte que sa mère était tombée sous le charme d'un certain compilateur historique. Le peu qu'elle en avait raconté à Halek était qu'il était de Terra, la lointaine planète d'origine de l'espèce humaine, et qu'elle fut même appelée, à un âge précaire, “la Bleue”. Elle ne voulait pas qu'il découvre le taudis sous-terrain dans lequel elle vivait déjà, aussi avaient-ils avaient passé des nuits entières sur des docks puants, dans des établissements d'alcool, dans l'ombre des gigantesques vaisseaux, à discuter. Elle avait bu ses paroles, tentant d'en apprendre le plus possible sur les origines de l'Univers, sur les anciennes croyances, les premiers âges, les autres mondes qui étaient soudainement devenus connus de tous. En retour, elle lui avait parlé de la vie nostramienne, de l'ordre imposé par le Night Haunter, des anciennes strates corrompues de la société. Il avait tout écouté avec soin, s'était bien comporté avec elle, avait pris des notes et n'avait de cesse de lui répéter que ses yeux noirs étaient à la fois déconcertants et magnifiques. Lorsque la mère d'Halek lui parlait de cet homme, cet inconnu qu'elle avait fréquenté durant toute la courte durée de son séjour, elle lui évoquait un semblant d'affection, un sentiment qui n'aurait pas pu être qualifié d'amour mais qui, pour une nostramienne, était assez exceptionnel pour être perçu de la sorte.
Après que les décrets fussent instaurés et les gouverneurs adoubés, le temps fut venu pour l'Empereur de repartir avec ses quatre fils. Klesya avait d'ores et déjà fait ses adieux à son amant dont la navette grise avait rejoint l'orbite des heures auparavant. Elle ignorait encore qu'elle serait bientôt enceinte et que son fils à naître arborerait des yeux noirs sertis d'iris bleus. Elle ignorait que son sang bâtard le rabaisserait au sein des gangs qu'il fréquenterait des années plus tard. Debout sur un escarpement rocheux dominant son bloc d'habitation avec des centaines d'habitants qui essuyaient leurs larmes, elle assistait de loin au départ des dieux vivants.
Le Night Haunter, que tous sur Nostramo avaient redouté durant des années, que tant admiraient, que tant haïssaient, lui qui avait restauré l'ordre sur une planète en déclin, lui qui, enchâssé dans une armure d'un bleu magnifique et profond gravissait la rampe du vaisseau éclatant de son père: lui ne se retourna pas.
Il n'y eut aucun regard vers le peuple qu'il avait fait sien par servage. La population docile n'aurait droit à aucun discours, aucune marque d'attention, aucun adieu. Comme si le prédateur qu'il avait toujours été abandonnait aux charognards et à la nuit une bête mourante et malade. Dans un crépitement assourdissant, la divine lumière était repartie vers le néant de l'espace, rendant à la pénombre un monde orphelin.

Halek rouvrit les yeux et soupira, peinant à s'imaginer de telles scènes alors que lui-même ne les avait vécues que par les récits de sa mère. Le seul héritage qui en avait tiré était un sang qui faisait de lui un rebut et l'avait contraint à la férocité pour survivre. Sa mère connaissait bien certains des actes qu'il avait perpétrés, et lui avait répété plusieurs fois qu'au fond, seule leur société était responsable de ses agissements, qu'il n'aurait pas été si brutal s'il avait grandi ailleurs. Elle se plaisait à sourire en lui disant que le bleu dans ses yeux devait lui rappeler que Terra était leur foyer à tous, que Nostramo n'était pas le monde géniteur de l'Humanité et que celle-ci, fatalement, n'était pas si mauvaise. Elle le lui avait souvent dit comme pour s'en persuader elle-même, et Halek savait que c'était loin d'être vrai. Pourquoi, après tout, l'Empereur serait-il venu réclamer ce monde et son régent en armes et à la tête de guerriers formidables ? Pourquoi le Night Haunter serait-il parti sans mot dire à la tête d'une armée de fils génétiques ? Rien que ça ! Pour quelles guerres, pour quelles conquêtes s'envolaient-ils ? Quels ennemis pouvaient bien exister qui nécessitent tant de superbe et de pouvoir ? Et plus que tout, pour quels idéaux se battraient-ils ? Les quatre frères arrivés aux côtés de l'Empereur avaient tous une stature noble qui imposait une déférence immédiate et sans limites. L'un était paré d'un jaune semblable à de l'or, le second d'un gris mat, puissant et vertueux, les bras du troisième étincelaient d'argent et du dernier émanait une splendeur qui avait provoqué autant de pleurs que la radiance de l'Empereur. Face à eux, le Seigneur de Nostramo était pâle, sinistre et dépareillé. Il n'était qu'une ombre soudain éblouie, clouée sur place par tant de magnificence, en quels termes et occasions aurait-il pu harmoniser une telle fratrie ?
Halek n'avait eu de cesse de retourner cette question dans sa tête, et à chaque fois il finissait par la repousser, ne trouvant aucune réponse. Tout ce qu'il savait était que peu de temps après que la nuit fut retombée, la corruption s'était de nouveau emparée de la société. En quelques années, les crimes étaient redevenus un aspect quotidien et les régences assignées par le nouvel ordre impérial eurent tôt fait de relancer les rouages du profit corrupteur. Seuls quelques gangs, plus ou moins influents, sont restés fidèles à l'ordre imposé par le Night Haunter et n'ont eu de cesse de mener des actions sanglantes pour rappeler la pègre à l'ordre. Malheureusement, de telles organisations n'ont pas le poids géopolitique des gouverneurs et des archi-régents, et leur déclin se fait peu à peu ressentir. Les actions successives de destruction du gang des Spectres puis du lancement de la Chasse faisaient partie d'une démonstration de puissance de la part d'Hadès afin que tous sachent que certains enseignements n'étaient pas oubliés. Malgré cela, Halek savait que ce n'était qu'une question de temps avant que tout cela ne s'effrite... Son plus gros problème, le plus immédiat, était de survivre assez longtemps pour le découvrir...


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 19:14

Chapitre VI

La Chasse













     L’odeur des échappements lui piquait le nez. Il était habitué à la pollution, mais ce parfum d’essence un peu trop fort trahissait des gaz imbrûlés, des pièces usées au coeur même du moteur à cause d’un entretien négligé. Malgré lui, Halek ne put s’empêcher de faire l’analogie avec sa planète et sa population, et cette pensée dessina un sourire avorté sur son visage à moitié recouvert par un foulard.

Ce qu’il aurait pu qualifier d’amusement mesquin s’évanouit dans la seconde, ramenant le garçon à sa situation.

Sous l’éclat chétif de Tenebor, la colonne de camions progressait depuis maintenant deux heures dans la rocaille des collines. Derrière eux, la capitale emplissait l’horizon de ses spires et de ses cheminées. On pouvait entendre, à cette distance, le bourdonnement sourd de la ville dans lequel tous étaient habituellement plongés sans y faire attention.
Les nuages jaunâtres s’élevaient verticalement jusqu’à ce que les vents, à une altitude quelconque, les étirent sur des kilomètres. Ils se diffusaient alors dans l’atmosphère en se mêlant avec la faible lueur de la lune, union de laquelle résultait une palette de couleurs qui donnait envie de vomir.
Halek la regardait, maintenant qu’ils avaient mis une certaine distance entre elle et leur convoi. Ainsi exposée, la cité ressemblait à une grande bête hideuse couchée sur le flanc, agonisant sous ses propres relents empoisonnés.
Il y avait passé toute sa courte vie et ne s’était encore jamais aventuré aussi loin. En la dévisageant dans les soubresauts du camion à plateau dans lequel il se trouvait, il sentit quelque part dans sa poitrine qu’il ne la reverrait pas.
Aussitôt, il écrasa cette pensée dans un relent de colère. Bien sûr qu’il reviendrait ! Cette cité avait beau d’avoir que des malheurs à offrir, sa mère y vivait, et il ne pouvait pas concevoir de l’abandonner.

Halek releva les yeux pour croiser ceux de Dorkh, assis en face de lui, rayés par les cheveux sales qui tombaient devant son visage.
Le regard qu’ils échangèrent fut aussi chargé d’hostilité dans un sens comme dans l’autre. Halek détesta cela, mais ce fut lui qui détourna le regard en premier. Il fit refluer l’envie de s’appuyer sur la pointe de son pied gauche pour faire tressauter sa jambe. Le stress grandissait inexorablement, mais il s’interdisait de montrer la moindre faille. Celyne, à sa droite, se prêtait à l’exercice avec beaucoup moins de succès. Elle se rongeait les ongles et, lorsqu’elle ne le faisait pas, se mordait la lèvre inférieure quand elle constatait, elle aussi, que la cité s’éloignait. Paradoxalement, ils étaient plus en sécurité en dehors de ses murs, mais ils n’étaient pas en ballade de santé.

-  Tu partiras cinquante mètres devant avec ta gueuse.

La voix de Dorkh résonnait de façon rauque à la radio, accompagnée d’un sifflement parasitaire. Halek ne répondit pas, ceci n’était pas une requête, c’était un ordre direct. Pas le choix, il devrait obéir même si cela le révulsait. Il se contenta d’un “clic” sur la radio en guise d’accusé de réception. Evidemment, Dorkh n’allait pas les mener lui-même à l’avant-garde, et Halek lui concéda ce point. Lui-même, s’il avait eu le choix, n’aurait pas servi d’appât. Il jeta un nouveau coup d’oeil vers l’arrière du convoi, trouvant le véhicule d’Hadès qui fermait la marche. Le chef du gang, comme s’il l’observait en retour, semblait sonder son cerveau de ses lentilles impénétrables. Halek sentit malgré lui ses sourcils se froncer. Il ressentit la soudaine envie de voir cette tête se détacher de ses épaules dans un flot de sang.

Une voix mit fin à ce fantasme nouveau-né: celle du chauffeur de tête qui résonna dans tous les casques radio sur la fréquence commune.

- A tous les véhicules, augmentez l’intervalle. Falaises droit devant.

Le camion derrière eux rétrograda dans un claquement d'engrenages mal calés. De nouveaux relents de carburant assaillirent les narines d'Halek alors qu'il relevait la tête pour découvrir les Falaises. Peu de choses sur Nostramo avaient pu réellement lui plaire, mais le convoi longeant la crête d'ardoise qui plongeait vers les abîmes lui fit oublier un instant sa situation. Sa surprise fut authentique; jamais personne ne lui avait dit qu'il existait des étendues d'eau en dehors des sources souterraines.  La roche tranchante descendait des collines pour d'un seul coup chuter vers un océan du noir le plus profond qu'il ait jamais vu.
Un souvenir lui revint, une nouvelle fois tiré de la mythologie terrane. Pendant longtemps, certains peuples croyaient qu'un continent entier avait été englouti, perdu corps et âmes, et le lieu de son dernier repos gardé par une créature marine abominable qui tuait impitoyablement quiconque violait ce territoire interdit. Il imagina que si une telle bête avait un jour vécu, de telles eaux auraient parfaitement pu l'accueillir. Il connaissait son nom, mais il lui échappait sur le moment; d'ailleurs il ne s'en préoccupa pas le moins du monde. Après quelques minutes de progression, la voix cancéreuse d'Hadès grésilla sur la fréquence.

- A tous les véhicules, halte. Nous sommes assez loin.

Le convoi stoppa dans le raclement de ses chenilles et de ses pneus renforcés sur la roche traîtresse. Quelques hommes en descendirent, mais la majeure partie du gang resterait dans les véhicules découverts pour décamper si la situation tournait mal. Ce qui, au vu de leur gibier, ne manquerait pas d'arriver...

- Il est temps pour nos volontaires de partir en avant-garde, ajouta-t-il, ne réfrénant pas l'amusement perceptible dans sa voix.

Halek vérifia pour la dernière fois l'arme dont Dorkh l'avait doté: un pistolet-mitrailleur de petit calibre, mal entretenu.
A sa perception, il s'était empressé de le démonter pour en nettoyer les pièces internes et, accessoirement, s'assurer qu'elle n'avait pas été sabotée ou neutralisée. Celyne avait subi les railleries de Dorkh lorsqu'il lui avait refourgué un fusil à canon scié bien trop gros pour elle. Son calibre occasionnerait certainement une belle démise d'épaule si elle s'en servait. Elle vérifia une dernière fois que les cartouches étaient bien à leur place, tout comme Halek s'assura que sa propre arme était prête à tirer. Avec trois chargeurs d'une trentaine de coups chacun, il faudrait économiser ses tirs. Il ne se faisait pas d'illusions quant au maigre équipement que Celyne et lui avaient reçu. Personne ne misait sur leur survie et Hadès n'allait certainement pas risquer de perdre des armes hors de prix.

Ils quittèrent la relative sécurité du convoi pour parcourir d'un pas bancal le dangereux terrain formé d'arêtes coupantes.
La manoeuvre était d'une grossière mais efficace simplicité. Attirer le couguar en avant des véhicules, le coincer au bord du précipice, puis le mettre à mort. En pratique, Halek savait très bien que ni lui ni Celyne n'étaient censés survivre à la première étape du plan. Il se retourna pour lui adresser quelques mots, loin des oreilles de Dorkh qui était à mi-chemin entre les transports et eux.

- Ecoute moi. Je sais que tu as peur, j'ai peur aussi. Mais si nous voulons survivre aux prochaines minutes il va falloir que tu fasses ce que je te dis d'accord ?

Elle acquiesça, ressemblant plus que jamais à une enfant terrorisée maniant une arme presque aussi grande qu'elle.
Ses yeux semblaient lutter pour ne pas fondre en larmes, elle semblait prête à se laisser mourir dans un coin en pleurant.

- Celyne, je vais avoir besoin de toi ! Halek jouait la carte du mentor rassurant autant qu'il le pouvait. Je ne pourrai pas m'en sortir si tu ne fais pas preuve de courage. Tout ce que nous avons à faire, c'est bien regarder, bien écouter, et nous cacher s'il se passe quelque chose, d'accord ?

- Je croyais qu'on traquait quelque chose moi ! Pourquoi se retrouve-t-on devant tout le monde ? Sanglota-t-elle. Son stress prenait le dessus et elle commençait à regarder tout autour d'elle. De toute évidence, elle ne s'était jamais sentie aussi seule.

- On n'a pas le choix. Pour débusquer un couguar, il faut l'attirer dehors. Regarde derrière toi, le gang au complet est prêt à faire feu pour nous protéger et tuer la bête quand elle se montrera. Il n'en croyait pas un mot lui-même, mais sans doute avait-il lui aussi besoin de se rassurer un peu.

Elle regarda le convoi quelques secondes, renifla en se frottant les yeux et leva son fusil.

- Je ne sais pas si je saurai m'en servir, Hal', dit-elle d'une voix triste.

Il mit un genou à terre, ignorant ce que beuglait Dorkh à la radio. Il gesticulait derrière eux et Hadès s'était levé de son trône situé en haut du dernier véhicule. Il fallait bouger. Rapidement.

- Pas compliqué. Tu alignes la mire qui est ici entre ton oeil et ta cible, tu souffles et tu tires.  

- Je souffle et je tire. Elle avait soupiré cette phrase, comme envoûtée par le pouvoir qu'elle réalisait tenir entre ses mains.

- C'est ça. Allons-y maintenant, dit-il en se relevant.

Il jeta un regard vers Dorkh, baissa le foulard qui masquait sa bouche et cracha vers lui en réponse à son geste quelques jours plus tôt. De toute façon, ils allaient sans doute mourir, alors autant que la politesse soit rendue.
Halek et Celyne progressèrent sur une centaine de mètres, s'arrêtant régulièrement pour tendre l'oreille et scruter les alentours.
Quelle situation délicieusement périlleuse, pensa-t-il. La montagne à gauche, le convoi derrière, la falaise à droite et le danger devant. Ouais, le danger partout quoi...

Une lueur accrocha son regard sur la crête de la montagne. Il mit immédiatement un genou à terre, imité par Celyne qui levait maintenant à l'excès son fusil devant ses yeux. Halek posa la main sur sa radio, ouvrant une liaison avec l'ensemble du gang bien qu'il ne s'adressât qu'à son maître.

- Seigneur Hadès, je vois quelque chose à environ trois cents mètres gauche du convoi, là-haut. J'ai cru distinguer une forme humaine mais je ne vois plus que deux petites lumières rouges.

Hadès le coupa sèchement.

- Il n'y a rien bâtard. Contente toi d'avancer et de débusquer ce foutu carnivore. Il est déjà sûrement sur ta trace, arrange toi pour qu'il se montre.

- Mais, voulut-il poursuivre.

- J'ai dit: il n'y a rien ! La seule chose qui importe pour toi, c'est de rester en vie assez longtemps pour hurler le signal quand le couguar t'ouvrira le ventre !

Hadès coupa la liaison sans autre forme de procès. Au moins c'était clair. Il hocha la tête pour indiquer la reprise de progression à Celyne, rassuré qu'elle ne porte pas de radio. En se relevant, il jeta un dernier regard vers les deux minuscules points rouges qui n'étaient pas sans lui rappeler les voyants du silo, au repère du gang.

Il n'avait fait que cinq pas lorsqu'il s'immobilisa, figé comme une statue. Il tendit l'oreille, retint sa respiration et perçut un grondement, comme un roulement de tonnerre lointain. Lointain, mais qui se rapprochait à grande vitesse. Il n'eut qu'une seconde pour réagir. Il poussa Celyne en arrière, braqua son arme vers de flanc de la montagne et, dans le même mouvement, sortit une torche dérobée dans un entrepôt d'adamantium pour trancher la nuit de son faisceau éblouissant.

Le couguar, surpris et aveuglé par le soudain rayon lumineux, sauta dans sa course pour esquiver ces proies dotées d'une défense aussi agressive. Il retomba quelques mètres plus loin, secouant la tête en grognant pour protéger ses yeux de la torche qu'Halek maintenait braquée sur lui. Celyne était restée à terre, terrorisée par le monstre dont la taille égalait celle du plus gros de leurs camions.

Mais qu'est-ce qu'ils foutent ? Pensa Halek. Ouvrez le feu, bande d'idiots !

Comme pour exaucer son souhait, la nuit fut déchirée par les rafales lâchées depuis le convoi. Mais très vite, Halek perdit son assurance quand il constata qu'aucun tir ne le frôlait ni ne touchait sa cible. Le couguar rugit en s'approchant, et le pistolet-mitrailleur cracha une grêle de projectiles qui ricochèrent sans peine sur l'épaisse cuirasse dorsale du fauve.
Du convoi s'élevaient à présents des cris, entrecoupés du staccato des armes automatiques. Sur la fréquence noyée de parasites et hachée par les tirs, Halek distingua une phrase qui lui glaça le sang aussi sûrement que les crocs démesurés que la bête dévoilait en rampant vers lui, prête à bondir.

- Il y en a deux !


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Message par - Talos - le Mer 15 Aoû 2018 - 19:16

Chapitre VII

Abysses











     Il y en avait trois.

Ils étaient jeunes, pas tout à fait arrivés à maturité. Ceci dit, leur deux mètres au garrot inspiraient rapidement une indifférence absolue quand à leur âge. Ils avaient suivi le convoi depuis plus longtemps que quiconque ne s'en était douté, et l'avaient attaqué en trois points. A l'avant pour le bloquer, en centre pour le couper en deux, à l'arrière pour empêcher toute retraite. Une telle stratégie supposait qu'il s'agissait d'une fratrie qui avait déjà traqué des humains par le passé.

Les gangsters s'étaient vite repris après l'attaque initiale. La peur les motivait aussi sûrement que l'excitation que certains pouvaient ressentir. Les prédateurs se montraient cependant plus tenaces que certains semblaient le penser. L'un d'eux avait tout simplement sauté à l'arrière d'un camion découvert et commencé à trancher de ses griffes les naïfs qui s'y croyaient en sécurité. Il rugissait en sautant d'un véhicule à l'autre, déchiquetant tout ce qui passait à portée. Un tireur qui fut plus lent que les autres à sauter de son camion se retrouva écrasé dans les mâchoires de la bête qui garda avec elle cette prise alors qu'elle fuyait dans la nuit, avant de bondir à nouveau sur le convoi, toutes griffes dehors.

Certains véhicules légers se détachèrent pour harceler les couguars et les forcer à se désengager. Les tirs fratricides étaient trop probables pour utiliser les plus grosses armes montées sur tourelle. Il fallait absolument désenclaver les transports et, pour cela, Hadès n'avait d'autre choix que d'en sacrifier plusieurs.
Lui-même ne savait plus où donner de la tête tant ses adversaires étaient rapides. Il ne pouvait qu'assister, impuissant, au carnage qui avait lieu et à la destruction de son matériel si durement acquis. Lorsqu'un de ses hommes fut coupé en deux devant lui, maculant le plancher du véhicule de son sang, Hadès se prit à maudire cette situation bien trop imprévue à son goût.

L'odeur de viscères montait dans les airs alors que les couguars laissaient libre cours à leur frénésie. Parfois l'un d'entre eux prenait le temps de mâcher une proie avant de la jeter en l'air dans une pluie de sang, pour aller punir les insolents dont les projectiles tintaient sur sa cuirasse. Deux incendies illuminaient à présent le flanc de la falaise, là où des tirs paniqués avaient percé des réservoirs de carburant.  Cela gênait tout autant les humains que leurs prédateurs, mais leur maître savait que cela ne changerait pas la donne. Son véhicule tanga alors qu'un des couguars le heurtait lors d'une nouvelle charge. Il put entendre les hurlements supplémentaires de plusieurs hommes. Des tirs assourdissants repoussèrent l'animal, mais plus personne ne se faisait d'illusions. Ils allaient tous finir en charpie. Sur la fréquence radio noyée sous les gargouillis et les cris incompréhensibles, Hadès hurla ce qu'il considéra comme l'ordre le plus honteux, et pourtant le plus censé de toute sa vie.

- Retraite ! Demi-tour ! Laissez les blessés et les corps !









La bête bondit en rugissant, et Halek roula sur le côté en vidant son chargeur sans savoir s'il visait juste. Il retomba sur l'épaule et sentit la roche coupante lui entailler la peau. La bête ne chargea pas de nouveau, mais elle allait revenir très vite. Il serra sa torche entre ses dents et entreprit de recharger son arme le plus vite possible. Le convoi. Ils devaient rejoindre le convoi, ou ils partiraient sans eux.
Le vacarme des tirs provenant des véhicules violait autant ses sens que l'odeur de sang qui en émanait. Halek se releva et se dirigea vers Celyne pour -littéralement- la ramasser. Elle était tétanisée contre la roche, les mains sur les oreilles.

Il jeta un oeil au convoi, et se demanda s'ils n'allaient simplement pas tous y passer. Des buggys trafiqués morcelaient la roche fragile en tournant autour des couguars pour les forcer à laisser le convoi faire demi-tour. La nuit fut soudain illuminée de traçantes de gros calibre. Les tourelles entraient enfin en action et les couguars gémirent pour la première fois sous les tirs. Leur vacarme masqua l'approche de la bête la plus proche qui se rua de nouveau sur Halek dans un bond prodigieux dont il était le point d'impact.
Des éclairs traversèrent brutalement l'animal alors qu'il était transpercé en plein saut par un tir chanceux et le garçon mesura sa chance une fraction de seconde avant de bondir pour éviter de finir écrasé. La carcasse du monstre le percuta tout de même de son flanc et il trébucha, roulant sur les plaques d'ardoise. Il essayait de s'assurer une prise, mais ses doigts ne faisaient que glisser et se couper sur la roche. Brusquement, il se retrouva dans le vide, et ses mains trouvèrent une prise sur un ergot rocheux qui le fit instantanément penser au jardin des Ronces. Le poids de son corps le plaqua contre la paroi verticale et fit s'enfoncer la roche dans ses mains. Il sentit une bourrasque tenter de l'emporter et il chercha à assurer sa prise tout en comprenant qu'il se tenait au bord de la falaise. Ses mouvements étaient paniqués, et il comprit vite qu'il lui fallait se calmer pour espérer en sortir. Il expira bruyamment plusieurs fois pour ralentir sa respiration et le diable qui martelait sa poitrine. Il distingua des bruits de moteurs qui semblaient s'éloigner, et le visage de sa mère apparut soudainement dans son esprit.  Il chercha la moindre irrégularité dans la roche pour tenter de remonter, gardant le bout de ses doigts immobile dans un immense effort.

Alors qu'il grattait la pierre de sa botte pour y trouver de quoi s'appuyer, Halek sentit plus qu'il ne la vit une présence au-dessus de lui. A travers un souffle contracté qui expulsait des filets de bave sur son menton, le jeune bâtard cracha un nom sans même avoir à lever les yeux.

- Dorkh…

Ce dernier se tenait fièrement au bord du précipice et observa d'un oeil amusé les eaux glaciales et noires loin en-dessous de son subordonné. Il s'en était bien sorti après tout, les deux couguars restants s'étaient enfuis, et lui avait arraché au cadavre du premier un croc qu'il prévoyait de porter au cou toute sa vie. Mais le jeune bâtard n'aurait plus ses yeux bleus pour voir ça. Il ressemblait à un jouet livré à la tempête, accroché à la vie uniquement par ses avants-bras qui raclaient la roche. Son visage mauvais se fendit d'un sourire.

- Tu ne croyais quand même pas revenir de cette Chasse, si ?

Halek releva la tête brièvement, sans se donner le mal de répondre. Il employait toutes ses forces à remonter.

- Je ne sais pas si je préfère te confier aux abysses ou au Dimetræ du maître. A moins que je ne t'enchaîne pour te traîner derrière mon camion ?

- Dorkh ! Halek haletait et sentait ses muscles tétanisés l'abandonner. Une nuit, je te ferai la peau sale fils de chienne !

L'interpellé laissa son ricanement résonner comme il savourait son triomphe.

- C'est de ta mère que je ferai ma chienne, bâtard. Et elle pleurera son fils perdu quand je lui rappellerai à chaque visite que je t'ai laissé crever seul dans le froid.

Malgré sa situation qu'il savait sans espoir, Halek ricana.

- Tu ne pourras pas t'approcher d'elle avant qu'elle t'ait fait bouffer tes mains, sombre crétin. Il planta son regard dans le sien. La seule chose que je regrette, c'est de ne pas pouvoir assister à ça.

Dorkh ne se laissa pas intimider et ce petit jeu, bien qu'amusant, avait assez duré.

- De toute façon, tu salueras…


Son ventre explosa, recouvrant le visage d'Halek d'une pluie chaude et sanglante. Alors que le gangster baissait les yeux vers son abdomen en vomissant un flot de sang, une pensée traversa l'esprit du garçon qui avait reconnu la détonation.

Celyne.

Derrière les jambes de Dorkh, il distingua la jeune fille qui regardait son oeuvre en tremblant, le canon scié de son fusil encore fumant. Leurs regards se croisèrent à l'instant où le cadavre en charpie tombait à la renverse sur Halek, et elle ne reprit ses esprits que pour hurler son nom alors que les deux corps étaient livrés à la gravité.

La chute sembla ralentir le temps d'une manière reposante. Il en avait assez de cette vie de toute façon. Sa mère allait lui manquer, c'était certain. C'était d'ailleurs son seul regret, qui était d'une profondeur extrême. Le sort de Celyne passa rapidement dans son esprit, et il ne sut dire si elle allait être assassinée pour son geste, ou promue. Pour lui de toute façon, ça ne changeait rien au programme. L'air froid qui fouettait son visage lui donnait l'impression que la mort le caressait de ses doigts. Il ne sentait plus les membres endoloris et dardés de coupures. Avec un sentiment de tristesse mêlé d'indifférence, il ferma ces yeux que tant de gens lui avaient reproché.

L'eau le percuta avec une force telle qu'il fut étourdi pendant quelques seconde. Il ne revint à lui que pour se sentir glisser dans un monde liquide, aspiré vers les profondeurs loin du faible éclat de Tenebor qu'il parvenait à distinguer dans le miroitement au-dessus de lui.

Ses poumons violentaient sa cage thoracique de plus en plus fort, désireux d'expulser cet air qui se ruait vers sa bouche.
Il en avait assez de souffrir. Il était fatigué. Avant donc, que la souffrance ne devienne trop forte, il offrit la délivrance à cette atmosphère viciée qu'il avait respiré toute sa vie. Immédiatement, l'eau s'engouffra dans sa gorge, sa trachée, ses poumons, son estomac. Son corps réagissait à la noyade par de violents soubresauts, consommant ses dernières réserves d'oxygène en expulsant l'eau des poumons, pour mieux la ravaler une seconde plus tard.

Ses tempes bourdonnaient, il n'y avait désormais plus de lumière. Il était sourd et ne sentait plus ses membres. Il se laissait aller à l'inconscience lorsqu'il sentit quelque chose l'attraper tout entier dans une poigne de fer, comme pour le broyer, le dévorer. Il perdit connaissance alors qu'on le remontait à la surface et que le nom de la bête mythique jaillit de ses souvenirs.







Leviathan.


Dernière édition par - Talos - le Mar 21 Avr 2020 - 0:24, édité 2 fois


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Message par - Talos - le Ven 3 Avr 2020 - 0:54

Chapitre VIII

Emergence









     Le premier son qu’il distingua fut un bourdonnement, comme le vacarme d’un million d’insectes volant juste derrière ses tympans. Il sentit une chaleur douce quitter sa poitrine. Ses dents enserraient une matière rigide et il essaya de déglutir, pour se rendre compte que quelque chose de dur et creux s’enfonçait douloureusement jusque dans ses poumons. Son premier sentiment semi-conscient fut la confusion de pouvoir respirer malgré l’obstruction de sa mâchoire. Aucun de ses membres ne répondait. Il produisit un immense effort pour ouvrir ses paupières et n’y parvint pas. Il était en réalité bien trop faible pour esquisser le moindre mouvement. Aux limites de sa conscience, loin derrière le sifflement affolé qui résonnait dans ses oreilles, il identifia des voix étouffées sans comprendre ce qu’elles disaient. La chaleur revint, et le sommeil l’engloutit à nouveau.

Une seconde plus tard, il se réveilla. Les voix étaient plus proches et accompagnées de sons électroniques et de « bips » dans une ambiance affairée. La tête d’Halek lui semblait peser une tonne, mais il parvint à l’orienter à droite, puis à gauche. Malgré cet effort conséquent, il ne parvenait toujours pas à ouvrir les yeux. Il discerna des bruits de pas, tels des coups de marteau sur une enclume, qui s’approchèrent de lui. Une main froide se posa sur son front. Pour la première fois de sa vie, ce genre de contact inconnu de le brusqua pas, pas plus qu’il ne le mit en garde. Il n’avait tout bonnement pas la force ni l’esprit assez clair pour s’en soucier. Il y eut soudain un bruit de déverrouillage, et ce qui obstruait sa trachée en fut extrait sans ménagement. Le trajet du tube fut une expérience très douloureuse qui laissa à Halek une brûlure rémanente de ses poumons jusqu’à ses dents. Le mal fut assez grand pour qu’il entrouvre les paupières, qui furent aussitôt inondées de larmes. Même si la lumière qui l’entourait était faible, elle lui brûla les yeux, et il ne put distinguer que des formes floues. Les distances n’étaient tout simplement pas appréciables, pas plus que la nature de l’endroit où il se trouvait. Quelque chose, ou quelqu’un, se tenait debout à côté de lui et semblait admirer une série de panneaux lumineux. Halek entendit cliqueter une série de boutons, puis le quelque chose glissa hors de son champ de vision sans même avoir donné l’impression de marcher comme un humain. Alors qu’il sentait venir un vertige qui allait l’emporter de nouveau dans le sommeil, une voix résonna. Il la savait proche, mais elle semblait si loin.
- Où en sommes-nous, frère ? Sont-ils tous viables ?

Halek voulut redresser la tête mais une fois encore, ses muscles semblaient aussi souples qu’une corde mouillée. Il dut se contenter d’écouter et d’essayer de comprendre.

- Ils le sont, frère-chapelain, répondit une voix qu’Halek, en dépit de sa situation, détesta sur le champ. Quatorze, selon vos attentes.

- C’est bien peu, Veryn, dit la première voix en se déplaçant. A ce rythme, nous allons devoir considérer ceci comme l’un de nos derniers recrutements.

- J’ai fait mon maximum avec ce que notre chère planète avait à m’offrir. Croyez-vous que ma nature accepte d’être ainsi utilisé, tel un gardien de troupeau ?

- Je n’aime guère votre ton, frère. Mais je vais mettre ça sur le compte de ma mauvaise expression. Je ne voulais en aucun cas mettre en doute vos compétences.

Les bruits de pas s’arrêtèrent trop près pour qu’Halek se sente en sécurité. Le peu qu’il vit fut une silhouette énorme. Quand la voix résonna de nouveau, Halek comprit que ce n’était pas le sédatif qui parcourait ses veines qui la faisait résonner de façon si métallique.

- Celui-là est en bien triste état.

- Détrompez-vous, chapelain. Ses constantes sont fiables malgré les dégâts que ses poumons ont reçu. La noyade lui a presque été fatale.

- Votre rapport mentionne que vous avez aussi repêché un blessé critique.

La voix détestable s’approcha à son tour, et Halek distingua un visage, malgré les traits miroitants que sa semi-conscience imposait à ses yeux.

- Oui, ils étaient quasiment enlacés l’un à l’autre. Je les ai donc fait remonter tous les deux. Puisqu’on en parle, j’ai fait pratiquer par notre cher adepte une chirurgie abdominale sur cet idiot qui s’est fait tirer dans le dos.

- Pourquoi cette perte de temps, frère ? demanda le « chapelain » avec un ton qui frôlait l’indignation.

- Mais pour suivre vos ordres, Corten, répondit l’autre avec ce qui ressemblait à un rire rapace. J’ai observé celui-là longtemps, jusqu’aux falaises. Il s’est bien débrouillé face aux couguars et malgré le poste que son maître lui avait confié. Il était sous les ordres de l’éventré qui, lui, ne voulait que sa mort pour des raisons stupides. Je l’ai tiré d’affaire pour que vos enseignements portent leurs fruits. Mais je vous en prie, ne me remerciez pas trop tôt.
La voix métallique s’éloigna dans les chocs successifs de ses pas sur le sol.

- Décidément, frère Veryn, parfois je me demande pourquoi je vous ai demandé de m’accompagner.

- Sans moi, vous seriez sans doute trop blasé par les sermons que vous administrez aux recrues, frère-chapelain !

- Une dernière question, avant que vos manières n’outrepassent votre rang. Qu’est-il advenu des couguars ?

- Morts, évidemment. Un bolt chacun, dans l’œil. Rien de plus simple.

Halek parvint à se demander s’il avait bien entendu. Tant de suffisance pour une phrase qui, pour lui, relatait un exploit. La voix s’exclama de nouveau, comme si elle se souvenait de quelque chose.

- Ah oui ! Et j’en ai ramené deux aussi ! Des jeunes, à peine sevrés. Je suis passé devant leur tanière en descendant la falaise. J’y suis retourné après avoir réglé leur compte aux adultes. Je me suis dit que ça ferait un beau cadeau au plus méritant de ces abrutis.

Un ricanement artificiel émana du chapelain.

- Finalement, Veryn, ici vous êtes dans votre élément.

Halek entendit coulisser une porte, dont le verrouillage fut précédé d’un sifflement de pressurisation. Ses yeux s’habituaient peu à peu, et ils croisèrent le regard de Veryn lorsque ce dernier le ramena sur lui. Il pencha la tête sur le côté, comme pour examiner Halek à la manière d’un oiseau de proie.

- L’humour n’a jamais été son fort. Tu comprends ce que je dis ?

Un bref hochement de tête fut tout ce qu’Halek put exprimer. L’autre parut satisfait et se mit à parcourir les lignes d’une plaque de données.

- Bien, très bien. Tu verras, la compassion non plus. Et la pitié…

Il rit aux éclats vers le plafond, un rire si tranchant que la créature mécanique qu’Halek avait vu en s'éveillant émit une rafale de clics informatiques de mécontentement.

Veryn se replongea dans ses données, encore agité de soubresauts hilares.

- La pitié, par le sang de l’Empereur. Qu’est-ce qu’il peut détester ça !


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Message par - Talos - le Mar 21 Avr 2020 - 0:14

Chapitre IX

Critérium









     Ils étaient alignés, pieds nus, sur le sol en métal. Leurs cheveux étaient rasés, certains tremblaient de froid. Chacun portait un vêtement en tissu, au maillage fin d’un noir absolu. Sur leur poitrine était brodé un numéro allant de un à quarante-six en runes nostramiennes. Halek avait fini par deviner où il était, et il savait que ses voisins venaient du même endroit que lui. Tous savaient que dorénavant, leur vie arpentait un chemin mortel et galvanisant. Etre choisi par la légion pour en intégrer les rangs apparut à Halek comme une contradiction puissante née d’une ambition toute nouvelle liée à une soif de vivre qu’il n’avait jamais ressenti, et d’une horreur farouche et animale animée par la peur de la mort. Car bien entendu, Halek savait qu’il n’y avait pas quarante-six places au bout du tunnel. Il estimait qu’il y en avait deux, peut-être trois.

Il jaugea ses nouveaux camarades d’infortune. Tous étaient nostramiens et, bien sûr, ils avaient tout de suite remarqué qu’il n’était pas comme eux. Halek se savait trahi par ses yeux, et il s’accommoda vite du fait d’être, encore et toujours, le paria du groupe. Après avoir laissé son regard parcourir le hangar austère dans laquelle ils se tenaient tous, Halek recentra son attention sur les autres adolescents avec lesquels il se retrouvait coincé. Tous se jaugeaient du regard, se penchant de droite et de gauche pour s'analyser sans mot dire. Le numéro deux avait des cicatrices au visage, le numéro dix avait un corps si mince qu’il aurait suffi d’une bourrasque pour le briser en morceaux, à l’opposé de la masse de muscles qu’était le numéro quatorze. Rien n’aurait pu indiquer que les numéro trois et huit se connaissaient s’ils n’avaient pas eu la marque de leur gang marquée au fer dans leur cou.

Les autres étaient trop loin pour qu'Halek ne distingue quoi que ce soit de concret, mais de toute manière le son d'une porte coulissante fit cesser toute agitation. Du sombre encadrement se détachèrent deux géants. Chacun de leurs pas faisait trembler le sol alors qu'ils avançaient vers les adolescents. La seule chose que l'on pouvait distinguer chez eux était la paire d'yeux écarlates qui leur donnait un air de sinistres rois dans cet environnement creux et froid. Halek reconnut sans peine ce qu'il avait pris pour des voyants d'alarme dans le repaire de son ancien maître, comprenant que ces yeux étaient ceux qui l'observaient sur les Falaises.

Quand le premier d'entre eux apparut à la faible lueur du hangar, sa véritable taille fut révélée à tous aussi sûrement que son implacabilité. Il mesurait bien plus de deux mètres de haut. Il portait des plaques d'armure d'un bleu noir comme la nuit, sanglées sur un uniforme plus sombre encore. Son plastron arborait un aigle bicéphale en bronze, un symbole que tous ici connaissaient. Le symbole de l'Impérium de l'Humanité. Sur ses épaules étaient déployées des ailes rouges sang encadrant un crâne aux crocs acérés, surplombés du chiffre 8 en lettres gothiques. Un faciès mortifère était peint en blanc sans soin particulier sur la face avant de son casque.

L'imposant guerrier se mit à marcher le long de la colonne d'enfants, qui paraissaient ridicules face à lui. Chaque pas ressemblait à une onde de choc sondant chaque esprit. Il fit l'aller-retour, passant devant chacun des quarante-six adolescents alors que de son casque émanait un son parasite, trahissant sa conversation par radio avec, sans doute, celui qui était resté dans l'ombre. Il revint enfin se planter devant eux, et porta les mains à son casque qu'il déverrouilla avec une simple rotation.

Le visage ainsi découvert était pâle comme la mort. Sa tête était soutenue par un cou puissant et tendu le long duquel couraient plusieurs cicatrices. Son front était gravé de runes ceignant son crâne chauve, et surmontait des yeux nostramiens, d'un noir abyssal. Le guerrier verrouilla son casque à sa ceinture dans un son magnétique, et fit craquer sa nuque d'un roulement de tête.

Halek n'avait pas besoin de connaître la nature de cet individu pour savoir ce qu'il était. Sa mère, que cette pensée ramena dans sa mémoire, lui avait parlé des fils génétiques de l'Empereur. Jadis des humains, ils composaient l'élite de ses armées, après avoir subi maintes épreuves et modifications génétiques. Il était un transhumain. Halek avait devant lui un Astartes.

Ce dernier prit une longue inspiration puis ouvrit ses lèvres d'un violet pâle, découvrant des dents limées en pointe.

- Vous êtes ce que notre monde a de plus médiocre.

Sa voix était rocailleuse et, malgré le fait qu'il parlât seulement, tous l'entendaient très clairement. Son accent mâché trahissait des origines peu élevées dans la société nostramienne.

- Vous avez tous grandi sur Nostramo, notre bien aimée planète. Aucun d'entre vous ne mérite de devenir Seigneur, Gouverneur ou Archi-régent. Vous n'êtes rien ni personne et votre seul talent se résume à ramper dans la bassesse la plus crasseuse du genre humain... Félicitations.

Ce compliment ne possédait pas l'ombre d'une réjouissance.

- Mon nom est Veryn. Je suis né sur Nostramo dans une autre vie. Cette époque prit fin lorsque j'ai eu l'honneur d'intégrer les rangs des légions Astartes au sein de la VIIIème légion, celle de notre père, le Seigneur Curze, le Night Haunter. L'endroit où vous vous tenez a vu passer des centaines de novices comme vous. Dans très longtemps, peut-être que certains d'entre vous auront l'opportunité de m'appeler « frère ».

En un battement de cils, il tira de son fourreau un poignard immense et, une demi-seconde plus tard, numéro 22 était empalé par le cou au mur derrière lui dans une éclaboussure sanglante.

- Ou bien, vous mourrez tous, comme votre ami, dit Veryn sur un ton féroce en se mettant à marcher en courts allers-retours face aux jeunes visages qui désormais gardaient le regard fixé devant eux. Je vous ai observé, choisis, pour faire de vous les êtres les plus craints et les plus puissants de la galaxie ! Vous allez subir les pires épreuves et les pires agonies possibles. Si vous devez marcher au combat drapés de nuit, ce ne sera qu'après avoir prouvé que votre loyauté, vos compétences et votre mental dépassent mes attentes.

Veryn marcha vers le mur ensanglanté et tira sur son poignard d'un coup sec, faisant tomber le cadavre comme un chiffon avant de lever la lame à ses lèvres pour en lécher le sang. Avec un rictus mauvais, le géant ramassa le corps sans vie et le brandit sans effort face à ses recrues.

- Ceci est tout ce qui restera de vous quand vous échouerez, et beaucoup échoueront. Votre enseignement comportera la connaissance des légions Astartes, l'initiation aux tactiques de combat, la maîtrise des arts de la guerre, l'entretien de votre matériel et, en de rares occasions, à l'étude et au respect des enseignements...philosophiques de la VIIIème légion.


A ces mots, le second géant que tous avaient oublié, s'avança hors de l'ombre. Halek en fut presque bouche béé. Contrairement à Veryn, l'Astartes devant lui portait une armure beaucoup plus lourde et intégralement noire, d'une beauté formelle et résultant à n'en pas douter d'un travail d'orfèvre. Des chaînes et des crânes pendaient en s'entrechoquant de sa ceinture, au-dessus de laquelle, sur l'énorme plastron, trônait également un aigle de bronze. De plusieurs endroits pendaient des parchemins aux inscriptions minuscules, collés à l'amure par de la cire. Il n'était pas une seule portion de sa cuirasse qui n'était marquée par une entaille ou un éclat d'obus.
Son casque n'était pas peint comme celui de Veryn, mais sculpté pour représenter un crâne menaçant qui donnait l'impression qu'il pouvait tout connaître d'un individu en un seul regard.

La voix qui émana du casque sinistre ressemblait à une promesse de mort dans une mer glacée.

- Vous avez été choisis, confinés et transportés dans un endroit dont vous ne ressortirez pas à moins d'être un cadavre, ou un Astartes. Ces murs appartiennent au vaisseau de la VIIIème légion Astartes nommé l'Aborrhent, actuellement en orbite haute au-dessus de Nostramo.
Ainsi que vous l'a sommairement décrit frère Veryn, vous serez soumis durant les prochaines années aux épreuves physiques et psychologiques les plus dangereuses qui soient, pour que vous transcendiez vos limites et deveniez bien plus que de simples rebuts de caniveau. A partir de cet instant, les numéros inscrits sur vos tenues sont votre seule identité. Vos noms ne seront plus jamais prononcés. Ils ont été effacés de tout registre officiel. Ceux d'entre vous qui survivront seront rebaptisés. Si vous échouez à honorer la confiance que je vous accorde en vous tolérant à bord de ce vaisseau, si vous échouez à devenir ce que vous êtes destinés à être, si vous trahissez l'espoir que notre Père place en vous, fils de Nostramo, vous retournerez dans vos familles en brûlant dans l'atmosphère.
Frère Veryn emploiera les méthodes qu'il jugera nécessaire pour faire de vous les guerriers dont notre légion a besoin. Jusqu'à ce que vous soyez devenus Astartes, il est votre seigneur et maître. Chaque faute me sera rapportée immédiatement. Sachez que j'ai fait écorcher vive la population de plusieurs capitales planétaires.

Nul besoin d'en savoir plus. Le frisson qui parcourut Halek fut partagé par tous ses semblables.

Veryn vint se ranger au côté du casque à tête de mort en affichant un sourire narquois, sans prêter attention aux gouttes de sang qui tombaient de ses mains.

-  Je suis le Chapelain Corten, reprit le géant en noir d'une voix plus puissante encore. Que vous soyez humains ou Astartes, je serai la mort dans votre ombre. Soyez les guerriers que votre Père appelle à lui, tout comme lui-même fut rappelé par l'Empereur. Vous parcourrez la galaxie, exerçant Sa volonté en suivant les préceptes et la voie du Seigneur Curze ainsi qu'il l'employât jadis sur Nostramo. Vous serez la lame qui saignera les ennemis de l'Humanité au confins des étoiles. Nous sommes les fils du Night Haunter. Nous sommes la Huitième Légion.

Des paires d'yeux rouges s'éveillèrent tout autour d'eux, sur les côtés et au plafond, loin dans la pénombre du hangar. Veryn remit son casque, ajoutant au faciès blanc des empreintes de sang. La voix de Corten se fit encore plus grave. Il évoquait à Halek un seigneur de la mort entouré de ses démons.

- Nous sommes les Night Lords, et nous sommes venus pour vous.


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Message par - Talos - le Mar 21 Avr 2020 - 0:15

Chapitre X

Premier sang









     Le temps n'avait pas cours à bord de l'Abhorrent. Le vaisseau était exigu, spartiate et presque aussi froid que le vide dans lequel il naviguait. Ses coursives abritaient une vie peu foisonnante, mais régulière et travailleuse. Sous les panneaux d'acier grondaient les circuits qui donnaient vie au vaisseau dans un bruit de fond permanent. L'air était sec et dénué de saveur.

Les serviteurs cybernétiques se croisaient au cours de leurs besognes, sans se considérer les uns les autres. Noyé parmi les centaines de serfs de maintenance, il en était un dont l'oeil unique était un implant, un boîtier optique enserrant son crâne traduisant les images communiquées par une lentille verte au  milieu du front.
Ses yeux avaient depuis longtemps été retirés, laissant place à deux orbites barrées d'une cicatrice couturée grossièrement.
Dans une autre vie, l'acolyte désigné 17-Sigma-4 répondait à un autre nom, un nom bien plus humain. De ce nom, il ne gardait aucune mémoire, pas plus qu'il ne se souvenait de son âge ou du crime qui l'avait conduit aux laboratoires pénitentiaires. Ses mains, qui furent en d'autres temps couvertes du sang de son maître, étaient devenues des extensions mécaniques répondant aux programmes automatisés implantés dans son cerveau asservi. Il se fichait du temps, il se fichait de manger, dormir ou boire.
17-Sigma-4 ne parlait pas, ne riait pas, ne pleurait pas. Aucun dialogue, aucune intéraction ne figuraient parmi la liste de protocoles présents dans son unité de contrôle, hormis les rapports binaires qu'il transmettait automatiquement à chaque fois qu'un travail était terminé, pour recevoir dans la même seconde l'ordre de maintenance suivant.
Son espèce était divisée en un nombre infini de catégories. Les activités ne manquaient pas de diversité sur un vaisseau de l'Adeptus Astartes. Certains opéraient dans les quartiers de l'équipage, d'autres dans les coursives de propulsions saturées d'électricité statiques. D'autres encore, étaient lourdement modifiés pour effectuer des réparations sur la coque dans le vide de l'espace.
Quel que furent leurs crimes, ils purgeaient leur peine éternelle en servant l'Empereur de l'Humanité au sein de Ses armées.

17-Sigma-4 était tout sauf spécialisé. Son sort se résumait à errer dans les coursives d'un vaisseau dont il ignorait le nom, usant de ses fonctions artificielles pour serrer, desserrer, graisser, souder.
Concentré sur sa tâche, l'automate ne prêta aucune attention à la silhouette sombre qui marchait le long du couloir et qui, en passant devant les faibles lumiglobes de service, plongea brièvement la zone de travail de 17-Sigma-4 dans l'ombre. Sa seule réaction fut provoquée par son boîtier optique qui compensa la brève obstruction lumineuse par une augmentation artificielle de sa vision de sorte que son travail ne souffre aucun retard.

La porte s'ouvrit en glissant sur son rail dans un bruit d'engrenages mal entretenus.
Le Chapelain Corten entra en se demandant à quoi pouvaient bien servir tous ces pions écervelés s'ils n'étaient pas capables de lubrifier une porte. Sa présence ajouta le grondement de son armure énergétique à celui de Veryn, debout face à une rangée de moniteurs.
Chaque écran diffusait une image plus ou moins parasitée selon son âge, certains étant apparemment arrivés en fin de vie. Corten se plaça à a hauteur de Veryn et le salua d'un hochement de tête. Ses lentilles couleur sang reflétaient en kaléidoscope les parasites bleutés des moniteurs.

- Frère Chapelain, le salua Veryn sur un ton morne, lui rendant son hochement de tête.

Il ne portait pas de casque. La lueur de la pièce donnait une teinte bleutée à sa tâte cernée de runes. Il adoptait une posture relâchée, une main sur la hanche, l'autre caressant son menton alors qu'il analysait les projections. A sa droite, un servo-crâne flottait dans un son faible mais curieux, presque éthéré. Deux appendices ressemblant à des faux pendaient de la mâchoire sans vie, d'où tombait une liasse de câbles en tous genres, reliés à l'unité centrale de la pièce.
Ainsi pris en tenaille par deux têtes de mort, Veryn garda pour lui le comique de la situation, se gardant pour cette fois de lancer une mauvaise blague. Au lieu de ça, il désigna le moniteur qui regroupait les statistiques vitales des recrues qui se battaient sous leurs pieds.

- Déjà quatre novices abattus. Six serviteurs perdus. Cela fait beaucoup de pertes depuis leur arrivée. Nous en sommes à quatorze.

- Quinze, le reprit Corten. Auriez-vous oublié votre excès de zèle, frère Veryn ?

– Un candidat sérieux aurait au moins esquissé un mouvement. Je nous ai débarrassé d'une bouche à nourrir.

Le son qui émana du casque noir traduisit un soupir.

- Six serviteurs pour quatre pertes, le ratio est médiocre mais positif. Nous devons considérer l'adaptation de nos méthodes de travail pour cesser de perdre des recrues dans des boucheries relevant plus de l'inexpérience que de l'instinct ou du mental. Notre travail ici ne relève pas des schémas de recrutement standards.

- Puisque vous mettez le doigt dessus, frère-Chapelain, permettez moi tout de même de vous informer que cinq des six serviteurs ont été abattus par le même binôme. Les numéros 9 et 15.

- Le numéro 9...le noyé ?

- Affirmatif. Ses facultés de récupération n'ont rien d'extraordinaire, mais il s'est avéré capable de prendre des initiatives plus perspicaces que ses camarades. Il a obtenu le meilleur score à la Salle Blanche, sans doute ses yeux semi-terrans sont-ils moins sensibles à la lumière que nous.

Corten avança d'un pas vers les écrans dans le tintement des chaînes qui pendaient à sa ceinture et observa les sujets 9 et 15. Ils progressaient de concert, méthodiquement et avec précision. Le premier était facilement reconnaissable à la couleur de ses yeux et marchait en tête, tenant un poignard pris à sa première victime dans sa main. Un septième serviteur, tout en muscles et en implants mécaniques, les attendait dans un couloir adjacent. Son visage parcouru de vaisseaux sanguins dilatés était crispé autour d'une bouche aux dents serrées d'où coulait une bave écumante.

- Pourquoi n'y en a-t-il qu'un seul qui ait ramassé un poignard ? Demanda Corten en se retournant vers Veryn comme s'il en était responsable.

- Pardonnez mon manque de concentration, frère-chapelain, mais surveiller une trentaine de recrues en même temps n'est pas tâche aisée et écouter leurs pleurnicheries l'est encore moins. Mais si je me souviens bien, le numéro 15 n'a pas eu le droit d'en prendre un car il ne l'avait « pas mérité ».


Ramenant son regard sur l'écran, le Chapelain observa les deux recrues et  remarqua le langage des signes qu'ils utilisaient. Une seconde plus tard, le numéro 15 plongea au travers du couloir, attirant immédiatement le serviteur qui prit sa course en beuglant.
Sa silhouette luisante de sueur, dopé aux drogues de combat, il faisait trembler le métal sur lequel il courait de sa démarche lourde et pataude. A l'instant où l'automate franchit le seuil du couloir, le numéro 9 tomba du plafond, enserrant le cou du serviteur fou entre ses jambes. La créature n'eut pas le temps de lever les bras pour se débarrasser de l'agresseur que le poignard glissa le long de sa gorge, ajoutant à sa transpiration acide un flot de sang noir et collant. Finissant son mouvement de taille, Numéro 9 sauta en tournoyant de la masse de muscles en train de s'affaisser pour retomber, genou à terre, face à...

- Sa sixième victime, déclara Veryn en découvrant ses crocs dans un mince sourire. Ce bâtard est prometteur. Son acolyte est moins efficace au combat cependant, même si le travail en binôme semble être utile à notre petit prodige.

Corten manipula une molette sur le panneau de commande. L'image du couloir s'agrandit, zoomant avec une efficacité toute relative vers la recrue Numéro 9 qui se remettait sur pieds, rejointe par son binôme. La résolution détailla ses yeux bleus qui regardaient avec dédain le cadavre puant à ses pieds. Le Chapelain leva une main gantée vers le visage du jeune nostramien, désignant du doigt le sourire qui s'y dessinait.

- Ça, frère Veryn, dit-il. C'est ça qui lui est utile.


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"Vous êtes une race de proies, rien de plus, rien de moins." Asdrubael Vect.


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