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Message par Corax Sam 22 Déc 2012 - 14:22

Toujours aussi intéressant.

J'espère que tu arriveras à mettre ton récit ici pour que je puisse le lire et le critiquer comme il se dit.


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Message par Turielo Sam 29 Déc 2012 - 13:36

Ma gueule de bois du réveil ne fut rien comparée aux courbatures insupportables que m'infligea ma maudite banquette. Je mis peut être une bonne dizaine de minutes à me lever en faisant tout mon possible pour éviter de me retrouver bloqué comme avant, bougeant précautionneusement tandis que dans ma tête résonnaient toutes les cloches des églises de Teüto. Passées mes ablutions et prières matinales, je me dirigea d'un pas boiteux vers la cantine de nos quartiers pour infliger à mon estomac la consommation d'une de ces abominations qu'ils osaient appeler un petit déjeuner.
Je ne vis ce matin là ni Medrek ni Jonko, et aperçu Eurifas en pleine séance de sermons haineux auprès d'un petit groupe de personnel aux visages décomposés par la fatigue. Je n'étais pas en condition de supporter ses discours fanatiques, aussi le laissais-je à son auditoire pour aller m'attabler un peu plus loin.
Je me démena un moment avec la bouillie infâme qu'on m'avait servie avant de déclarer forfait pour me contenter de ce vomitif sensé être du café, regrettant amèrement celui si bon du sergent Deludas.
Un murmure de schizophrène familier me parvint aux oreilles et je reconnu alors l'adepte de l'Administratum qui m'avait apostrophé le premier jour de transit, deux tables plus loin, toujours plongé dans ses tablettes et sa démence, baragouinant sans cesse, son visage cadavérique tordu de tics nerveux. Devant lui, un autre individu portant les mêmes robes aux motifs de l'Administratum que son camarade de tablée contemplait d'un air las sa gamelle emplie d'un je-ne-sais-quoi ressemblant aux résidus laissés par un Ogryn atteint d'une grippe fulgurante. Nos regards se croisèrent un court instant, ses yeux traduisant a eux seuls son ennui extrême et je me contenta de hausser les épaules, secouant la tête de dépit en désignant le fou qui lui faisait face, geste qu'il dut prendre pour une invitation puisqu'il se leva précipitamment pour venir me rejoindre.
-Adepte Aemir Jibaltus. se présenta-t-il en me tendant la main, avec un timide sourire. Cela vous dérange-t-il si je me joins à vous?
-Père Kristophus Nevenski. répondis-je en lui serrant la main offerte. Allez y, adepte Jibaltus, vous aviez l'air au bord de la dépression!
-Père Nevenski? Nous nous rencontrons donc enfin! s'exclama-t-il, l'air soudain plus assuré, et tout à fait réjoui. Je fais partie du même groupe de "privilégiés" que vous. Vous êtes le premier des quatre que je croise, à vrai dire.
-C'est un plaisir de vous rencontrer, adepte Jibaltus. dis je en hochant la tête, avant de préciser: J'ai pour ma part également put obtenir une entrevue avec le Commissaire Malkh, vous êtes donc le deuxième que je rencontre.
-Eh bien vous avez eu plus de chance que moi, j'imagine. Je me suis vu refuser l'entrée de leurs quartiers. Mais je suis au courant de votre accréditation "particulière", mon père. En voilà de la chance... Si je comprends bien, nous sommes au moins sur un point d'égalité concernant le magos du Mechanicus qui complète notre quatuor et que ni vous ni moi n'avons vu.
-Il semblerait, adepte. Vous connaissez tout comme moi les gens bizarres que sont les serviteurs de l'Omnimessie...
-Oh, pour sûr, mon père, je ne les connais que trop bien pour ne plus tenter de les comprendre!
Nous nous mîmes à rire, puis Jibaltus posa le premier la question qui me brûlait les lèvres.
-Alors, que pensez vous de cette mission? De ces Futharks qu'on présente comme une menace potentielle?
-En toute honnêteté je ne sais pas encore trop quoi en penser... avouai-je, sentant que le sentiment semblait réciproque. Disons que j'ai assez fait l'erreur d'écouter l'avis d'un tel ou d'un tel, et que je me forgerai ma propre opinion lorsque je les verrai moi même.
-Me voilà rassuré, mon père... souffla Jibaltus, l'air détendu comme si ma réponse venait de soulager son esprit d'un poids considérable, et cela me sembla étrangement familier. Je pensai être le seul à voir les choses de cette façon. Par le Trône, quelle torture ce fut d'assimiler toutes ces différences d'opinions! J'ai bien failli moi même oublier mes propres pensées...
-C'en fut exactement pareil pour moi, adepte. le rassurais-je. Du moins jusqu'à ce qu'un ...ami ne me dise que quoi qu'il arrive, quoi qu'il se dise, je serai en définitive le seul juge de leur destin. Ceci est vrai pour chacun d'entre nous quatre, adepte. Notre devoir implique une totale neutralité pour établir si oui ou non ces Futharks sont coupables.D'autant plus que toutes ces rumeurs de blasphèmes et de complots d'un côté et celles de pureté et de loyauté de l'autre ne feront que nous égarer de la stricte vérité si nous y prêtons oreille...
-C'est exactement ce que je pense et que je me tue à dire à Kerik! explosa Jibaltus dans un murmure agacé.
-Kerik?
-Mon collègue, le fou furieux, là. grinça-t-il d'un air maussade en désignant l'adepte qui continuait de murmurer dans son coin comme un malade compulsif.
-Ah, lui... Oui, j'y ai déjà eu affaire, lors de mon arrivée. Un sacré numéro, qui n'a pas vraiment l'air saint d'esprit en effet.
-Il est complètement jeté, oui! Il est aux données ce qu'un drogué est à l'obscura! Et s'il n'y avait que ça encore... Il est complètement impulsif, paranoïaque, voire même agressif quand on le dérange ou qu'on ose le contredire. Loué soit le Trône de ne pas me l'avoir collé éternellement dans les pattes! Quatre mois à le supporter, le temps qu'il recense la populace et le prélèvement des dîmes, et zou! Retour à Fortis Hexx, bon débarras.
Un couinement plaintif s’échappa de la gorge de l'adepte fou et il leva un instant son visage émacié de ses plaques de données pour jeter un regard outré à Jibaltus.
-Adepte matricule zéro zéro un six six, puis je vous rappeler que ma présence en Yggdrasil est plus que nécessaire a vos travaux et que mon assignation à vos côtés résulte des plus hautes...
-Jibaltus! Mon nom c'est Jibaltus, espèce de cogitateur vérolé! l'interrompit l'adepte dans un feulement exaspéré.
Il tourna la tête en grognant, feignant de ne pas entendre les remontrances de son confrère donc le comportement névrosé évoquait en effet très justement un cogitateur défectueux.
-Par Terra! Je vous jure qu'il donnerai des envies de meurtres même à un serviteur, celui là! soupira Jibaltus. Enfin... Où en étions nous, mon père?
-Je vous disais que selon moi, la culpabilité des Futharks ne peut être établie qu'une fois que nous les aurons étudié de près, et sans se laisser influencer par les avis extérieurs. Nous seuls pouvons déduire si oui ou non ces gens en apparence loyaux méritent châtiment. C'est la mission qu'on nous a confiée après tout...
-Pas tout à fait mon père... corrigea Jibaltus en levant un doigt. Nous ne sommes pas des juges, mais des observateurs spécifiques à un domaine particulier et désignés par les véritables juges.
-Heiklimer. compris-je. C'est lui le premier qui s'est intéressé à l'Ordre de l’Épée, et donc aux Futharks. J'aurai presque laissé cet aspect là de côté...
-Exactement. acquiesça l'adepte en souriant. J'ai bien failli moi même omettre qui était notre commanditaire après avoir été saturé de tant d'avis divergents, mais c'est pourtant là le plus important à retenir. Il est le seul juge, et nous sommes ses yeux et ses oreilles, c'est pour cette raison que nous nous devons de conserver une totale neutralité d'esprit dans l'accomplissement de notre mission.
-Par l'Empereur, comment ai-je pu oublier quelque chose de tellement évident? me lamentai-je soudain.
-Tout comme moi. Vous avez été aspiré par la spirale des polémiques concernant les Futharks, et ce sont ces rumeurs nos pires ennemies. Croyez moi, ce n'est que le début.
-Que voulez vous dire?
-Eh bien, vous imaginez bien que nous allons avoir droit au même problème chez eux... Nous allons devoir jongler entre une énorme quantité d'opinions, de rumeurs et de faits avérés. expliqua Jibaltus en imageant la chose par de grands mouvements des mains. Notre travail premier sera de les étudier de façon objective pour pouvoir faire le tri. Et je pense que ce sera là la partie la plus complexe de notre tâche. En définitive votre ami n'a pas tort dans ce qu'il vous a dit. Quoi qu'il se dise ou qu'il s'avère être vrai ou faux, seul notre rapport final donnera les éléments à Heiklimer pour décréter si les Futharks sont purs ou corrompus.
Je retournai un instant les propos dans ma tête, et hochai du chef, tout à fait reconnaissant que Jibaltus soit parvenu à faire taire mes derniers doutes. Les paroles d'Eurifas, les doutes de Vanar, les spéculations de Medrek... Toutes ces considérations s'envolèrent, et je me retrouvai enfin seul, unique maître de ma pensée.
-Adepte, vous et l'ami dont je vous ai parlé êtes vraiment les personnes les plus sensées que j'ai pu rencontrer pour le moment! exultai-je. Puisse l'Empereur vous bénir tout deux.
Jibaltus fit le signe de l'aquila de même qu'un grand sourire.
-Vos paroles me touchent, mon père. dit il simplement. Content d'avoir pu aider.
-Malkh m'a dit qu'il devait être déposé avec sa Compagnie sur Àsgard. Quelle est votre destination, adepte?
-La même que le Commissaire, semblerait-il. Je dois me rendre à Valhal, la cité capitale de la planète. De ce que j'ai pu recueillir dans les données auxquelles j'ai accès, le Commissaire Malkh sera déployé dans une zone militaire d'une contrée du sud de la cité minière de Vjorheim et le magos auprès des forges du même Comté. Vous êtes dans le même groupe que nous, je suppose donc que vous serez aussi laissé sur Àsgard, mais je n'ai trouvé aucune information sur le sujet dans les données que Kerik ne cesse de consulter.
-Le Diacre Seculos m'a juste informé qu'un adepte du Ministorum devrait venir me trouver pour me donner le lieu de mon atterrissage. De ce que j'ai pu comprendre, la chose était encore en délibération entre Fortis Hexx et le gouvernement central d'Yggdrasil.
-Qui se trouve sur Àsgard. m'informa Jibaltus.
-J'ai entendu vaguement parler de leur système de "gouvernement central", mais il m'a toujours paru étrange. remarquai-je.
-Il n'est pourtant pas unique... De ce qu'on sait, la Garde Futhark du temps de l'Hérésie, qui prit une part importante lors des affrontements contre les renégats s'implantant dans cette portion du Secteur, notamment en Yggdrasil, furent récompensé par l'obtention d'Àsgard, mais possédaient plusieurs bases d'attache sur les autres mondes du système où ils continuèrent par la suite d'y prélever leurs recrues. Officiellement toutefois, Àsgard demeurait le seul monde Futhark, les autres ayant leur gouvernement propre. Mais plus tard, les échanges commerciaux et les guerres aidant, le système entier se regroupa autour de la bannière àsgardienne de sorte qu'il devint une sorte d'empire planétaire obéissant à l'Imperium mais ayant son propre fonctionnement.
-Vous dites cela comme si c'était déjà à l'époque une forme de schisme avec Terra. dis-je, intrigué. Pourtant il existe bien d'autres exemples de ce type dans l'Imperium... Et au delà de la Garde, on pourrait même citer le domaine Astartes d'Ultramar.
-C'est vrai, et c'est bien pour cela à mon avis que personne n'y trouva alors à redire. D'autant plsu que des histoires aussi vieilles tiennent aujourd'hui plus de la légende que du fait conret. admit Jibaldus. Seulement voilà. Si leur gouvernement central, celui d'Àsgard, est connu de tous et en accord avec les lois et principes de l'Imperium, il demeure que leur véritable structure sociale, et j'entends par là autant militaire que civil, est pratiquement inconnue. Sauf de leurs alliés, qui se gardent bien d'en parler autour d'eux.
-Vous voulez parler de l'Ordre? Mais pourtant leur intégration en son sein est récente...
-L'Ordre en lui même est jeune. Les Futharks font même partie de ses fondateurs. précisa Jibaldus. Peu importe, c'est précisément sur ce point que Heiklimer veut que je travaille.
-Sur leur véritable structure sociale?
-Tout à fait. Pour faire simple, je dois analyser le tout de façon à définir si ils obéissent à la Loi Impériale et si leur société ou leur culture n'est pas une porte ouverte sur des doctrines interdites.
-D'où votre intérêt pour leur société et leur Histoire... supposai-je enfin.
-Précisément. affirma-t-il. Je sais que votre tâche est plus large et que vous pourrez vous même en savoir plus que moi à ce sujet là, mais disons que je fais là le boulot "officiel", et que votre compte rendu permettra une appréciation plus subjective, plus "personnelle". En définitive, que ce soit le Commissaire Malkh, le magos ou moi même, vous seul influerez directement Heiklimer. D'où votre statut de "privilégié au sein des privilégiés", si vous me permettez l'expression...
-Vous trois travaillant sur la forme du problème, et moi sur le fond... traduisis-je pour moi même, songeur.
-C'est une image assez juste je suppose. Vous avez de la chance vous savez, Kristophus. acquiesça Jibaldus, presque admiratif. Mais rappelez vous le vieux proverbe: un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Vous n'aurez pas le droit à l'erreur, mon père.
-Je le sais, adepte Jibaldus. Je le sais. dis je en souriant.
L'adepte Kerik émit soudain un bruit étrange, et Jibaldus se tourna vers lui avec véhémence. L'autre lui renvoya un regard de chien battu, produisant une tablette de données hololithiques que mon compagnon de conversation lui prit pour l'étudier.
-Eh bien... fit il, tout à sa lecture. On dirait que ce grand détraqué a trouvé quelque chose qui vaille la peine d'être travaillé.
-Et quoi donc? demandais-je, poussé par la curiosité.
-Voici un diagramme illustrant les ramifications des différentes familles marchandes à l'origine du système de guildes qui régissent l'économie d'Yggdrasil. m'expliqua Jibaldus. Certaines sont très anciennes...
-Je suppose dans ce cas qu'il serait sage que je vous laisse à votre étude, adepte. fis je en me levant, pour ensuite lui serrer la main. Je suis content d'avoir pu vous parler. Merci pour votre aide.
-Merci à vous, père Nevenski. répondit-il. Peut être nous recroiserons nous prochainement...
-Ce sera avec plaisir, ser. acceptais-je avant de le laisser à sa nouvelle tâche.
Pour ma part je décidai de retourner à mes appartements spartiates afin de me replonger dans ma propre étude préliminaire, tout en repensant aux paroles de l'adepte concernant la teneur réelle de notre mission. Et je me dis intérieurement que toute brute qu'il devait être, Marvin Deludas était remarquablement clairvoyant...


Dernière édition par Turielo le Mer 12 Juin 2013 - 13:12, édité 1 fois


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Message par Turielo Sam 5 Jan 2013 - 13:22

Voilà donc que se termine la première partie d'Ùtlendr et le père Kristophus devra faire face à un nouveau dilemme avant d'enfin pouvoir entamer sa sainte mission.

***

Arrivé dans ma cellule de transit, je passa la pus grande partie de ce qui restait du cycle diurne du cargo à compiler mes première observations, à établir des fiches comparatives concernant mes différents camarades de mission rencontrés et à établir une liste de priorité dans mes recherches suivant ce que j'avais pu glaner comme info.
La discussion avec Jibaldus s'avéra avoir été d'une grande aide puisqu'elle me permit de voir mes autres rencontres du moment sous un autre angle. Aussi entamais-je le premier des livres vierges que m'avaient fourni les services du Diacre avant mon départ. Je possédais ainsi un certain nombre de carnets et calepins en tout genre pour pouvoir prendre des notes rapides, une dizaine de gros livres destinés à rédiger au propre mes observations et un bloc de données portable afin de pouvoir stocker mes captures hololithiques, des croquis et des documents originaux. J'ouvris le premier des livres, un gros tome relié à couverture de cuir rouge et portant gravé sur sa première de couverture un gros chiffre un doré. Je l'intitula "Des intervenants de la mission Imperator Lux", et décida d'y compiler tout ce qui concernait mes collègues.
Je commençai donc par un rapide résumé de ces cinq jours de transit, y présentant brièvement mes rencontres et ce qui en ressortit, puis mes collègues et rencontres eux mêmes en ajoutant quelques notes d'appréciations personnelles.
Bien évidemment je parla en premier du trio de la cantine.
Je décrivis Medrek comme un libre marchand respectable et ayant visiblement eu une certaine expérience avec les Futharks par le passé, relevant en particulier son point de vue assez neutre sur la question la culpabilité des habitants d'Yggdrasil. Je précisa en notes que Medrek pourrait m'être d'une aide précieuse si je voulais approfondir mes observations du commerce du système mais qu'il pouvait tout aussi bien être une gêne si sa neutralité cachait en réalité un certain degré d'affection vis à vis des Futharks.
Je présenta mon confrère Jonko comme un fidèle serviteur du Credo Impérial, ayant pris à cœur sa mission, mais ne pouvant faire abstraction des rumeurs au sujet de la désacralisation de l'Empereur-Dieu. Ses talents de géographe allaient se révéler fort utiles à notre travail, mais je craignais que son esprit de prêtre ne succombe aux affronts vers lesquels on disait que nous nous dirigions. Son âme était en proie au doute, et le doute fait faire des erreurs, surtout si on prête trop l'oreille à certains mauvais conseillers...
Ce fameux mauvais conseiller, je le définit sous les traits d'Eurifas, bien évidemment. Sombre fanatique convaincu de la culpabilité des Futharks et du besoin de les purger sans pitié, il fut sans nul doute celui là même qui ébranla fortement mes pensées. Je repensa un moment à notre dernière discussion qui avait fait voler en éclats la belle vision que j'avais eu de notre mission, et à cette impression de haine aveugle qui découlait de ses paroles. Son rôle était bien évidemment de déceler toute trace avérée d'hérésie, mais je craignais fortement que son parti pris ne fasse échouer la mission, le mépris d'Eurifas risquant fortement de nous attirer toute sorte de réactions hostiles. Je notais, en le soulignant nerveusement, que la prudence extrême était de rigueur avec lui.
J'encadrai le nom de Malkh d'encre rouge, notant en marge de mes paragraphes qu'il faisait partie des quatre privilégiés d'Imperator Lux. Je le présenta comme un individu loyal à l'Imperium comme se le devait d'être tout Commissaire, mais nourrissant beaucoup d'hésitation et de curiosité pour les Futharks. Sous ses dehors il prétendait se préparer à être confronter à des déviants, mais son attitude laisser transpirer ses doutes. Je ne pu que supposer qu'en sa qualité de membre important de la mission, comme moi, il préférait faire montre d'une prudence exagérée.
Je parla brièvement du capitaine Vanar en précisant ses fonctions et l'effectif de sa Compagnie, le décrivant comme un individu qui comme Eurifas semblait partir d'une pensée déjà établie sur les Futharks, et qu'il les considéraient pratiquement comme étant déjà coupables. En marge je dessina un point d'exclamation suivit du nom d'Eurifas, signifiant que selon moi il était préférable que ces deux là ne se rencontrent pas trop, l'un pouvant influencer l'autre de manière irréversible.
De même, je nota brièvement combien le sergent Deludas m'aida à peser le pour et le contre dans tout ces avis divergents, et, tandis que je repensais à nos discussions, me surpris à esquisser en bordure une petite tasse de café chaud. Je souris et me dit que c'était finalement la plus grande aide que m'avait apporté le sergent: un peu de chaleur au milieu d'une atmosphère déjà lourde et rendue presque insupportable par cet affreux cargo...
Comme je l'avais fait pour Malkh, j'encadrai le nom de Jibaldus de rouge et nota également les mêmes impressions d'hésitations et de prudence chez l'adepte de l'Administratum. Toutefois je précisa aussi qu'il s'agirait probablement de mon allié le plus précieux sur le terrain, au vu de ce que nous nous étions dit lors de notre rencontre. Nos idées étaient relativement proches et j'avais senti chez lui ce même besoin de faire rejaillir la stricte vérité sur les Futharks, comme pour finalement leur rendre justice pour toutes les rumeurs diffamatoires qui couraient à leur sujet.
Je finis vaguement en écrivant le nom de l'adepte Kerik et ma main resta suspendue en l'air un instant tandis que je cherchais la façon la plus juste de décrire l'individu. Ses paroles me revenant en tête, j'optais finalement pour la description fort juste qu'en avait fait Medrek et inscrivit "le scribe le plus timbré de l'Imperium", en me mettant à glousser devant ce qui me semblait être un sujet totalement impossible à expliquer.
Je tamponna l'encre fraîche avant de la saupoudrer de fixatif et referma le grimoire. Il n'y avait pour le moment guère grand chose à ajouter...
Je me laissa basculer en arrière pour m'appuyer sur un de mes sacs déformés par le nombre de fois où je m'étais avachi dessus, et même avec lui, alors qu'il était assez épais et bien rempli de vêtements, je ressentais la sournoise torture procurée par cette maudite banquette, avec l'impression très nette qu'elle venait trancher dans ma chaire pour en faire jaillir les os.
Le désagrément passé -ou plutôt ignoré par la force de l'habitude- je ramena mes mains sous ma tête et, perdu dans mes pensées, fixa le plafond rouillé au centre duquel clignotait un lumiglobe en fin de vie.
Je ne pensa pas à quelque chose en particulier, ce fut plutôt comme si ces cinq jours de transit défilèrent à vitesse augmentée devant mes yeux, en un tourbillon de souvenirs plus ou moins frais, et cette impression lancinante au fin fond de mon crâne qui disait que l'attente allait encore être longue. D'après le communiqué de départ du Capitaine de cette poubelle, le trajet depuis Fortis Hexx jusqu'à Yggdrasil devait durer une bonne semaine. Cinq jours spatiaux étaient déjà passés, et j'espérais profondément que la "bonne semaine" ne durerait plus que deux jours, et pas plus. Mon corps sentait horriblement fort malgré les quelques douches que j'osais prendre le matin (la propreté des douches évidemment à l'image du reste du cargo) et je commençais à ressentir ce besoin urgent d'en sortir pour courir et respirer de l'air frais, quel que soit l'endroit où nous allions.
Mon entrevue avec Jibaldus renforçait d'autant plus ce besoin de sortir de cet enfer corrodé que je voulais commencer au plus vite mon travail, de manière à me faire au plus vite mon idée propre sur ce qui m'attendais. Les discours fous de Medrek ou les sermons déments d'Eurifas étaient pour moi source d'obstacles, faisant office de perche malsaine remuant et troublant mes pensées au point de m'en faire perdre le fil et d'éveiller en moi de désagréables sensations de peur, de paranoïa et de lutte de foi. A cette dernière pensée, je ne pus m'empêcher de serrer dans ma main l'aquila argenté que m'avait offert Seculos.
-Empereur-Dieu, que Ta Lumière me garde des ténèbres... murmurais-je.
J'espérais tant que je n'allais pas débarquer en plein foyer d'hérésie, gonflé comme un abcès menaçant d'éclater à tout instant, faisant exploser la révolte comme si elle était resté à gronder sous terre comme un volcan en éveil, dévastant tout sur son passage. Et moi sur le passage...
Ce serait d'autant plus une terrible chose qu'il fallait bien reconnaître la puissance des Futharks et, en dépit des restrictions imposées par l'Imperium, l'étendue de leur territoire d'influence. Ce ne serait pas juste un monde qui tomberait à l'ennemi, mais tout un système d'un coup. Et je frissonna rien que de penser qu'ils n'étaient pas seuls à être soupçonnés.
En effet, j'avais bien compris dans le dossier que m'avait fait transmettre Heiklimer que des missions similaires à la nôtre avaient été envoyées auprès d'autres forces suspectes comme les Astartes Repenters ou Sun Hawks, la Garde Praetor, les Gardes Pénitentiaires de Dikfoss, et tant d'autres suspectés ou ouvertement rattachés à l'Ordre de l’Épée que de plus en plus voulaient voir tomber, tandis qu'autant voulaient s'en rapprocher.
D'une certaine manière les inepties de Medrek n'étaient pas toutes infondées, car si l'Ordre était bel et bien un nid de corrompus et de déviants comme aimaient à l'insinuer certains, ce serait sans doute le début d'un conflit terrifiant qui menacerait l'ensemble du Secteur. Un clivage d'alliance abominable qui entraînerait la moitié de Mythos contre l'autre moitié. Et bien évidemment, les Orks des Régions Sauvages ou les pirates des Contrées Mortes ne rateraient pas si belle occasion de profiter du chaos de la guerre pour s'emparer de mondes et former des empires bien plus difficiles à déloger...
Je me sentis presque nauséeux à de pareilles pensées, et tritura mon amulette de plus belle, comme si j'espérais follement que l'Empereur Lui même m'apparaisse pour m'affirmer que cela n'arriverai pas, ou que je me réveilla en réalisant que c'était un mauvais rêve.
Un seul coup frappé à la porte, qui résonna comme un véritable tir d'artillerie lourde comme ceux tirés lors des célébrations martiales de Fortis Hexx, acheva de me terroriser et manqua de faire éclater mon cœur de surprise.
Retrouvant subitement mes esprits, je me leva tout tremblant et alla ouvrir la porte. Je me retrouva nez à nez avec un homme d'une maigreur à vous donner l'impression d'être obèse, aux yeux gris marqués de cernes plus profondes que des tranchées et au crâne rasé tacheté de taches brunes hideuses. Sur le front de l'homme brillait un petit aquila riveté et ses robes crèmes étaient porteuses de l'icône de la Sainte Ecclesiarchie.
-Père Kristophus Nevenski? s'enquit l'homme-cadavre.
-C'est bien moi. répondis-je en tentant de maîtriser le tremblement de ma voix, encore sous le choc de cet éveil brutal.
-Je suis le Père-missionnaire Argustaz, que sa Sainteté le Diacre Seculos a envoyé à votre rencontre. se présenta-t-il. Je vous prie de m'excuser de venir à vous si tardivement, d'autres devoirs plus urgents m'ont retenu dans une partie du cargo.
-Je vous en prie mon frère, il n'y a rien à excuser. dis-je en le saluant d'un signe appliqué de l'aquila.
-Si vous le voulez bien frère Nevenski, nous allons discuter de votre tâche personnelle. dit il avant de préciser en jetant un regard qui en disait long sur la cabine exigu qui me tenait lieu de chambrée. Ce sera probablement plus... confortable qu'ici pour parler.
Il se tourna sèchement et commença à repartir d'un pas léger, presque fantomatique, donnant l'impression qu'il flottait dans l'air, ses gestes délicats et lents, comme celui qu'il me fit de la main pour me faire signe de le suivre.
-Venez, frère Nevenski. J'ai déjà vu le frère Jonko et d'autres clercs à bord, mais vous êtes celui que je dois voir le plus longuement.
-J'imagine que cela est dû à mon rang de privilégié... me moquais je en repensant à ce titre absolument irritant que tous me donnaient.
-Pas seulement. répliqua Argustaz d'un voix traînante derrière laquelle on percevait une note piquante d'autorité. Vous avez des ordres en plus de ceux que vous a confié le Seigneur Inquisiteur Heiklimer.
-Ah? Très bien... fis-je, curieux et étonné. Puis-je sav...
-Ils vous proviennent directement du Cardinal Pontius, et nous n'en parlerons pas ici. me coupa-t-il, sa voix devenue clairement sèche et sévère. Suivez moi je vous prie, frère Nevenski. Et plus un mot.
Nous prirent une longue suite de couloirs puants l'huile et la sueur, quittant bientôt le quartier des civils et dépassant tout aussi vite celui des militaires, avant d'arriver en vue de la zone purement réservée à l'équipage du Star Rider. Au terme de notre progression silencieuse, nous débouchâmes à ma grande surprise sur le pont du cargo lui même. Surprise car c'était bien la première fois que je voyais un endroit à peu près propre et bien tenu depuis que j'étais monté à bord. La porte à double battants que nous passâmes nous amena à gravir une courte volée de marches menant à une large estrade en demi cercle de peut être une vingtaine de mètres de rayon. Sur tout le pourtour de la partie circulaire on comptait des grappes de cogitateurs ronronnant et de serviteurs branchés à même le vaisseau tandis qu'au milieu de la courbe d'appareils de contrôle était monté un large écran aux reflets émeraude. Derrière cet écran s'ouvrait une verrière étroite, close pour l'occasion du transit Warp, de laquelle partait le plafond débordant de câbles pendants comme les entrailles tombant du ventre ouvert du énorme bête.
Au centre de la pièce s'élevait une autre petite estrade sur laquelle étaient rivetés trois fauteuils, l'un surplombant les deux autres qui contrairement à lui étaient fixes. De là, on avait une vue parfaite sur les instruments, sur l'écran principal, et sur l'extérieur. Un individu au ventre bedonnant et au faciès de phacochère se tenait vautré sur le fauteuil le plus haut, sa tête hirsute et replète reposant sur une de ses mains aux doigts gourds tandis que de l'autre il faisait nonchalamment défiler des images pics sur un petit écran cerclé de cuivre s'élevant sur le côté droit du trône. Son uniforme beige était constellé de tâches et résidus graisseux et une écharpe effilochée qui avait dû jadis être d'un rouge sanguin débordait des plis boursouflés de son ventre que contenait à peine sa veste.
Nous entendant arriver, l'affreux individu tourna vers nous sa tête porcine aux longs cheveux ébouriffés en une large crinière de crasse, ses yeux gonflés et rougeauds cherchant à nous discerner tandis qu'une de ses grosses paluches alla gratter son épaisse moustache tombante. Il finit par nous apercevoir et hocha la tête, provoquant sur son cou un véritable raz de marée de chair graisseuse, et s'en retourna à son occupation en s'adressant vaguement au Missionnaire.
-Père Argustaz, je suppose que vous ne vous lasserez jamais de venir trottiner sur mon pont pour rejoindre vos quartiers... fit il d'une voix brailleuse et rauque faisant plus penser à vagissement bestial qu'à la voix d'un homme.
-Je fais faire le tour de votre "palace" à notre invité d'honneur, Capitaine Loycar. répondit le Missionnaire sans stopper sa marche, comme si le Capitaine ne valait pas qu'on lui porte plus d'attention qu'à une salissure sur le sol.
Je fus outré de savoir qu'il était Capitaine de vaisseau tout en comprenant mieux l'état général du Star Rider. Un officier de pont surpris mon regard écœuré et se contenta de hausser les épaules, comme si il voulait me dire: "eh... on s'y fait, vous savez...". Pour ma part je ne préférais pas savoir quoi que ce soit qui ait un rapport avec cet horreur qui se prétendait commander un vaisseau convoyant des personnes en masse tout au long de l'année...
Argustaz me fit signe de continuer à le suivre, tandis que la seule manifestation du gras Capitaine à mon encontre fut un rire gargouillant, comme si ma présence n'était qu'un divertissement fade à ses yeux.
Le Missionnaire ouvrit une porte renfoncée en arrière du pont, et nous pénétrâmes dans une petite pièce ovale seulement meublée d'un écran tactique sur un mur et d'une grande table en son centre dont la forme épousait celle des murs. Argustaz, d'un léger mouvement de la main, m'invita à m'asseoir et prit place juste devant moi. Il tira vers lui une serviette de cuir usé et en sortit quelques documents qu'il considéra rapidement en chaussant une paire de fines lunettes demi-lune, avant de river à nouveau son regard sur moi.
-D'après le Navigator du Capitaine Loycar nous auguré ce matin que notre voyage touchait à sa fin.
Je laissa échapper un profond soupir de soulagement à l'idée de quitter cet endroit insupportable. Argustaz esquissa un début de sourire, comme s'il comprenait mon sentiment et qu'il le partageait amplement.
-Je suppose que vous êtes impatient de commencer votre mission auprès des Futharks, reprit-il, son sourire ayant disparu aussi vite qu'il était apparu. Sachez toutefois que les choses doivent quelque peu être revues... Le Cardinal Pontius ne fait absolument pas confiance aux Futharks et fait partie, comme vous le savez sûrement, de ceux qui considèrent que l'Ordre de l'Épée est une menace et que ses alliés ou proches sont de dangereux suspects.
-Monseigneur Seculos m'a personnellement communiqué ces craintes, et je les comprends, même si je ne partage leur point de vue sur certains points. dis-je. Le Diacre avait même l'air de ne pas être en faveur de la mission Imperator Lux...
-Il est vrai. confirma Argustaz. Mais ce n'est pas la mission en elle même qui est mal vue, frère Nevenski. C'est celui qui l'a ordonnée.
-Heiklimer?
-Le Cardinal Pontius, ainsi que nos frères et alliés qui partagent sa vision, pense que le Seigneur Inquisiteur Heiklimer fait partie de ces personnes qui tentent honteusement de faire échapper l'Ordre à la sainte justice impériale, pour pouvoir bénéficier des sombres secrets de ces déviants.
-Voilà une bien grave accusation, frère... murmurais-je, choqué par ces propos et ce qu'ils impliquaient.
-D'autant plus grave qu'il se dit que le Gouverneur Galvinius lui même serait mêlé à l'affaire. continua Argustaz, et je vis se tramer la même folie que celle narrée par Medrek. Le complot était-il réel? Que le Trône nous protège tous si tel était le cas!
-Pour autant, et après délibérations, poursuivit Argustaz, vous ne dévierez pas de votre devoir envers l'Inquisiteur. Mais vous allez devoir remplir certains objectifs pour nous. Discrètement. Rien d'officiel.
-A savoir? demandais-je, inquiet de la tournure que prenaient les choses.
-Vous chercherez pour nous toute trace évidente d'hérésie, même mineure. N'importe quelle preuve, soupçon ou doute que vous aurez, vous nous le ferez savoir. Vous observerez pour Heiklimer, quoi qu'il puisse vouloir tirer de cette folle entreprise, et vous nous fournirez ce dont nous avons besoin pour en finir une bonne fois pour toute avec les inepties de l'Ordre de l’Épée.
-C'est de l'espionnage, Argustaz! m'indignais-je. Je suis un prêtre au service de l'Empereur, pas un soldat envoyé au front pour quérir des informations sur un ennemi!
-Vous êtes, comme vous l'avez si justement dit, au service de l'Empereur-Dieu. Et nous sommes Ses représentants. L'Ordre n'a de cesse depuis des siècles de multiplier les actes qui auraient mille fois condamné des peuples entiers. Ils sont peut être loyaux aux yeux de ceux qui veulent bien le croire, mais nous ne souffrirons pas une minute de plus de ce mensonge. La vérité, c'est qu'ils sont sur la voie de l'hérésie depuis trop longtemps, et cela doit cesser. Nous vous le demandons à vous, en tant que frère, et parce que vous avez les accréditations nécessaires pour plonger au cœur de leur blasphème pour le porter aux yeux de tous, et faire justice au Nom de l'Empereur.
-Vous vous servez de moi... lâchais-je, abasourdi par une telle absurdité.
-Vous n'êtes pas seul. Un autre sera présent, officiellement cette fois, pour chercher des preuves de leur hérésie. Mais les tractations entre les hérétiques de l'Ordre et le Seigneur Heiklimer ne lui ont pas permis de rester indéfiniment.
-Eurifas. compris-je. C'est pour cela qu'il est là.
-Le frère Confesseur Eurifas a pu être sélectionné par Heikimer sur la base de ses travaux, mais par la grâce de Terra, il nous est fidèle avant tout. Il effectuera son travail comme il se doit, mais il aura besoin de votre aide. Nous aurons besoin de votre aide. La situation du secteur est bien trop fragile pour nous permettre une accusation ouverte et tout ce que cela entraîne. Il nous faut débusquer l'infamie dans l'ombre avant de pouvoir frapper sûrement.
Argustaz me parlait sans haine, ni reproche, et même son autoritarisme se faisait discret. Il voulait me convaincre de faire ce sale boulot, cette trahison, pour eux plutôt que de m'y obliger. Il savait aussi ce qui arriverait dans le Secteur, et même peut être au delà, si cette situation venait à être révélée au grand jour avant qu'ils ne l'ai décidé.
Je me sentais affreusement mal, blessé et trahi. Je me sentais malade d'être ainsi désigné comme un objet de basse-œuvre.
-Je... Je suis terriblement déçu par votre manière de concevoir les choses. réussis-je à dire, et Argustaz ferma les yeux en poussant un soupir désappointé. En tant que serviteur de l'Empereur, je ne peut refuser de débusquer le traître et le démon. Mais je refuse de le faire de cette manière. C'est lâche... et salissant.
-Considérez bien votre place, frère Nevenski. dit le Missionnaire d'un ton glacial dans lequel était revenu son autorité au grand galop. Vous dépendez de l'autorité du Cardinal Pontius, même en dehors de son diocèse. Ne l'obligez pas à vous donner l'ordre d'obéir quand il vous offre l'opportunité de briller de vous même, de prouver votre foi et votre loyauté.
-Au diable vos manigances! explosais-je, furieux de me retrouver ainsi le couteau sous la gorge, d'une manière aussi dégradante. J'ai reçu pour mission officielle de rapporter aux yeux et su de l'Imperium si oui ou non les habitants d'Yggdrasil sont des déviants hérétiques ou des sujets loyaux mais mal compris. C'est ce que je ferai, et rien d'autres. J'irai vers eux sans haine ni amour. J'irai chez eux la foi en l'Empereur dans mon cœur, et la morale impériale dans l'esprit. Je ne me laisserai pas entraîner dans votre joute de pouvoir, au risque de faire basculer le Secteur, ou même l'Imperium tout entier dans la discorde! Je ferai le devoir qu'on m'a confié et je déclarerai personnellement si ces gens là sont coupables. C'est ce que veux Heiklimer, et c'est ce que veux Pontius aussi. Qu'importe qu'ils ne puissent travailler ensemble, leur demande est finalement la même, et l'un comme l'autre, il devront se contenter de mon rapport basé sur un travail qui me sera propre.
Le silence retomba aussi lourd que du plomb, aussi malsain que la maladie, aussi total que le souffle de la mort. Argustaz me fixait de ses yeux de cadavre, sans rien laisser transparaître de ses pensées. Je m'étais levé d'un bond pour vider mon sac et lui dire à quel point j'étais las de devoir supporter les effets de leur guerre intestine. Mes poings tremblaient, serrés, et je respirais bruyamment, la colère m'empourprant le visage et me donnant une nausée acide.
Le Missionnaire finit par hocher la tête et se leva pour m'indiquer la sortie de la pièce.
-Je crois que nous nous sommes compris, frère Nevenski. déclara-t-il. Vosu avez marqué un point en définissant votre objectif comme étant le même que visaient l'Inquisiteur Heiklimer et le Cardinal Pontius. Par conséquent, je considère à titre personnel que vous avez accepté la mission du Cardinal en plus de celle de l'Inquisiteur. Vous pouvez vous préparer à l'arrivée, j'enverrai un officier de liaison vous prévenir quand vous serez parvenu à destination.
Je passa devant lui, ma colère ayant laissé place à un terrible sentiment de malaise. Avant de refermer la porte, il s'adressa encore à moi.
-Puisse l'Empereur-Dieu aimé de tous guider vos pas, frère Nevenski. Je prierai pour que ne fassiez pas un choix stupide lorsque le moment viendra. Ce serait... regrettable. Bonne chance.
la porte se referma sans bruit, et je quitta précipitamment le pont sans même accorder un regard à la silhouette grotesque du prétendu Capitaine du Star Rider. Je marchais d'un pas raide et rapide, tellement abasourdi par ce qui venait de se passer que je ne me souviens pas avoir eu une seule véritable pensée sur le chemin du retour à ma cellule, allant droit et sans hésitations comme un somnambule.
Lorsque je parvins enfin dans ma petite chambre, ma conscience fit un retour fracassant et je tomba à genoux en pleurant. Je resta prostré ainsi à maudire ma condition qui au demeurant était la meilleure de toute mon existence. Je suppliais l'Empereur de me donner la force de résister aux horreurs de cette guerre passive.
Je resta cloitré dans mon appartement l'essentiel de la journée suivante, à ruminer mon sort, assis sur l'affreuse banquette lit mise à nu, mes affaires prêtes et jetées à terre.
Je n'éprouvais aucun remords quant à ma décision, pas plus que je ne plongea à nouveau dans le doute quant à ma mission. Les paroles de Deludas et de Jibaldus avaient été plus que précieuses et je récita plus d'une bénédiction pour eux.
Ce que je ressentais était une froide colère, un sentiment de perte cruelle mais que je ne pouvais pas définir. J'avais un goût amer dans la bouche et la tête vidée de toute véritable pensée ou émotion, comme plongé dans un coma éveillé, trop choqué et meurtri par l'idée de se retrouver simple pion sur l'échiquier d'un odieux conflit fratricide.
Incapable de trouver la force de me lever et d'aller chercher du réconfort ou de seulement aller me changer les idées quelque part dans cette immonde carcasse rouillée, je restais assis sur la banquette grillagée en restant le regard vaguement fixé sur le tas que formait mes affaires empaquetées. Je me mis par moments à somnoler, sans rêver, sans me reposer, chaque fois me réveillant doucement, terriblement fatigué et d'une humeur fort maussade.
Je ne me rendis pas compte au final du passage du sixième jour, et finis par me résoudre à trouver un peu de sommeil réparateur en vue du septième et, j'espérais, dernier jour de transit.
Lorsque ce jeune officier est venu m'annoncer quelques heures plus tard que nous étions arrivés en Yggdrasil, je n'ai pu m'empêcher de remercier l'Empereur haut et fort pour avoir mis fin à ce transit abominable. La nuit avait été épouvantable, mon lit de torture m'interdisant tout sommeil trop profond. J'ai bien cru que mon postérieur garderait pour toujours les marques de cette ultime nuit passée à bord du Star Rider...
L'officier, un jeune homme maigre comme un clou et au regard de rongeur, me mena jusqu'au hangar du cargo, afin que nous voyions ensemble les derniers détails à régler avant que je rejoigne la surface pour débuter ma tâche. Le Diacre avait été bienveillant envers moi, malgré l'odieuse manipulation qu'il avait tenté avec moi, puisqu'il me fournissait un sacré paquet de bric à brac de scribe, des livres aux sujets aussi divers que variés, ainsi que pas moins de deux serviteurs pour m'assister. L'un d'eux, aux muscles sur-développés, se chargea de porter mes nombreux bagages et l'officier qui m'avait aidé me mena à ma navette en me précisant où nous étions parvenus.
-Première escale de l'indomptable Star Rider: Àsgard, planète principale d'Yggdrasil. m'annonça-t-il fièrement en jouant le guide touristique, en rajoutant des tonnes par des gestes exagérés et un sourire plus que forcé.
-Comme les autres donc... songeais-je, heureux à la perspéctive de retrouver des gens comme le sergent Deludas, le Commissaire Malkh ou l'adepte Jibaldus. Quelle est ma destination en surface?
-Votre transport vous mènera à un village près de la cité de Vjorheim, sur le continent de Thrudheim. Là bas un guide devrait vous accueillir. Ensuite, seul l'Empereur pourra vous aider...
Je répondis à l'officier avec un sourire poli et un signe de l'aquila appliqué, mais j'étais intérieurement déçu de commencer dans un lieu de basse population. Évidemment les contacts d'Heiklimer avaient averti les hautes instances d'Yggdrasil de ma venue, mais ceux ci avaient apparemment jugé que je n’étais pas prioritaire pour les rencontrer en personne.
A moins que ce ne soit encore un tour joué par le Cardinal Pontius. Un autre mouvement sur leur maudit échiquier...
Je ravalais ma déception et montais dans le transport minuscule frappé du saint aigle impérial, et fit un dernier signe de la main à l'officier, en me forçant à sourire comme un idiot pour lui cacher ma joie de quitter enfin le cloaque dans lequel on avait eu l'audace de me parquer.
Notre descente vers la surface s'amorça doucement mais ma déception monta d'un cran alors que je constatais que la navette ne comportait pas un seul hublot, me privant d'une vue privilégiée sur le monde qui serait mon premier sujet d'étude.
Je me résignais bientôt et passa le reste du voyage à triturer mon amulette en fixant le sol, la tête déjà assaillie de probables questions à poser aux autochtones tandis que le grondement de la navette me faisait vibrer les os, m'emmenant loin de l'infâme Star Rider et vers l'aventure de ma vie.


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Message par Turielo Sam 12 Jan 2013 - 15:17

On entame la deuxième partie d'Utlendr, avec l'arrivée du père Nevenski sur Asgard
Au passage, pour ceux et celles interessés, j'ai depuis peu ouvert un blog regroupant tout mes écrits: Obscurae Librarium blog

bonne lecture!

****

PARTIE II:
Àsgard:


++++Désignation Planétaire n° 1276-89 Mythos-μ++++
++++Sujet: Àsgard++++
++++

Planète: Àsgard, système Yggdrasil, sous secteur Norska, Secteur Mythos
Date de cartographie: 019M42
Classe: tellurienne (rotation de 25h, 1.1G)
Désignation: Monde Féodal (en expansion vers Monde Civilisé)
Population: Humain/Abhumains - Impériaux/Assujettis -- 188.000.000 estimé (populations sauvages/nomades non recensées)
Dîme: Solutio Prima (Àsgard honore le plus souvent sa dîme par des forces armées)
Climat/Géographie/Biosphère: Climat planétaire froid/tempéré, particularisé par de longues saisons hivernales et de courtes saisons printanières, des steppes éternellement glacées sur les régions pôlaires. Surface planétaire aux nombreux reliefs, comportant trois continents (Valaskjálf, Valhall et Thrudheim) et six océans. Ses habitants vivent pour la plupart en petites communautés féodales, rassemblées autour de villes pré civilisation avancée, formant de fait de petits territoires bien délimités. Nombre de zones sauvages. Faune et Flore limitées à cause du rude climat.
Type de Gouvernement: Gouvernement Impérial/Système de baronnies.
Présence d'Adeptus: Mineure. Faible présence du Ministorum. Administratum uniquement présent dans la capitale planétaire (Valhall ). Présence raisonnable de l'Arbites.
Forces militaires: FDP formées principalement d'une combinaison de plusieurs armées mises à disposition par les différentes villes/baronnies (équivalent à une Garde Impériale de seconde ligne). Deux milices d'élite uniquement en garnison dans la capitale (Valhall): Exécuteurs du Thing et Gardiens du Conseil. Forte présence des garnisons de la Garde Impériale Futhark (tous Clans confondus). Loyauté envers l'Imperium certifiée.
Marché/Économie/Notes:Les deux sources principales de commerce d'Àsgard est la récolte de bois et la production minière (métaux communs), mais la planète exporte aussi massivement les produits de la chasse, les productions de guildes et des artistes locaux. Peu d'import, hormis pour entretenir les régiments de la Garde Impériale locale et les FDP. Deux grands ports d'échanges commerciaux extra-planétaire: Valhall (Valhall) et Grimfrost (Valaskjálf). Nombreux marchés itinérants.
Addendum: Planète pivot du système, elle est considérée généralement comme la "capitale" d'Yggdrasil. La grande ville de Valhall (portant le nom du continent éponyme) est le siège du gouvernement d'Yggdrasil. Le Gouverneur Planétaire est appelé "Köng" par les autochtones. Le Köng actuel est le Seigneur Odinsson, présidant aux côtés du Thing et du Filki, organisations gouvernemental de type tribal et primitif. Odinsson est également le Maître des Clans et préside leur Conseil des Runes, sorte de lieu commun de décision et de vie entre les différents Clan Futharks (type: loge marchande). Àsgard est le bastion historique des Clans Odin, Tyr et Thor. Le monde possède un satellite naturel, Idavoll.

++++

++++Addendum Planétaire n° 1276-89 Mythos-μ++++
++++Désignation Satellite n° 567-004 Mythos-ϕα++++
++++Sujet: Idavoll++++
++++

Satellite: Idavoll, lié au monde d'Àsgard, système Yggdrasil, sous secteur Norska, Secteur Mythos
Date de cartographie: 019M42
Classe: tellurienne (rotation de 25h, 0.8G)
Désignation: Monde Féodal (en expansion vers Monde Civilisé)
Population: Humain/Abhumains - Impériaux/Assujettis/Sauvages -- 1.150.000 estimé (populations sauvages/nomades non recensées)
Dîme: Solutio Tertius
Climat/Géographie/Biosphère: Comporte deux continents et un immense océan. Climat froid/polaire. Exception: courte zone tempérée sur l'équateur. Faune faible, presque pas de Flore. Grands déserts glacés. Nombreuses régions montagneuses. Lacs et mers intérieures gelés.
Type de Gouvernement: Système tribal contrôlé par représentant du Köng Odinsson: Jarl Jurl Hemeir
Présence d'Adeptus: Très mineure. Très faible présence du Ministorum et de l'Administratum.
Forces militaires: Pas de FDP. Terrain d'entraînement et de recrutement pour la Garde Futhark.
Marché/Économie/Notes: Aucune économie. Tribus sauvages en marge du système, non hostiles mais considérés comme dangereuses.
Addendum: Comportant quelques tribus guerrières agressives, Idavoll est surtout connue pour son Grand Tertre des Héros, nécropole prisée où sont enterrés les plus grands héros de la Garde Futhark.

++++effectué par Vivian Jonko, prêtre et géographe++++


IV:


Après un temps interminable, la voix monotone du serviteur-pilote résonna dans le compartiment qui fut trop exigu pour m'avoir permis de faire les cents pas. Nous étions enfin arrivés, et je me dirigea vers la trappe de sortie, tapant du pied au sol et des doigts sur la cloison, tant j'étais excité, seul face à l'inconnu.
Lorsque la rampe s'abattit enfin, j'eus l'impression qu'on venait de me jeter un seau de glace à la figure, tant le froid ici était mordant, et, que l'Empereur me pardonne, je proféra un chapelet de jurons qui aurait sûrement filé un infarctus au vieux Seculos, mêlant la toute ma déception refoulée jusqu'ici et l'inutilité soudaine et flagrante de ma bure habituée à la torpeur de Fortis Hexx. Je descendis en me frottant les bras avec énergie, claquant des dents et tentant vainement de faire abstraction des sifflements terribles de la navette.
Très vite cependant, j'oubliais le froid mortel lorsque mon regard sur un paysage d'une prodigieuse beauté. En bas du support d'atterrissage s'étendait un petit village dont je me douta immédiatement qu'il était celui dont m'avait parlé l'officier du Star Rider, autour duquel étaient posées d'immenses plaines gelées dans lequel on distinguait des troupeaux de bétail, de petites forêts enneigées et des lacs de glace, et au delà se découpaient de grandes montagnes blanches et la silhouette d'une grande cité élevée sur un pan rocheux souverain, ombre lointaine montant en flèche vers le ciel blanc et cotonneux, immense et majestueuse, auréolée de fumée discrète.
Des gens allaient et venaient en bas de mon perchoir de métal verglacé, emmitouflés sous d'épaisses fourrures, et ne semblant pas non plus dérangés par ce froid terrible qui vous mordait jusqu'aux os.
-Bienvenu dans notre humble village, Ùtlendr! fit une voix dans mon dos, dans un bas gothique à l'accent sec et tranchant.
Je me retournai pour me trouver face à un jeune homme grand et aux muscles fins et saillants, à la peau pâle comme la neige qui nous entourait, son visage mince taillé à coups de serpe arborant une barbe naissante et drue, de la même couleur que sa tignasse de cheveux noirs mal coiffés, et des yeux émeraude qui semblaient vous percer l'âme.
L'homme qui me dominait d'une bonne tête portait des vêtements grossiers faits de cuir sombre et de fourrure, ses avants bras nus enserrés dans de gros brassards de cuir tanné sur lesquels sinuaient d'étranges motifs entrelacés. Autour de son cou nerveux s'enroulait un épais collier de bronze forgé d'une pièce, chacune des extrémités ramenées sur le devant de sa gorge représentant des visages monstrueux, chimères la gueule ouverte, figées dans un hurlement bestial et silencieux. Son allure de sauvage primitif n'avait pas de quoi me rassurer, et pourtant son visage dur affichait un large sourire et ses yeux brillaient d'un éclat rieur.
La première chose qui me vint à l'esprit fut de le saluer par un signe de l'aquila tremblotant, les bras presque tétanisés par le terrible froid, et à ma plus grande surprise, l'autochtone me répondit par le même geste, exécuté avec grâce et ferveur.
Réalisant à quel point la température m'handicapait, il défit son manteau de ses épaules et me le passa sur le dos.
-Voilà qui devrait vous empêcher de geler sur place, Ùtlendr! me dit-il de sa voix sèche et hachée. Je le remerciai d'un hochement difficile de la tête.
-Je suis Hivar, fils de Jorval, du Clan Nerthus, et je serai votre guide, ser. se présenta-t-il.
-Je suis Kristophus Nevenski, porteur de la Voix de l'Empereur, et observateur du Gouverneur Galvinius. lui répondis-je, lui retournant la politesse d'une courte révérence.
-Je sais qui vous êtes, Ùtlendr! fit il en riant fort. Les chefs de Clans ont été mis au fait, et m'ont désigné pour vous assister. En leur nom, je vous renouvelle la bienvenue sur Àsgard.
- Pardonnez-moi... Hivar... Mais vous ne cessez de m'appeler "Ùtlendr". Qu'est ce que cela signifie? demandai-je poliment. Derechef, il partit d'un grand rire coloré.
-C'est un terme de notre langue, cela signifie "qui vient d'en dehors de la terre". "Étranger", si vous préférez. Pardonnez moi si je vous ai offensé, mais attendez vous à l'entendre de nombreuses personnes, ici.
Je me gardais de lui montrer combien le terme dont il l'avait affublé me préoccupait, notant d'une main engourdie la définition dans un de mes carnets d'observation. S’il était ici de coutume de marquer à ce point les différences, notamment envers les étrangers, il allait falloir que je me montre prudent et m'attende à rencontrer des réticences concernant certains domaines clés de mon investigation.
Hivar n'avait pourtant pas l'air d'en tenir à ce point rigueur, mais une part de moi même se dit que c'était peut être là une façade, et qu'intérieurement il considérait ma présence comme celle d'un nuisible venu les déranger dans leur paisible vie. À son crédit, je dois bien avouer que c'était précisément là le rôle qu'on m'avait assigné.
Les présentations faites, il m'invita à le suivre, et nous descendîmes la rampe glissante pour rejoindre le village. Il se retourna lorsqu'il m'entendit pousser un petit cri qui se voulait être un juron adressé une fois de plus à mon manque de préparation. Évidemment, lorsque nous atteignîmes la forte couche de neige en bas de l'estrade d'atterrissage, j'avais parfaitement oublié que je ne portais rien d'autre qu'une paire de sandales, et j'eu l'impression qu'on me passait à présent les pieds au feu, la douleur me saisissant dans toute la jambe. Hivar comprit bien vite mon nouveau tourment, et, sans crier gare, se plaça dos à moi et me hissa sur son dos comme un vulgaire sac, sans autre forme de procès.
-Je vous en prie, je peux me déplacer! me défendis-je en me maudissant intérieurement.
-Et une fois arrivés chez mon père, nous devrons vous trancher les pieds jusqu'aux mollets! répliqua-t-il en riant à gorge déployée, ne cachant même plus sa moquerie. Soyez sans craintes, cela ne me dérange pas, j’eus l'habitude de porter ainsi ma grand mère durant les temps rudes du Bertha!
-Le quoi? balbutiai-je, en ravalant en moi le désagrément d'être comparé à une vieillarde.
-L'hiver, dans notre langue. expliqua-t-il.
Je décidai de taire mes questions pour le moment, trop honteux que j'étais d'être porté de la sorte, et jeta un œil au décor, en essayant de toutes mes forces d'éviter le regard des passants, dont j'étais persuadé qu'ils étaient hilares.
C'était un village vraiment pittoresque, fait de ruelles tortueuses, aux pavés enfouis sous la neige épaisse d'une bonne trentaine de centimètres, le long desquelles se dressaient des maisons faites de bois et de torchis, pas bien hautes, mais à la structure robuste. De leurs toits de chaume s'élevaient des cheminées de rocaille d'où montaient de gros panaches de fumée.
Vu d'un peu plus près, les habitants étaient tous semblables à Hivar dans leur morphologie ou dans leur port vestimentaire. Si certains traits communs comme la couleur des cheveux ou des yeux variaient comme dans toute société humaine, en revanche tous avaient ce teint blafard, blanc comme neige sans pour autant être livide comme un être famélique, et tous semblaient de forte condition physique. Chacun portait ces vêtements rustiques faits de cuir, de fourrure et de tissus aux teintes passées. Les bijoux comme ceux qu'arboraient Hivar semblaient être monnaie courante, et je notais nombre de colliers comportant des symboles spécifiques, comme des grades ou des sortes de distinctions. Je remarquai toutefois un détail qui m’intrigua, et je rompis le silence approximatif de notre marche erratique pour questionner mon guide.
-Quelle est la signification de tous ces tatouages, Hivar?
-Cela dépends de qui les porte... répondit-il le souffle court sous mon fardeau. Ici ceux qui en portent sont ceux qui sont partis à la guerre ou qui ont reçu la bénédiction de voir leur statut social augmenter.
Sans ralentir, il me désigna un homme de la tête, un grand gaillard musclé comme un taureau, dont les bras et le torse laissaient voir une suite de tatouages aux formes agressives, sortes de serpents s'enroulant autour de son corps en semant d'étranges runes dans leur sillage.
-Lui c'est Kobar Ferisson. Ce fut un guerrier dans sa jeunesse, qui s'est battu pour notre Jarl, notre seigneur si vous préférez, lors de la bataille des serpents, contre des pirates. Les skalds ont surtout retenu de lui son combat solitaire contre un groupe isolé alors que lui même était perdu. Il a failli rejoindre ses Ancêtres, mais par sa main il finit par trancher le fil d'un des chefs de guerre des pirates, et c'est devenu un héros chez nous. En signe de bravoure et de remerciement, les Anciens ont représenté sur sa peau l'histoire de sa bataille. On ne le voit pas, mais il en porte un autre représentant une tête de loup hurlant. Il le porte depuis qu'à lui seul il a terrassé une meute de loups qui menaçait notre village. Chaque tatouage a une signification chez nous et en porter sans l'avoir mérité est un crime durement puni.
Ne pouvant pas, dans ma posture, profiter de mon calepin pour y coucher ce que Hivar m'expliquait, et n'ayant pas encore programmé mes serviteurs pour le faire à ma place, je mis toute ma concentration à profit pour mémoriser ses explications, ainsi que l'apparence de ce Korbar, pour tenter plus tard d'en dresser un croquis réaliste à titre d'exemple.
Hivar me désigna d’autres passants pour que je puisse illustrer au mieux ses explications, sans jamais montrer d'agacement face à mes questions incessantes.
-Celui là en robes crème, c'est Mankar Hirkason, un membre de la guilde Eir des apothicaires, dont il arbore le symbole sur le cou. fit-il en désignant son exemple, un vieil homme dont le cou montrait une représentation stylisée d'un caducée ailé.
-Là bas, c'est Avir Solikson, un skald de la guilde Bragui. poursuivit-il en pointant du menton un jeune homme en veste bleue, portant sur la tempe un tatouage évoquant une lyre croisant une plume.
-Lorsque vous dites "skald", Hivar, qu'est ce que vous voulez dire? répétais-je. Il me semble avoir déjà entendu ce mot...
-C'est un terme d'ici signifiant poète. traduisit Hivar, mais je sentis au fond de moi même que le terme ne m'était pas inconnu, et je m’aperçus par la suite qu'il n'était pas le seul.
-Et vous, portez vous un tatouage? lui demandai-je en laissant de côtés mon impression de déjà-vu.
-Non, Ùtlendr, je n'ai pas encore accompli le rite de la reconnaissance. De cela, je vous parlerai plus tard, car nous voici parvenu chez mon père.
Je retins les questions qui me brûlaient encore les lèvres, ayant noté que ma dernière question semblait l'avoir perturbé, et descendis de son dos, appréciant la précaution qu'il eut de me poser directement sur le perron d'entrée, dépourvu de neige grâce au toit avancé de la maison rustique. Hivar monta vers la porte d'entrée en bois massif, tout en faisant jouer ses épaules, et, après avoir frappé un coup assez fort pour faire tinter un petit carillon d'étain, entra dans son foyer en m'invitant à le suivre d'un geste de la main.
Passé le seuil, de doux arômes vinrent me chatouiller les narines, senteurs de pain chaud et de soupe sur le feu, effluves de fleurs séchées et de vin boisé. Il y régnait une douce chaleur, dégagée par les flammes d'un large feu de bois rougeoyant au centre de la pièce principale, et au dessus duquel - mes narines ne me trahissent jamais - cuisait paisiblement une imposante marmite de soupe de légumes.
L'âtre était circulaire et bâti de pierre grise, la salle commune épousant sa forme, en un cercle s'étendant sur une bonne superficie, suffisamment me dis-je pour y loger une famille entière et même davantage encore. Le plafond, soutenu par d'épais supports de bois, s'élevait en un dôme haut de trois mètres, fait du même bois que le reste de la maisonnée, au centre duquel s'ouvrait un orifice circulaire de pierre sombre, d'où partait la cheminée, juste au dessus du foyer ardent, qui devait faire office à la fois de moyen de cuisson et de chauffage central.
À mi hauteur, accessible par de maigres échelles, un étage faisait le tour de la pièce, mais sans être cloisonné vers le centre, et j'y aperçu nombre de caisse, de jarres et de bacs en terre cuite, désignant cet espace comme étant une sorte de grenier.
Perpendiculairement à l'entrée s'ouvraient de chaque côté une salle. À gauche, la porte ouverte me permit d'entrevoir une chambre et cinq lits, dont deux superposés et un double couchage. Sur ma droite, l'ouverture débouchait sur un petit couloir, et il me fallut discrètement l'approcher pour apercevoir un escalier descendant en sous sol, et une autre porte débouchant sur une vaste pièce où étaient entreposées nombre de pièces métalliques, d'armes blanches et d'ustensiles aussi divers que variés, et un gros fourneau enchâssé dans le mur. Sûrement une forge, supposais-je, et je ne tardai pas à avoir une idée de la réponse quand Hivar revint accompagné d'un grand homme à la barbe hirsute et grisonnante, un tablier noir de crasse passé sur son ventre généreux et une odeur de roussi et de cendres lui collant à la peau, qu’il avait aussi blanche que mon guide, mais couverte d’un résidu noir et graisseux. Comme Hivar, il avait cet éclat rieur dans les yeux et une expression de bon vivant sur son visage rougeaud.
-Voilà donc l'Ùtlendr! fit l'homme d'une voix forte et chargée de bonté.
-Mon père, Jorval Agirson, le forgeron du village. me le présenta Hivar, et je saluai mon hôte, satisfait de constater qu'une fois de plus mes sens ne m'avaient pas trahi.
-Mon fils a reçu l'honneur d'avoir été choisi par le Jarl pour vous assister. fit Jorval en me claquant une main d'ours sur l'épaule. Vous verrez, c'est un brave garçon, et vous ne craindrez rien à ses côtés.
-J'ai déjà pu m'en apercevoir, ser. répondis-je avec un sourire. Hivar à eu la bonté de m'éviter de souffrir des rudes effets de votre... Bertha...
-L'hiver? Haha! Mais nous ne l'avons pas encore atteint, mon brave! dit Jorval en éclatant de rire face à ma première tentative de saisir le dialecte local, avant de me regarder de haut en bas. Mais ce qui est sûr, c'est que vous ne finirez pas mieux qu'un glaçon, habillé comme vous l'êtes! De quelle fournaise arrivez vous donc?
-De Fortis Hexx, ser Jorval. Je me nomme Kristophus Nevenski, clerc au service de la Sainte Ecclésiarchie.
-Et bien on ne vous a pas tellement préparé à notre chère Àsgard et son climat difficile on dirait... s'amusant Jorval en tournant autour de moi. Ouais, je devrais avoir quelques vêtements à vous donner. Pas grand chose, mais en attendant que les femmes de Hjalvar vous en confectionnent, ils feront l'affaire. Bien! À part ces deux affreux, vous êtes venu seul? demanda Jorval en désignant mes serviteurs, qui avaient suivi en silence.
-Je suis seul en effet, ser. Si mes serviteurs vous gênent, je pourrai éventuellement leur trouver un local au dehors...
-Pourquoi nous gêneraient-ils? Vous croyez que nous sommes des sauvages? s'exclama Jorval en faisant résonner son rire d'ogre.
-Non, non pas du tout! Je... voulu-je me défendre.
-Bah! Nous savons bien ce qui vous amène ici, Ùtlendr. m'interrompit Jorval en levant les deux mains et en souriant. Ne vous faites pas de fausses idées sur nous. On a beau paraître, comme ça, pas très très civilisés, mais on n’est pas nés de la dernière pluie. Et par exemple nous savons ce que sont des serviteurs, nous avons même une guilde qui s'occupe d'eux! Tout le monde en Yggdrasil sait ce qui nous est reproché depuis Nubia, et même avant cela. Ce n'est un secret pour personne que nos mœurs intriguent, que beaucoup pensent que nous sommes des païens sur le chemin de la damnation. Mais, que Terra m'en préserve, jamais cela ne nous arrivera!
Je ne su quoi dire, tant cette entrée en matière était frappante de sincérité, et je me contentais de le fixer avec, j'en suis sûr, une expression parfaitement abrutie. Jorval secoua la tête et me prit par l'épaule, m'invitant à le suivre vers le feu crépitant.
-Votre travail est énorme, je m'en doute, et vous devrez faire face à de nombreux obstacles. Si nous ne sommes pas des déviants et des hérétiques, je serai honnête avec vous en ne vous cachant pas que nous avons aussi beaucoup de quoi fâcher vos maîtres et le reste de l'Imperium. Mais ne parlons pas de cela pour le moment. Je suis sûr que votre voyage vous a épuisé, et vous souhaiteriez vous reposer autour d'un bon bol de soupe. C'est ma fille, Eyla, qui l'a préparée.
-Je ne serai pas contre quelque chose de chaud, en effet... avouais-je, faisant immédiatement taire mes préoccupations face au discours d'accueil de mon hôte.
-Allons donc nous en servir une bonne portion avant le souper, Ùtlendr. Hivar va aménager votre chambre et y porter vos affaires, puis il ira vous chercher une tenue plus convenable. Ensuite nous attendrons son frère et sa sœur pour dîner. Et par tout ce qui est sacré, n'évoquons plus de sujets de discorde sous mon toit, je vous prie.
J'acquiesçais à ces sages paroles, ne pensant plus qu'à un bol de soupe chaude. Jorval n'avait pas tort. Après tout j'allais demeurer un moment ici pour effectuer ma mission, alors autant ne pas attiser inutilement la haine en soulignant la signification de ma venue.
Je me laissai choir plus que je ne m'assis sur de confortables tapis de fourrure rembourrés, et je pus m'empêcher de lâcher une prière de remerciement à l'Empereur au souvenir de mon derrière malmené, ce qui m'attira un regard amusé de Jorval, mais derrière lequel je sentais poindre une préoccupation malaisée.
J’acceptais le bol de soupe frémissante qu'il me tendit et respirais avec délice les arômes qui s'en dégageaient avant d'en prendre une lampée, la mixture délicate me réchauffant avec bonheur à mesure que je l'avalais. J'en oubliais instantanément toutes les questions qui me taraudaient l'esprit, appréciant pleinement ce plaisir simple et bienvenu.
Le père d'Hivar attendit que je finisse mon bol pour m'en proposer un autre que j’acceptais de bon cœur. Un instant après, Hivar vint nous rejoindre avec une tenue locale qu'il déposa à mes côtés. Je voulu défaire le manteau de peau encore jeté sur mes épaules pour le lui rendre, mais il secoua la tête.
-Non, Ùtlendr. Gardez-le. Acceptez le donc comme mon présent de bienvenue.
Je le remerciai, quelque peu gêné par ce cadeau sincère, et considéra la tenue qui m'avait été amenée. Elle était relativement simple et consistait en un pantalon de cuir brun lacé sur les côtés, une chemise de lin et une veste de cuir doublé de fourrure. Une paire de bottes en peau et des gants de cuir complétaient le costume.
-C'est suffisamment léger pour que vous passiez votre bure par dessus, si vous voulez la garder... fit Jorval en souriant.
L'idée n'était d'ailleurs pas stupide à mon sens et c'est ce que je fis, ajoutant ainsi un coupe-vent à ma nouvelle tenue, et affichant mon rang et statut par la même occasion. Les vêtements étaient assez amples, et je supposai qu’ils avaient appartenu à Jorval. Mais je dus bien reconnaître qu’ils étaient d’un grand confort, et je sentis bien vite avec satisfaction une chaleur plus que bienvenue me coller à la peau, canalisée par les fourrures et le cuir pour faire savamment profiter tout le corps d’une température agréable.
Hivar et son père me considèrent d'un œil amusé et hochèrent la tête, satisfaits.
-Si on excepte sa robe de chambre, on dirait un vrai Futhark! plaisanta Jorval en désignant ma bure qui paraissait tout de suite très grossière en comparaison du reste de ma nouvelle tenue, et je me joignis à son rire et celui de son fils.
Touché par leur générosité, je fouillai dans ma besace et en sortit deux pendentifs en forme d'aquila auréolé, de même facture que ceux que portaient chaque jour les fidèles qui venaient m'écouter dire la prière. À leur vue, le forgeron et son fils secouèrent doucement la tête avec un sourire gêné.
-Eh bien je suppose que c'est un début. fit Jorval. Au moins ça aura le don de faire rire le père Hulbarl lorsqu'il nous verra.
-Qui est le père Hulbarl? demandais-je.
-Il est le prêtre du temple de l'Empereur de ce village. dit Hivar, visiblement amusé par la plaisanterie de son père.
-Un prêtre? Mais je pensais... dis-je, surpris. On m'avais dit que l'Ecclésiarchie n'avait plus court ici...
-Oh je suis sûr qu'on vous a dit tout un tas de himska, de bêtises, sur nous, Ùltlendr. ricana Jorval. Nous avons autant de temples que les autres mondes de l'Imperium, et beaucoup d'entre nous s'y rendent régulièrement. Cela n'empêche pas que nous nous questionnons toujours sur la véracité de votre crédo...
-Nous savons que beaucoup spéculent sur une certaine déviance de foi chez nous. m'expliqua Hivar. Mais ces gens là ne nous connaissent pas. Je me doute que ce sont les mêmes qui vous ont envoyé auprès de nous pour savoir ce qu'il en est, mais croyez moi quand je vous dis que vous risquez d'être surpris. En définitive nous sommes une société impériale comme une autre, avec ses traditions cela est vrai. Même la crise qui secoue...
-Nous vous mènerons rencontrer le vieux Hulbarl demain, si vous le souhaitez, Ùtlendr. proposa Jorval, coupant la phrase de son fils d'un ton empressé. Il pourra sûrement vous en parler mieux que nous. Mais pour l'heure je ne veux plus parler de ce genre de choses. Mangeons, buvons, rions et parlons, mais je ne veux plus parler de sujets qui fâchent.
-Entendu, ser. acquiesçais-je avec un hochement de la tête entendu. Pardonnez ma curiosité, alors que vous m'aviez déjà demandé d'éviter de parler de tout ceci.
-Vous êtes curieux, c'est un sentiment normal. répliqua Jorval. Je ne vous en veux pas du tout, Ùtlandr. Songez juste à ne pas aller trop vite ici, les Futharks n'aiment pas trop les gens pressés.
-Je prends note du conseil, ser Jorval. dis-je. J'ai encore une petite requête, si vous me le permettez...
Le forgeron accepta d'un signe de tête.
-Je comprends pourquoi vous m'appelez "Ùtlendr", et je ne m'en offusque pas. Mais s'il vous plaît, appelez moi Kristophus, maintenant que nous nous connaissons mieux.
Jorval partit d'un grand rire en se claquant une main sur la cuisse, et Hivar lui même sourit de ma demande.
-Pardonnez le vieux gredin que je suis. fit Jorval en faisant tonner son rire. Bien entendu, je vous nommerai par votre nom, Kristophus. Même si je risque d'échapper un "Ùtlendr" par ci par là.
Je hocha la tête en remerciement et le rire contagieux de Jorval m'atteignit. Le forgeron me resservi de la soupe chaude et raviva le feu à l'aide d'un bâton noirci. Hivar se servi à son tour, et nous mangeâmes en silence, paisibles face au foyer rougeoyant.
Lorsque j'eus fini mon bol de soupe, Hivar se leva et m'enjoignis de le suivre.
-Venez, ser Nevenski. me demanda-t-il. Je vais vous mener à votre chambre, car ma sœur ne devrait plus tarder à revenir. Ensuite nous mangerons, et peut être qu'après nous irons à la taverne d'Orogir le Sourd, si vous ne vous sentez pas trop fatigué.
J'acceptais en me relevant à mon tour et le suivis, traversant la chambre aux cinq couches pour aboutir à une petite pièce à part, dotée d'un mobilier simple, d'un lit dont la simple vision me donna envie de me jeter dessus pour oublier l'horrible simulacre de couchage du Star Rider, et d'un petit écritoire semblant tout neuf, son bois clair et brillant, ses ustensiles propres et rangés.
-Mon père a fait commander ça à Gunnar Olkinson, le charpentier local. me dit Hivar en désignant l’écritoire. Considérez le comme un présent de bienvenue.
Je posa une main sur l'épaule du jeune homme en souriant, touché par le geste, et le remercia, puis me mis à faire le tour de la petite chambre pour en apprécier le décor. Mes deux serviteurs étaient dans un coin, en mode veille, et mes affaires rangées sur une petite table murale.
-J'espère que vous vous sentirez bien ici. dit Hivar.
-Je pense que je vais même m'y sentir à merveille... répondis-je, tout à mon observation, appréciant cet endroit douillet et chaleureux. C'est la meilleure chambre que j'ai eu depuis trop longtemps...
-Je suis content qu'elle vous plaise, dans ce cas. Je retourne auprès de mon père, préparer le repas du soir. Venez nous trouver lorsque vous serez prêt.
Il me laissa seul, en fermant la porte derrière lui. Je resta un moment perdu dans mon observation ébahie de cette petite chambre dont l'odeur de bois et de cire chaude me ramena délicieusement aux souvenirs de ma chambre d'enfance. Puis je m'allongea sur le lit, me laissant m'enfoncer dans les couvertures de fourrure et de tissus soyeux, et ferma les yeux pour savourer l'instant.
En un instant, je me sentis en paix et au comble du bonheur. Puis je m'endormis.


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Message par Turielo Sam 19 Jan 2013 - 12:56

La suite!

****

Je ne sais combien de temps je dormis, et ce fut le bruit de quelqu'un frappant à ma porte qui me réveilla. Je me leva mal assuré, encore en proie à la léthargie d'un sommeil paisible, et ouvrit la porte en baillant et me frottant les yeux. C'était mon guide Hivar. Il me sourit.
-Ma sœur Eyla est de retour avec mon jeune frère, si vous voulez vous joindre à nous pour le repas. dit-il.
-Assurément, je vous suis, mon garçon.
Je réprima un nouveau bâillement en le suivant, fermant la porte derrière moi.
Je les trouva tous rassemblés autour du feu crépitant, Jorval surveillant une grosse marmite dans laquelle bouillait une mixture aux senteurs riches et appétissantes. Il me gratifia d'un large sourire.
-Bien dormi, père Kristophus? me demanda-t-il avant de désigner de la main les deux personnes se tenant près de lui, un garçon d'à peine dix ans partageant les mêmes traits qu'Hivar, ce visage pâle et des cheveux noirs, à la différence que ses yeux étaient d'un brun noisette et pétillaient de malice.
-Mon second fils, Hjangar. me le présenta Jorval avant de poser son regard sur la jeune fille, une sublime créature de quelques vingt printemps, grande et fine quoiqu'au corps fort athlétique, sa peau blanche comme l’albâtre, des yeux de louve à l'iris doré et à l'éclat sauvage, une chevelure cuivrée paraissant plus douce que le plus raffiné des tissus haute gamme. Il y avait dans sa beauté quelque chose de sauvage et de défiant, caché sous une apparence calme et avenante. Elle me jeta un regard appuyé, comme si elle tentait de me percer l'âme à jour, et m'adressant un étrange sourire mêlant politesse et méfiance.
-Eyla. me la présenta Jorval avec l'expression d'un père emplit de fierté. Assurément mon plus joyau.
La fille hochant la tête à mon encontre et je lui répondit d'une timide révérence.
-Ùtlendr... me salua-t-elle d'une vois douce et chaude comme un soir de printemps. Soyez le bienvenu chez nous.
Je ne sus pas vraiment quoi répondre et Hivar vint involontairement à mon secours en me posant une main sur l'épaule pour m'inviter à m'asseoir avec eux.
-Mangerez vous un morceau avec nous, ser Nevenski? me proposa-t-il.
-Très volontiers, Hivar. Merci.
Je pris place avec eux, entre Hivar et son jeune frère, lequel me tendit une écuelle en me regardant plein de curiosité. Jorval dévoilât le repas en nous servant à chacun une portion de ce qui semblait être de la viande longuement cuite dans une sauce au vin, avec quelques légumes. Cela rendait une bien piètre apparence, mais par le Trône! cela avait une odeur exquise et un goût incomparable.
Alors qu'eux commençaient à manger, je récitais pour moi une prière de remerciement à l'Empereur, pour ce repas et pour avoir placé sur ma route des gens aimables comme eux. Je joignis mes mains en un signe de l'aquila, sans me rendre compte tout de suite que tout les quatre m'observaient avec attention, comme intrigués. Je m'interrompis brusquement, sentant mes joues rosir d'embarras.
-Pardonnez moi... dis-je, confus. Une vieille habitude, peut être malvenue chez vous...
-Non, non, je vous en prie. fit Jorval avec sérieux. Faites donc, Kristophus, votre forme de culte n'est pas interdite ici!
-Nous ne prions pas, mais cela ne veut pas dire que nous ne remercions pas l'Empereur, ou que nous vous jetterons dehors à la moindre démonstration de foi... plaisanta Hivar.
Le gamin semblait au comble de la curiosité, me contemplant avec deux grands yeux ronds, et la fille semblait plutôt s'amuser de ma gêne. Jorval m'encouragea de la main à finir ma prière, mais je ne pus m'y résoudre.
-Bah, j'imagine que l'Empereur ne m'en voudra pas si je manque à l'appel ce soir. dis je avec un pâle sourire.
Mes quatre hôtes rirent et nous nous miment à manger le délicieux repas chaud, un silence paisible s'étant installé, seulement troublé par les crépitements du feu et le raclement de nos couverts.
Au bout d'un moment la curiosité du jeune Hjangar prit le dessus.
-Pourquoi tu priais, Ùtlendr? demanda-t-il de sa petite voix, la bouche à moitié pleine.
-Je remerciais l'Empereur-Dieu pour ce somptueux repas, mon garçon.
-N'importe quoi! m'interrompit-il en finissant de mastiquer sa bouchée. C'est Eyla qui a cuisiné, pas l'Empereur.
La cuisinière en question éclata d'un rire cristallin tandis que Jorval gronda en envoyant sa main d'ours claquer sur la tête du garçonnet qui lâcha un petit cri indigné.
-Reste poli avec le père Nevenski, fiston! le réprimanda son père alors que Hjangar se frottait la tête en faisant la moue. Ce ne sont pas des choses à dire!
-Ne soyez pas trop dur avec lui, ser Jorval. demandais-je avec un sourire. L'innocence d'un enfant est une bien belle chose. Et il a raison après tout, je devrais plutôt féliciter la responsable de ce délice. rajoutais-je à l'attention d'Eyla qui répondit à mon compliment par un nouvel éclat de rire.
-Merci ser. finit-elle par dire. C'est gentil.
Le petit Hjangar continuait de frotter le sommet de son crâne en me lançant en regard contrarié, ce qui m'amusa mais je fis tout en mon pouvoir pour ne pas le vexer en le lui révélant. Je tourna à nouveau mon attention vers le maître de la maison.
-Pardonnez moi, ser Jorval, vous avez été très clair sur le fait de poser sous votre toit les question qui fâchent, toutefois l'une d'elles me brûle les lèvres. dis-je, essayant de trouver les mots justes pour qu'il consente à me laisser m'exprimer.
-Je suppose qu'une de temps à autre ne peut pas nous faire grand mal. fit-il, l'air résigné et attentif.
-Quand vous disiez tout à l'heure que vous ne priez pas avant les repas... commençais-je, avant qu'Hivar m'interrompe, anticipant le but de ma question.
-Disons que la prière n'est pas notre fort, voilà tout. dit-il en haussant les épaules, Jorval acquiesçant d'un hochement de tête, un sourire en coin.
-Ça veut dire que vous ne priez jamais? fus-je étonné.
-Une fois encore, je pense que le père Hulbarl répondra mieux que nous à ce genre de questions, mais oui, nous ne prions pour ainsi dire jamais. me confessa Jorval. Ce que je vous ai dit à votre arrivée, sur nos points de vue, ceci en fait partie. Nous ne partageons pas la même vision que vous du culte qui doit être rendu à l'Empereur. Certains iront même jusqu'à se questionner sur qui est véritablement l'Empereur.
-Comment cela? demandais-je, soudain mal à l'aise.
-Un Ancêtre primordial, un grand Homme, le Père de toute chose... énonça Eyla en me regardant fermement. Il est bien des choses chez nous. Mais certainement pas un Dieu...
L'aveu me frappa tel une dague en plein cœur et je faillis en lâcher mon écuelle sous le coup de l'émotion. Jorval pencha la tête de côté, pensif, et fit signe de la main à sa fille de le laisser parler sur ce sujet là.
-Pardonnez ma fille, Kristophus. dit il calmement. Elle a tendance, dans son jeune âge, à parler avec le feu dans sa bouche, et on peut se méprendre sur la teneur de ses propos.
Eyla roula les yeux au ciel et se résolut à laisser son père parler à sa place, ramenant ses jambes contre elle en les enserrant de ses bras fins, posant son menton sur ses genoux. Dans la façon qu'eut Jorval d'imposer le silence à sa fille, je me surpris à penser qu'il voulait me cacher quelque chose.
-Il faut que vous soyez conscient qu'ici, en Yggdrasil, nous sommes en pleine période d'effusion de pensée. m'expliqua-t-il. Je vous l'ai dit, ceux qui vous ont envoyé ici vous ont menti en nous déclarant de facto comme ayant craché au visage de l'Empereur, que Terra nous en préserve! mais il est vrai que sa déité a beaucoup été remise en question par un certain groupe. L'Ecclésiarchie compte encore de nombreux fidèles ici, mais d'autres ont commencé à cesser de fréquenter ses églises, y voyant des instruments de pouvoir, pas de foi. Nous... Nous faisons partie de ces gens là.
-Mais c'est pure hérésie! m'écriais-je, d'une voix étranglée, révolté par cette idée. C'est pure hérésie que de tourner ainsi le dos à la Parole de l'Empereur!
-A votre parole. me corrigea Hivar, en appuyant les mots. Nous ne tournons pas le dos à l'Empereur, cela n'arrivera jamais. Et nous ne tournons pas le dos à l'Ecclésiarchie, seulement à ce qu'elle représente aujourd'hui.
-Elle représente l'Empereur, pauvres fous que vous êtes, nul autre que l'Empereur! fis-je, scandalisé.
-Laissez mon fils parler, Ùtlendr, ou la discussion s'achèvera ainsi. me coupa brutalement Jorval, sa voix d'habitude jovial à présent sèche et dure comme la roche. Je refoula mon horreur de leurs aveux et me résolut à les écouter, même si cela me donna une terrible nausée et un sentiment de colère absolue.
-L'Empereur... commença Hivar, calme, cherchant ses mots. L'Empereur est notre Père à tous. Il est notre Ancêtre, à tous, celui qui a bâti l'Imperium. C'était un être d'amour et de puissance, qui est tombé pour nous tous. Nous ne savons rien, nous pauvres mortels que nous sommes, de ce qu'était Sa véritable Parole. Et nous ne sommes pas les seuls dans cette galaxie à penser de même.
-Il est vrai, et ceux qui ont eu l'audace de penser pareilles horreurs sont morts sur le bûcher. crachais-je malgré moi.
Jorval me jeta un regard furibond, et je détourna la tête sèchement, signifiant à Hivar qu'il pouvait continuer à vomir ses blasphèmes. Je serra les poings de rage, repensant l'espace d'un instant à ce que m'avait dit Eurifas sur le Star Rider. Pauvre fou! Il avait raison...
-Vous avez raison. continua Hivar, sans laisser un instant poindre la moindre colère. Beaucoup trop sont tombé dans la damnation en empruntant cette voie. D'autres en revanche sont demeurés purs aux yeux de tous. Malgré ces idées qui vous sont tant insupportables.
-Je n'en connais personnellement aucun... contrais-je, sans le regarder, mes yeux plongé dans la contemplation du feu dans lequel je voyais un horrible futur pour les Futharks.
-Comprenez, père Nevenski, que nous ne sommes pas de dangereux déviants, mais des gens qui se posent des questions concernant ceux qui les gouvernent. exprima Jorval. On entends de partout parler des horreurs commises par les xenos et le Chaos, mais il en va de même pour celle appelées "erreurs", parfois même à peine justifiées, qui furent commises par l'Ecclésiarchie ou au Nom de l'Empereur.
-Votre colère va donc vers Terra plutôt que vers l'Empereur? compris-je, sur la défensive.
-Nous vous l'avons dit, nous sommes loyaux à l'Empereur, et le serons jusqu'à la mort. dit Jorval, et sa fille réprima vainement un ricanement étouffé. Mais ce n'est pas pour cela que notre peuple accepte aveuglément chaque ordre émanant de Terra. Nous ne faisons pas confiance à un pouvoir qui égorge parfois nos enfants plus que l'ennemi lui même.
Le silence se fit, lourd de tension, Jorval me considérant d'un oeil méfiant, Hivar avec un air implorant de moi que je comprenne, Eyla ayant un air clairement hostile et le petit Hjangar totalement dépassé par notre discussion, nous regardant avec un air curieux. Jorgal posa son assiette vide sur une grosse brique bordant l'âtre, et se délogea un morceau de viande d'entre les dents d'un mouvement de langue sonore avant de soupirer en me regardant en coin.
-Je ne vais pas vous cacher, Ùtlendr, que selon mes règles votre comportement ferait que vous seriez jeté sans ménagement dehors. J'ai horreur qu'on porte la discorde en mon foyer. dit il d'une voix calme mais ferme. Toutefois, mon fils a reçu l'honneur de se voir demander par les Clans de veiller sur vous, afin que vous puissiez effectuer votre travail.
Il se leva et se tint campé devant moi, me regardant de haut, effroyablement massif vu depuis mon point de vue. Le feu jetait des lueurs dansantes sur son visage bourru et faisait briller ses yeux de colère.
A ma grande surprise, il me tendit une main en hochant la tête, comme abandonnant un combat qu'il savait perdu d'avance.
-Je n'éprouverai aucune hostilité à votre égard. dit il. Que nos querelles du moment soient mises de côté, jusqu'à ce que votre voyage vous apporte la vérité, à votre dépend ou au nôtre.
Ces paroles pleines de sincérité me surprirent et sans trop y réfléchir, j’acceptai la main tendue. Il me leva avec force, et je me retrouva à sa hauteur, nos mains soudées dans une poignée de fer qui allait, je m'en doutais, souder un pacte entre nous.
-Je comprends vos doutes, et votre colère. J'en éprouve autant à votre égard. continua-t-il. Mais nous sommes mes enfants et moi de simples citoyens impériaux et ne détenons pas l'absolue vérité. Je refuse que ce sujet soit évoqué sous mon toit une fois de plus, ou que l'hostilité menace de nous engloutir tous. Et de cela je vous préviens, si vous apportez une fois de plus la discorde en ma demeure, je n'hésiterais pas à trancher votre fil, même si je dois encourir l'obotamal. Consentez vous à demeurer chez des amis et non des ennemis? A effectuer votre tâche sans nous en faire payer le prix?
Sa poigne se raffermit et je compris vite qu'il ne me laisserai pas le choix. Il comprenait ma mission, mais ne l'acceptait pas. Il me tolérait, bien que je sentais qu'il se passait autre chose, plus grave. Sa proposition était très simple en définitive. J'effectuerai mon travail sans les importuner, quelque soient mes découvertes, et en retour ils agiront vis à vis de moi comme des "amis". La colère brûlait toujours dans mes entrailles, et la frustration me donnait la nausée, le simple contact de sa main me rendant malade car je voyais là devant moi ni plus ni moins qu'un hérétique déjà condamné.
Finalement, j’acquiesçai, ne voulant pas menacer ma mission par une stupide mise à mort dès le premier jour. Et puis, bien malgré moi, malgré toute la colère que j'éprouvais pour leurs idées néfastes, je ressentais encore un fond de sympathie pour eux.
-J'accepte, Jorval Agirson. fit-je d'une voix rendue rauque par la rancœur.
Il sourit, et me posa son autre main sur l'épaule.
-Voilà qui est bien, ser Nevenski. dit-il avant de me lâcher.
Il se tourna vers ses trois enfants en ouvrant les bras comme le ferait quelqu'un qui venait d'accomplir un bel acte de bravoure.
-Les enfants, je vous invite à respecter le même arrangement que j'ai passer avec le père Kristophus. dit il. Hivar, ce soir nous n'irons pas cogner nos choppes chez Orogir. Demain, je veux que tu emmène l'Ùtlendr voir le père Hulbarl, ils auront bien des choses à se dire. Finissons le repas, et allons tous nous coucher, car demain un autre jour attends.
Hivar hocha du chef et ramassa les écuelles vides pour les emporter, et Jorval retourna à sa place pour raviver le feu et refermer la grosse marmite, le petit Hjangar lui portant l'épais couvercle.
Eyla resta muette le temps que son père soit assez occupé pour ne pas nous entendre, puis elle s'approcha de moi pour plonger ses yeux de prédatrice sur moi, effaçant toute la colère en moi pour y laisser germer un sentiment de peur glacée.
-Nous ne sommes pas vos semblables, Ùtlendr. me souffla-t-elle. Mais si vous mettez ma famille en danger, je vous jure sur tout ce qui est sacré que je vous tue.
A peine eut elle prononcé cette macabre promesse qu'elle se leva et alla rejoindre Hivar à grands pas souples, me laissant seul dans mon coin, fixant le sol.
Puis je me leva à mon tour, la confrontation m'ayant coupé l'appétit. Jorval hocha la tête sans que j'eus besoin de lui expliquer et me souhaita bonne nuit en souriant, comme si rien ne s'était passé.
Je pris la direction de ma chambre, croisant au passage Hivar revenant chargé d'un gros gâteau en forme de brique et aux arômes épicés, et il m'interrogea du regard.
-Je n'ai pas faim, Hivar. La journée fut longue, et j'ai besoin de repos. J'ai... J'ai besoin de réfléchir à tout ceci.
-Entendu, père Nevenski. dit il. Je viendrai vous éveiller au petit matin pour aller rendre visite au vieux Hulbarl.
Il voulu rajouter quelque chose, mais rien ne sortit de sa bouche ouverte et il secoua la tête, se contentant de me souhaiter une nuit paisible. Je ne revis pas Eyla, et je ne préférais pas.
Je referma la porte de ma chambre doucement, considérant un instant le verrou avant de juger qu'il serait idiot de le tourner et de m'enfoncer un peu plus dans le conflit avec eux. Mes serviteurs étaient toujours en veille et je resta un moment sans bouger, la tête vide, la fatigue mêlée de ma récente colère m'ayant épuisé. Je fouilla un de mes sacs pour en sortir un carnet de route et y griffonna un rapide compte rendu de ma journée, qui, j'en suis sûr, transpirait la lassitude et l'agacement que j'éprouvais alors.
Je me coucha sur le lit et fixa le plafond, restant ainsi pendant ce qui me parus une éternité, songeant à nouveau à ma première journée sur Àsgard. L'accueil chaleureux, Hivar, son père, leurs présents. Eyla et Hjangar. Notre discussion qui par ma curiosité s'était non seulement envenimée mais m'avait aussi révélé une partie noire des Futharks, leur déviance, cette voie ignoble dont ils prenaient inconsciemment le chemin. Eurifas avait raison de se méfier, mais je ne pouvais m'empêcher de songer aussi que ceci n'était que la partie émergée de l'iceberg, et que le problème était bien plus terrible et complexe encore. Ce n'était pas une simple hérésie. C'était un appel à l'aide. Ces gens ne rejetaient pas l'image de l'Empereur, mais, de leurs propres aveux, Ses représentants. Si les hautes instances de l'Imperium considéreraient à coup sûr le crime comme aussi grave, je me disais pour ma part qu'ils pouvaient encore être raisonnés.
Et cette petite voix au fond de mon crâne qui continuait de me hurler que je n'effleurait même pas encore le plus grave...
Je repensa à l'adepte Jibaldus et ses paroles pleines de bon sens finirent par m'apaiser. Je n'en était qu'au début de mon vaste travail, et la pire chose à faire était de se précipiter. Ce fut sur cette pensée que la fatigue eut raison de moi, et je m'endormis aussi vite que plonge une pierre lestée jetée à l'eau.
Je dormis divinement bien, le lit chaud et douillet me faisant délicieusement oublier les infâmes tortures des banquettes du Star Rider. Alors que je me couchais préoccupé, aucun mauvais songe ne vint perturber cette première nuit passée sur Àsgard. Toutefois je me réveilla à deux reprises, la première pour satisfaire un besoin naturel, la deuxième fois pour une raison inconnue, et j'eus plus de mal à me rendormir, en profitant du coup pour achever de ranger mes affaires le plus discrètement possible, mes hôtes occupant la chambre voisine. Puis la fatigue revint et je retrouva avec délectation la chaleur de ma couche.
Mon sommeil fut alors si profond que ce fut Hivar qui vint me réveiller à même le lit, après avoir disait-il passé un bon moment à frapper à ma porte. Je me leva avec difficulté, engourdi et encore en proie à la fatigue. Le jeune Futhark me laissa le temps de me réveiller et de faire un semblant de toilette, puis je le retrouva dans la salle commune, alimentant un nouveau feu. Posé sur un petit tabouret près des marches descendant vers l’âtre m'attendait un bol de lait chaud et un large morceau de pain. Hivar, me voyant arriva d'un pas traînant me salua d'un grand sourire et me désigna le bol et le pain de la tête.
-Production locale, père Nevenski. Régalez vous.
Je grommela un semblant de remerciement, encore trop fatigué pour articuler quoi que ce soit d'intelligible, et m'assis sur la première marche proche du feu pour manger mon petit déjeuner, appréciant le pain rustique agrémenté d'un beurre visiblement artisanal, et avala tranquillement le lait chaud, dont la consistance ne laissait subsister aucun doute sur sa fraîcheur.
Hivar acheva de raviver le feu de la veille et vint s'asseoir à mes côtés. Il frotta ses mains pleines de cendres et attrapa un morceau de viande sèche qu'il se mit à grignoter.
-Je voulais vous présenter mes excuses pour hier soir. finit-il par dire. Peut être mon père a-t-il été trop rapide en vous parlant des problèmes de foi d'ici... Tout ceci est assez inhabituel pour eux.
-M'en parlez pas... dis-je sans le regarder en mangeant ma tartine.
-Nous comprenons ce que nous avez dû ressentir en nous écoutant, mais...
-Laissez tomber, Hivar. le coupais-je d'un ton las. J'aurais dû me préparer à ce genre de confrontation, mais je n'étais pas prêt. J'ai voulu aller trop vite. C'est ma faute.
Hivar ne répondit rien, se contentant juste de hocher du chef. Je termina mon petit déjeuner et posa de côté le bol vide, avant de laisser échapper un soupir gêné.
-Il faut que vous compreniez que ce que vous m'avez dit hier soir est grave. dis-je en me tournant vers lui. Très grave. Je comprends ce qui vous a mené à penser ce que pensez, même si je ne l'accepte pas, mais vous devez vraiment comprendre que ce n'est pas aussi simple. Vous prenez un chemin qui va vous mener à votre perte. Ce genre d'hérésie n'est pas pardonnable. Je... J'ai vu il y a peu ce que ça a fait subir à tout un peuple, et croyez moi, vous ne voulez pas de cela. Tourner le dos ainsi à l'Empereur...
-Pas à l'Empereur. me reprit calmement Hivar. La légitimité de ceux qui prétendent Le représenter.
-C'est la même chose, mon garçon. insistais-je. Que cela vous plaise ou non, vous ne pouvez pas tourner aussi impunément le dos au gouvernement de Terra. Hivar, c'est une rébellion que vous préparez!
-Nous serons toujours loyaux envers l'Empereur et l'Humanité, Kristophus. dit Hivar. Et si il faut en payer le prix, nous le paierons.
Il n'y avait aucun moyen de lui faire entendre raison, et mon ventre se noua de tristesse à l'idée que le gentil garçon face à moi était un traître en devenir, un séditieux, un rebelle. Bien que je voulais le faire changer d'avis ici et maintenant, je voyais bien qu'il n'y avait rien à faire.
Hivar sentit mon malaise et ferma les yeux, comme s'il tentait d'empêcher un terrible secret de sortir de lui.
-Je... commença-t-il. Je ne suis pas celui que vous croyez, mon père. C'est difficile pour moi de vous dire pourquoi, et dangereux en ces lieux, mais vous devez me faire confiance.
Il se leva en se tapant sur les genoux d'un air décidé, me laissant sur une désagréable impression de secret enfoui.
-Allons. dit il. Il est encore tôt, nous ferions mieux de nous mettre en route pour aller voir le père Hulbarl avant qu'il ne vaque à ses occupations. Il sera heureux de voir du monde de si bonne heure.


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Message par Turielo Sam 2 Fév 2013 - 15:23

Salut tout le monde! Bon je suis toujours sur le coup pour les (futures) Lettres de Sang 4, et je commence à tenir une vache d'idée qui, j'espère, vous plaira. A paraître ce w-e si tout se passe bien!
En attendant, et avant de plonger dans la suite de notre prêtre se la jouant missionnaire, sachez que j'ai ENFIN pris mon courage à deux mains pour m'atteler à finaliser la réécriture de Pour l'Empereur Malgré Lui (que j'avais quelques peu oubliée) et à restructurer Egorgeurs de Cieux en deux romans distincts, un sur les Sky Slaughters et un autre sur les Praetors. Des changements assez importants auront lieu, mais si tout se passe bien, leur écriture pourra reprendre.
Pour ici même, pas de post samedi dernier, parce que....ben... en famille donc zappé.

La suite, maintenant!

***

Je ne me rendis pleinement compte de l'heure matinale qu'une fois dehors. La neige encore très présente était lisse et pure, seulement dérangée de ci de là par quelques rares traces de pas. Le vent frais tourbillonnait en gémissant dans les rues désertes et le ciel affichait un tableau qui m'était inhabituel de couleur encre où venait se mêler de fins ruisseaux d'or ambré, les nuages défilant dans le ciel mouchetant ce duel entre la nuit et le jour, un côté à la profondeur glacial et l'autre aux teintes chaudes et éclatantes. Sur Fortis Hexx, le lever du soleil était bien moins poétique, ressemblant plus à des torrents de feu vomis par un soleil mourant, reprenant possession du monde en quelques minutes, embrasant la ville comme une coulée de lave obscène et indélicate. Sur Àsgard, l'aurore semblait dénuée de cette brutalité et paraissait douce et avenante, prenant plus de temps, comme si elle allait malmener les autochtones en arrivant trop brusquement. Rien qu'à la vue de ce ciel où se mêlaient harmonieusement deux teintes pourtant opposées, on se sentait en paix.
Hivar remonta le col du grand manteau de fourrure qu'il portait, et je resserra le mien, celui dont il m'avait fait le présent, et nous nous miment en marche, nos pieds s'enfonçant jusqu'à la cheville dans le tapis neigeux qui craquait faiblement. Rares étaient les chaumières qui affichaient déjà de la lumière, mais toutes lâchaient de gros panaches de fumée cotonneuse. Par moments, on croisait une silhouette emmitouflée, un homme ou une femme se rendant à son travail. Leur allure paisible me surpris tout autant que cette aurore délicat, habitué comme je l'étais aux légions de travailleurs de Fortis Hexx, pressés et à la démarche automatique, se marchant les uns sur les autres sans se soucier de blesser quelqu'un.
Nous suivirent la rue principale du village, une large route pavée qui avait été dégagée dans l'essentiel de son manteau neigeux, et qui s'achevait en un large cercle au centre duquel s'élevait un grand arbre au tronc épais, tordu par l'âge. De ce cercle, qui marquait sans doute le point central du village, partaient d'autres rues allant sinuer entre les maisons de bois et de chaume. Face à nous, derrière l'arbre endormi s'élevait une grande bâtisse à plusieurs étages et surmontée d'un grand dragon de bois, hurlant silencieusement dans le vent, ses ailes déployées tout le long du toit aux tuiles d'argile.
Je m'arrêta un instant pour observer le haut bâtiment, et Hivar vint me trouver, observant à son tour un instant avant de me le désigner du doigt.
-C'est notre mairie que vous voyez là. m'expliqua-t-il. C'est la demeure du Hersar Imlak Djorgson, et le lieux le plus important d'Ysdrral, notre village. C'est là que se tiennent nos conseils, nos tribunaux et c'est devant, autour de cet arbre, le Vieux Pleureur, que se tient le conseil des Anciens.
-Voilà une bien belle bâtisse. dis-je en levant la tête comme un enfant curieux, pour mieux observer la créature sculptée. Pourquoi un dragon?
-C'est le blason de notre comté, il se trouve dans tout les villages du coin, et bien entendu orne quasiment tous les bâtiments de Vjorheim. me répondit Hivar. Je ne saurai vous dire exactement pourquoi, mais je crois que dans les vieilles légendes, c'était une créature de feu, or vous vous trouvez dans un comté de forgerons. Cela est peut être lié...
-C'est une tradition locale, ou chaque comté a sa spécialité?
-Non, certains comtés ne possèdent aucune spécialisation, mais vous avez par exemple Hulbarljahlm, à quinze jours de voyage d'ici qui est un comté de tisserands et leur blason est celui du Cocon Soyeux.
-Vous voulez dire qu'ils ont une grosse boule de soie sur leur bâtiments?
-Non, je ne crois pas! fit Hivar en éclatant de rire. Je n'ai vu qu'une seule fois un homme de là bas, et il portait une broche en losange sur laquelle il y avait un métier à tisser tirant le fil d'un cocon. J'imagine que ça doit ressembler à cela...
Il repris son chemin et je le suivis, laissant derrière nous le dragon veiller sur le village endormi. Nous priment une petite rue tortueuse envahie de neige et finirent par déboucher hors du village, progressant le long de petits murs de pierre délimitant ce qui semblait être des champs en jachère, et après avoir passé un portique de pierre blanche surmontée d'un aquila de granit, je distingua une petite église entourée d'un petit cimetière et d'un jardin, se dressant modestement devant une petite forêt clairsemée.
A peine l'eus-je vue qu'une cloche au son caverneux sonna six coups lents, faisant s'envoler du clocher quelques volatiles brutalement réveillés. C'était une église pittoresque d'un autre âge, à la beauté simple et au charme vénérable, ses environs oscillant entre un décor sauvage et des terrains agricoles.
Hivar me mena jusqu'au porche, une grande porte de bois massif avec en son centre un gros cerceau de métal sombre dont il se servit pour frapper trois coups avant de pousser le verrou et d'entrer. Il régnait à l'intérieur un calme absolu, comme le temps s'était soudainement suspendu, la demi pénombre seulement perturbée par la lumière timide de l'aurore pénétrant par les vitraux aux couleurs passées et par quelques bougies tremblotantes. La nef s'élançait sur quelques dizaines de pas, partagée en deux rangs de bancs de prière rustiques, un large tapis d'un rouge délavé menant jusqu'à un autel très sobre, derrière lequel apparaissait un retable de bois richement décoré, représentant quelques saints et au centre l'Empereur-Dieu dans une armure éclatante et dorée, portant la lumière et terrassant un dragon hideux. La petite église sentait la pierre froide et l'encens, et il y faisait doux sans qu'il fasse froid.
Une petite silhouette courbée et encapuchonnée vint trottiner vers nous, la lumière nous révélant un vieil homme aux rides si nombreuses qu'on peinait à repérer sa bouche et ses yeux, tandis que jaillissait au milieu un nez proéminent et crochu. Le petit homme, qui devait m'arriver à la taille, toussa brièvement et nous adressa un signe de l'aquila rendu tremblant par ses mains tordues par la vieillesse.
-Je te souhaite la bienvenue, Hivar Jorgalson. dit-il d'une voix aiguë et chevrotante. Voilà bien longtemps que je ne t'ai pas vu entrer dans la demeure de l'Immortel Empereur...
-Salut à toi, Gunnir. répondit Hivar en rendant au petit homme un signe de l'aquila. Je viens accompagné de l'Ùtlendr, qui souhaite rencontrer le père Hulbarl. Est-il là?
-Ah! C'est donc celui là? fit le vieillard en levant deux yeux rongés par la cataracte vers moi. Bienvenue, frère.
Il tenta une révérence, trop basse pour lui, et il manqua de basculer en avant en étouffant un juron entre les rares dents qui lui subsistaient. Se relevant avec maladresse, une main plaquée derrière son dos, il nous fit signe de le suivre.
-Le père Hulbarl est encore dans la sacristie, en train de préparer la prière du matin. Il espère voir un peu de monde ce matin, la vieille Òlja est morte hier soir.
-Je suis bien peiné de l'apprendre. fit Hivar en pressant un nouveau signe de l'aquila sur sa poitrine. C'était une brave femme, qui nous manquera. Que l'Empereur et les Ancêtres veillent sur elle.
Nous suivîmes le vieillard le long de la nef, Hivar regardant paisiblement les murs arqués sur lesquels étaient pendus des tableaux votifs. Je m'approcha de lui, tenaillé par la curiosité.
-J'avoue être quelque peu déconcerté par vos manières, ser Hivar. dis-je à voix basse pour ne pas perturber le calme du lieu. Pourquoi ces signes de l'aquila si vous n'êtes pas croyant?
Il garda le silence quelques instants, sans ralentir sa démarche, un sourire en coin.
-Je crois que nous nous sommes quelque peu mal compris, père Nevenski. finit-il par dire, sa voix réduite à un murmure. Nous révérons l'Empereur, mais pas à votre manière. Nous sommes... Oui, nous sommes croyants, Kristophus. Seulement d'une manière différente de la vôtre.
-Mais ce que vous avez dit hier soir? insistais-je, confus. Qu'Il n'était pas un Dieu...
-Ah, ça... releva-t-il, son visage soudain assombri. Pardonnez Eyla, ce n'est pas l'entière vérité, mais elle est encore jeune et d'une nature rebelle. Elle ne pensait pas vraiment ce qu'elle disait. Pas de cette manière.
Une fois de plus j'eus l'impression qu'il me mentait, déviant ma vigilance, pour cacher une sombre vérité.
-Pourtant c'est quand les choses se présentent de cette manière, même involontaires, que des peuples entiers doivent être purgés. lui répondis-je.
-C'est bien pour cela que nous ne vous aimons pas, père Nevenski. Tout du moins nous n'aimons pas ce que vous représentez. me dit-il comme si la discussion était banale.
-Mais... Par le Trône, vous rendez vous compte de...
Je pouvais à peine contrôler mon indignation, et mon invective fusa comme un râle d'agonie, résonnant dans la petite église déserte.
Le vieillard qui s'appelait Gunnir se retourna l’œil mauvais et posa sèchement un doigt sur ses lèvres décharnées, m'imposant le silence.
-Soyez patient, Kristophus. me souffla Hivar sur un ton amical. Le père Hulbarl vous expliquera tout ceci mieux que moi.
Je refoula ma montée de colère et lâcha un soupir exaspéré qui se répercuta dans la voute du sanctuaire, et me remit à les suivre. Gunnir arriva devant une petite porte de bois épais et frappa quelques coups fébriles. Une voix de baryton lui répondit de l'autre côté et le vieillard nous fit entrer.
La pièce était assez petite et ses murs étaient tous masqués par de hautes étagères débordantes de livres antiques et de parchemins. Un large bureau en bois noueux s'étalait à l'autre bout, devant une portion de mur en arc de cercle ouvert en une grande fenêtre faite de vitraux non colorés, offrant une vue dégagée sur le décor extérieur.
Un grand homme à la carrure d'athlète se tenait assis au bureau envahi de manuscrits, écrivant sans nous adresser plus qu'un vague signe de la main. Puis il referma le grimoire qu'il travaillait et leva sa tête de lutteur ornée d'une grosse barbe noire, son crâne chauve reflétant le peu de lumière extérieure, ses yeux anthracites luisant dans la pénombre.
-Hivar! salua-t-il, d'une voix aux riches accents. Te serais-tu égaré mon fils pour venir me voir ici?
Il se leva avec un grand sourire, et alla serrer la main de mon hôte avec vigueur.
-Père Hulbarl, pardonnez moi de vous déranger si tôt, mais je suis venu avec l'Ùtlendr, qui souhaitait vous rencontrer. lui dit Hivar.
-A la bonne heure, le voici enfin! s'écria-t-il, joyeux, avant de m'adresser un signe de l'aquila solennel. Bienvenue en Àsgard, mon cher frère. Vous avez, je crois, déjà rencontré Gunnir, un des moines qui m'assistent dans mon travail de tout les jours. Je suis le père Jarlic Hulbarl.
-Kristophus Nevenski, frère. le salué-je en répétant le salut impérial. C'est une bien belle église que vous avez là...
Le prêtre fit tonner un rire d'ogre, les mains sur les hanches.
-Elle n'est pas toute jeune, mais je suis assez content de sa tenue, il est vrai! dit il fièrement. Ce n'est pas la seule du coin, mais c'est la seule encore habitée du côté d'Ysdrral...
Il dut voir mon expression réprobatrice à l'idée d'une population impériale abandonnant le culte de l'Immortel Empereur, et son rire se cantonna à un ricanement gêné.
-Oui, c'est vrai... J'oubliais que tout ceci est nouveau pour vous.
-C'est peu dire. acquiescé-je avec un triste hochement de la tête. Vous êtes le dernier prêtre officiant?
-Du village, oui. Mais nous sommes encore nombreux partout sur Àsgard, rassurez vous!
Il regarda Hivar en souriant de plus belle, posant une main chaleureuse sur l'épaule du jeune homme.
-Ces sacripants ont beau déserter nos églises, nous savons que leur foi brûle encore comme jamais dans leur cœur. dit il, et Hivar lui rendit son sourire, ses yeux trahissant une fois encore une toute autre vérité qu'il tenait à garder cachée.
-On dirait que vous êtes fier d'eux... ne pus-je m'empêcher de remarquer.
Le sourire disparut du visage d'Hulbarl qui reprit une expression tout à fait sérieuse.
-Fier d'eux? répéta-t-il. Bien sûr que je suis fier d'eux. Les habitants d'Àsgard, et même de tout Yggdrasil, sont de loyaux sujets à l'Empereur, pourquoi serais-je déçu d'eux?
-L'Ùtlendr a entendu beaucoup de choses sur nous. expliqua Hivar. Ses maîtres semblent nous reprocher beaucoup de choses, et n'approuvent pas la nouvelle voie.
Hulbarl continua à me regarder un instant, le visage tout à fait neutre, comme s'il espérait sonder mon esprit. Puis il hocha du chef avec un pâle sourire.
-Bien sûr. dit il. Je comprends pourquoi vous vouliez me voir, frère. Accompagnez moi je vous prie, les fidèles arriveront d'ici une bonne heure, nous avons le temps.
Nous partîmes côte à côte, Hivar sur nos talons, Gunnir étant reparti vaquer à ses occupations journalières. Hulbarl nous mena hors de la sacristie par un porte dérobée, qui donnait directement sur le petit jardin qui ceinturait tout l'arrière de l'église. Devant nous s'élevaient les premiers arbres de ce qui semblait être une bien grande forêt.
Hulbarl et moi marchèrent un certain temps en silence, lui respirant l'air frais en observant le décor, et moi tentant de faire fi du froid, en resserrant mon manteau pour me préserver de la brise mordante. Le prêtre àsgardien finit par s'arrêter devant une petite statue de pierre posée près de la forêt. Sous la neige qui l'encombrait, j'arrivais à deviner les traits d'un ange ailé portant contre lui une épée et une bannière. Hulbarl avait le regard plongé de l'autre côté, vers l'horizon et le soleil levant.
-J'imagine que vous n'avez pas observé pareil spectacle depuis bien longtemps, frère Nevenski... dit-il.
-C'est vrai, Fortis Hexx n'est pas réputée pour sa beauté, encore moins pour ses beaux levers de soleil.
Derrière nous, Hivar était agenouillé devant la statue et frottait son manteau de neige pour pouvoir lire l'inscription gravée sur la bannière à jamais figée dans le vent.
Hulbarl poussa un long soupir, puis se tourna vers moi avec un sourire satisfait.
-Fortis Hexx. Cela fait longtemps que je n'ai pas entendu parler de notre capitale sectorielle. Dites moi, comment se porte le Cardinal Pontius?
-Je ne l'ai personnellement jamais rencontré, frère. avouais-je. Le Diacre Seculos m'a parlé en son nom.
-Seculos, bien sûr. Ce nom est connu par ici. dit il feignant un air admiratif alors que sa voix laissait transparaître son mépris pour le bras droit de Pontius. Seculos l'Impitoyable, le Pourfendeur d'hérétiques. Un être sage et puissant de ce qu'on m'a dit. Et on m'a dit beaucoup de choses à son sujet.
-Que voulez vous dire, frère? demandais-je sur la défensive, sans pouvoir m'empêcher de claquer des dents dans le froid matinal.
-Eh bien pour commencer, votre Diacre est l'un des plus virulents opposants à l'Ordre de l'Épée, vous n'êtes pas sans le savoir... fit Hulbarl en recommençant à marcher dans le petit jardin étincelant de givre. Certains diront même qu'il est dans Mythos leur principal opposant, ce qui bien sûr est faux. Toujours est il que monseigneur Seculos voit nos traditions d'un très mauvais œil.
-Sur ce qui est de la façon de penser des Futharks, pardonnez moi frère, mais je comprends pourquoi... fis-je remarquer.
-Ça ne concerne pas que les habitants d'Yggdrasil, père Nevenski. Seculos en veut à la philosophie générale de l'Ordre, sa manie de prendre ses distances avec Terra.
-Et il a raison de la dénoncer. répliquais-je avec virulence, effrayé par le discours d'Hulbarl. Pareilles pensées sont absolument intolérables! C'est de la trahison, une abjecte hérésie!
J'entendis renifler Hivar derrière moi, qui s'était mis à nous écouter. Hulbarl pencha la tête de côté, pensif.
-Je le leur répète souvent, vous savez. finit-il par dire. Mais je ne peux nier que certaines raisons qu'ils invoquent sont justes...
-Qu'insinuez vous par là?
-Cela fait soixante ans que j'officie auprès d'eux. Ce qui vous choque aujourd'hui m'a dans un premier temps révulsé moi aussi. Mais à force de les côtoyer et parfois à partir au combat avec eux, j'ai fini par comprendre. "Comprendre", pas accepter. Je les mets toujours en garde contre leur façon de protester, mais j'ai vu aussi bien trop de massacres infondés et d'injustices commis au Nom de l'Empereur pour rester moi même parfaitement en confiance vis à vis de Terra...
Je ne sus quoi répondre, choqué d'entendre un confrère parler de la sorte. Les plus pieux de ce monde glissaient-ils eux aussi dans l'abandon, l'hérésie? Hulbarl sentit mon malaise et poursuivit.
-Je continue d'offrir mes services et d'être la Voix de l'Empereur auprès des habitants locaux, tout comme mes collègues le font ailleurs en Yggdrasil. Je n'arrêterai jamais de le faire. Mais je ne m'accorde pas le droit de les réprimander pour leurs pensées, aussi offensantes soient elles. Pas après avoir vécu des événements comme sur Darlis.
Une fois encore je garda le silence. Je savais de quoi il voulait parler, malgré tout le tabou qui couvrait la purge de Darlis. Peu en avaient entendu parler hors du sous secteur. Pour ma part son histoire m'était parvenue par hasard alors que l'on m'avait dépêché au sein d'une aile administrative du Munitorum pour un travail d'archivage de routine. Bien que ce n'était pas ma tâche, je ne pus m'empêcher de lire ce qui s'était passé, et, à l'époque, cela me perturba grandement.
Darlis avait été un monde impérial comme tant d'autres, fier bastion industriel aux multiples usines, fort de plusieurs milliards d'habitants et d'une Garde locale fondée en urgence durant la Croisade Noire de fin M41. Cette dernière, bien que défaite dans le secteur, laissa dans son sillage d'innombrables souffrances, et Darlis ne fut pas épargnée. Une vague d'insurrection éclata, scindant la planète en deux, impériaux contre rebelles. Le conflit s'étendit sur deux ans, avant que le Cardinal local en appelle à l'aide les armées de l'Ecclesiarchie, qui fut déployée assez vite, forte de milliers de gardes fanatiques et de Sororitas provenant de différents Ordres. Sur un ordre particulièrement cruel du Cardinal les ayant fait appeler, ils éradiquèrent méthodiquement l'entière population de Darlis, y compris les forces loyales. Des millions d'innocents furent massacrés, avec comme seul consolation le fait que l'Empereur saurait reconnaître les siens, comme aimaient à le répéter leurs bourreaux. Tout se termina lorsque les forces mandées par le Cardinal, qui trouva lui même la mort dans la bataille, se retirèrent prestement du théâtre de guerre et firent bombarder le monde avec tout ce dont ils disposaient. Ce qui manqua de devenir un véritable scandale fut que nombre de gardes des armées libératrices étaient encore au sol, et ils périrent lors du bombardement. L'Ecclesiarchie parvint à étouffer l'affaire, mais nombreux furent ceux qui n'oublièrent jamais.
La révélation d'Hulbarl me jeta un poids de honte sur le cœur.
-J'ignorais que vous étiez là bas... fis-je, embarrassé.
-J'accompagnais le 6ème Futhark, du Clan Heimdall. Il ne restait qu'un quart du régiment quand nous sommes revenus. Le 6ème fut l'un des derniers à partir de la surface. On nous appela "héros" et ceux qui auraient dû porter ce titre furent appelés "martyrs". L'Ecclesiarchie fit ce qu'il fallait pour nous museler, et personne ne pu protester. Le seul régiment qui le fit, les reliquats du 416ème de Vorosia, fut immédiatement envoyés vers une autre campagne de purge de laquelle aucun de ses soldats ne revint. Vous comprendrez aisément qu'après pareil événement, même ma foi ne put m'empêcher d'éprouver de la colère envers ceux que nous représentons. Ce ne fut pas une purge, mais un carnage irraisonné. C'est d'ailleurs après cela que les églises d'Yggdrasil furent désertées petit à petit, les locaux refusant de se rendre dans les demeures de bouchers mensongers. Beaucoup de confrères ont alors protesté, certains ont même dû je suppose dû référer aux instances locales, qui à leur tour ont pu joindre Seculos et ses séides.
-Et vous?
-Je suis resté fidèle à mon devoir, et j'ai continué d'officier ici. Mais je n'ai jamais rien dit lorsque mes fidèles s'en sont allés, je les ai juste prié de ne pas faire d'erreurs qui condamneraient chacun en Yggdrasil. Certains m'ont écouté, d'autres moins.
-Des gens comme Hivar?
-Non, Hivar est resté comme beaucoup un fidèle croyant, même si je le vois moins ces temps ci. En revanche je crains beaucoup pour sa sœur...
-Que voulez vous dire?
Hulbarl ne répondit rien, lançant un regard embarrassé à Hivar. Celui ci inspira profondément, puis hocha la tête.
-Je pense qu'il peut savoir. dit calmement Hulbarl. Son esprit n'est pas fermé comme les séides habituels de l'Ecclésiarchie...
Hivar me répondit alors au sujet de sa sœur, tandis que nous marchions à nouveau vers l'église.
-Ma sœur fait partie d'une minorité de personnes qui se sont radicalisées, allant plus loin que la dénonciation. Ces quelques protestataires ont totalement rejeté l'autorité de Terra, restant uniquement aux ordres édictés par notre gouvernement du moment qu'il reste en retrait des intérêts discutables de l'Imperium. Ce sont devenus des marginaux, et certains sont même sous le coup de mandats d'arrêt prononcés par les autorités locales. Leur dégoût de l'Imperium frise la révolte, ce que veut à tout prix éviter le gouvernement central d'Yggdrasil.
-C'est tout à son honneur. dis-je. Je suis désolé qu'Eyla fasse partie de ce mouvement criminel...
-Je veille sur elle, et que le Trône soit remercié, elle ne s'est pas encore trop enfoncée dans ce groupe dissident. Mais elle le fréquente trop à mon goût, et ses idées s'en retrouvent mal influencées.
-Ces gens réclament une sécession avec l'Imperium, ce qui en soi est déjà très grave. reprit Hulbarl. Mais le plus dangereux reste leur rejet de la figure divine de l'Empereur.
-Ils ont tourné le dos à l'Empereur Lui-même? fis-je scandalisé. Par Terra c'est abominable!
-Ils ne L'ont pas abandonné, mais le considère d'une toute autre manière. m'expliqua Hivar, la mine sombre. C'est sa divinité qu'ils rejettent. Ils Lui restent fidèles, mais en tant qu'architecte de l'Humanité, pas en tant que dieu. Pour eux, Il est un homme mort depuis dix milles ans, dont il faut se souvenir comme d'un père, mais pas lui rendre un culte, qu'ils jugent dégradant.
Je restais sans voix devant la gravité de ces propos, comprenant le danger que représentait ce groupe marginal pour tout le resté du système. Je me rappelais avec douleur des propos virulents d'Eyla au sujet de l'Empereur, et mesura alors tout ce que cela impliquait, et ce pourquoi Jorval tenait tant à ce que les raisons de ma présence ne soient nullement évoquées sous son toit. C'était là la peur d'un père pour son enfant. J'étais une menace, et il voulait protéger sa fille qu'il aimait de tout son être, même en la sachant coupable d'une telle hérésie. Je fus soudain frappé de pitié et d'affection pour ce père de famille prêt à tout risquer afin de protéger sa fille du châtiment qu'elle encourait. Il savait au même titre que moi que là protestation était une chose, mais que l'hérésie était un crime impardonnable.
De même que je compris alors l'attitude mystérieuse d'Hivar, craignant de révéler ce dur secret à quelqu'un qui pourrait signer leur arrêt de mort. Hivar, qui s'avérait un loyal serviteur de l'Empereur, tiraillé entre son devoir sacré et la révolte de sa sœur et de son peuple.
Je secoua la tête, ne sachant quoi dire, me sentant misérable, sachant quel était mon devoir aussi cruel soit-il, mais ne pouvant me résoudre aussi vite à condamner tout un peuple par la faute d'une poignée d'égarés.
Une fois encore, les sages paroles de Jibaltus et du sergent Deludas me revinrent en mémoire, et ma compassion prit le dessus sur ma mission. Je me tourna vers Hivar dont le visage trahissait son appréhension de ma réaction et nous nous regardâmes en face, avec grand sérieux.
-Je garderai ce secret pour moi, Hivar Jorvalson. dis-je, une main sur son épaule, tandis que son visage fondit en une expression d'intense soulagement.
-Merci... souffla-t-il d'une voix étouffée par l'émotion. Par le Saint Trône, merci mille fois, Ùtlendr!
-Je garderai votre sœur en sécurité. le coupais-je avec un regard dur. J'essaierai de toutes mes forces de la ramener à la raison, elle et ceux de ses camarades qui accepteront de m'écouter. Mais sachez que je ne suis pas seul, et que votre soeur et ses amis courent un grand danger. Je prie l'Empereur pour qu'elle se repente de ses pensées blasphématoires, mais je ne pourrai pas la protéger de ceux venus avec moi.
Hivar hocha la tête, la mine grave. Il releva vers moi un regard résolu vers moi.
-Nous la protègerons ensemble, père Nevenski. dit-il. Et nous sauverons Àsgard et Yggdrasil de l'hérésie.
Il me sourit et je lui tapota vigoureusement sur l'épaule, comme si ce face à face signait entre nous un pacte dangereux mais nécessaire.
Hulbarl, les yeux pleins de reconnaissance - et de soulagement? - voulut ajouter quelque chose, mais nous fûmes interrompus par l'arrivée du vieux Gunnir qui claudiqua jusqu'à nous avec difficulté.
-Mon père... haleta-t-il à l'attention d'Hulbarl. Ils sont là, mon père. La cérémonie peut commencer.
Hulbarl hocha du chef et nous invita à le suivre. Hivar était sur le point de me dire ce qu'il n'avait pu me dire, mais après m'avoir longuement considéré, il secoua lentement la tête, renonçant à parler. J'avais l'intime conviction que cet homme recelait bien des secrets en lui, et que je devrai me montrer méritant pour qu'il puisse s'ouvrir à moi.
Ne voulant pas lui forcer la main, trop heureux d'avoir au moins pu établir une relation de confiance entre lui et moi, je ne dit rien et les suivit vers l'église.


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Message par Turielo Sam 9 Fév 2013 - 13:24

La petite suite du samedi! En passant, j'en profite pour annoncer que Égorgeurs de Cieux fera prochainement son retour avec des passages inédits et quelques modifications du texte original, remaniement du fanfluff et séparation de la partie Astartes de la partie GI obligent.
Si tout se passe bien, Égorgeurs de Cieux sera mis à jour et repris à compter de Mars (je reposterai depuis le début, afin que les changements soient tous là, sans enlever les premiers jets.).
En ce qui concerne la partie GI (qui aura pour nom Gladius), elle subit le même travail, et devrait être parée pour continuation du processus d'écriture à compter de Mars ou Avril.
Enfin, pour le premier écrit que je vous ai proposé, "Pour l'Empereur Malgré Lui", ou PEML pour les intimes, je n'ai pas encore achevé la réécriture laissée en suspens pendant un moment (étant donné que je voulais finaliser ma mise à jour de fanfluff, et que je devais relancer le forum d'Obscurae Librarium), mais dès que Egorgeurs de Cieux et Gladius seront à nouveau sur les rails, aux côtés d'Ùtlendr, je m'y attellerai et vous proposerai une version finale sous format PDF. Bien entendu, je tiendrai au courant! Wink

A propos de ce PDF, et ce pour les autres romans aussi, j'ai dans l'idée de leur donner une belle couverture. Est ce qu'il y a parmi vous des motivé(e)s pour m'en proposer une (pour le moment juste pour PEML)?

Alley! on passe à la suite du périple de notre clerc:

****

Lorsque nous furent entrés, une trentaine de fidèles étaient déjà installés sur les bancs, et d'autres arrivaient encore. Le père Hulbarl enfila sa tenue de procession, une longue bure noire et rouge bordée de fils d'or et arborant sur là poitrine un aquila d'argent. Sa crosse portait le même symbole en plus de l’héraldique de la Sainte Ecclesiarchie et Gunnir se plaça à quelques pas derrière lui, vêtu de la même robe et balançant dans ses mains tremblantes un encensoir de cuivre.
La défunte, que Gunnir avait appelé Òlja, semblait avoir été beaucoup aimée de ses proches, de nombreux fidèles dans l'église portant des habits de deuil et sanglotant à chaudes larmes. Les portes s'ouvrirent en grand pour laisser passer quatre Futharks habillés de robes blanches frappées d'un symbole noir ressemblant à un crâne dissimulé sous un linceul, chacun supportant une des extrémités d'un cercueil de nous sombre. Ils allèrent jusque devant l'autel, lentement tandis que tous dans la salle se levaient, et déposèrent le cercueil avec délicatesse avant d'aller rejoindre leurs place. Hulbarl prit place derrière l'autel et commença une longue oraison funèbre au souvenir de la défunte, parlant d'une femme au fort caractère, ayant perdu son mari lors de la Croisade Noire, évoquant ses trois enfants devenus de fiers soldats partis depuis six ans pour servir l'Empereur. Il parla longuement du métier de tisserande d'Òlja et de ses nombreuses tapisseries qu'il disait fort prisées de la noblesse àsgardienne. Sur le cercueil fermé fut déposé un large drap représentant un symbole qui m'était familier, un cocon de soie relié à un métier à tisser stylisé, celui dont Hivar m'avait parlé sur le chemin vers l'église.
Je me tenais en retrait sur le côté de la nef en compagnie de mon guide qui écoutait attentivement le discours du père Hulbarl. Je commença à prendre des notes sur un petit carnet, et y ajouta quelques croquis de la scène, des symboles que je voyais et des tenues élaborées des gens présents, certaines résultant sans nul doute des traditions locales. Hivar me surpris à griffonner le macabre blason des quatre Futharks en blanc, et se pencha vers moi.
-La guilde de Hel. m'expliqua-t-il discrètement à voir basse. L'une des deux guildes funéraire d'Yggdrasil, l'autre étant Hrund, qui s'occupe essentiellement des morts de l'armée.
J'apposai le nom sous mon croquis et le remercia d'un hochement de tête. Puis je désigna le drap reposant sur le cercueil.
-La défunte n'était pas d'ici? demandais-je dans un souffle. Le cocon...
-Le blason du comté d'Hulbarljahlm, en effet. finit-il pour moi. Òlja est née là bas et s'est installée ici il y a très longtemps. Elle est du même Clan que nous, mais ses origines sont différentes. Chaque comté, porte son blason et ses propres traditions, comme je vous l'ai dit. Chez nous autres, Futharks, les origines sont quelque chose de très important, et priment avant tout le reste. Òlja, bien qu'ayant vécu la majeur partie de sa vie chez nous, à Vjorheim reste avant tout une native d'Hulbarljahlm, et elle ira rejoindre ses Ancêtres avec le blason de sa terre natale.
-Ce sont des sortes de Clans en fait? demandais-je.
-Non, nous avons les Clans majeurs et mineurs, qui sont des fractions sociales. me corrigea Hivar. Pour ce qui est de nos origines, nous parlons de Terres. Lorsqu'un Futhark se présente complètement, il donne son nom, son affiliation, sa Terre et son Clan. Parfois certains servent un Clan différent du leur, et ils se doivent de le préciser. Par exemple, je suis Hivar Jorvalson de Vjorheim du Clan Nerthus, servant le Clan Odin.
-Voilà qui est très précis... dis-je, impressionné. Et Òlja, puisse l'Empereur accueillir son âme, est du même Clan que vous?
-Elle était du Clan Nerthus aussi, en effet. Nerthus est le Clan de la basse population, des paysans et aussi des serfs. Nous obéissons à tout les Clans Majeurs, ainsi qu'au Clans mineurs mais nobles. Mais ne vous y trompez pas, nous avons notre fierté et sommes respectés comme chacun en Yggdrasil.
Je le remercia d'un nouveau hochement de tête et compila vite ses explications précieuses.
Je me sentais encore assez étranger d'eux, mais les révélations d'Hivar et du père Hulbarl concernant là situation en Yggdrasil m'avaient apaisé, là situation paraissant au final moins grave que ne voulaient le croire des gens comme Eurifas ou Seculos. Mais je demeurais toutefois sur mes gardes, car cela pouvait n'être qu'un aveu de surface visant à calmer mes accusations, ou pire encore une ruse pour détourner mon attention d'une hérésie couvant au sein de là populace. J'étais heureux qu'il n'y ai aucune animosité à mon égard de la part d'Hivar ou de quelqu'un d'autre, mais je préférais rester prudent.
Hulbarl céda la place à plusieurs Futharks venant rendre un dernier hommage à la défunte, jetant quelques menus offrandes sur le cercueil alors qu'ils passaient devant. Quelques uns parlèrent un peu de celle qu'ils allaient enterrer, évoquant quelques souvenirs, parlant de la vieille Òlga et de son métier. Tous se retirèrent petit à petit de ce manège funèbre et regagnèrent leurs places pour entonner des chants de deuil et de gloire à l'Empereur, emmenés par Hulbarl qui révéla une belle voix de baryton, riche et puissante. Je me réjouissais de cette sainte ambiance, qui commençait à me manquer, et me sentis complètement en paix durant l'instant de ces chants et louanges. Hivar chantait lui aussi, ses mains serrées sur sa poitrine en une fervente représentation de l'aigle impérial. Il y avait là un mélange de chants religieux connus de tous, mais aussi des passages que je ne reconnaissais pas, des hymnes locaux et des prières dites en langue Futhark. Hivar ne manqua pas par moment de m'indiquer en quoi consistait chaque prière et je rédigea du mieux que je pus mon observation de ce poignant moment de recueillement.
Les chœurs se turent lorsque entra un personnage à la noble allure, arborant le blason de Vjorheim sur le devant de sa tunique pourpre à la coupe minutieuse. Son visage vénérable à la courte barbe brune était marqué par la tristesse, et il s'arrêta par moments pour adresser quelques condoléances aux proches de la disparue. Deux soldats l'accompagnaient, légèrement en retrait, tenant leur casque sous le bras, et sans armes, leur uniforme du même rouge artériel que la tunique de celui qu'ils accompagnaient, et une cuirasse portant un symbole que je n'avait pas encore vu auparavant, figurant un animal porcin aux défenses proéminentes et au poil abondant, portant une épée flamboyante.
Je jeta un regard interrogatif à Hivar, mais celui ci avait déjà anticipé ma question.
-Voici notre Hersar, Imlak Djorgson, dont je vous ai parlé tout à l'heure devant la mairie. dit il dans un murmure. Et ces deux soldats qui l'accompagnent font partie d'un des régiments protecteurs du Clan Freyr, auquel appartient Imlak, comme tout membre de la basse noblesse.
-Ils ont fière allure... dis-je pour moi même.
-Le Clan Freyr est un Clan assez peu apprécié des autres, en vérité. m'avoua-t-il, ne pouvant cacher que lui même leur accordait peu de crédit. La basse noblesse d'Yggdrasil est souvent constituée d'imbéciles arrogants qui méprisent la basse population ou les Clans qu'ils jugent "inférieurs". Même les hauts nobles du Clan Odin ne les aiment pas. Par chance, Imlak n'est pas un fourbe. C'est un homme bon et fort généreux. Hélas on ne peut pas dire la même chose de son entourage. Enfin, nous n'y pouvons rien, et par leurs positions, nous leur devons le respect. Je suis juste content de ne pas être un de leurs vassaux...
-Et ces soldats sont une milice locale?
-Oui, les Clans mineurs ne sont pas autorisés à entrer dans la Garde Futhark, sauf en cas de grande urgence. Toutefois, ces milices constituent de facto nos Forces de Défense Planétaire, et sont donc armées en conséquence.
-Votre Clan contribue-t-il aussi aux FDP?
-Non, en tout cas pas si le besoin s'en fait sentir. répondit-il en secouant la tête avec une point de dépit. Nous sommes les travailleurs, les paysans, les ouvriers. Pas des soldats. A ma connaissance il n'y eu qu'une fois où le Clan Nerthus regroupa des milices pour défendre Yggdrasil, et c'était lors de la dernière Croisade Noire. Nerthus parvint à lever six régiments pour défendre nos mondes. Mais par manque d'entraînement, ces pauvres gens se sont fait massacrer lors des combats.
Il marqua une pause, les yeux fixés sur le Hersar qui venait d'arriver devant l'autel pour se recueillir un moment devant le cercueil de la vieille Òlja.
-Les régiments de FDP du Clan Nerthus furent appelés les "Gardiens de la Terre" par nos skalds. reprit Hivar en tournant la tête avec moi, une expression de fierté sur son visage marquée par un demi sourire. Même si nombreux furent les Gardiens de la Terre à tomber face à l'ennemi, jamais personne ne recula, et le Clan Nerthus livra combat bravement comme tout Futhark. Quelque soit notre niveau dans l'échelle sociale, nous sommes tous de fiers combattants et nous ne reculons jamais.
-Voilà qui est valeureux... fis-je. L'Empereur récompense ses fidèles. Béni soit le pieux qui tombe en chantant Son Nom car ses souffrances feront place à une vie de bonheur éternel.
Hivar sembla s'amuser de mes paroles, mais n'en dit pas plus, rivant à nouveau son regard étiré par son sourire vers le Hersar qui prononçait quelques mots en mémoire de la défunte. Nous l'écoutâmes tout deux avec respect, appréciant ses paroles chaleureuses rendant hommage à l'une de ses villageoises, qu'il semblait considérer de fait comme un de ses enfants. Lorsqu'il eut fini son oraison, il redescendit pour aller étreindre les quelques proches de la vieille Òlja qui le remercièrent longuement pour son déplacement.
Le père Hulbarl reprit son sermon du jour, et le Hersar se joignit aux fidèles pour l'écouter parler, flaqué de ses deux gardes.
Toutefois, même si il m'avait jusqu'alors paru un homme de bonté et dévoué à ses sujets, la considération que j'avais pour lui chuta brutalement alors que je le remarquais regarder le prêtre avec une hostilité mal dissimulée, faisant la grimace à chaque fois que le Saint Nom de l'Empereur était évoqué.
Je me pencha vers Hivar, mal à l'aise.
-Votre Hersar... demandais-je, hésitant. Fait-il partie des incroyants?
Mon guide perdit son sourire et considéra l'homme avec un mélange d'agacement et de défiance. Il soupira profondément avant de me répondre.
-Imlak fait partie de ceux qui sont le plus farouchement opposés à l'autorité de Terra. Certains disent même qu'il en est venu à côtoyer de près ceux qui réfutent la déité de l'Empereur, puissent-ils tous êtres maudits. Le fait est que Imlak est un très bon Hersar et que ses bons et loyaux services lui ont épargné la disgrâce, mais il ne cache pratiquement plus sa volonté de sécession. Je sais que le Jarl à plusieurs fois l'a fait mander pour le réprimander. J'ai bien peur que le Clan Freyr soit en tête de lice des contestataires, même s'ils s'en défendent vigoureusement.
La situation en Yggdrasil m'apparaissait bien plus compliquée que de prime abord, un ensemble de mondes sur le point de s'entre déchirer dans une guerre civile politique et théologique. Ayant étudié de nombreux cas similaires dans l'Histoire de l'Imperium, j'étais bien placé pour savoir qu'il n'y aurait alors que des perdants si le conflit venait à éclater. Dans les situations d'insurrection, l'Imperium n'était pas réputé pour faire dans la demi mesure.
-Comment votre gouvernement arrive-t-il à gérer la crise? demandais-je. Ils doivent être dans une situation bien délicate...
-Je ne connais pas les détails, mais je sais que les forces de sûreté furent considérablement renforcées et que depuis peu les Hauts Jarls ont lancé une véritable chasse contre les sécessionnistes. Le Köng est jusque là resté discret quant à ses décisions, mais on murmure qu'il a fait appel à l'Ordre pour débusquer et punir les traîtres. Des rumeurs disent que l'un des Dix est en ce moment sur Àsgard, occupé à traquer les sécessionnistes pour les neutraliser...
-L'un des Dix... répété-je, afin qu'Hivar confirme mes pensées. Vous voulez parler d'un des dix Inquisiteurs de la Cabale Obscurae? Celle de l'Ordre de l'Épée?
-C'est ce que disent les rumeurs. affirma le Futhark. Mais personne ne sait si cela est vrai, et encore moins duquel il s'agit...
Ainsi donc, le fameux Ordre de l'Épée était dans là partie. Heiklimer devait bien entendu s'en douter, et mon devoir allait être d'enquêter pour savoir quels étaient les intérêts de l'Ordre en Yggdrasil. Agissait-il pour garder le système dans le giron de l'Imperium, ou alors ses motivations étaient toutes autres?
Je tenta de pousser Hivar dans ses révélations.
-Y'a t-il eu des mesures de répressions mises en place depuis le début de la crise?
-Vous voulez dire des condamnations? me demanda Hivar en dressant un sourcil interrogatif. Je hocha la tête pour confirmer et sa mine devint plus grave.
-En dehors des simples emprisonnements, le Thìng a déjà prononcé certaines condamnations à mort. répondit-il. Au début ça concernait essentiellement des insurgés devenus terroristes, des cas d'hérésie avérée, ou bien des cellules séparatistes. En définitive des cas isolés mais fréquent dans fout l'Imperium. Les exécutions furent peu nombreuses et généralement discrètes. Jusqu'à ce que le premier haut dignitaire ne tombe...
Il marqua une courte pause avant de reprendre.
-Servig Kovorson, du Clan Aegir, fut exécuté l'an dernier, durant la première campagne d'Eris, accusé de haute trahison et d'hérésie. Il était Jarl d'une communauté industrielle sur Jötunheim, le Monde Océan. Alors que l'essentielle des garnisons de la Garde recrutée par le Clan Aegir se battait au côté du Purgateur en Eris, Kovorson tenta un coup de théâtre en déclarant son comté indépendant de l'Imperium, et en prenant le contrôle des garnisons de FDP sous sa juridiction. Mais ces dernières restèrent loyales à l'Imperium, de même que là majorité des habitants du comté, et Kovorson fut mis à bas en moins de deux jours, arrêté par un peloton des FDP, et ses amis conspirateurs neutralisés tout aussi rapidement, certains tués sur le champ. Le Haut Jarl ordonna un procès immédiat, et les magistrators qui le présidèrent le condamnèrent lui et ses séides au terme de six jours de procédure. Kovorson et l'ensemble des compteurs survivants furent mis à mort le soir même, et on avait pu retrouver les traces d'une cellule séparatiste à laquelle ils appartenaient. C'est à ce moment là que tous prirent conscience de l'étendue du problème en Yggdrasil et chacun y a réagi à sa manière. Si la cellule hérétique à laquelle appartenait Kovorson ne fit plus entendre parler d'elle, beaucoup pense qu'elle s'est répandue dans tout le système en une entité dormante que rejoignent les séparatistes supposés d'aujourd'hui.
-Comment se fait-il, si une telle situation est connue, que l'Inquisition ou une autre force impériale ne soit pas intervenue ici? demandais-je étonné.
-Tout simplement parce qu'ils ne le savent pas. Yggdrasil et l'Ordre travaillent de concert pour empêcher la situation de s'envenimer et pour étouffer les vagues séparatistes en interne. Quant aux séparatistes eux mêmes, je suppose qu'ils savent que ce n'est pas dans leur intérêt de se faire connaître du reste de cet Imperium qu'ils veulent quitter... En d'autres termes, Yggdrasil est aujourd'hui enfermé dans une bulle hermétique au reste de l'Imperium, sous la vigilance du Köng et de l'Ordre, jusqu'à ce que le problème soit résolu, et cela afin d'éviter que si l'Imperium vient à connaître la situation ici, il envoie des forces d'intervention qui mèneront le système à sa destruction, coupables et innocents confondus. Comme sur Darlis...
-C'est... C'est un risque énorme... dis-je, prenant l'ampleur de cette bataille interne menée loin du regard de Terra. Si l'Imperium venait à découvrir la situation, on vous considérerez tous comme coupables, c'est pratiquement certain. Êtes vous conscient de ce risque?
-Nous le sommes. Mais je pense que vous commencez à saisir en quoi cela nous importe d'agir de la sorte. C'est un problème récent mais nous avons réagi promptement, et ce n'est qu'une question de temps avant que les insurgés soient stoppés. Voilà pourquoi votre venue et celle de vos camarades est mal ressentie. Vous présentez un risque énorme pour notre survie.
L'aveu me frappa par sa franchise, et je fixa Hivar un instant, en clignant des yeux sous l'effet de la surprise.
-Mais dans ce cas, pourquoi m'en parler à moi si je représente un danger? demandais-je enfin.
Le Futhark ne répondit pas immédiatement, plongé dans ses pensées. Dans l'église, le père Hulbarl avait achevé son sermon et les fidèles se retiraient lentement, précédés des quatre hommes de la guilde funéraire portant la dépouille de la défunte Òlja. Le Hersar Imlak resta un moment à contempler la nef, son visage se tordant par moments en un rictus de dégoût, avant qu'il ne tourne les talons et s'en aille à son tour.
Le père Hulbarl et Gunnir se retirèrent dans la sacristie pour ôter leurs bures de cérémonie et Hivar leur adressa un vague hochement de tête avant de m'inviter à le suivre hors du bâtiment saint.
Dehors le jour s'était pleinement levé, une clarté dorée baignant le décor hivernal sous un ciel bleu pâle dans lequel se tortillaient quelques nuages blancs. La neige scintillait de mille feus, comme un océan de joyaux, et le village semblait exploser d'une infinité de couleurs auxquelles je n'avais jusqu'alors jamais prêté attention. Dans cette lueur matinale resplendissante, je distingua alors mieux les contours lointains de la cité de Vjorheim, dont les murs massifs jaillissaient d'un haut pic montagneux, surplombant les vastes étendues enneigées, affirmant sa position de ville dominante.
L'air était encore très frais, mais les vêtements chauds que m'avaient offert Hivar et son père m'épargnèrent sa morsure glaciale, et je remonta mon col afin de protéger mes joues chauffées par le souffle polaire.
Hivar sortit de sa poche une petite pipe de bois dans laquelle il tassa un tabac sombre et se mit à tirer de grandes bouffées odorantes après l'avoir allumée à l'aide de grossières allumettes. Il resta ainsi, plongé dans son silence et ses pensées, emplissant ses poumons de ce poison piquant, avant revenir à moi, tenant sa pipe vissée à la bouche d'une main, l'autre plongée dans la chaleur de ses poches ventrales.
-Je vous fait confiance, Ùtlendr. dit-il alors. C'est aussi simple que cela. Je vous ai dit tout ça parce que je vous fait confiance. Pour la plupart ici vous demeurez un inconnu, au mieux, au pire un intrus ou même pour certains un ennemi. Je pense que le père Hulbarl est du même avis que moi. Vous êtes un homme de confiance, et j'espère que vous comprendrez que ce qui se passe ici ne doit pas s'ébruiter en dehors d'Yggdrasil. Jamais.
Je chercha une façon de le remercier de ses mots, un peu perturbé par ce nouvel élan de franchise, mais rien ne voulut sortir de ma bouche qui s'ouvrit et se referma plusieurs fois de suite comme un poisson étouffant hors de l'eau.
-Et les autres? arrivais-je finalement à demander.
-Les autres Ùtlenders? comprit-il. Ils n'en sauront rien. Nous leur montrerons ce qu'ils veulent voir, mais leur cacherons toujours la vérité. Ils ne sont pas les premiers, et ne seront pas les derniers. Je vous fais une fois de plus confiance pour que vous ne leur disiez rien vous même, y compris à ceux que vous appréciez.
Je hocha la tête en signe de compréhension.
-Je me suis trompé à votre égard, Hivar Jorvalson. dis-je. Je vous prie d'accepter mes excuses. Je ferais mon possible pour vous aider dans votre quête, aussi dangereuse soit-elle, pour ramener Yggdrasil dans la Lumière de l'Empereur.
-Il n'y a rien à pardonner, père Nevenski. rétorqua-t-il avec un regard appuyé, plein de sérieux. Vous étiez ignorant en arrivant ici. Je vous fais don de mes connaissances, dont j'espère que vous vous montrerez digne.
Je garda un instant le silence, pesant tout le sérieux de ses paroles. Malgré moi, je frissonna, non pas à cause du froid, mais à cause d'une pensée qui me traversa l'esprit.
-Et si... commençais-je. Et si je n'avais pas accepté? Si j'avais voulu porter toute cette histoire auprès de mes maîtres et de Terra?
Hivar me considéra avec sérieux, tirant une longue bouffée de fumée blanchâtre, ses yeux verts semblant un instant irradier d'une sévérité macabre.
-Nous vous aurions tué. dit-il sans détours. Les Futharks ne prennent aucun risque lorsqu'il s'agit de leur survie.
-Je vous remercie de votre honnêteté. dis-je, tentant avec difficultés de cacher mon malaise devant la brutalité de l'aveu.
-J'en attends autant de vous, Ùtlendr. Nous avons encore beaucoup à nous dire, et encore plus à faire. Notre première tâche est bien entendu d'éradiquer le fléau de la sécession qui couve dans notre peuple, la vôtre sera de faire en sorte que le reste de l'Imperium détourne les yeux d'Yggdrasil.
En disant cela, Hivar était devenu la deuxième personne à me demander de modifier mes ordres. Cela me troublait grandement, même si j'étais toujours farouchement hostile à ce que m'avait demandé Argustaz sur le Star Rider. Néanmoins, j'éprouvais une grande culpabilité de me faire manipuler de la sorte par tout le monde, et je décidai intérieurement de garder mon sang froid et mon libre arbitre, et de poursuivre mes investigations selon les ordres donnés par l'Inquisiteur Heiklimer.
Cela constituait un premier mensonge vis à vis d'Hivar, mais j'étais prêt à prendre le risque, le temps de prendre pleine conscience de la situation en Yggdrasil. Malgré toute la bonne volonté dont il semblait faire preuve, Hivar demeurait un inconnu pour moi, et j'avais bien conscience qu'il pouvait en définitive être un allié me disant la vérité tout autant qu'un ennemi essayant de bercer d'illusion afin de rentrer dans sa danse et de devenir un pion sur son échiquier.
Je décidai donc de jouer le jeu et hocha la tête, acceptant ses termes. Il restait deux points que je souhaitais clarifier avant d'en rester là.
-Dois-je en outre comprendre que vous surveillerez tous mes faits et gestes pour vous assurer de ma loyauté envers vous? demandais-je à mon guide.
Il afficha un de ses grands sourires et secoua la tête en réprimant un début de rire.
-Non, mon père. répondit-il. Un Futhark se doit de mépriser le mensonge et la tromperie. En particulier un Futhark du Clan Nerthus! Si je vous dis que je vous fait confiance, c'est chose vraie, et ça ne nécessite aucune méfiance de ma part. Sur mon honneur, je vous jure que vous n'aurez rien à craindre.
Son sourire s'effaça un instant, et le sérieux revint sur son visage.
-Bien évidemment, si de votre côté vous bafouez la confiance que je vous ai offerte, je le saurais très vite, pas besoin de vous surveiller pour ça. Mais je préfère ne pas penser à cela. En vérité je vous apprécie, Kristophus Nevenski de Fortis Hexx.
Il afficha à nouveau son sourire en me posant une main amicale sur l'épaule, et je fus certain de lire dans ses yeux la plus totale des sincérités. Il ne mentait pas, et je m'en sentis profondément honoré.
Restait le deuxième point, moins important, tout juste une curiosité de ma part, éveillée par toutes les révélations qu'il m'avait faites.
-Pardonnez moi Hivar, mais je trouve étonnant qu'un simple fils de forgeron tel que vous en sache autant. dis-je sans méfiance. Comment savez vous tout cela? Et comment en êtes vous arrivé à devenir mon guide?
Son sourire s'élargit et il tira une autre bouffée sur sa pipe en me jaugeant d'un regard où pétillait un certain degré de malice, comme s'il me mettait au défi de le deviner moi même. Puis il pencha la tête de côté en prenant l'air de celui qui réserve un secret pour plus tard.
-De cela, père Nevenski, nous parlerons une autre fois. dit-il. Ce n'est pas une chose à révéler ici et maintenant. Le vent écoute, et qui écoute le vent peut être un ennemi.
Il se mit à marcher sur le petit chemin que nous avions prit pour arriver à l'église, et je me mis à trottiner derrière lui, la neige réchauffée devenue plus molle mais non moins présente en quantité.
-Rentrons, Ùtlendr. dit il sans se retourner. Mon père doit nous attendre pour manger, et je crois que la journée s'annonce suffisamment belle pour que je vous emmène après visiter notre belle Àsgard.


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Message par Turielo Sam 16 Fév 2013 - 14:32

V:


Lorsque nous arrivâmes, Jorval était près du feu en train de veiller sur une marmite de laquelle s'échappait de riches senteurs de légumes bouillie. À côté du volumineux ustensile tournait sur une large broche ce qui semblait être une demi pièce de gibier, à la silhouette élancée et au muscle maigre et puissant.
Le forgeron nous accueilli avec le sourire d'un cuisinier fier de son œuvre et me désigna de la main la carcasse en train de rôtir.
-Un petit quelque chose ramené de chez Uvar Silvarson, notre boucher. dit il. Vous n'aurez rien contre un bon gibier de chez nous, Ùtlendr?
-Certainement pas, Jorval. répondis-je, l'eau à la bouche.
-Nous appelons cette fabuleuse bête un ròer. m'expliqua fièrement le marmiton en considérant l'objet de ses efforts, les poings sur les hanches. C'est un herbivore sauvage qui vit dans nos bois. Nous sommes en plein dans la bonne période pour les chasser. Vous voyez, à cet âge, les ròerer ont atteint leur musculature idéale, ce qui rend leur viande si riche et tendre. Pour bien savoir quel âge a la bête, il faut se fier à ser bois. Je n'ai pas la tête ici, mais celui ci avait de petits bois commençant fout juste à se raméfier. Elle doit bien avoir deux ou peut être trois ans, pas plus. Ce sera délicieux!
Il fit retentir son rire d'ogre, image qui en cet instant lui saillait à merveille.
-Magnifique. dis-je en appréciant le gibier à l'avance.
Hivar et moi allâmes dresser la table, et alors que j’hésitai quant au nombre de couverts à y placer, j’allai trouver Hivar dans la réserve où il cherchait à trouver la bonne amphore de vin pour accompagner le gibier.
-Nous ne sommes que trois? Où sont votre sœur et votre petit frère?
-Eyla doit être partie travailler et Hjangar est parti à la scholam.
-Vous avez une scholam ici? Je serai ravi d'aller y faire un tour lorsque nous aurons le temps...
Hivar lâcha un petit éclat de rire amusé avant de me regarder, le regard moqueur.
-Notre scholam est tout à fait semblable aux autres de l'Imperium, père Nevenski. Vous n'en avez jamais vu, ou vous pensiez que la nôtre était différente?
-Non, non! Je... voulus je me défendre, ce qui le davantage rire.
-Je vous l'ai déjà dit, Kristophus, nous je sommes pas des sauvages primitifs. dit il en calmant son hilarité. Nous avons beaucoup en commun avec le reste de l'Imperium. Lorsque je vous ferai visiter nôtre monde, je ne vous montrerai pas ce que vous connaissez déjà, ça n'aurait aucun sens.
Il étouffa un nouveau hoquet rieur et je souris de ma bêtise.
Nous retournâmes à la table pour finir de la monter, et Jorval nous rejoignit avec un large plat sur lequel reposait le ròer découpé, sa viande d'un rouge profond entrelardée de fines lignes de gras jaunâtre, de fins volutes de fumée aux senteurs boisées en montant en se tortillant dans une danse célébrant le futur plaisir de nos papilles. Les légumes tapissaient le plat en un tapis aux couleurs automnales, nuances de rouge, de brun et d'ocre au milieu desquelles resplendissaient des petits îlots de verdure. Mon ventre se chargea en premier de féliciter Jorval pour son travail en gargouillant avec force.
Le repas fut absolument exquis, et, à l'instar de la chambre douillette qu'on m'avait offerte, son mélange de simplicité et de subtilité me ramena un instant chez moi, que Teüto, mon esprit tentant d'à nouveau se rappeler des doux fumets s'échappant des plats concoctés par ma douce mère. La bouche pleine de chair aux milles arômes, les yeux fermés, je goûtais à une paix intérieure bienvenue, de cette paix qui s'invite rarement en soi, et qui semble s'éterniser avec douceur, vous renvoyant aux meilleurs instants de votre existence.
Une fois le repas achevé, nos estomacs pleins à rompre, Jorval produisit une jarre de terre cuite et trois gobelets.
Il nous servit à chacun une bonne mesure d'un liquide ambré qui semblait littéralement s'enflammer lorsqu'un rayon de soleil l'accrochait.
-Du meàd, production familiale. dit Jorval pour toute explication.
-Il semblerait décidément que mon périple mette fin à ma sobriété. ris-je en me remémorant le cognac infâme de Medrek et la liqueur cinglante du sergent Deludas.
-Ah ça il va falloir vous y faire ici! En Yggdrasil on combat le froid comme on peut, et l'Empereur m'en soit témoin, l'Humain n'a jamais fait meilleure découverte que l'alcool! déclara Jorval en faisant tonner son rire. Il n'y a que les reclus de Lofn qui n'ont rien compris à ce principe vieux comme la barbe du Père de toute chose!
Voyant mon regard interrogatif, Hivar vint à mon secours.
-Le saint ordre de Lofn est une communauté très ancienne qui accueille les pénitents et les filles déshonorées au sein de leurs monastères. Il y en a peu et leurs occupants vivent une existence de privations et de prières, tournés entièrement vers l'Empereur pour Lui demander Son pardon. Ils se montrent rarement, et lorsqu'ils le font c'est pour accueillir de nouveaux pénitents ou pour marcher sur le sentier de la guerre.
Je hocha la tête, tout en consignant ses explications sur un de mes petits calepins.
-Voilà un bien noble sacrifice que de renoncer à sa vie ainsi pour faire amende de ses erreurs. fis-je en refermant mes notes.
-Ça l'est. confirma Jorval, sur un ton solennel. En Yggdrasil, on honore l'homme de vertu, pur et droit, mais on considère avec un plus grand respect encore celui qui a prit la voie de la rédemption.
-Arrive-t-il que certains d'entre eux reviennent à la civilisation après? demandé-je.
-C'est très rare... répondit Hivar. Ceux qui le font sont souvent devenus de vieux sages vivant en ermites ou des membres de la Garde Silencieuse de Bilfross, aux frontières du Secteur, pour veiller sur les Terres du Dément... Les autres nous reviennent lorsqu'ils meurent.
Je fus surpris d'entendre Hivar mentionner Bilfross, station spatiale militaire construite sur la demande de quelques stratèges au service d'un ancien Gouverneur du Secteur. Cette station isolée surveillait la région sans doute la plus dangereuse de Mythos, la zone dite de la Balafre du Dément, une terrible anomalie Warp dont l'origine reste incertaine, et par laquelle de nombreuses fois sont passées de viles armées des Puissances Sombres. J'avais lu quelques fois dans mes recherches des mentions faites de cette fameuse station Bilfross, dispositif le plus énorme de cette zone, dont l'importante garnison était sensée surveiller et intervenir en cas d'incursion ennemie.
-Je ne savais que Bilfross disposait de garnison Futhark... dis-je.
Hivar laissa éclater un rire soudain qui me fit sursauter.
-Une garnison Futhark? lança-t-il, et je vis sourire Jorval, complice. Mon père, Bilfross est Futhark! Ce sont nos ancêtres qui ont supervisé sa construction avec l'aide des génies de Mars, et géré ses garnisons et ce sont toujours des Futharks qui veillent sur les Territoire Désolés.
Je dû lui retourner un regard aux yeux exorbités à la manière d'un poisson frit, puisqu'il poursuivit.
-Bilfross est une construction ancienne, nous mêmes ne connaissons pas son histoire avec précision, mais c'est bel et bien un privilège qui nous fut accordé. Avec le temps, bien sûr, Bilfross a accueillit des guerriers venant d'autres contrées, et même des Astartes. Toujours est il qu'aujourd'hui l'honneur de la diriger fut donné à un natif d'Àsgard, le Haut Gardien Thorfin Torson, du Clan Odin, en récompense de sa bravoure lors de la défense d'Yggdrasil contre la Treizième Croisade Noire. C'était le colonel du 18ème Futhark du Clan Odin, les redoutés Corbeaux d'Àsgard.
Il parlait la voix pleine d'admiration et de fierté.
-Vous l'avez rencontré, ce Haut Gardien? demandé-je.
-Non, bien sûr que non... nia Hivar avec une soudaine vigueur.
-Mon fils n'a pas encore parcouru le sentier de la guerre, Ùtlendr. m'expliqua Jorval. De ce que j'en sais il n'est même jamais sorti de Vjorheim...
Hivar appuya les dires de son père de la tête, et je ne rajouta rien. Mais j'avais bien vu son regard, l'éclat de ses yeux, pleins d'une culpabilité soudaine.
Il mentait...
-Cela viendra un jour, je suppose... reprit Jorval, pensif, en donnant une tape chaleureuse sur l'épaule de son fils. Je ne suis jamais derrière lui, il mène sa vie comme il l'entends, mais je sens en lui bouillir l'envie de voyager au delà de notre terre. Il me rend fier, pourquoi alors le retiendrais-je?
Hivar sourit à son père de ces sourires où se mêlaient reconnaissance et peine. Je sentais qu'il portait en lui un lourd secret, mais je savais que le moment n'était pas venu pour moi d'en savoir plus.
Voyant nos verres vides, Jorval voulut nous les remplir à nouveau mais je retira le mien, refusant poliment son offre, et le forgeron hocha du chef en signe de compréhension avant de s'accorder un nouveau verre de sa boisson aux arômes vifs et colorés. Hivar visa son deuxième verre d'un trait, puis se leva en s'essuyant.
-Allez donc m'attendre dehors, je vais aider mon père à débarrasser, puis nous irons faire un tour.
J’acquiesçai d'un hochement de tête, me leva et prit congé des deux Futharks pour aller dans le petit jardin familial me dégourdir les jambes.
C'était un petit jardin tout à fait pittoresque, l'herbe cachée sous un épais manteau de neige étincelante et pure, un petit bassin d'eau gelée cerclé de pierre au beau milieu, sur lequel se penchait un vieil arbre fatigué. Je marcha doucement, m'accoutumant à la fraîcheur àsgardienne. Je choisi finalement de m'asseoir sur un petit banc de bois dont je chassa la neige de la main avant d'y poser mon manteau. Le repas copieux me pesait sur l'estomac et, ainsi entourée par la tranquillité de le bourgade, je me sentis vaguement glisser dans une torpeur digestive, prêt à capituler face au froid hivernal pour me laisser aller dans une profonde sieste.
Hivar me fit légèrement sursauter quant il vint me tirer de ma léthargie, en me posant une main sur l'épaule.
-Mauvaise idée, mon père. dit il. Vous n'êtes pas encore assez habitué à Àsgard pour vous laisser aller de la sorte.
Je me sentais soudainement terriblement engourdi et approuva du chef en commençant à claquer des dents.
-Vous avez sans doute raison, Hivar. admis-je. Vous me ferait sans doute rien d'un glaçon.
Il rit tout en me remettant debout, et m'invita à le suivre pour faire une visite de leur village et des environs. Je pris avec moi l'un de mes serviteurs, celui qui était doté d'un nécessaire d'écriture, consistant en un tableau d'écriture greffé à son thorax, sur lequel jouaient ses mains remplacées par des stylets de différent formats. Il nous suivit silencieusement, notant tout ce que je lui disais d'écrire, ou à défaut suivant le protocole de compilation que je lui indiqua, notant chaque détails de ce que nous allions voir. A son buste était fixé un bac de réception du parchemin, défilant à mesure qu'il prenait ses notes.
Marcher me fit très vite du bien, le suivant dans les ruelles d'Ysdrral, bien plus vivantes qu'au petit matin, de nombreuses personnes allant et venant devant la multitude d’étals dressés. Ça et là, des gens se rendaient à leur travail ou conversaient, marchandaient ou ramenaient les fruits de leur labeur. Je vis beaucoup de chasseurs et tout autant de vendeurs de métaux, charriant leurs marchandises en interpellant les passants.
-Lorsque Ragnaröck, notre soleil, est au zénith, c'est heure de marché. m'expliqua Hivar, anticipant mes questions. Ici, en Vjorheim, nous avons beaucoup de chasseurs et d'éleveurs, quelques tisserands ou orfèvres, mais bien entendu vous trouverez surtout les forgerons et marchands de métaux. Ils sont la fierté du Comté.
Ce disant, il m'invita à m'arrêter avec lui devant l'étal d'un de ces fameux forgerons, un homme au visage comme recouvert d'un masque de cuir, jusqu'à ce que je réalise que c'étaient là bien ses traits, sa peau tannée et rôtie par les fourneaux. Une épaisse moustache encrassée poussait dans tout les sens sous son nez proéminent, qui était surmonté par deux petits yeux porcins enfoncés dans de profondes orbites. Il ne portait pas son tablier de travail, laissant pleinement voir son ventre généreux. Il nous salua en langage futhark, et je lui rendit un timide geste de l'aquila qu'il s'empressa d'imiter respectueusement. Sa voix aux accents encore plus prononcés qu'Hiver résonna, sortant de sa gorge épaisse avec le fracas d'une cascade sortant d'une profonde caverne.
-Voilà donc l'Ùtlendr dont tout le monde ne fait que parler!
Il me claqua l'épaule de sa main rugueuse en riant avant de me faire admirer son étalage.
-Vous avez devant vous le plus bel étal de tout Vjorheim, monseigneur! déclara-t-il orgueilleusement, les poings sur les hanches, tandis que je contemplais les lames étincelantes finement ciselées, les rondaches honorifiques gravées de main de maître ou encore les bijoux aux ornements si précis qu'on ne pouvait que s'incliner devant autant de dextérité. Hivar considéra la marchandise d'un air goguenard, bras croisés, le sourire en coin.
-Pas mal ce que tu as là, Julgarn! fit il. De beaux objets de décoration, mais je doute que tes lames puissent rivaliser avec celles de mon père. Tu es bon bijoutier, je te l'accorde, mais ça s'arrête là.
L'autre devint aussi rouge que le cuir qui entourait ses poignets et se mit à crier longuement sur mon guide. Je remercia intérieurement l'Empereur de ne pas encore pouvoir comprendre le futhark, ce qui m'épargna sans doute de faire saigner mes oreilles à l'écoute de ce qui semblaient être des insultes très colorées. Il finit par s’essouffler, et revint au bas gothique.
-Voyez donc le fils de Jorval, si fier, si arrogant! le tança-t-il. Ton père est sans doute le meilleur forgeron de ce village, mais je ne te reconnais pas le droit de critiquer mon art, toi qui ne fait pas encore chanter ni l'enclume, ni le marteau.
La remarque porta sans doute, puisque Hivar s'assombrit soudainement, serrant les poings.
-Où est ton écusson de guilde, toi qui pense être au dessus des initiés à ce noble art qu'est la forge? poursuivit Julgarn. Je respecte ton père, mais je ne tolérerai pas de telles vilénies de ta part, mon garçon. La prochaine fois, tiens donc ta langue avant que je ne te l'arrache!
Un forgeron à l'étal voisin se mit à rire grassement malgré qu'il fut maigre et sec comme un arbre brûlé par l'hiver. Il regarda Julgarn d'un air moqueur et désigna Hivar.
-Est-ce en te moquant de l'Òdalsbond que tu pense pouvoir prêcher des leçon de respect, Julgarn Harikson? lui lança-t-il d'une voix de baryton dont je me demandais de quel gouffre elle pouvait bien provenir, considérant la maigreur de son propriétaire.
Le gros forgeron laissa échapper un nouveau chapelet de jurons locaux, ce qui ne fit qu'accentuer le rire de l'autre.
-Maudit sois-tu, Jön Kulgarl le Bâtard! siffla Julgarn. Tiens toi à tes affaires minables au lieu de venir fourrer ton vilain nez dans celles bien plus reluisantes des autres!
Hivar attrapa une des dagues forgées par Julgarn sans dire un mot, puis se dirigea vers l'étal du forgeron à grosse voix pour lui en prendre une aussi. Il me les montra toutes deux, comme voulant me prendre à témoin, ce qui m’embarrassa énormément.
Puis il les lança l'une après l'autre contre une grosse poutre en bois surplombant un large puits, dans un geste rapide et sec, meurtrier s'il avait s'agit de viser quelqu'un.
Les deux dagues filèrent droit vers la cible, celle de Jön s'y enfonçant comme dans une motte de beurre, celle de Julgarn s'y fracassant dans un tintement de métal brisé, la lame et la garde se séparant l'une de l'autre pour choir au sol.
Hivar, satisfait de sa démonstration, se tourna vers les deux forgerons, et lança un regard mauvais à celui dont la lame venait de faillir.
-Jön a beau être un bâtard, Julgarn, fils d'Harik Fer-rouge, il produit de bien meilleures armes que tu ne saurais en faire, même avec tout le savoir que t'a légué ton illustre père. Au lieu de te targuer d'être le meilleur forgeron de Vjorheim, commence par acquérir les bases de ce "si noble art qu'est la forge", pour reprendre tes propos.
Julgarn baissa les yeux, honteux, laissant échapper un soupir de déception qui s'apparenta plutôt au gémissement d'un soufflet qu'on vient de crever. Jön resta pour sa part de marbre, son honneur attaqué mais défendu par Hivar. Julgarn finit par relever les yeux et secoua la tête.
-Je te présente mes excuses, Jön Kulgarl. Pour laver l'affront que je t'ai fait, permet moi de t'offrir mon marteau le plus vaillant.
-Ce n'est pas à moi que tu dois des excuses, Julgarn. refusa calmement Jön en levant une main. Offre ton bien et tes excuses à Hivar Jorvalson, qui les méritent plus que moi, s'il le veut.
Julgarn hocha la tête et tendit son marteau à Hivar, qui à son tour déclina le présent.
-Nous avons tous fauté, mes frères. dit il avec un sourire. Nous nous sommes comportés comme de véritables enfants, vaniteux et imbéciles. Gardons notre honneur et surtout la leçon qui sort de cette sotte querelle. Je crois que ce sera plus que suffisant.
Je ne pu m'empêcher d'applaudir ces sages paroles, et Jön et Julgarn opinèrent de concert, retrouvant tout deux le sourire.
-Par le Trône, voilà qui est bien parlé, Hivar Jorvalson! tonna le gros forgeron. Laissez moi au moins célébrer l'évènement en vous offrant le meilleur meàd d'Orogir ce soir!
La proposition sembla satisfaire les deux autres Futharks qui acceptèrent en riant. Ils se donnèrent rendez vous, échangèrent encore quelques mots, puis nous priment congé d'eux pour poursuivre notre tour.
Le marché était en pleine effervescence, chaque marchand invitant à grands cris les passants à venir débourser quelques menus crédits chez eux. Les étals étaient assez variés et je fus particulièrement attiré par ceux des sculpteurs, présentant maints travaux au style assez sauvage et simpliste représentant l'Empereur, Ses Fils et Saints, ou des figures de légende futhark que je ne connaissais pas. Je fis acquisition d'une magnifique statuette figurant l'Empereur dans son armure tenant son épée flamboyante au sol, le visage tourné vers les cieux, fier, rayonnant, tout en puissance. La figurine avait été taillée avec une minutie prodigieuse dans une sorte d'ivoire local puis rehaussée d'or blanc et d'argent.
Lorsque le marchand apprit qui j'étais, il insista longuement pour me l'offrir en échange d'une bénédiction, que je lui accorda de bon coeur, surpris une fois de plus par ce contraste avec toutes les rumeurs que j'avais jusque là entendues au sujet des Futharks. Ils étaient loin d'être des païens, encore moins des hérétiques, rendant tous un culte certes primitif mais profondément dévoué à l'Empereur. Bien entendu, les explications d'Hivar sur la crise secouant Yggdrasil m'avait déjà aidé à peser le pour et le contre et à faire fi des rumeurs, mais j'avais alors été sur mes réserves. Là en revanche, j'avais devant moi une sincère démonstration de dévotion. Si cela était tromperie, alors les Futharks devaient être encore plus doués dans le mensonge que les plus sournois serviteurs du Chaos...
Hivar me présenta à un tailleur du village dont son père m'avait parlé à mon arrivée, un homme élancé à la barbe fine du même noire obsidienne que ses longs cheveux. Sous ses fins sourcils brûlaient, comme Hivar, deux yeux à l'éclat émeraude.
-Soyez le bienvenu en Àsgard, ser Nevenski. dit-il en s'inclinant légèrement, une main sur le coeur, l'autre écartée du corps dans une subtile révérence. Je suis Hjalvar Uldric Laïricson, tailleur du village.
Je répondis par le signe de l'aquila en hochant la tête respectueusement.
-Je vois que Jorval a eu la bonté de vous offrir une tenue convenable. continua Hjalvar en remarquant les vêtements futharks sous ma bure. Ils sont de bonne qualité, mais je me ferai un plaisir de vous en confectionner d'autres.
-Soyez en remercié, ser Uldric Laïricson. dit-je avec un sourire.
-Seulement Uldric, mon père. me corrigea Hivar. Lorsqu'un Futhark porte un deuxième nom, c'est soit un noble, soit un bâtard comme Jön, ou il portera les deux si c'est un étranger d'ascendance Futhark, ce qui est le cas de Hjalvar.
Ce dernier hocha la tête avec un sourire patient avant de m'expliquer sa situation.
-Je suis natif de Mìdgard, né de Laïric Uldric. dit-il. En Yggdrasil, il y a différentes façons d'être nommé, suivant votre monde de naissance, ou vos origines. En Àsgard par exemple, comme Hivar vous l'a expliqué, les gens sont appelé par leur prénom et celui de leur père. Les nobles peuvent s'attribuer un second nom qui est souvent celui de leur lignée, et les Anciens en donnent un aux orphelins ou enfants illégitimes. En Mìdgard d'où je viens, nous avons un prénom et un nom de famille. En Vanalheim, ils portent leur prénom ainsi qu'un titre et un nom de lignée. Et en Forseti, ils portent leur prénom, leur nom de famille et celui de la famille qu'ils servent.
-Sur les autres mondes d'Yggdrasil, les nominations sont plus classiques, mais on retrouve quelques particularités dans certaines régions. ajouta Hivar.
-Voilà qui est très intéressant. dis-je pour moi même, tandis que je percevais le son saccadé de mon serviteur retranscrivant chaque mot échangé.
Hjalvar opina et revint à notre premier sujet en me demandant quel tissu je préférais pour mes futurs vêtements. Ne sachant que prendre, je lui demanda de m'en faire la surprise, ce qui parut le satisfaire au plus haut point.
Hivar salua Hjalvar et nous continuèrent notre tour de marché. Mon guide me mena d'étals en étals, me présentant certains marchands locaux ou de villages ou Comtés voisins, me fit découvrir différents métiers, goûter différents plats et breuvages. Nous dûment nous interrompre un instant pour que je change le parchemin de mon serviteur scribe. Deux hommes en robes grises passèrent à nos côtés, s'arrêtant un instant pour savoir si nous avions besoin d'assistance. Ils portaient autour du coup un écusson représentant un homme en partie bionique agenouillé, gravé de façon très rudimentaire, mais toutefois reconnaissable. Ces gens faisaient probablement de la guilde de production des serviteurs que Jorval avait mentionné à mon arrivée. Hivar remercia les deux hommes, et ils repartirent. Je demanda à Hivar qui ils étaient, et il confirma mon hypothèse.
-La guilde Fimafeng. dit-il et mon serviteur nouvellement chargé reprit son écriture comme si de rien n'était. Ils sont rattachés au Clan Týr, le Clan de la Justice, et les assistent dans la traite des criminels irrécupérables, ou des damnés qui ont échappé à la mort. Ils sont envoyés sur Forseti où ils sont traités et reconditionnés pour devenir des serviteurs comme il y en a partout dans l'Imperium. Fimafeng s'occupe d'ailleurs aussi de leur entretien en Yggdrasil. Ces deux là travaillent à la Forge Prima de Vjorheim, là où se trouve le centre de maintenance des serviteurs du Comté.
Hivar sembla réfléchir un instant, puis alla trouver un passant pour lui poser une question en futhark. L'autre lui répondit et Hivar s'en retourna vers moi, avec visiblement une idée en tête.
-Nous avons encore quelques instants devant nous, mais je viens de me rappeler que se déroule aujourd'hui un évènement très important que vous devriez observer. Ça devrait fortement vous intéresser.
-Allons y donc. acquiescé-je avec entrain.
-Paix, mon père, ce n'est pas pour maintenant, mais lorsque l'heure du marché sera passée. Profitons en pour marcher un peu encore, vous avez tant à voir...
Excité à l'idée d'aller observer ce qu'un natif d'Yggdrasil considérait comme important, je suivit mon guide avec bien des questions en tête, sans que mon attention ne se relâche sur le moment présent, profitant du marché et de la grande diversité de ses étals.
Sur le chemin, nous croisâmes un groupe qui me semblait presque étrangers au décorum tant je commençais à m'habituer à ce monde féodal si particulier. Un adepte du Mechanicus, reconnaissable entre mille dans ses robes rouges portant le signe de l'engrenage martien, et une multitude d'extension mécaniques sortant ça et là de ses vêtements, conduisait un petit groupe de silhouettes encapuchonnées, dont les longs manteaux étaient aussi rouges que celui de leur meneur, les quatre premières portant un étrange reliquaire à quatre bras, les six autres suivant en psalmodiant d'étranges hymnes à la gloire du Dieu Machine. Si le technoprêtre portait l'écusson du Mechanicum de Mars à la vue de tous, les autres portaient un symbole similaire figurant un marteau mécanique apposé sur une roue dentée. Lorsqu'ils passèrent près de nous, j'aperçus leurs visages, pâles et déjà en partie envahis par les modifications cybernétiques chères au culte de l'Omnimessie.
Je remarqua alors que tout les forgerons, Hivar y compris, s'inclinaient sur le passage de la petite troupe. Mon guide en se relevant me fit la grâce d'éclairer ma lanterne.
-Ceux que dirigeait ce prêtre de Mars appartiennent au Clan Völund. expliqua-t-il. C'est le seul Clan Majeur qui n'en est pas un. On appartient par sa naissance à un Clan ou un autre, qu'il soit majeur ou mineur. Völund en revanche accueille tout ceux qui désirent rendre grâce au Dieu Machine. C'est en quelques sortes un Clan marginal, car entièrement régi par les adeptes de Mars. Ils sont tous Futharks de naissance mais n'ont juré fidélité qu'à Mars.
-C'est donc une création du Mechanicus?
-Non, il a des origines futharkes, bien entendu, mais depuis plusieurs temps déjà il s'est entièrement assujetti à Mars. Völund était à l'origine, de ce que l'on sait, un Clan spécialisé dans la forge et l'industrie. Bien entendue, ces pratiques se retrouvent dans d'autres Clans, même mineurs, suivant les traditions séculaires propres à chaque contrée, mais Völund l'était encore plus que tout autre. Je suppose que c'est pour cela que le Mechanicum se l'est revendiqué.
-C'est en souvenir de cela que vous vous incliniez, de même que vos camarades forgerons?
-Bien entendu, mais nous avons passé le simple souvenir, Völund est toujours un Clan à part entière, et pour certains d'entre nous, la tradition demande une certaine forme de respect. Ici par exemple, tout forgeron est lié au Clan Völund, quelque soit son ascendance, noble ou non, et quelque soit son Clan d'origine. Nous conservons le droit de revendiquer notre Clan d'origine, mais il arrive que certains décident d'y renoncer et d'entrer totalement dans le Clan Völund.
-En abandonnant ses origines pour faire partie d'un autre Clan? Il y en a d'autres comme ça?
-Comme je vous l'ai dit, Völund est le seul qui s'autorise à accueillir en son sein n'importe qui le demande, s'il est accepté du moins, et bien entendu depuis qu'il est Clan rallié au Mechanicum. Pour les autres, on peut tout à fait entrer à leur service direct comme je vous l'avais expliqué à l'église.
-Voilà qui doit énerver les autres Clans, dans ce cas... pensé-je. Se faire voler des gens comme ça...
Hivar laissa échapper un éclat de rire avant de secouer la tête.
-Non, nous le vivons tous très bien. Les traditions sont les traditions, mais les lois sont les lois, décrétées par les Maîtres de Clans et le Köng.
Il retrouva ensuite tout son sérieux, et son expression devint plus grave.
-Ce qui est dérangeant ces temps ci en revanche, c'est que Völund n'est pas épargné par les cas de séditions... Ce qui arrive vis à vis de l'Empereur se produit également vis à vis de l'Omnimessie. Sauf que le Mechanicum réponds bien plus lentement mais aussi bien plus efficacement. Ils sont froids, calculateurs, mais effroyablement patients. Ce qui est grave, c'est que toutes ces tensions internes, même étouffées, en ravivent immanquablement d'autres, notamment entre Mechanicum et Imperium. Je suppose qu'il n'est pas nécessaire de vous expliquer lesquels...
-La guerre de foi concernant les notions d'Omnimessie et d'Empereur Dieu? compris-je, et il opina sombrement. Vous êtes décidément surprenant, Hivar. Vous connaissez des choses que je suis très étonné d'entendre sortir de la bouche d'un fils de forgeron...
Hivar fut une fois de plus sur la défensive, et rejeta mes soupçons d'un geste de la main agacé.
-Je vous l'ai déjà dit, ce sujet n'est pas à aborder, ni ici, ni maintenant.
Je battis en retraite sans montrer à quel point ses cachotteries commençaient à m'ennuyer - et à me rendre méfiant - et l'invita à continuer notre promenade. Il hocha du chef et nous continuâmes en oubliant cet incident.
Hivar et moi avions parfois du mal à nous frayer un chemin au milieu de la foule, mais peu à peu nous parvînmes à sortir du centre du village pour nous rapprocher des vieilles palissades en bois ceignant la place, laissant bientôt le marché derrière nous. Nous franchîmes la porte d'entrée du village pour nous retrouver à arpenter quelques chemins enneigés dans une nature sauvage et fraîche, un vent doux mais sec faisant virevolter nos manteaux, charriant quelques flocons avec lui, les champs et les plaines entourant Ysdrral cachés sous un épais manteau de neige.
-Vous avez aimé notre marché? demanda Hivar en produisant sa pipe pour la bourrer de tabac.
-Pour être franc, ça m'a ramené à ma tendre enfance, sur Teüto, quand j'allais à celui de notre petit village avec ma mère. C'était... rafraîchissant. Et bien entendu, j'en ai appris plus sur votre peuple que je ne l'aurais espéré.
-Vous paraissez troublé en disant cela. remarqua mon guide en luttant pour allumer sa pipe face au vent.
-Eh bien, je dois admettre qu'il assez déconcertant d'en entendre tant à votre sujet pour s'apercevoir sur place que bien des rumeurs sont infondées, ou tout simplement mal formulées... Je dois être encore quelques peu perdu, voilà tout. Je m'y ferai au bout d'un moment.
La neige crissant sous nos pas, le vent murmurant dans nos oreilles, nous marchâmes le long des exploitations agricoles en jachère, Hivar fumant sa pipe en profitant de la fraîcheur, moi tentant d'oublier l'odeur forte de son tabac et de me concentrer sur mes réflexions.
-C'est un vaste marché tout de même, pour un petit village comme le vôtre. fis-je soudain remarquer. Ysdrral est réputé dans cette région?
-C'est le deuxième village le plus important du Comté. Notre territoire est vaste et nous possédons les mines les plus riches du coin, ce qui attire évidemment les petits forgerons des alentours, comme vous avez pu le constater.
Il joignit le geste à la parole et embrassa de la main toute une étendue lointaine, dont on pouvait apercevoir les silhouettes d'infrastructures minières et les fumées montant des hautes forges, s'élevant à l'horizon comme de vils serpents noirs, fort contraste industriel à la beauté sauvage nous environnant.
-Votre sœur travaille aux mines?
-Non, plus maintenant. Elle mets en application l'art que notre père nous a enseigné dans les usines du Jarl, non loin de la cité même de Vjorheim. C'est un dur labeur mais bien récompensé et cela lui assure une belle position sociale.
-Et vous, Hivar, que faites vous de votre vie, à part promener les Ùtlenders trop curieux?
Malgré mon ton plaisantin, son visage se ferma et je compris qu'il ne me répondrait pas. Je ravala ma frustration d'avoir encore échoué à lui tirer les vers du nez, et nous poursuivîmes notre route jusqu'à un croisement. Hivar tendit l'oreille, regarda vers le soleil, et scruta le paysage, m'intimant de garder silence en levant une main. Je me prêta au jeu, et bientôt j'entendis retentir le son étouffé, répétitif, d'une cloche tintant lentement, lugubrement. Hivar m'indiqua de le suivre sur un petit chemin partant cheminer le long d'une colline montant vers les bois.
-Nous y voilà. fit-il en me désignant une étrange procession montant le chemin enneigée vers la forêt. Venez, ser Nevenski, et ouvrez grands vos yeux.


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Message par Turielo Sam 2 Mar 2013 - 13:14

la suite du samedi! hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, en bien comme en mal, les réactions ont été rares ces derniers temps...

Pour les Lettres de Sang, mon texte sera normalement fini dans le week end.

***

Hivar pressa le pas, et nous arrivâmes près de l'étrange cortège pour le suivre de côté, le suivant en compagnie d'un certain nombre d'autres. Encadrés par des gardes en armure complète, portant le blason de l'Adeptus Arbites, progressait une longue file d'hommes et de femmes en robes monastiques, la mine grave et le regard fuyant, accompagnés de quelques clercs aux regards sévères. La foule avec laquelle nous progressions les suivait en silence, ne les quittant pas des yeux, dont l'expression était dure et accusatrice. Devant marchait un prêtre en robes rouges et noires, déclamant de forte voix des litanies de pénitence, suivi par deux serviteurs chétifs, l'un portant à bout de bras une bannière arborant le saint aquila, l'autre portant un coffret ouvragé.
L'ambiance était froide, malsaine, et je sentis immédiatement que j'assistais à un événement grave.
Les gens qui marchaient sous si sévère escorte étaient tous pieds nus, ployant sous de lourdes chaînes que je tarda à remarquer, et certains avaient l'air terriblement abattus. Parmi eux, certains portaient des robes blanches, d'autres des rouges, mais ceux à la mine la plus désespérée arboraient des bures noir. Ils étaient en tête de cortège, devant ceux en rouge, eux mêmes devant ceux en blanc, et étaient les plus durement encadrés par les gardes de l'Arbites.
Sans qu'Hivar ne me l'explique, je compris alors que je me trouvais marcher aux côtés de prisonniers, mais la nature même de la procession m'échappait toujours.
Nous arrivâmes tous dans une petite clairière enneigée, en bordure de forêt, où nous attendait davantage de monde. Une sorte de place avait été dessinée par la foule qui nous accueillait, la plus grande partie du peuple agglutinée d'un côté, un petit groupe face à eux encadré par d'autres Arbites. Entre les deux groupes se dressait une énorme pierre plate et montant jusqu'à la moitié d'un homme, au pied de laquelle attendaient un homme aux robes de couleurs vives, s'appuyant sur un lourd bâton surmonté de l'aigle impérial et au visage dur comme la pierre. Autour de lui patientaient d'autres gens, certains à le tenue funeste, le visage dissimulé sous un masque de cuir noir et macabre. Et face à nous, de l'autre côté de l'énorme rocher, avait été montée une petite estrade sur laquelle je reconnu le Hersar du village, mais où la personne dominante était un homme aux traits nobles assis sur un fauteuil entouré de quelques autres personnes de haute stature, sa cuirasse dorée portant le blason de Vjorheim, protégé par deux gardes en armure resplendissante et au blason qui m'était inconnu.
-Voici le maître du Comté, le Jarl de Vjorheim, Hjalmar Leikson. Il appartient, tout comme ses gardes, au Clan Odin, le plus puissant d'Yggdrasil. m'expliqua mon guide à voix basse. Il sort rarement de la Cité, notamment en des occasions pareilles.
Hivar ne m'en dit pas plus et me fit quitter la file qui allait droit vers le rocher pour me diriger vers la foule de badauds venus assister à ce qui allait être selon moi un bien triste spectacle.
Les prisonniers furent divisés en trois groupes, selon la couleur des bures dont ils étaient vêtus, ceux en blanc dirigés droit devant l'estrade, ceux en rouge amenés prêt d'un groupe de gardes dont l'armure et l’héraldique m'étaient inconnues, ceux en noir mis à genoux en rangs devant le rocher.
Un silence de plomb était tombé sur la place, seulement perturbé par le doux gémissement du vent glacé. Je jeta un regard interrogatif à Hivar, mais mon guide se contenta de placer un index sur sa bouche pour m'imposer le silence, et m'enjoignit à observer attentivement la scène. Même si mon serviteur suivait son programme et couchait de nombreuses lignes sur les rouleaux de parchemin tandis que ses yeux bioniques analysait ce qui se passait, je pris aussi un de mes inséparables carnet et commença à faire danser mon électroplume tout en gardant les yeux rivés sur ce qui se passait, afin d'ajouter à mes travaux une note personnelle.
Une cloche sonna lugubrement un coup, et les prisonniers en blanc s'agenouillèrent comme un seul homme tandis que le Jarl se leva de son fauteuil pour les observer durement.
-Peuple d'Àsgard, en ce jour rendez grâce à nia Ancêtres et à l'Empereur. dit-il assez haut pour que tous entendent. Voyez devant moi ces pécheurs repentis, qui se sont jadis détournés du chemin de la justice et de la droiture. Reconnaissez les traîtres criminels d'hier et vos frères et sœurs de maintenant, car ils sont revenus purifiés. Accueillez à nouveau ces Futharks qui ont su laver leurs erreurs sur la long chemin de la pénitence. En ce jour, moi Hjalmar Leikson leur rend leur statut d'hommes de l'Imperium. Levez vous, repentis.
L'ensemble des prisonniers en blanc se leva sans bruit, tête baissée, certains tentant en vain de retenir des larmes de soulagement. Le Jarl reprit.
-Relevez la tête, frères et sœurs d'Àsgard, enfants Futharks jadis égarés à présent retrouvés. Vous êtes à présents libres et à nouveau purs. Puissiez vous vivre une vie de vertu et d'exemple, en dispensant la juste leçon de votre cheminement à ceux qui pourraient dévier comme vous le fîtes par la passé. Allez, et puissent les Anciens vous pardonner.
Les anciens prisonniers levèrent alors leurs bras libérés du poids de leurs entraves et laissèrent éclater leur joie en des cris de remerciement, des pleurs et des prières soulagées. Ils rompirent les rangs pour se diriger vers nous, retrouvant dans la foule un père, un mère, un épique ou un enfant, et s'ensuivirent de longues embrassades émouvantes.
Pendant ce temps, le Jarl s'était tourné en direction du groupe de prisonniers en rouge, qui eux non plus ne portaient plus leurs chaînes, mais qui paraissaient bien moins heureux que leurs camarades tout juste relâchés.
Leikson leur adressa un regard inquisiteur, et son expression passa de la fierté à une froide colère. Un second coup de cloche au son funeste retentit, et le Jarl fit à nouveau retentir sa voix, sévère et presque méprisante.
-Voyez vos frères et sœurs s'en retourner auprès de leurs aimés, vous qui avez fauté. Vos actes criminels ont couvert vos familles de honte. Vos méfaits ont fissuré votre honneur. Vos fautes ont appelé le courroux de vos Ancêtres et de l'Empereur.
Le Jarl assenait ses accusations sur eux comme autant de violents coups de trique, et les interpellés courbaient un peu plus la tête de honte à chaque phrase.
-Vos crimes demandent punition, un châtiment plus dur que la prison ou le monastère. Seul votre sang et votre foi pourront laver votre honneur, mais jamais cela je vous accordera le pardon. En ce jour vous êtes à jamais bannis d'Àsgard et perdez votre statut d'humain. Puissiez vous trouver le pardon en versant votre sang au Nom de l'Empereur aimé de tous.
À ce moment là, les gardes qui attendaient à l'écart vinrent se placer de chaque côté de la file et un groupe de serviteur passa de prisonnier à prisonnier pour lui apposer un étrange collier de métal, tandis qu'un Commissaire au visage aussi terrifiant que la Colère de l'Empereur Lui-même alla se placer en tête de file, lentement, les fusillant tous du regard à mesure qu'il passait, sa voix tonnant, sèche comme un coup de fouet.
-Vous voici à présent au sein de la Légion Pénale, chiens que vous êtes! Je suis le Commissaire Felgetei, du 543ème bataillon pénal, et je serai votre pire cauchemar, votre juge suprême et votre bourreau! Vous n'êtes rien pour moi, je ne vois qu'un tas de bâtards criminels voués à une vie de guerre et de mort au Nom de l'Empereur Dieu, puisse-t-il prendre pitié de vos âmes souillées! N'espérez pas de pardon, je ne vous en donnerai aucun! N'espérez pas de bienveillance, je n'en aurai aucune! N'espérez pas de pitié, je serai le premier à vous abattre s'il le faut! N'espérez rien, il n'y a plus aucun espoir pour vous! Votre seule préoccupation désormais sera de laver vos fautes dans le sang de l'ennemi, ou le vôtre!
Il arriva devant la file de prisonniers atterrés, et claqua des talons pour se tourner vers le Jarl qui hocha la tête à son attention.
-Ils sont sous votre garde, Commissaire Felgetei. dit il. Puissent-ils mourir avec de l'honneur, si il leur en reste.
Comme pour souligner le fait qu'il doutait fortement qu'il leur reste un soupçon d'honneur, le Commissaire laissa échapper un rire cruel et bref avant de se tourner à nouveau vers les pauvres diables qu'il allait mener à l'abattoir, beuglant ses ordres, usant du fouet pour les faire avancer. Parmi les condamnés, certains pleuraient de désespoir, d'autres gémissaient, tandis que la plupart semblaient sombrement résignés à mourir au combat, le regard vide, les traits hagards, voûtés et misérables.
Puisse l'Empereur veiller sur ces pauvres âmes...
Un troisième son de cloche retentit et toutes les têtes se tournèrent vers le dernier groupe de prisonniers, ceux toujours enchaînés et à genoux devant l'immense rocher, au nombre d'une douzaine. Le Jarl laissa passer un long moment, lourd et oppressant.
-Il ne peut y avoir de pardon pour certains que dans la mort. finit-il par dire, sur un ton froid. Les damnés qui se sont irrémédiablement détournés de la Lumière de l'Empereur, ceux dont les crimes sont tellement odieux que rien ne peux les racheter, hormis leur sang.
Un nouveau silence tomba. Quelques sanglots étouffés retentirent, mais je ne pu dire s'ils provenaient de quelqu'un dans la foule ou de l'un de ces prisonniers assurément destinés au trépas. Mon coeur battait dans ma poitrine tant l'atmosphère était devenu étouffante, et je mis un moment à m'apercevoir que je m'étais arrêter d'écrire - ce qui n'était bien entendu pas le cas de mon serviteur. J'avais déjà assisté à des exécutions par le passé, comme sur Nubia tel que je l'ai évoqué avant, mais jamais une telle ambiance ne s'était fait ressentir. On sentait toute la honte et la colère mêlées des Futharks à l'encontre de ceux qui avaient été jugés indignes de continuer à vivre.
-Vous avez été reconnus coupables de trahison, de meurtre, de blasphème et d'inhumanité. poursuivit le Jarl, accusateur. Je n'ose recommander votre âme à l'Immortel Empereur, tant elle est souillée.
Il y eu un court instant de silence insoutenable avant que le Jarl crache sa dernière phrase avec dégoût.
-Puissiez vous rôtir dans les flammes du Warp pour l'éternité!
Il se détourna du spectacle, et alla se rasseoir sur son fauteuil, son regard sévère rendant des éclairs. L'homme en robe colorées qui attendait devant le rocher leva son bâton et les douze condamnés se relevèrent pesamment. Puis les hommes cagoulés se placèrent à leurs côtés, les faisant former une file indienne tandis que l'homme au bâton s'exprima en dialecte futhark, qui me fut incompréhensible. Il m'évoquait une sorte de juge ou magistrat. Il s'adressa ensuite à chaque condamné qui chaque fois hocha la tête avant que l'homme passe au suivant. Hivar nota mon incompréhension.
-Cet homme est un lögmadr du Comté, un de nos juges. m'expliqua-t-il. Il s'est adressé à chacun des condamnés pour leur énoncer leurs crimes puis leur demander s'ils reconnaissent le jugement correct.
-Que se passe-t-il s'ils ne le reconnaissent pas correct? fus-je étonné.
-Ceux qui refusent d'accepter leur jugement comme juste, s'ils nient leurs crimes ou accusent le Thing de les condamner à tort, leurs familles sont bannies et leurs biens saisis. C'est une manière pour eux de prouver qu'au seuil du trépas il leur reste un soupçon d'honneur...
-Il n'y a jamais eu d'erreur?
-Jamais. Le Thing ne se trompe jamais, et la condamnation à mort nécessite de toute manière une très longue procédure pour prouver la culpabilité de l'accusé et justifier sa condamnation à mort. Sauf quand le crime est flagrant...
Le juge remonta jusqu'au dernier des condamnés, tous ayant reconnu leurs crimes. Alors le magistrat fit claquer son bâton à terre et le premier condamné fut amené vers le rocher qu'il gravit pour être en vue de tous, ses chaînes furent retirées et il ouvrit ses robes noires pour dévoiler sa poitrine nue. C'était un homme au visage fantomatique, aux traits creusés et aux yeux marqués de cernes profonds. Il gardait cependant la tête haute, l'air fier. Certains dans la foule grognèrent des malédictions à son encontre. Hivar se pencha vers moi.
-Karian Fikison. Ivre mort, il a tué dans une dispute l'an passé Gunnar Fredikson, un chasseur, et son fils Ùlaf. Folle de chagrin en apprenant le double meurtre, la femme de Gunnar s'est donné la mort dans la même soirée.
Je ne pu empêcher mon visage de se tordre en une grimace de dégoût à l'évocation du crime de ce monstre et lorsque je rivas à nouveau mon regard vers le rocher où il attendait l'exécution de la sentence, je vis une femme sortir du groupe de civils restés à l'écart. Elle avait une démarche fatiguée, son visage pâle et fragile, ses yeux tristes. Elle approcha du rocher, s'arrêta auprès du serviteur portant le coffret que j'avais aperçu lors de la marche, et en sortit une dague à la lame étincelante longue comme l'avant bras. Elle monta ensuite rejoindre Fikison, qui s'était mis à genoux et la regardait s'approcher de lui. Ils se tinrent face à face durant un instant, la femme lui dit quelque chose et il baissa la tête, comme accablé de tristesse, perdant son expression défiante. Puis la femme passa une main derrière sa tête, la lui ramena contre son ventre, comme pour le consoler, avant de lui plonger la dague dans le cou d'un geste sec. Je sursauta malgré moi devant ce geste que jusqu'au dernier moment je me refusais à voir venir. Le corps de Fikison s’affaissa doucement tandis que son sang chaud ruissela sur la pierre du rocher, produisant dans le froid hivernal des volutes de vapeur.
La femme redescendit, tête baissée, les deux hommes à cagoule noire qui avaient encadré Fikison emportant son cadavre hors de vue.
-Celle que vous avez vu prendre la vie de Karian était sa femme, Irya. me souffla Hivar. C'est elle qui a demandé à exécuter la sentence lorsque son mari fut amené devant le Thing.
Je fus estomaqué, pour ne pas dire horrifié, par la révélation de mon guide.
-Pourquoi?... balbutié-je. Elle ne semblait pourtant pas le haïr pour son geste odieux, elle semblait presque le pleurer... Le pardonner...
-C'est ce qu'elle a fait. En demandant à être celle à lui donner la mort, elle lavait son nom du déshonneur de son mari, lui pardonnait son crime, et rendait justice au Nom de l'Empereur. C'est une immense preuve d'amour mais aussi d'humilité et de dévotion envers les lois de l'Empereur.
Je restais sans voix, tandis que j'assimilais la chose, regardant sans vraiment le voir le deuxième condamné monter sur le rocher tenant lieu d'échafaud. Il adopta la même pause que son prédécesseur, mais garda la tête baissée.
-Condamner un Futhark à mort est un acte rare chez nous. Rare et terrible. continua Hivar à voix basse. Lorsque le Thing rend son jugement, le coupable perd tout son honneur, son droit et son humanité. Il est demandé si quelqu'un revendique le droit de mettre à mort le condamné. Si personne ne réponds, ce qui est rare, ce sont les deux vardmenner, les bourreaux, qui accompagnent le condamné qui sont désignés pour rendre le châtiment.
Un jeune homme d'à peine seize années gravit le rocher, armé d'une autre dague, et se planta devant l'homme qui gardait la tête baissée et semblait pleurer à chaudes larmes. L'adolescent ne prononça aucun mot et se contenta de froidement planter la dague dans la poitrine de l'homme qui rendit un cri étranglé avant d'expirer.
-Celui qui vient de mourir se nommait Varl Vanirk, qui a battu à mort un paysan après l'avoir volé. C'est le fils de sa victime qui vient de rendre le jugement. Celui qui se porte volontaire pour la mise à mort est très souvent un proche de la victime ou du condamné, rarement une tiers personne ou un officiel. Les proches des victimes rendent justice à leur disparu par la vengeance, les proches du condamné cherchent eux à laver l'honneur familial et à pardonner le criminel. Dans ce dernier, c'est souvent l'être aimé qui porte le coup. Dans tout les cas, tous sont concernés par une condamnation à mort, tous incarnent la Justice de l'Empereur. Il n'y a pas d'innocents dans notre société.
Je parvenais enfin à saisir le concept de justice des Futharks, à la fois cruel et magnifique. Je voyais alors la foule d'un regard nouveau, reconnaissant que tous ici étaient liés de près ou de loin au condamné. Des proches, des victimes, des témoins, des accusateurs, des alliés...
Hivar continua de me présenter les condamnés et leurs crimes, puis qui était leur bourreau. Je vis passer un homme coupable d'hérésie et du meurtre d'un prêtre, exécuté de la main de son fils qui demanda à haute voix que l'âme de son père blasphémateur se perde dans le Warp. Je vis une femme expirer pour avoir brutalement assassiné son mari, et exécutée de la main de sa belle mère. Je vis un traître accusé de terrorisme tué par un anonyme rendant justice à quatre innocents massacrés dans un attentat. Je vis un homme coupable de meurtre et de vol mis à genoux par ses deux bourreaux, l'un le maintenant penché, une botte posée sur son dos, l'autre saisissant une longue épée pour decapiter le condamné. Je vis de la vengeance, de la colère et de la pitié. Je vis la Justice de l'Empereur appliquée avec piété et ferveur.
Un profond silence accueillit le dernier condamné alors qu'il cheminait vers son trépas. Le Jarl lui aussi descendit de son estrade pour se diriger vers le rocher, passant devant le serviteur au coffre pour y récupérer une dague. Hivar, comme il le fit pour le autres condamnés, m'expliqua la situation.
-Celui ci se nomme Gendrak Sulkison. Son cas est particulier, assez grave pour que le Jarl en personne ait décidé de rendre la sentence. Sulkison est un noble de Vjorheim, appartenant au Clan Forseti. Il est l'un des principaux lieutenants de Servig Kovorson et était censé provoquer une révolte ici en même temps que son maître, mais ses desseins furent retardés par le retrait tardif de quelques nobliaux, suffisamment pour que la nouvelle de l'échec de Kovorson parvienne à lui. Il arrêta tout et s'enfuit, jusqu'à ce qu'un de ses anciens compagnons ne le dénonce. Il a été capturé en Vjorheim il y à quelques lunes et condamné à mort pour hérésie et haute trahison.
Le Jarl venait de parvenir jusqu'au traître, et ils s'échangérent quelques paroles avant que le Jarl ne lui enfonce sa lame en plein coeur, en déclarant d'une voix tremblante:
-Ainsi périssent les ennemis de l'Empereur!
Il se penchant sur le corps de Sulkison pour rajouter quelque chose que personne ne out entendre avant de s'en aller, l'air soudainement terriblement abattu. Le silence de mort régnait toujours sur les lieux, aussi écrasant qu'une chape de plomb.
Hivar se penchant vers moi.
-Sulkison ne s'est pas réfugié par hasard en Vjorheim. dit-il sombrement. Il était le cousin du Jarl Leikson.
-Voilà pourquoi il a demandé à l'exécuter... compris-je. Pas par devoir, pas à cause de sa fonction. Mais parce qu'il voulait être en paix avec lui, le pardonner.
Hivar opina en silence.
Une fois que le Jarl eut regagné l'estrade, un coup de cloche retentit longuement dans la plaine silencieuse.
-Justice a été rendue au Nom de l'Empereur! déclara-t-il en ouvrant les bras.
Aussitôt, la foule se dispersa, de même que les officiels s'en retournèrent à leurs occupations. En l'espace d'une poignée de temps, Hivar et moi nous retrouvâmes seuls devant le rocher de justice et l'estrade désertée, mon serviteur lui aussi ayant cessé d'écrire.
Le vent hivernal avait fait geler le sang des criminels exécutés, qui formait sur le rocher des constellations de perles scintillant de la couleur du rubis. La neige recouvrit peu à peu ces funestes joyaux et les traces de pas de la foule disparue. Le silence mortuaire laissa place à celui, serein, de la nature venue jeter un délicat linceul glacé sur l'autel de la justice abreuvé du sang des traîtres.
Silencieux, Hivar semblait me laisser à mes pensées, à moins qu'il ne soit perdu dans les siennes. J'avais pu prendre quelques notes sur les deux premiers groupes de priosonniers, mais ce qui advint pour le troisième m'avais tellement fasciné que j'en avais oublié d'écrire, laissant une note inachevée sur cette démonstration de la justice futhark. Je restais un moment à contempler le rocher disparaître sous la neige, avant de m'en détourner pour emprunter notre chemin d'arrivée dans le sens inverse, Hivar marchant à ma hauteur.
-Vous semblez pensif. me dit-il.
-Admiratif, en vérité. avoué-je.
-Me voilà surpris, Ùtlendr. Moi qui pensais que vous trouveriez à redire. Ce n'est donc pas primitif, ou sauvage à vos yeux? se moqua mon guide.
-Je m'attendais à quelque chose dans ce goût là, il est vrai. lui concédè-je. Mais ce n'est pas un simple rendu de justice impériale auquel je viens d'assister. C'est...
Un instant je chercha mes mots, encore fasciné par ce à quoi je venais d'assister.
-C'est une véritable déclaration collective de foi et de loyauté à l'Empereur que j'ai vu. Même les condamnés, même ceux destinés à la mort, semblaient clamer leur ferveur, affirmer leur soumission au Trône.
-Hum... Peut être pas tous mon père. fit remarquer Hivar, et j'approuva d'un hochement de tête entendu.
-Parfois, aux portes de la mort, même l'hérétique finit par s'incliner devant Sa Lumière. Du moins... c'est ce que j'espère.
Hivar me répondit par un sourire. Nous marchâmes durant un certain temps avec pour seul compagne la tranquillité de la campagne. De retour au croisement de chemin depuis lequel nous avions rejoint le cortège de prisonniers, je m'arrêta pour me tourner vers mon guide.
-Il faudra bien que vous finissiez par me révéler qui vous êtes, Hivar. lui dis-je.
-Je suppose que vous avez raison, Ùtlendr. admit-il. Mais ce ne sera pas aujourd'hui, soyez patient. Je ne tiens pas à prendre le moindre risque, et, lorsque vous saurez tout, vous comprendrez pourquoi.
Je ne répondis pas, mais il devina facilement qu'il s'était fait comprendre.
-Rentrons, père Nevenski. dit-il alors. Le crépuscule va vite tomber, tout comme la température. Ce soir nous irons chez Olaf trinquer à vitre santé, mais pour le moment nous la préserveront en allant nous mettre au chaud.
J'opina et nous priment le chemin du retour, mon serviteur sur nos talons, ses doigts dansant sur sa tablette tandis qu'il retranscrivait le décor extérieur, comme je lui avais commandé de le faire avant notre départ.
Le marché était finit, les étals pliés, les commerçants partis se relaxer. Le village retrouvait peu à peu la tranquillité qui m'avait accueilli lors de mon atterrissage.
Lorsque nous parvînmes enfin sur le porche de la demeure de Jorval, il se mit à neige abondamment, le ciel s'assombrissant tandis que l'astre solaire disparaissait derrière les hautes montagnes sur lesquelles était perchée Vjorheim, ceinte d'un vague halo de lumière.
-Allons nous aller là haut? demandé-je à Hivar en désignant la cité du doigt.
-Bientôt, mon père. me répondit-il. Bientôt...


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Message par Turielo Sam 9 Mar 2013 - 13:03

Jorval était dans sa forge lorsque nous entrâmes, les coups de son marteau résonnant dans toute la maison. Nuls arômes de soupe chaude, de gibier ou autres plats délicieux cette fois. Eyla vint embrasser son frère et m'adressa un vague hochement de tête auquel je répondis par le signe de l'aquila, décidant d'ignorer son hostilité à mon égard. Je savais pourquoi elle agissait ainsi désormais, et je comptais bien la sortir des ténèbres comme je l'avais promis à Hivar, mais pas en lui faisant violence comme l'auraient fait nombre de mes confrères.
Elle était encore en tenue de travail, une combinaison grise portant sur la poitrine le symbole du Clan Völund, des gants épais et noirci passé à sa ceinture, une veste sans manche redoublée de fourrure sur le dos. Un marteau fin mais robuste pendait à l'opposé de ses gants, accroché à un petit anneau de bronze.
La jeune femme passa une main dans ses cheveux roux emmêlés et poussa un soupir de fatigue en retournant près du feu qui rougeoyait paisiblement. Hivar m'invita d'un signe de tête à les rejoindre, ce que je fis après avoir congédié mon serviteur. Hivar s'assit à côté de sa sœur qui semblait exténuée par une dure journée de labeur, et je plaça face à eux, sans un mot, essayant de me faire discret pour ne pas donner à Eyla l'impression de m'imposer à eux.
-Comment fut la journée? demanda Hivar en tendant ses bottes humides vers le feu pour les faire sécher.
-Longue. plaisanta Eyla, le visage encore souillée de suie. Le fabricator a tenu à augmenter la cadence de production, sans pour autant nous expliquer les raisons. Joründ semblait tendu, mais je suppose que ça fait partie de son boulot de contremaître. L'équipe suit le rythme, je n'ai pas à me plaindre. Ils m'écoutent et font ce que je leur dit, c'est tout ce que je demande.
-Voilà qui est bien. opina Hivar. Vous êtes toujours sur le renouvellement des régiments revenus de Nubia?
Je ne pus m'empêcher de me pencher un peu plus en avant, l'oreille tendue, à la mention du monde ravagé par la guerre, il y a tout juste un an. Eyla le remarqua et fronça les sourcils, répondant à son frère sans détacher son regard de moi, embarrassée d'être ainsi écoutée par un étranger.
-C'est un long travail, mais oui. confirma-t-elle. Mon département se charge de réparer les armures de trois régiments. Pour le reste, je ne sais pas trop qui fait quoi, mais d'après Jörund, nous avons quand même abattu une bonne partie de la demande. Enfin, jusqu'à ce que le fabricator nous presse le pas. Il doit se passer quelque chose, je suppose.
Elle appuya soudainement son regard sur moi, sa voix prenant un ton de reproche et de haine.
-Après tout, l'Imperium n'a de cesse d'envoyer ses citoyens à l'abattoir, c'est son jeu favori...
Je dus faire appel à toute ma patience pour ne pas répondre à l'attaque, une partie enfouie en moi me hurlant de lui arracher la langue pour proférer de tels blasphèmes. Hivar me regarda avec dans ses yeux un avertissement muet, et je me contenta de relâcher ma pression par un long soupir. Eyla me jaugea avec mépris avant d'en revenir à son frère.
-Quoi que ce soit qu'il se passe, ça nous donne du travail, et un peu plus de crédits. Je ne me plaindrai donc pas. Et toi, tu as bien fait le guide pour notre cher invité, aujourd'hui?
-J'ai mené l'Ùtlendr au marché cet après midi. répondit Hivar, sans donner satisfaction à sa sœur en partageant ses méchantes moqueries. Puis nous sommes allé au Rocher.
Eyla frémit légèrement lorsque son frère parla de notre présence à l'exécution de la Justice de l'Empereur. Elle hocha la tête en silence, pensive, hésitante, passant plusieurs fois sa langue sur ses lèvres.
-Il était mort, donc? demanda-t-elle avec appréhension, la voix presque tremblante.
-Gendrak Sulkison n'est plus. répondit Hivar sans une once d'émotion dans la voix, regardant sa sœur d'un air détaché. Le Jarl a lui même rendu justice...
-"Justice"... cracha Eyla dans un souffle outré. Tu appelles cela de la justice? Sulikson était brave. Il ne méritait pas ça.
-C'est un traître, Eyla. rétorqua Hivar d'un ton calme. Il a trahi Yggdrasil et tout les Futharks.
-En voulant notre liberté? s'exclama Eyla, les larmes aux yeux, laissant éclater sa colère. Cet homme est mort pour Yggdrasil! C'est un héros, un martyr! Pas un traître!
-Cesses. lui demanda fermement, mais toujours aussi calmement, Hivar. Nous ne sommes pas des esclaves de l'Imperium.
-Et tu acceptes d'être dirigé par "ça"? s'offusqua Eyla en se levant d'un bond, pour me pointer du doigt, ne daignant même plus me regarder. Tu acceptes d'être dirigé par des hommes comme lui? Des illuminés? Des fanatiques aveuglés par un culte aussi obsolète que tyrannique? Tu acceptes de courber l'échine devant des gens qui ne savent rien de nous et se permettent de nous accuser d'être des sauvages?
Elle cessa enfin de crier, essoufflée, les yeux grands ouverts par la colère, tremblante, à bout de nerfs. Jorval, qui avait entendu crier, se tenait devant la porte de sa forge, s'essuyant les mains, considérant sa fille avec un mélange de crainte et d'absolue tristesse.
Hivar, lui, fixait durement sa soeur, toujours assis, ses poings serrés sur ses genoux.
Je me sentais affreusement mal, en trop. Je ressentais aussi de la fureur et du dégoût en entendant ainsi parler Eyla. La trahison noircissait déjà son cœur, et il serait bientôt trop tard pour la ramener dans la lumière. Ses odieuses paroles, le venin qu'elle crachait ouvertement et sans honte, trahissait la gravité de l'hérésie s'instillant lentement telle un gangrène parmi la population d'Yggdrasil, la menant peu à peu sur le chemin de la damnation. Je ne pouvais admettre cela. Intérieurement toutefois, j'étais heureux que ça soit moi qui soit auprès d'eux, et non quelques tortionnaires comme Eurifas. Auquel cas cette maison et ses occupants, et probablement tout le Comté de Vjorheim, serait déjà en train de brûler...
Eyla tourna à nouveau son regard brûlant de haine vers moi, ses larmes de chagrin mêlé de colère roulant librement sur ses joues.
-Vous pouvez rapporter ça à vos maîtres, sale rat que vous êtes! siffla-t-elle. Vous êtes ici pour ça après tout. Mais sachez que les Futharks seront bientôt libres. Nous vous crachons au visage, vous les bourreaux qui se prétendent les sauveurs de l'Humanité!
-Je ne vous veux aucun mal, Eyla. dis-je en levant les mains. Vous êtes égarée, mon enfant, vous vous méprenez.
-Ne m'appelez pas comme ça! cracha-t-elle.
Jorval, ému aux larmes par l'explosion de fureur de sa fille, s'approchait de nous.
-Ma fille... appela-t-il, la voix secouée de sanglots. Ma petite fille, je t'en prie. Cesses cette folie...
-Vous mettez votre famille, votre peuple entier, en danger en proférant toutes ces atrocités, tout ces mensonges que les serpents avides de destruction ont implantés dans votre esprit. Vous êtes jeune, Eyla. Je vous en supplie, par le Trône, ne cédez pas aux ténèbres. Je veux vous aider...
Eyla me fusilla du regard, au comble de la haine, et cracha à mes pieds.
-Vous essayez de me bercer d'illusions, Ùtlendr. gronda-t-elle. Tout ce que vous voulez c'est nous envoyer tous au bûcher pour avoir osé questionner la légitimité de l'Imperium. Mais vous échouerez. Les Futharks marcheront libres ou mourrons libres.
Elle ne me laissa pas le temps de répondre, s'en allant à grands pas furibonds, claquant la porte derrière elle, ignorant l'appel déchirant de son père, bouleversé.
Hivar restait de marbre, la mâchoire crispée, les yeux rivés dans le feu mourant. Je sentis se nouer mes entrailles tandis que retombait un calme atroce.
Jorval se laissa tomber assis, ravalant son chagrin, et renifla bruyamment avant de s'adresser à moi.
-Vous savez maintenant pourquoi je méfiais de vous... dit-il sombrement.
-En vérité il en sait bien plus. intervint Hivar. Je lui ai tout expliqué.
Jorval jeta un regard apeuré à son fils.
-Je ne dirai rien, si c'est ce que vous craignez. lui dis-je. J'en ai fait la promesse à Hivar. Je ne prétends pas pouvoir empêcher cette hérésie de se propager, ni empêcher les conséquences d'un tel affront. Mais je pense pouvoir au moins sauver votre fille et lui faire entendre raison.
Le forgeron hocha la tête gravement, le chagrin lui enserrant encore la gorge. Il y eu un court moment de silence que finit par briser Hivar.
-Je pense qu'il est grand temps que je réponde à votre autre question, Ùtlendr, et qu'ainsi je soit enfin honnête avec mon père, en lui révélant la vérité sur mon compte.
Jorval leva un sourcil surpris, Hivar semblant réfléchir à ses prochaines paroles.
-Le fait que j'ai été désigné pour veiller sur vous n'est pas un hasard, père Nevenski. Vous avez vu juste en étant surpris qu'un "simple fils de forgeron" en sache autant. Je suis, depuis quelques années déjà, bien plus que cela.
Il marqua une pause, lâchant un long soupir, sur le point de s'affranchir d'un terrible poids.
-Lorsque la Treizième Croisade Noire nous frappa, un contingent de renégats assailli Àsgard même, prenant pied dans le Comté voisin d'Ilojùrd. La cité du même nom fut rasée jusqu'à ses fondations et des milliers périrent.
-Je ne m'en souviens que trop bien. fit Jorval. C'est ce jour là que ta mère fut incorporée dans les rangs des Gardiens de la Terre...
-Précisément. opina Hivar. Elle partit avec des milliers d'autres rejoindre le front et la contre attaque menée par le Köng en personne. C'est la dernière finis que je l'ai vue. J'étais encore un jeune adolescent, et Eyla un bébé. Mon père a veillé sur nous, son handicap lui ayant épargné de devoir prendre les armes dans la Garde.
Je lança un regard surpris à Jorval, qui me paraissait au contraire des dires de son fils être un solide gaillard. Le forgeron me sourit tristement avant de cogner sur sa jambe droite qui rendit un son creux, révélant une prothèse de bois.
-Perdue lors d'une chasse. expliqua-t-il en lisant ma stupeur. Nous n'avions pas les moyens pour une prothèse bionique. Généralement les gens ne le remarque pas, tout simplement parce que je m'y suis fait et que je ne me déplace pas trop.
Je hocha la tête, moi même, pourtant si sensible aux détails, ne l'ayant en rien suspecté d'être infirme.
Hivar sourit avant de reprendre.
-Suite aux combats des plaines d'Ilojùrd nous ne revîmes pas ma mère, définitivement incorporée dans la Garde Futhark pour partir à la poursuite des armées ennemies en déroute.
-Mais cela fait seize ans maintenant! fus-je surpris, avant qu'un autre détail m'interpelle. Et Hjangar? Il est trop jeune pour être né à cette période.
Jorval acquiesça d'un hochement de tête.
-Il est le fils de mon frère aîné, Balruff, qui a été enlevé avec sa femme par des pirates xenos voilà six ans, en désirant rejoindre Niflheim. Hjangar était demeuré avec nous, tout bébé, et lorsqu'on nous a appris le destin de ses parents, nous l'avons adopté. Il ne sait rien pour le moment, j'attends le bon moment, et je l'ai élevé comme mon propre fils, ce pourquoi je vous l'ai présenté en tant que tel lorsque vous êtes arrivé.
-Je suis sûr qu'il est entre de bonnes mains, Jorval. dis-je, touché par la bonté du forgeron, avant de me tourner à nouveau vers Hivar. Ainsi donc votre mère est dans la Garde Impériale? Je croyais que ceux de votre Clan ne le pouvaient pas?
-Certains des Gardiens ont fait preuve d'un courage extraordinaire là bas. répondit Jorval avant son fils. Ma chère femme a fait partie de ceux qui eurent la chance de voir leur rang social augmenter, récompense offerte par le Köng en personne. Elle sert désormais sous la bannière du Clan Odin, et j'en suis terriblement fier!
Hivar se frotta les mains, le regard rivé à terre, hésitant. Il inspira profondément avant de parler.
-C'est en partie vrai. dit-il, et Jorval paru totalement déconcerté, fronçant les sourcils, se penchant en avant. Hivar ferma les yeux pour chercher ses mots et finit par avouer la vérité, toute la vérité, en regardant son père droit dans les yeux.
-Mère est tombée sur le champ de bataille, l'arme en main et la foi au cœur. Elle est allé rejoindre les Ancêtres en combattant aux côtés du Köng lorsque l'ennemi arriva jusqu'à lui. Elle est morte pour que lui puisse vivre.
Jorval étouffa un gémissement, devenu livide et se portant ses mains tremblantes à son visage qui ne retint pas de nouvelles larmes de chagrin. La nouvelle l'atteint tel un coup porté au ventre avec la force d'une tornade et le vieux forgeron suffoqua.
Hivar poursuivit d'une voix calme tandis que son père laissait éclater sa peine.
-Le Köng lui a accordé les honneurs et la bénédiction d'une augmentation de rang social à titre posthume. Mais ce n'est pas tout. Elle n'était pas encore partie lorsqu'elle tomba et le Köng tenta de la sauver, touché par son sacrifice. Elle expira dans ses bras, non sans avoir formuler comme dernière requête que le Köng veille sur notre famille, et il jura de le faire pour toujours, ce qu'il fit. C'est pour cela que Eyla n'a jamais été inquiétée par la chasse aux traîtres, bien que les Anciens sachent pertinemment quelles sont ses pensées. Et c'est pour cela aussi que dès ma majorité, je me suis si souvent absenté du foyer familial.
Jorval ravala ses larmes pour interroger son fils du regard. Celui ci avait la voix tremblante, à la fois de tristesse en se remémorant le sacrifice de sa mère, mais aussi de soulagement en révélant ce secret qui pesait lourdement sur son cœur.
-Père, je suis l'Òdalsbond du Köng depuis onze cycles, et en cette qualité je veille sur Yggdrasil à ses côtés.
Jorval éclata en sanglots dans lesquels se mêlèrent toutes ses émotions du moment, chagrin, révolte, deuil, fierté et surprise. Il fut incapable de parler les premiers instants, un gémissement déchirant s'échappant de sa gorge comprimée, ses yeux rougis emplis de larmes dévisageant son fils. Il se mit à bruyamment respirer pendant un long moment, refoulant ses sanglots, reprenant le contrôle de lui même, retrouvant un semblant de calme, ce qui paraissait incroyable pour un homme qui en l'espace de quelques minutes venait d'être assailli par tant de terribles aveux.
Il inspira bruyamment avant de lâcher un grand râle, secoua la tête et s'essuya les yeux d'un vif revers de manche.
-Pourquoi? dit-il d'une voix rauque. Pourquoi ne m'avoir rien dit?
-Parce que je l'ai promis au Köng. avoua Hivar. Personne ne devait savoir que son écuyer était de basse population. Cela est contre les Lois Anciennes et aurait donné lieu à des luttes de pouvoir catastrophiques. Je devais cacher la vérité, prétextant ce travail de chasseur solitaire, évitant toute implication durable dans notre Comté, y compris le rite de la reconnaissance.
Jorval hocha la tête en mouvements saccadés, signifiant qu'il avait compris. Il eut à nouveau un bruyant soupir avant d'opiner à nouveau.
-Je comprends, mon garçon. Je comprends. Et par le Trône, je te jure de ne rien dire. Jamais. Mais pourquoi m'en parler si tu en as l'interdiction du Köng lui même?
-Parce que je souffrais de vous voir ainsi, père. se confessa Hivar. Je ne supportais plus le mensonge et la tromperie. Et parce que la venue de l'Ùtlendr va énormément changer les choses à présent.
Je sursauta lorsqu'il me mentionna et il leva une main pour me rassurer.
-Le père Nevenski est vu par beaucoup comme une malédiction, un curieux menaçant des secrets obscurs pour certains, une manifestation de la Colère de l'Empereur pour d'autres. Même les Anciens et les Maîtres de Clans sont partagés quant à sa venue et à celle des autres. Mais je pense personnellement qu'il est un véritable bénédiction pour Yggdrasil, celui qui nous ramènera vers la lumière et permettra d'empêcher l'hérésie de se propager tout en évitant un bain de sang. C'est pour cela que le Köng m'a chargé de veiller sur lui, alors que beaucoup réclamaient qu'il soit ou livré à lui même au risque d'être tué, ou cloitré et sous bonne garde.
Jorval opina, ayant retrouvé tout son calme et son sérieux.
-Il se méfie de son entourage... comprit-il, et Hivar acquiesça.
-Vous le savez tout deux, Yggdrasil traverse une grave crise, et l'insurrection gronde. Mais ses causes sont bien plus variées que le peuple ne le sait. Les sécessionnistes furent notre moyen de détourner les Futharks du reste de la vérité. Nous avons d'autre cas de complots. Le Clan Freyr, pour ne citer qu'eux, prend de plus en plus ses distances des Clans Majeurs, et beaucoup pensent qu'ils préparent une révolution pour renverser le gouvernement Futhark actuel. Le fait que la plupart des seigneurs suspectés soient proches du Cartel de Nebulae n'est pas anodin.
Cette fois, il s'adressait clairement à moi, car je lus l'incompréhension totale dans les yeux de Jorval, alors que j'en saisissait tout de suite la gravité.
-Exactement comme Medrek le soupçonnait... soufflé-je. Un complot à l'échelle du Secteur tout entier.
-Les agents du Cartel se sont énormément répandus dans le Secteur tout entier, et cela fait bientôt treize ans qu'ils sont parvenus à s'implanter en Yggdrasil. Le Köng ne s'est dans un premier temps pas méfié, considérant l'impact que cela eu sur nos marchés, mais il n'est pas tout à fait seul à veiller sur Yggdrasil, et d'autres se mirent à le mettre en garde.
-Vous voulez parler de l'Ordre? supposé-je.
Hivar opina et allait répondre quand Jorval se leva brusquement en toussant, secouant les mains et la tête comme pour éloigner quelques nuisibles l'agressant.
-Assez, assez, mon garçon! fit-il. J'ai entendu trop de secrets ce soir, et je ne tiens pas à accueillir tous les secrets de l'Imperium dans mon vieux cerveau. Je ne veux pas... Je ne peux pas!
Il se calma et considéra son fils d'un air embarrassé.
-Je suis tellement fier de toi mon garçon... dit-il. Mais je ne peux pas le faire savoir, à personne, nulle part. Je ne peux donc pas te voir ainsi, t'entendre parler de ton travail. Je garderai ton secret, ne m'en impose pas d'autres. Sois mille fois remercié de t'être enfin confié à moi, mais je vais tacher maintenant d'oublier que tu es autre chose que mon fils, cela vaut mieux.
Il demeura un moment silencieux se frottant le menton, pensif, gêné. Puis il se mit à rire, d'abord doucement puis à gorge déployée, comme le fracas de l'eau se libérant d'un barrage en une monstrueuse cascade. Il frappa plusieurs fois dans ses mains calleuses et nous fit signe de nous lever.
-Allons, tas de conspirateurs que vous êtes! tonna-t-il joyeusement. Allons à la taverne d'Orogir, buvons comme jamais en levant nos verres à la mémoire de ta brave mère et à la gloire d'Yggdrasil! Puisse l'alcool te rendre ton secret en me l'arrachant de la mémoire, ce sera bien mieux comme ça!
Hivar se mit aussi à rire, capitulant, et se leva pour donner une virile accolade à son père. Je refoula ma frustration d'être une fois de plus si proche d'entendre parler de l'Ordre avant d'être interrompu et hocha la tête en souriant de bonne grâce.
Nous embrassâmes à nouveau la fraîcheur du soir pour nous diriger vers la taverne, oubliant alors pour un temps la gravité de la situation qui gangrénait peu à peu Yggdrasil. J'éprouvais de la peine pour Jorval, encore plus pour sa fille et les pauvres gens qui s'égaraient ainsi dans les vils ténèbres de l'hérésie.
Puisse l'Empereur veiller sur eux, avant que ses plus redoutables serviteurs s'en chargent...


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Message par Turielo Mar 19 Mar 2013 - 14:35

Mea culpa, j'ai eu une crise de flemmingite aigüe samedi dernier, et ai complètement zappé le post de la semaine... que voici donc! Wink
En attente de vos réactions!

VI:


Le réveil fut difficile, ma tête résonnant comme si toute la folie du Warp hurlait à l'intérieur. Je me levai avec peine, la bouche pâteuse, les yeux collants, tout courbaturé, et me précipita prendre un bain chaud pour exorciser mon corps des réminiscences de l'alcool. Plonger dans l'eau chaude me fit le plus grand bien et rapidement il ne me resta qu'une vague migraine, et je ne tarda pas à me détendre totalement.
Tout à ma torpeur, je repensa aux évènements de la veille. La colère d'Eyla, les aveux d'Hivar, la détresse de Jorval. Je me souvins les avoir accompagné à la taverne locale, alors que la nuit étendait son règne sur les terres de Vjorheim. L'endroit était tout à la différence du dehors: bondé, étouffant, bruyant.
Le tavernier, qu'Hivar me présenta comme Orogir le Sourd, était un énorme bonhomme à la figure rougeaude envahie d'une épaisse barbe rousse hirsute, ses long cheveux cuivrés tressés en une grosse natte partant vers l'arrière de son crâne. Son surnom était mérité, le bougre étant atteint d'une sévère surdité, ses clients devant pratiquement hurler pour qu'il les comprenne, lui même parlant d'une voix tonitruante.
L'établissement était empli de Futharks revenus de leur travail, partageant entre eux d'énormes chopes de bière et autres produits locaux, en fumant la pipe, parlant, riant, jouant aux dés ou aux cartes... L'air était lourd et on y voyait difficilement à plus de quelques mètres devant soi, les discussions saturant l'endroit, étouffant les efforts des quelques courageux musiciens dispensant une musique traditionnelle dans un coin reculé de la grande salle.
Je me remémore Jorval revenant à notre table avec un plateau de bois soutenant trois grosses chopes de bois, pleines à ras bord d'alcool mousseux, aux arômes percutants et apparemment aussi fort que du prometheum brut.
Nous avons un peu discuté, les deux Futharks vidant sans mal chope sur chope tout en conversant, Hivar ayant même produit un petit paquet de cartes, tentant de m'expliquer des règles complexes et insaisissables avant d'abandonner et de me proposer d'observer sa partie contre son père. Jorval dut s'incliner devant la victoire de son fils, et, riant comme un démens, quémanda une grande bouteille de ce fameux meàd qu'il m'avait fait goûter plus tôt dans la journée.
Malgré mon attention à ne pas boire trop vite, mes souvenirs s'étiolaient à mesure que l'alcool jouait son rôle sournois, et je fus incapable de me rappeler du reste de la soirée. Au vu de mon état de ce matin, il ne fallait pas être devin pour comprendre ce qui avait pu se passer le reste de la soirée. Je priais néanmoins l'Empereur - outre le fait de me pardonner pour une telle débauche - pour ne pas m'être comporté comme un idiot, ou dit de mauvaises choses...
Je dus m'assoupir à nouveau dans mon bain car je repris conscience dans une eau glacée, ma peau toute fripée et assailli de sacrés vertiges. Je me dépêcha de me sécher et de me vêtir avant d'attraper mal, et en revint à ma table, entreprenant de ranger un peu le désordre de mes notes, tombant sur quelques feuillets froissés sur lesquels s'étalait une écriture branlante et illisible, et je supposa que malgré mon ivresse j'avais dû tenter la veille de conter ma soirée. Riant malgré moi, je consenti à garder ses notes d'ivrogne et les rangea avec les autres dans les affaires gardées par mon gros serviteur.
Je me dirigea ensuite vers la salle commune, discrètement, et me mit en quête de quelque chose à manger, mon ventre semblant aussi vide que le cerveau d'un flagellant. Hivar était déjà debout, mangeant un bol de bouillie de céréales près du feu et m'accueillit avec un grand sourire, ses yeux marqués de cernes aussi noirs que profonds. J'allais le rejoindre et il me fit signe de me faire discret en posant un index sur ses lèvres tout en m'indiquant de la tête l'entrée de la maison, où je vis Jorval, affalé sur le dos.
-Pas la peine de vouloir le mettre au lit, j'ai essayé, mon père. me souffla Hivar. Il s'est effondré ici en arrivant et s'est mit en tête de ne plus en bouger. Nous le plaindrons à son réveil, quand l'enfer de Muspelheim éclatera dans son crâne.
Il tenta de rendre son éclat de rire le plus discret possible, et je tâcha d'en faire autant, puis il m'offrit un bol rempli de la même bouillie que le sien et repoussa un morceau de tison du bout du pied.
-Vous semblez tout de même en meilleure forme que nous deux réunis, Kristophus. reprit Hivar.
-J'espère que... hum... l'alcool ne m'a pas fait commettre de bêtises... hasardé-je.
-Oh non, je vous rassure, vous vous êtes assoupi à la moitié de votre deuxième chope de meàd, et vous êtes resté en l'état jusqu'à ce que nous rentrions. me répondis Hivar, riant lorsqu'il me vit faire un signe de l'aquila, soufflant de soulagement. Je vous ai porté jusqu'à votre chambre et de ce que je sais, vous vous en êtes tenu à un profond sommeil.
-Hum. Pas tout à fait semble-t-il. remarqué-je en repensant aux feuillets illisibles sur ma table de travail. Ça n'empêche que je ne me souviens de rien...
-Vous n'avez pas l'habitude de l'alcool d'Yggdrasil, voilà tout. se moqua Hivar.
-D'aucun alcool en vérité, mon garçon. répliqué-je, vexé. Je suis un serviteur de l'Empereur, pas un alcoolique.
-Tout comme nous, mon père. Sauf que nous, nous buvons, voilà tout.
Je déclarais forfait, levant une main de défaite, concédant à Hivar que, tout bon serviteur de l'Empereur que j'étais, j'avais le taux de tolérance d'alcool égal à celui d'un nourrisson. Par l'Empereur! j'espère au moins que les nouveaux nés Futharks ne boivent pas déjà d'alcool!...
-Tout cela est très divertissant, Hivar, du moins du peu que je me souvienne. repris-je. Mais à présent, que faisons nous?
Mon guide parut réfléchir un instant, finissant d'avaler son bol, avant de se lever d'un bond.
-Pour commencer, je vais me laver. dit il en se grattant le dos avec vigueur. Ensuite, nous irons faire un tour aux mines. Qu'en dites vous? Vous aviez l'air intéressé par le sujet, hier.
-Parfait, mon garçon! accepté-je en me levant à mon tour. Voilà qui devrait nous occuper un bon moment de la journée.
Hivar opina et prit congé pour aller se débarrasser des derniers effets de son ivresse, tandis que j'achevais de manger mon petit déjeuner. Jorval ronflait toujours avec la force d'un ouragan sur le point d'éclater.
Par l'Empereur! comment pouvait-on tolérer de se mettre dans des états pareils? Je ne comprenais décidément pas la manie qu'avait l'Homme de chercher la perfection tout en s'abandonnant si aisément à des véritables poisons. J'en étais à me questionner sur l'impact de ces vices sur l'âme même, au delà du corps, lorsque me revinrent les paroles du sergent Deludas, lorsque je lui avais fait part de mon aversion pour le tabac.
Il ne faut jamais parler trop vite. Ça peut très bien vous arriver un jour. avait-il dit.
En reconsidérant bien les choses, depuis le début de ma mission, j'avais en effet déjà mis fin à ma sobriété à plusieurs reprises. Cette réalité me frappa comme la foudre, et je me sentis rougir de honte. Récitant fébrilement quelques prières de dévotion accompagnées d'autant de génuflexions, mon esprit embrumé de la veille se mit à turbiner comme jamais, et la peur de glisser dans les excès de la vie me saisit le ventre. Mais à qui était-ce la faute? Les Futharks? Non, Medrek fut le premier à m'offrir son immonde cognac de Taranis. Et Vanar puis Deludas... C'était ces gens, ces citoyens impériaux, que je côtoyais auparavant tout les jours dans mon église, qui me confrontaient à la tentation.
Malgré moi je me mis à rire, saisissant le ridicule de la situation. Ces gens, Futharks, soldats ou autre anonyme, n'étaient pas corrompus par un quelconque vice, c'était simplement moi qui était resté enfermé trop longtemps dans la sécurité de mon église. Je me faisais peur pour rien, car en définitive ce qui m'effrayais c'était simplement le fait d'être confronté à la vie de tout les jours, pour la première fois depuis tant de temps. Même lorsque je fus envoyé sur Nubia j'étais demeuré dans une petite cellule monastique en retrait du monde.
Ma honte reflua pour faire place à un sentiment étrange, que je mis du temps à identifier. Du soulagement.
Hivar reparut dans la salle commune, cessant de s'essuyer les cheveux pour adopter une expression étonnée, en me voyant ainsi à genoux, les yeux levés au ciel, un sourire béat sur les lèvres. Je me dépêcha de me relever, sentant mes joues chauffer d'embarras.
-Une révélation, mon père? me demanda Hivar avec un sourire.
-On peut dire cela. acquiescé-je en faisant mine de débarrasser ma bure de prétendues poussières, trop gêné pour le regarder en face.
-J'espère que c'en était une bonne, au moins. Vous paraissez tendu.
-Disons juste que c'en était une inattendue. Voilà, c'est cela. Une révélation totalement inattendue.
Je cessa brusquement de frotter ma tunique comme un maniaque, et releva nerveusement la tête face à lui.
-Vous êtes prêt? Nous pouvons y aller? demandé-je.
Hivar réprima un sourire, sentant qu'il touchait une corde sensible - j'ai horreur de me sentir imbécile - et m'indiqua de la main la porte de sortie dans une parodie de révérence, que sur le coup je trouva très effrontée, bien que j'en ris encore aujourd'hui.
Nous quittâmes la maison, la matinée déjà bien commencée, les rues bien plus calmes qu'en jour de marché, mais non moins occupées par de nombreuses silhouettes allant et venant, tandis que certains marchands avaient disposé leurs marchandises sur de petites tables et invitaient le passant à s'arrêter pour le soulager de quelques crédits.
Le soleil était assez haut, d'une couleur chaude et ambrée, les nuages dansant dans le vent frais en semblant s'embraser d'un feu divin sous les rayonnements de l'astre Rägnärock. Une lointaine cloche tonnait doucement, annonçant dix coups, marquant, supposé-je, dix heures du matin. Je voulus m'en assurer auprès d'Hivar qui me le confirma aussitôt, comme si la question avait été stupide. Peut être l'avait-elle été, pensé-je, maussade. Je mis cela sur le compte de la fatigue et suivis Hivar sans poser une question de plus.
Ce n'est qu'alors que je nota que mon serviteur scribe s'était mis à nous suivre de lui même, suivant le protocole que j'avais entré en lui de me suivre aussitôt que je sortais de la maison de Jorval.
Trône tout puissant! Était-il donc venu nous accompagner à la taverne, la veille au soir? Je renfonça ma tête dans mes épaules, honteux à l'idée de ce qu'il aurait pu retranscrire de ses observations...
Hivar marchait d'un pas assuré, habitué au manteau neigeux, et il me devança parfois, laissé en paix tandis que j'avais cessé de lui poser une ribambelle de questions. Je trottinais derrière lui en tâchant de ne pas m'empêtrer dans mon manteau pour aller embrasser le givre jeté au sol comme un tapis de soie. Mon serviteur, lui, ne semblait éprouver aucune difficulté, et je me sentis misérable, d'être surpassé par un vulgaire serviteur lobotomisé.
Les pensées aigries successives achevèrent de me mettre de mauvaise humeur durant tout le trajet mené par Hivar, mes lèvres fermement scellées, mon esprit broyant du noir. Je n'avais même pas envie de regarder autour de moi pour observer le monde m'entourant. Après tout, pensé-je alors, ce fichu serviteur s'en contenterait. Prendre des notes à ma place ne devrait pas poser de difficultés s'il pouvait progresser dans la neige mieux que moi. Maudit robot sans âme!
Nous grimpâmes un long escalier de pierre accroché à une petite colline de pierre grise comme l'acier, pour arriver sur un petit plateau au sol pavé. Il y régnait une certaine agitation, de nombreux Futharks allant et venant en tenue de travail plus ou moins souillée, tous portant l'écusson du Clan Völund cousu sur leurs vestes.
En face de nous sifflait doucement une locomotive de métal noir à laquelle étaient accrochés une dizaine de wagons de transport comme j'en avais déjà vu, enfant, sur Teüto. Je recensa cinq lignes ferroviaires identiques, et une sixième de type levmag.
Dans un premier temps je fus surpris, puis je secoua la tête, agacé par mes stupides impressions. J'avais tant anticipé les Futharks comme des sauvages primitifs, que j'en avais oublié qu'il disposaient de la technologie impériale, comme je l'avais fait vis à vis de leurs serviteurs. Mes anciennes pensées, lourdes de mauvaise anticipations, alimentées par des rumeurs insensées, se confrontaient toujours aux nouvelles, guidées par ce que je voyais de mes propres yeux, un peuple pointé d'un doigt accusateur par beaucoup, mais pourtant bel et bien civilisée et loyale à l'Imperium.
Hivar me désigna l'une des lignes du doigt, haussant la voix pour couvrir le gémissement du vent et les sifflements des locomotives.
-Cette ligne nous emmènera aux mines, le levmag est réservé uniquement aux ouvriers allant travailler. Attendez moi ici, je vais nous procurer des tickets.
Je hocha la tête, encore tout à mon observation et Hivar s'éloigna, me laissant seul avec mon serviteur, dont les plumes dansaient frénétiquement sur les pages de parchemin. Je me tourna vers notre sens d'arrivée, pour m'apercevoir que nous avions fait pas mal de chemin depuis Ysddral, ma mauvaise humeur m'ayant occulté toute une partie du trajet. À présent j'apercevais clairement le village s'étaler en contrebas, son cœur juché sur une haute colline rocailleuse, ses pâtés d'habitations la ceignant en vagues successives jusqu'aux premiers champs que la neige recouvrait d'un épais manteau. Un peu plus loin s'élevaient les premiers reliefs de la forêt jouxtant tout une partie d'Ysdrral, là où nous avions rendu visite au père Hulbarl et assisté au jugement des criminels locaux. Cet endroit était un peu plus haut que le village et semblait lui offrir ce qu'on pourrait considérer comme un début de rempart naturel. Les champs qui s'étalaient aux portes du village donnaient quant à eux sur de grandes plaines enneigées et sauvages, et le petit promontoire artificiel par lequel j'étais arrivé en Àsgard accueillait navettes et cargos marchands, accolé à la paroi rocheuse que nous venions d'emprunter. Celle ci, relief naturel aplani de façon certaine par un procédé mécanique, achevait d'entourer le village, qui se retrouvait donc ceint presque entièrement par une épaisse croute de roche d'un côté et par des hauteurs boisées de l'autre. Ses portes étaient la seule partie à niveau bas, comme une cuvette donnant sur le reste du monde. Vjorheim apparaissait à l'horizon, portée par un éperon rocheux plus haut encore, dominant tout le paysage environnant. De là où je me tenais, je pouvais aussi apercevoir plus à l'est les reliefs d'une autre bourgade.
Mon serviteur occupé à dresser un tableau précis de la gare industrielle qui se trouvait dans mon dos, je pris sur moi de braver le froid en esquissant sur mon carnet de voyage le paysage qui s'offrait à moi.
Hivar vont le rejoindre, deux tickets en main.
-Tout est en ordre, mon père. dit-il. Nous pouvons prendre le chemin des mines quand vous le désirez.
Je pris mon billet et nous rejoignîmes le train sifflant qui était sur le départ.
L'intérieur était tout à fait spartiate, uniquement dédié au transport industriel, et nous croisâmes une foule d'ouvriers à l'embauche, se pressant pour ne pas manquer leur service. Hivar nous trouva un petit compartiment à part, et nous arrivâmes à nous trouver un semblant de place, entourés de grosses caisses d'équipement minier.
Hivar s'assit sur un coffre de bois, face à moi, et passa sa manche sur le hublot pour le décrasser un peu afin de me permettre un semblant de vue sur l'extérieur.
-Nous atteindrons les mines en moins d'une heure. me dit-il. Les anciennes étaient plus proches d'Ysdrral, mais maintenant qu'elles sont épuisées, les guilde de mineurs ont dû chercher plus loin dans les plaines. Au delà, nous aurions dû traiter avec le village d'Himsvir pour les exploiter, étant donné que nous sommes à leur frontière territoriale.
-Ce sont aussi des mineurs?
-Non, Himsvir est un village de tailleurs de pierre, même s'il compte aussi quelques forgerons. Même si Himsvir se trouvé également au sein du Comté de Vjorheim, il a ses limitations. Chaque village possède un certain domaine qu'il exploite selon ses besoins et si un autre village désire y installer une quelconque installation, il doit d'abord obtenir la bénédiction du Hersar local. C'est courant, et il n'y a que très rarement des refus.
-Donc les mines appartiennent à Ysdrral?
-Non, elles sont la possession de Vjorheim, comme toutes les autres, mais ici, la guilde qui les exploitent pour le Comté est une guilde d'Ysdrral, les exploitations minières dirigées pour le compte du Jarl par la famille Böjnr, du Clan Freyr et anciens représentants de la Guilde Gerfjon, la principale guilde industrielle d'Yggdrasil, et la plus puissante dans le domaine du travail. Depuis que le patriarche des Böjnr est allé rejoindre ses ancêtres, ses deux enfants ont repris les affaires de la mine en main et ont passé un contrat avec le Jarl et le Clan Volünd pour monter leur propre guilde, qui porte leur nom. Le vieux Böjnr, de son vivant, ne travaillait qu'au nom du Jarl, en n'engageant que des travailleurs recrutés par la Guilde Gerfjon. Aujourd'hui, ses enfants sont sur la voie de l'indépendance vis à vis de la Grande Guilde, et recrute les travailleurs qu'ils souhaitent, travaillent les mines au nom de Vjorheim, et offrant un certain pourcentage de production au Clan Völund en échange de matériel et d'équipement.
Hivar continua de me parler de la guilde Böjnr, tandis que je notais chaque mot dans mon carnet, quand le train fut parcouru d'une légère secousse et se mit en marche vers le sujet de notre échange.
J'appris ainsi que chaque Comté possédait l'ensemble des industries et autres entreprises sur leur territoire, y faisant appliquer leurs lois et fixant leurs taxes, pour alimenter le système productif planétaire et répondre au, exigences de dîme. Mais en matière de travail même, chaque village du Comté s'employait à répondre aux exigences du Comté, en fournissant la main d'oeuvre, en entretenant les installations ou en finançant de nouvelles exploitations, avec l'aide ou non des guildes. Ainsi chaque village pouvait s'assurer un certain revenu, gardant un petit pourcentage de production, de même qu'un certain degré de prestige, chaque bourgade faisant tout son possible pour satisfaire au mieux les attentes du Jarl.
À leur tour, chaque Comté alimentait les finances de la planète, ses quotas de production, influait sur le marché interplanétaire, et permettait de dûment verser la dîme exigée par l'Administratum. Les Comtés agissaient également sur le plan juridique et militaire, chaque Comté édictant ses lois et son ordre, et fournissant une milice pour protéger les terres et faire office de police, une certaine portion, l'élite des milices, rejoignant aussi les FDP.
Encore une fois, je dus m'incliner devant la sophistication d'un système que j'avais imaginé primitif et chaotique. Je ne pouvais qu'imaginer les autres représentants de la mission Imperator Lux aller comme moi de surprises en surprises.
-Qu'en est il d'Eyla alors? demandé-je. Elle travaille pour les Böjnr?
-Depuis bientôt trois cycles, en effet. Elle a été recrutée par la guilde peu de temps après sa création, bénéficiant des nouvelles mesures d'alors en terme d'embauche locale. Le Clan Völund lui a fait suivre une formation d'un demi cycle, puis elle est allée rejoindre les mines en tant qu'ouvrière métallurgique spécialisée, bénéficiant de la bonne réputation de mon père.
-Et depuis, elle a prit du galon...
-Depuis peu, c'est vrai. C'est grâce à son savoir faire en matière de retraitement des minerais qu'elle a pu bénéficier d'une promotion.
-Vous devez être fier...
-Je le serai véritablement s'il n'y avait pas toute cette histoire de sécession. fit sombrement Hivar. Je ne vais pas vous mentir, mon père, mais nous n'allons pas aux mines uniquement pour satisfaire votre curiosité. Ce qui s'est passé hier soir m'est resté sur la conscience, et je veux agir avant qu'il ne soit trop tard.
-Vous voulez découvrir si la rébellion s'est développée dans les mines?
Hivar renifla nerveusement et tira la petite porte métallique du compartiment pour nous isoler du couloir, et se penchant vers moi pour me répondre, juste assez fort pour que je puisse le comprendre au milieu du fracas des machines et des gémissements des rails.
-Eyla n'a jamais tenu de propos de ce genre avant son travail dans les mines. Je suis sûr qu'il existe un groupe séditieux dans les installations minières, et je veux pouvoir le trouver avant les autorités. Je veux sauver ma sœur avant qu'il me soit trop tard.
-Comment pensez vous procéder?
Hivar se contenta de me regarder avec gravité et une idée absurde se dessina dans mon esprit. Je me redressa avec un rire nerveux.
-Non. dis je en secouant la main en souriant bêtement. Non, je vous interdit...
-Ces gens là méprisent ouvertement l'Imperium et ses agents. Imaginez leur réaction en trouvant l'un d'eux en train de flâner dans leurs installations.
-Je refuse de jouer le rôle de l’appât, par le Trône!
Hivar raffermit son regard, pourtant déjà assez appuyé pour rendre jaloux le plus terrifiant des interrogateurs de l'Ecclésiarchie, et je sentis ma résolution se fissurer, secouant la tête et ricanant comme un malade, tentant vainement de le convaincre de changer d'avis.
-Mais je ne vais jamais y arriver! laissé-je échapper dans un gémissement pathétique.
-Vous êtes un homme de foi, Kristophus, je ne vous sortirai donc pas les classiques "ayez foi en l'Empereur". Mais ayez confiance, rien ne vous arrivera, je vous donne ma parole d'honneur. Je surveillerai vos arrières.
-Ah oui? lâché-je froidement. Et je suppose que vous viendrez faire barrage de votre corps avec le sourire pour dévier les balles qu'on me tirera dessus?
-Personne ne vous attaquera, mon père. La mine est trop exposée, trop sécurisée. Si renégat il y a, il est sûr qu'ils vous assassineraient dans un endroit discret, pas au beau milieu d'un des complexes les mieux surveillés de tout Vjorheim.
-Si c'était sensé me rassurer, c'est raté! maugréai-je en détournant les yeux, frissonnant à l'idée de prédateurs au service des Puissances de la Ruine m'attendant dans un coin sombre pour m'enfoncer une dague mesquine dans la gorge.
Cela ne fit que déclencher le rire éclatant d'Hivar, et acheva de me terrifier, et nous passâmes le reste du trajet plongés dans le silence.


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Message par Turielo Sam 23 Mar 2013 - 13:10

Et la suite d'Ùtlendr! Pour ceux qui suivaient l'évolution sur Obscurae Librarium, schez que c'est là la dernière partie actuellement postée. Dans un soucis de prévention, j'avais écrit pas mal à l'avance, afin de pouvoir continuer à poster tout en m'occupant du forum et d'autres choses. Dorénavant, les parties nouvellement écrites seront postées en même temps ici et sur OL.
Bon week end à tous!

***

Comme l'avait prédit mon guide fort rassurant, nous atteignîmes les mines en un peu moins d'une heure d'un trajet qui joua sur ma nervosité tandis que je ruminais l'idée de me faire occire par un traitre. Les voies de train se firent plus nombreuses, et j'aperçus par le hublot un pic rocheux assez impressionnant, un immense ensemble de structures industrielles greffées autour d'un gigantesque trou béant. Notre train arriva dans une vaste gare, au milieu d'autres lignes charriant hommes, matériel et minerai prêt à être exploité.
Nous suivîmes le flot de travailleurs, Hivar tentant de nous ouvrir une voie décente au milieu de la foule, moi sursautant comme un enfant à chaque fois que l'un d'eux me frôlait.
Nous débouchâmes sur l'immense quai pour nous retrouver assaillis par une atmosphère étouffante, faite de poussière, de sueur et de vapeurs chimiques, une véritable marée humaine circulant dans l'endroit, charriant son lot d'ouvrier sur le départ, gris de poussière, aux cernes aussi noirs que le cosmos, ceux prenant leur relève, frais et dispos, des légions de serviteurs à la musculature génétiquement sur-développée, soulevant d'énormes containers de matières premières, et quelques contremaitres circulant au milieu de ces cohortes de mineurs, beuglant des ordres qu'on ne pouvait entendre, tant le vacarme était assourdissant.
Hivar et moi tentâmes de nous frayer un chemin en jouant des épaules et des coudes pour trouver notre chemin vers un endroit plus calme.
Nous nous heurtâmes soudain avec un vigile possédant le même charme qu'un Ork ivre mort, montagne de chair replète dégageant une odeur de transpiration écœurante, ses petits yeux porcins nous lançant des éclairs. Il hurla ce qui ressemblait à une question aux oreilles d'Hivar pour se faire entendre, lequel produisit une petite carte d'identification en plastek qu'on lui avait remise à notre gare de départ. De toute évidence, le tas de chairs n'appréciait pas de voir des civils pénétrer sur son territoire, les mines uniquement accessibles aux travailleurs qui y étaient rattachés. En lisant la carte que lui brandissait mon guide, il hocha la tête dans une cascade de plis grassouillets et indiqua de le suivre. Il nous ouvrit le chemin à sa manière, brutalement, bousculant quiconque était assez stupide pour se mettre en travers de son chemin, vociférant des choses incompréhensibles, visiblement au comble du bonheur de jouer le rôle de brise glace pour des invités de marque.
Il nous emmena devant une grosse porte blindée et salua Hivar par une tentative pathétique du signe de l'aquila, ses doigts boudinés faisant ressembler le glorieux aigle bicéphale à un chapelet de saucisses boursoufflées. Hivar lui rendit son salut, et je me contenta de hocher timidement du chef, ce qui sembla convenir à la montagne de chair, qui se mit à rire grassement avant de retourner vaquer à ses occupations de brute.
Hivar me fit signe de le suivre et nous passâmes la lourde porte après qu'il eut entré un code sur un petit boitier de cuivre pour déboucher sur des escaliers s'élevant dans le complexe. Le brouhaha des quais disparut en même temps que la fermeture du sas hermétique, et nous grimpâmes, Hivar en profitant pour me donner un rapide aperçu de l'organisation de la mine.
Il m'expliqua comment les excavations plongeaient profondément dans la montagne pour extraire de riches gisements de minerais divers découverts six ans auparavant par une guilde d'explorateurs, le complexe s'étant rapidement bâti autour, sur plusieurs étages, allant de la récupération de minerais bruts au raffinage en passant par l'étude scientifique. La guilde Böjnr fit appel à l'expertise du Clan Völund pour établir les installations adéquates et débuta les travaux de mine un an après la découverte de plusieurs gisements intéressants pour le Comté, du métal ordinaire aux cristaux précieux, le Jarl ayant rapidement établi un intéressant contrat avec des libres marchands du coin et des représentants de la Main Noire. Bien évidemment, cela ne valait pas une fortune, mais c'était suffisant pour s’acquitter de la dime imposée. Hivar nous menait à présent vers le sixième des onze étages du complexe, là où se trouvait le département d'un de ses vieux amis, qu'il comptait rencontrer afin d'orienter ses recherches. Lorsque nous passâmes près du niveau trois, le niveau de sélection des métaux rares et de leur traitement, il ne manqua pas de m'indiquer que c'était là que travaillait sa sœur.
Arrivés au sixième niveau, nous primes un long corridor d'accès au bout duquel se trouvait une autre de ces lourdes portes blindées, devant laquelle était posté un garde appartenant au Clan Völund. Il portait une armure segmentée d'un rouge carmin, par dessus un treillis d'un brun de sang caillé. Le blason de son Clan était finement gravé sur son plastron et il tenait dans ses mains gantées de noir une carabine laser estampillée de l'aigle impériale, ne laissant aucun doute sur le fait que c'était le Departmento Munitorum qui fournissait cette milice en armes. J'appris plus tard que c'était bien plus qu'une milice, et qu'il existait en réalité une quinzaine de régiments de ce Clan, rattaché à la Garde Impériale, ce qui expliquait l'implication du Munitorum. Le garde au visage blafard encombré d'implants bioniques nous ordonna de nous arrêter, l'accès étant interdit au personnel non autorisé. Hivar usa à nouveau de sa carte d'identification, et le Garde hocha la tête avant de cracher un flot de langage binaire alors qu'il demandait, supposé-je, confirmation à ses supérieurs. Il émit un clic mécanique et nous ouvrit la porte.
Nous arrivâmes dans une salle assez grande et à l'air frais, dans laquelle s'alignaient des rangées de bureau sur lesquels s'affairaient un personnel en uniforme aux couleurs du Clan, certains arborant également le blason de la guilde propriétaire de la mine, d'autres des écussons de l'Administratum ou de Mars.
Hivar me demanda de l'attendre le temps qu'il aille rencontrer son ami, ce qui me déplus fortement, me retrouvant seul dans un univers inconnu.
-J'apprécie moyennement votre définition de "surveiller mes arrières", mon garçon... lui fis-je remarquer.
-Du calme mon père, vous êtes en territoire hautement surveillé. Il n'y a rien à craindre ici. Je vous laisse observer les alentours pendant que je vais trouver Julmbarl.
Il partit sans en dire plus, pour aller trouver un homme dans la cinquantaine, aux cheveux poivre et sel et aux yeux d'un bleu d'acier, qui le gratifia d'une chaleureuse accolade en le reconnaissant avant de lui parler en langue futhark, l'entrainant à part pour qu'ils puissent discuter à leur aise.
J'inspirai un grand coup pour évacuer la tension, me retrouvant livré à moi même, et commença à faire le tour des bureaux pour observer la teneur du travail des employés, mon serviteur sur mes talons enregistrant tout ce qu'il pouvait à l'aide de ses implants oculaires.
Croisant foule de serviteurs frêles chargés de paperasse et quelques superviseurs m'adressant des regards surpris et soupçonneux, je promenais mon regard un peu partout, mains dans le dos. C'était une véritable armée d'archivistes qui se trouvait là, et qui aurait ridiculisé par sa rigueur le département Historica de Fortis Hexx, classant, analysant, rédigeant une ribambelle de rapports, de comptes rendus d'analyses, et autres documents répertoriant chaque seconde de l'activité des mines.
Je m’arrêta un moment à un bureau pour observer son occupant plongé dans la classification d'échantillons de roches analysées, le bougre tellement plongé dans son travail qu'il ne me remarqua même pas, quand une voix grinçante et mécanique éclata juste derrière mon dos, me faisant faire un bond à m'en ouvrir le crane au plafond, mon cœur me jaillissant de la poitrine en me faisant échapper un cri strident. Je me retourna avec la vivacité de l'homme sur le point de se faire occire par une main traitresse, mes mains levées en une garde pitoyable, pour me trouver face à un adepte du Mechanicum, encapuchonné de rouge, des grappes de câbles et de tuyauteries indéfinissables se déversant de ses robes amples, trois globes verdâtres luisant sous sa capuche. L’être leva deux mains pour m'apaiser, son émetteur vocal émettant un clic avant de laisser échapper une voix métallique et d'une monotonie insupportable.
-Protocole d'excuses engagé. Pardonnez moi, clerc Nevenski. Je ne voulais pas vous effrayer en venant à vous.
-Voilà qui est loin d’être un succès. lâchai-je d'une voix tremblante en relâchant ma garde ridicule, le ventre tordu d'angoisse, une sueur glacée perlant à mon front.
-Présentation. Je suis l'adepte Kaero Iliock, émissaire du Mechanicum de Mars auprès de la mission Imperator Lux - tiret - Yggdrasil. Salutation. Ravi de vous rencontrer, clerc Nevenski.
-C'est un plaisir, adepte. Vraiment. mentis-je, encore sous le coup de l'émotion. Je ne m'attendais pas à vous trouver ici.
-Clarification. L'un de mes objectifs enregistré est d'analyser et juger du bon fonctionnement des machines et de la bonne conformation de leurs esprits en Yggdrasil, conformément l'ordre numéro six-trois-sigma-onze implanté dans ma mémoire. Rapport. Je dois dire que je suis plutôt surpris et satisfait de constater que mes confrères martiens et leurs serviteurs du Clan Völund entretiennent les installations mécaniques à merveille. Question. Qu'en est il de vous, clerc Nevenski? Votre intérêt pour les mines de Vjorheim fait partie de vos protocoles de mission?
-Non, pas nécessairement. Je viens ici plus par curiosité qu'autre chose. mentis-je, préférant ne pas mentionner les sécessionnistes et la sœur d'Hivar. Je n'ai pas de ... "protocoles" bien définis, à vrai dire.
-Citation. Kristophus Nevenski, agent Imperator Lux, classification primaire. Observation. Il est vrai que votre statut vous accorde bien des libertés. Cela doit parfois être difficile d'orienter votre travail. Question. Je suppose qu'en tant qu'historien-anthropologue qualifié votre travail principal consiste à dresser un portrait complet du peuple Futhark? Ou est-ce votre statut de prêtre qui prime?
-Les deux je suppose. répondis-je, réalisant que je n'en savais trop rien.
Ma présence avait pourtant un but premier, que ce soit celui de fournir Seculos et ses supérieurs en informations compromettantes qui leur permettraient d'accuser l'Ordre d'hérésie, ou celui de monter un rapport à l'attention du seigneur Heiklimer afin qu'il puisse statuer lui même si oui ou non l'Ordre de l'Epée devait être condamner. La question du magos venait au final de me révéler que j'avais emprunté une troisième voie, poussé par ma curiosité, et me démarquait de plus en plus de ma fonction première. Après tout, j'avais promis à un autochtone de l'aider à résoudre une situation de crise et de la camoufler au lieu, comme l'exigerait ma position originale, de le reporter, à Seculos ou Heiklimer. Bien entendu il était tout à fait concevable de jouer le jeu pour dévoiler une situation d'insurrection imputable à tout un peuple, et s'infiltrer en cela au sein de la population visée. Mais ce n'était pas du tout ce qu'il s'était passé entre Hivar et moi. Ma promesse de l'aider avait été sincère, immédiate et sans arrières pensées. Je ne voulais pas confondre son peuple en l'utilisant comme outil de travail pour mettre à jour un abominable foyer de traîtres. Je voulais vraiment l'aider.
-Question. Vous paraissez hésitant. Quelque chose ne va pas?
La voix inhumaine d'Iliock me fit sortir de mes pensées, et je m'empressais de secouer la tête pour lui répondre.
-Non, adepte, tout va bien. dis-je. Je réfléchissais juste à votre question qui, aussi simple puisse-t-elle paraître, n'en est pas moins pertinente.
Le magos hocha sa tête rongée par les implants, m’encourageant à poursuivre.
-Ma mission dans les grandes lignes consiste à placer un regard informel sur ce peuple qui intéresse le seigneur Heiklimer, de façon à ce qu'il puisse avoir un regard neutre pour statuer si les Futharks se sont rendus ou non coupables de déviance. J'imagine en ce sens que mes deux fonctions sont requises pour répondre à sa demande.
-Question. Et quelles sont vos conclusions?
-Pour reprendre un vieux proverbe terran, il faut se méfier de l'eau qui dort, adepte Iliock. répondis-je avec sincérité. Je pense que beaucoup se trompent au sujet des Futahrks, peut être même au sujet de leur implication au sein de l'Ordre de l'Epée. Jusqu'ici j'ai vu un peuple dévot et sincère, même si il est à noter quelques déviances mineures, mais de celles qu'on retrouve dans toute civilisation.
-Confirmation. Je suis d'accord avec vous, clerc Nevenski. Clarification. Leur loyauté semble honnête, et leur respect de l'Omnimessie est assuré. Remarque. J'ai pu cependant noter quelques opinions discutables, en particulier en ce qui concerne l'autorité de vos seigneurs de Terra. Hypothèse. Je pense que ce peuple présente un ensemble de loyaux sujets, mais qu'il peut y avoir parmi eux une souche malvenue de pensées proscrites.
L'adepte fit une petite pause pour regarder autour de lui, avant de se pencher vers moi, son émetteur vocal diminuant brusquement en volume, réduisant sa voix monotone à ce qui pourrait ressembler à un murmure.
-Spéculation. Bien que ce ne soit pas dans mes protocoles de relever ce genre de propos, je n'ai pu laisser échapper certaines conversations tenant des propos à caractère clairement rebelle. Je pense qu'il existe un certain degré, sinon un certain groupe, qui aspire à prendre les armes contre l'Imperium.
-Vous voulez dire...
-Confirmation. Je pense qu'une insurrection est en préparation.
J'étais sur le point de répondre au magos quand une main se posa sur mon bras, me faisant faire un bond.
-Par l'Empereur miséricordieux! m’écriai-je, furieux et le cœur battant, en reconnaissant Hivar. Est-ce une habitude sur ce monde de vouloir infliger des crises cardiaques à tout le monde?
-Mes excuses, mon père. fit semblant de s'excuser Hivar. Si vous avez fini avec votre ami, nous pouvons y aller.
Son regard sérieux suffit à lui seul à laisser passer l'incident pour prendre congé du magos. Je lui adressa un salut de l'aquila respectueux, auquel il répondit par le symbole de l'engrenage.
-Invitation. Si vous souhaiter reparler de notre mission durant mon cycle d'activité, sachez que je resterai ici encore trois journées standards avant de partir pour Valhall. Salutations. Ce fut un plaisir, clerc Nevenski.
Je hocha la tête en remerciements puis suivit Hivar qui quittait déjà prestement la salle.
Arrivés dans la cage d'escalier, il me prit à part pour m'entretenir de ses découvertes.
-Julmbarl est au courant pour ma sœur. dit-il gravement. Il n'a rien dit, mais d'après lui, ils sont une bonne centaine au sein des mines à se regrouper pour comploter. Ce sont les protestations incessantes d'Eyla qui lui ont mis la puce à l'oreille, et il a pu l'approcher avec suffisamment de subtilité pour en savoir davantage.
Il fit une pause, avec un petit sourire en coin, malgré la gravité de la situation. Je le pressa de continuer d'un regard impatient.
-Vous n'avez plus à faire l'appât, mon père. dit-il. Julmbarl nous a trouvé un moyen de rentrer au sein même du groupe sans nous faire repérer.
-Voilà une chose bien belle et intéressante, mais à moins que votre ami soit sorcier, ce qui en ces temps ne serait pas vraiment un bon point pour vous, soit dit en passant, je vois mal comment nous pourrions passer inaperçu alors que tous connaissent nos visages... Surtout le mien!
-C'est pour cela que nous allons aller aux quartiers de transition des mineurs. Eyla a eu l'imprudence de vouloir rallier Julmbarl à leur cause, mais le vieux bougre est bien trop loyal au Trône pour se laisser si facilement avoir. Il a feint d'accepter afin de savoir s'il s'agissait d'un simple caprice d'adolescente ou d'un véritable complot. Comme c'est un ami de la famille, son but était avant tout de me prévenir. Il a beau être loyal, jamais il ne vendrait un Futhark aux autorités de l'Imperium sauf dans un cas extrême.
-Si vous considérez qu'une rébellion fomentée contre l'Imperium et l'Empereur n'est pas un cas extrême, je vous en prie épargnez moi la description de ce que vous considérez comme un "cas extrême", mon garçon.
-Cessez de m'interrompre sans arrêt pour râler ainsi, mon père! Par le Trône, vous êtes vraiment pire que Hjangar quand on lui refuse quelque chose. Comme je vous le disais, Julmbarl a été approché par Eyla, et lui a fait croire qu'il était prêt à rejoindre les comploteurs. Ma sœur l'a convié à l'un de leurs grands regroupements, profondément dans les mines, et c'est là que nous avons notre occasion de les infiltrer assez pour savoir ce qu'il en est.
-En nous jetant dans la gueule du loup au milieu de nulle part? Mais vous avez décidément perdu la tête!
-Dans les profondeurs de la mine, mon père. insista Hivar. Le port des combinaisons de sûreté est obligatoire, car ces endroits sont bien trop nocifs. Julmbarl a du enfiler une combinaison intégrale pour pouvoir s'y rendre, et m'a affirmé que la prochaine réunion de masse se tiendrait dans le même lieu. Dans ces combinaisons, nous serons totalement anonymes, et au centre de l'ouragan. Le meilleur moyen de savoir comment mettre fin à ce cauchemar.
L'argument toucha, su moins en partie, car je n'étais toujours pas rassuré au point de vouloir aller chercher un si proche contact avec des hérétiques. Malgré tout, mon jeune guide avait raison. C'était la solution la plus simple et la plus rapide pour pouvoir enraciner la propagation des idées des rebelles.
Je capitula donc devant son idée malsaine.
-Très bien, mon garçon. Je suis d'accord. Mais je ne suis pas rassuré pour autant!
-N'ayez crainte mon père, nous aurons le temps de nous préparer. Julmbarl va nous rejoindre en fin de matinée pour nous emmener au nid de vipères. Bien entendu, votre serviteur devra rester en surface.
-Les gens remarqueront notre absence...
-C'est juste. J'en parlerai avec Julmbarl, nous trouverons une solution pour simuler notre départ et cacher votre serviteur.
N'ayant aucune envie pour le moment d'en savoir plus sur ce plan aussi fou que suicidaire, je haussa les épaules avec un grognement.
-Combien de temps nous reste-t-il? demandé-je.
-Trois heures avant la fin du service du matin. répondit Hivar en consultant son chron.
-Alors dans ce cas allons manger. Cette folle entreprise dans laquelle nous nous engageons m'a creusé l'estomac autant que mon esprit.
Hivar acquiesça, lui même visiblement en proie à une faim naissante.
-Et par pitié! rajouté-je. Si nous devons aller à notre mort, trouvez nous de quoi faire un repas convenable si il doit être notre dernier. réclamé-je sombrement.


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Message par BlooDrunk Sam 23 Mar 2013 - 13:34

Tu est vraiment très productif Turielo! bravo

Faudrait que je me prenne le temps de lire tous tes textes à l'occasion... Smile


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Message par Turielo Sam 23 Mar 2013 - 21:02

merci frère World Eater! hâte de lire ce que tu en penseras! thanks


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Message par Turielo Sam 30 Mar 2013 - 13:27

La suite du samedi!
bon week end à tous, et joyeuses pâques (en boucherie, ma seconde période "préférée" (grrr...) après Noël! *fatigue*)

***

L'heure de la rencontre approcha très vite, et nous miment notre plan à exécution. Réclamer un bon repas avait été un peu trop demander, car ce que nous mangeâmes à l'une des cantines des ouvriers était tout simplement infect! Mais les pauvres bougres qui s'échinaient là dessous devaient pas mal s'en ficher, trop écrasés qu'ils devaient être par leur travail pour se préoccuper de savoir ce que leur estomac pouvait bien digérer ou non.
Notre "départ" fut finalement chose aisée, deux amis de Julmbarl s'étant proposés pour revêtir nos apparats et quitter la mine sous escorte avec mon serviteur. Le camarade d'Hivar nous avait assuré que nous retrouverions le tout bien rangé chez Jorval lorsque nous repartirions.
Passé le moment de changement des équipes, Julmbarl nous entraîna vers un des vestiaires des équipes d'excavation en profondeur, et nous apporta nos tenues d'espions improvisés, deux scaphandres miniers, massifs et hideux, couverts de résidus de poussière de roche et à la visière teintée. Hivar avait raison, nous étions méconnaissables après les avoir enfilées. Totalement anonymes. Grand bien nous fasse! Si je devais mourir, je préférais mourir dans une tenue plus en adéquation avec ma fonction, plutôt que dans une combinaison laide et inconfortable comme celles ci.
La sirène hurla pour débuter le nouveau cycle de travail, et nous descendîmes dans la mine au milieu des ouvriers, tous portant les mêmes équipements que nous, une cohorte de mineurs au visage caché sous un épais casque protecteur vissé sur un scaphandre de tissu matelassé et de plaques de métal d'un autre âge. Chacun d'entre nous avait reçu un piolet pneumatique et un sac contenant d'autres outils de finition.
Il régnait une chaleur infernale à l'intérieur de cette maudite combinaison, et je mis un moment à me faire à la visibilité réduite imposée par la visière, tout en me contorsionnant pour enlever ces vilaines pailles qui gigotaient devant ma bouche.
-Mais par les flammes du Warp, qu'est ce que c'est que ces fichus bidules! grogné-je en me secouant pour les sortir de devant mon visage.
-Quoi, les tubes? demanda Julmbarl, sa voix passant dans mes écouteurs toute déformée et grésillante. Ce sont les tubes d'approvisionnement. Nourriture lyophilisée et eau recyclée. Croyez moi, là dessous vous allez vite avoir soif.
-De l'eau? Quelle eau? demandé-je. Je n'ai même pas un minuscule réservoir sur cette horreur. Il y a des points de ravitaillement en bas?
Un babillage affreux me vrilla les tympans, et je mis un temps pour comprendre que le bougre riait sous son casque.
-Non, Ùtlendr, mais vous avez, comme tout le monde, des besoins naturels qui se révèleront fort bienvenu si vous avez soif!
-Quoi? m'étranlgé-je. Vous voulez qu'il faut que... Non, non! Ne dites rien, je ne veux pas savoir!
La seule idée de devoir boire ma propre urine recyclée m'avais alors retourné l'estomac et je refusa d'en connaître les détails. Mes oreillettes m'agressèrent à nouveau d'une combinaison des rires de Julmbarl et d'Hivar, et je préféra triturer mon gantelet pour couper la fréquence, m'épargnant leur moqueries, et les empêchant également d'entendre toutes sortes de malédictions grommelées à leur encontre.
Nous grimpâmes à bord d'un monte charge tanguant horriblement, et pas moins d'une vingtaine d'ouvriers s'y entassèrent avec nous, alors que j'étais prêt à jurer qu'il n'y avait suffisamment de place que pour dix à peine. Des grésillements s'élevaient, et je réalisa que c'étaient les communications entre ouvriers que je percevais. Par peur d'éveiller les soupçons en gardant le silence, je bascula discrètement mon unité vox sur le canal général, pour me retrouver assailli de bavardages nasillards, horriblement transmis par les oreillettes de mauvaise qualité.
Un des ouvriers à mes côtés tourna son casque vers moi en me donnant une tape sur l'épaule. Sans doute le geste se voulait-il amical, mais pour moi c'était une agression pure et simple.
-Alors l'ami! m'interpella le grotesque individu. T'crois qu'tu vas choper beaucoup d'gemmes, là en bas?
-Pardon? émis-je en tentant de frotter mon épaule engourdie par son "geste de camaraderie".
-J'te d'mande si tu vas récolter du pactole, le sourd! réitéra l'ouvrier, d'une voix de grosse brute sans cervelle, ce qu'il était fort probablement d'ailleurs. Moi j'compte bien m'en mettre plein les fouilles, mon gars! J'vais t'choper un gros filon et personne d'aut' pourra s'en approcher, s'ra que pour moi! Ca c'est sûr, mon gars! Le premier pignouf qui se pointe, bang! J'l'y colle un coup d'marteau dans la gueule! Aujourd'hui, que les ancêtres veillent sur moi, j'srais riche! Ouaip, gars! Jolski va se faire une bonne journée!
-Qui? demandé-je sans trop savoir pourquoi.
-Moi! beugla l'homme, sa réponse ressemblant plus au meuglement s'un bovin ivre qu'à une voix humaine. Eh dis l'andouille, t'es sous falshik, ou tu comprends que mot de c'que j'te bave? C'est d'moi que j'parle! J'm'appele Jolski, Jolski Gjalson, de c'village des montagnes, que j'sais pas si tu l'connais! Joasklva qu'il s'appelle! Tu connais ou quoi?
-Euh... Oui, oui bien sûr! mentis-je pour sauver l'apparence. Un ami... Un pote à moi qu'il est déjà allé là bas! Hum... Ouaip... gars!
J'avais pathétiquement forcé ma voix afin de sonner comme mon interlocuteur, et rien qu'à m'entendre parler, j'avais l'envie de me donner une sacré suite de gifles, ayant en horreur le mensonge, et plus encore de me ridiculiser. Mais je ne tenais pas à ce qu'un seul d'entre eux ne découvre le pot aux roses. D'ailleurs, peut être certains parmi eux faisaient partie des hérétiques que nous traquions...
-Ah ouais? continua l'autre, sans vouloir me laisser tranquille. J'connais pas mal de monde là bas, comment y s'appelait ton gars?
La peste soit de balourd curieux! Je gambergea à toute vitesse pour trouver une parade, et dit le premier nom qui me passa par la tête.
-Joric... Joric Teütoson. répondis-je, une sueur glacée me coulant dans le dos. "Teütoson"... Quel imbécile je faisais! Employer ainsi le nom de mon monde natal était le subterfuge le plus désastreux de tout les temps...
-Drôle de nom qu'il porte ton copain... fit le mineur. Ca me dit rien...
-Eh, mon gars, laisse notre camarade respirer un peu, c'est son premier jour! intervint une nouvelle voix grésillante, que je reconnus avec peine comme étant celle d'Hivar.
-J'me disais aussi! se gaussa l'autre. l'est pas causant l'gaillard! T'en fait pas la bleusaille, c'est un boulot de grot, mais ça paye bien, tu verras!
Il me claqua de nouveau l'épaule, me donnant l'impression de me la déboîter, et après un rire gras daigna enfin me laisser en paix. Je bascula discrètement sur la fréquence privée que nous avions instaurée entre nous trois, soulagé par l'intervention de mon guide.
-Merci, mon garçon. soufflai-je. Vous m'avez été d'un grand secours.
-J'ai pu voir ça, oui... maugréa-t-il. Tenez vous donc tranquille, mon père, ou nous allons être repérés.
-De quoi diable me tenez vous pour responsable? C'est cette brute épaisse qui s'est adressée à moi! Qu'étais-je sensé faire? Jouer le muet?
-Ce serait un bon début, oui. me rétorqua Hivar avec virulence. A moins que vous ne souhaitiez vraiement finir découpé en petits morceaux...
Il fut probablement surpris de l'insulte que je lui renvoya dans un accès de colère, car il coupa nette la communication. Je resta un moment, communicateur débranché, à grommeler toute sorte de malédictions, stressé au plus haut point par notre folle entreprise, tandis que la plate forme descendait inexorablement vers les entrailles profondes d'Àsgard.
Il y eu quelques soubresauts, et Hivar me tapota l'épaule pour m'indiquer de suivre la masse d'ouvriers sortant vers un périmètre de transition. Des jets de vapeur nous passaient dessus, sans doute une sorte de décontamination, et nous pénétrâmes dans la mine proprement dite, un labyrinthe de galeries creusées dans la roche et parcourues de grappes de câbles, comme une mauvaise végétation, et d'une suite de lumiglobes encrassés qui pendouillaient au bout de chaines rouillées.
Lorsque je ralluma mon communicateur, mes oreilles furent pratiquement pulvérisées par le fracas assourdissant que produisaient machines et hommes travaillant la roche à la recherche d'un filon ou de quelques cailloux précieux.
Julmbarl me tira par la manche pour m'amener à les suivre, et nous empruntâmes un couloir étroit, devant nous écarter par moments alors qu'un wagonnet bourré de roche extraite passait à toute allure sur le rail central.
-On va devoir pas mal bifurquer pour rejoindre la partie abandonnée de cette section, ne me perdez pas de vue. hurla Julmbarl dans son vox pour se faire entendre, malgré la prétendue étanchéité de nos combinaisons.
Consultant la plaque de données vissée à mon avant bras droit, je lu avec stupeur combien la température était infernale ici bas, l'air complètement saturé de poussières et de gaz toxiques échappés des points de forage. Ces combinaisons avaient du bon, finalement. Elles étaient juste vieilles et usées, mais parfaitement fonctionnelles.
Jouant des coudes et des bras au milieu de la marée d'ouvriers, nous nous frayames un chemin avec difficulté jusqu'au point de sortie recherché par notre guide, passant aux côtés de machines titanesque constamment entourées d'un flot d'adeptes de Mars marmonant leurs litanies afin de s'assurer la pleine coopération de l'esprit de la machine, tandis que peinaient aux alentours des mineurs en scaphandres ou des serviteurs lobotomisés, leur chair malade et fletrie et leurs éléments mécaniques corrodés par les émanations de gaz, bien qu'ils n'aient aucune conscience de leur calvaire, plongés dans leur tâche, les yeux hagards sinon rongés depuis longtemps, et ce qui restait de leur cerveau programmé pour ne jamais s'arrêter. Des chariots entiers de matière extraite de là roche passaient bruyamment sur le rail central, et les contemaîtres, mains dans le dos ou triturant leur fouet, passaient parmi les travailleurs en beuglant des ordres et des encouragements.
Julmbarl nous engagea dans un boyau délaissé, perpendiculaire au nôtre, et fermé à la hâte de quelques planches de bois vermoulu qu'il dégagea sans peine.
L'intérieur de cette galerie épuisée avait été dépouillé de toute autres installations, et en l'absence de lumiglobes nous dûmes user de nos lampes torches pour avancer, un faisceau jaunatre et clignotant lancé devant nous, exposant des reliefs ravagés par une intense exploitation, des pans entiers de roche arrachés de la montagne tel un morceau de chair arraché d'un cadavre par un quelconque prédateur.
Le sol accidenté était très difficilement praticable, et je failli tomber plus d'une fois si Hivar n'avait pas été derrière moi pour veiller.
Malgré nos torches à la lueur maladive, l'obscurité était aussi oppressante que si on nous avait jeté un rideau de plomb sur les épaules. Je fis taire ma claustrophobie naissante en murmurant quelques prières, mon regard braqué au sol pour éviter de glisser, me gardant bien de fixer les ténèbres comme si j'avais peur qu'elles m'engloutissent, le bruit saccadé de mon réspirateur comme seul compagnon.
Petit à petit nous nous eloignames considérablement du reste de la mine active, évoluant dans un décor sinistre au fur et à mesure que nous nous enfoncions plus loin dans les tréfonds de la partie désaffectée de l'exploitation minière.
Par moments, il nous arrivait de croiser les vestiges d'une vieille installation noyée sous des éboulis de roche morcelée, ou les ruines d'un antique appareil de forage rongé par la rouille et le temps, laissé à l'endroit même où son esprit était mort, l'érosion de la roche se chargeant au fil des âges de lui offrir une sépulture.
À plusieurs reprises, nous dûmes bifurquer ou user de ruse pour passer de profonds puits plongeant vers le néant, ou pour éviter des jets de vapeurs empoisonnées et bouillantes. Julmbarl s'arrêta quelques fois pour consulter ce qui ressemblait à une carte grifonnée à la va vite, avant de nous indiquer d'un geste de la main le chemin à emprunter.
Après ce qui me sembla être une éternité nous debouchames sur un nouveau puit plongeant vers l'obscurité, un vieille ascenseur couvert de rouille encore en place et descendant vers les entrailles de la montagne.
Julmbarl prit les devants en montant sur la plate forme gondolée et fissurée, qui rendit un gémissement de damné. Hivar me dépassa pour s'y rendre aussi, et je ne pu retenir ma terreur soudaine devant ce qui se tramait, l'émetteur vox crachotant de ma combinaison venant briser un silence installé depuis des décennies.
-Vous n'espérez tout de même que je grimpe là dessus? glapis-je. Vous avez vu l'état de cette chose?
-C'est pourtant le seul moyen qui existe encore pour rejoindre les basses mines, mon père. fit Julmbarl en m'indiquant de venir. N'ayez crainte, les conspirateurs l'utilisent régulièrement. Son état n'est qu'un leurre, il est parfaitement fonctionnel.
-Empereur Tout Puissant! Mais vous entendez comment il grince horriblement? Il ne demande qu'à tomber vers une mort dont je me passerai volontiers!
-Kristophus, je vous assure que c'est sûr. intervint Hivar. Allons venez, Julmbarl ne nous mettrai pas en danger, croyez moi.
-Par tout les saints, non mon garçon! m'écrié-je. Cette machinerie est foutue, voyons! Regardez la! Et puis... Et puis de toute façon je suis trop gros, voilà! Si je monte il est sûr que tout se cassera la figure, et je vous laisse imaginer ce qui adviendra de là notre alors!
Le rire gras de Julmbarl me répondit lorsqu'il craqua dans mes écouteurs comme tu papier qu'on froisse avec un gantelet énergétique.
-Vous avez raison Ùtlendr! Vous ne pourrez jamais monter là dessus. Très bien Hivar et moi y allons, rentrez donc vous mettre à l'abri. Oh, vous vous rappelez le chemin du retour, n'est ce pas?
Un silence passa, aussi lourd que ma peur. Puis, je lâcha un profond soupir dans lequel j'essaya de placer un maximum de prières de protection et vint les rejoindre, en ajoutant mes gémissements à ceux de l'ascenseur branlant à chaque fois que l'un d'eux se manifestait.
Arrivé auprès des deux Futharks, je me cramponna au garde fou, tout tremblant.
-Vous voyez mon père, il a encore du cran ce petit. se moqua Julmbarl en tapotant vivement là rambarde de l'ascenseur agonisant.
-Puissent les vautours du Warp vous bouffer les entrailles si nous tombons! lâché-je hors de moi, d'une voix brisée par la terreur.
Le mineur secoua la tête et actionna brutalement le levier de descente, la plateforme commençant une descente cahoteuse après avoir vivement protesté, tandis que je produisit les plus infâmes geignements, entremêlés de jurons et autres malédictions.
-Je préférais quand même quand vous coupiez la communication pour nous insulter, mon père... émit Hivar d'un ton trop condescendant à mon goût.
Mais j'eus effectivement la décence de couper la fréquence, leur épargnant sans doute les pires quolibets que mon imagination frustrée put leur trouver.
L'horrible descente sembla durer une éternité durant laquelle je nous vis bien trop de fois tomber vers une mort affreuse. Finalement, un dernier cahot suivit d'un grincement semblable au cri d'un grox qu'on égorge, et l'infernale machine s'arrêta.
Julmbarl ne nous attendit pas et s'engagea dans un boyau adjacent, dont le sol fut autrefois recouvert d'un dallage d'acier que de gros gravats étaient depuis venus recouvrir. Hivar frotta une plaque vissée à proximité de l'ascenseur avant de se tourner vers moi.
-Nous sommes parvenus au niveau des premières galeries qui ont été percées dans la montagne.
Il me montra un chemin obscur qui avait été obstrué par un éboulement.
-Si ce passage avait été dégagé, nous aurions pu déboucher sur la vieille mine, dont l'ouverture se trouve à peine un demi kilomètre plus bas que l'actuelle. Les premiers mineurs de cette exploitation avaient entamé la montagne à sa base, non loin de la source de Livaika, qui fourni le village du coin en eau. Quand le vieux Böjnr, encore un jeune freluquet à l'époque, à acheté l'exploitation, il a fait fermer la vieille mine pour s'atteler à la construction de l'autre. On ignore depuis combien de temps les premiers mineurs ont foré la montagne, mais Böjnr était intéressé par l'argent, et donc une grande rapidité de production. Les filons étaient détectés comme beaucoup plus importants dans l'Escarpement de l'Aigle, et il y a installé sa première mine. J'imagine qu'il a eu raison, étant donné la taille qu'a prit son bébé depuis. Mais je me demande ce qu'il a bien pu laisser dans la vieille mine...
Julmbarl était revenu sur ses pas et posa fermement une main sur l'épaule d'Hivar, son casque teinté nous cachant sûrement un regard colérique.
-Je suis sûr que l'Ùtlendr est très friand de visites touristiques, mais là n'est pas l'endroit pour les faire!
Il nous fit signe de se remettre en route d'un geste agacé de la main, et nous empruntâmes le boyau au sol d'acier.
Au bout de quelques instant, les ténèbres laissèrent place à une faible lueur de feu, des petites grappes de lumiglobes sales pendant aux parois, projetant une lumière clignotante d'un jaune vif, et révélant à peine une partie de la vieille qui apparaissait avoir été sommairement étançonnée et renforcée.
Des tas de débris avaient été poussés sur le côtés, et le dallage d'acier apparaissait clairement, sa surface griffée et ternie par des années de passage abondant.
-Il sont là. nous souffla Julmbarl. Ils n'auraient pas laissé les générateurs allumés en cas contraire, cela aurait indubitablement éveillé les soupçons. Cette partie est normalement interdite à quiconque, selon un vieil ordre de la Guilde. Suivez moi.
Mon ventre se crispa, et je fis tout mon possible pour refouler ma peur, revenue au grand galop. Hivar resta derrière moi et notre guide nous ouvrit une voie vers ce qui semblait devenir un espace bien plus vaste.
Les lumiglobes se firent plus nombreux, et bientôt je pus constater que nous arrivions en bordure d'un profond précipice, une ancienne excavation qui avait rongé la montagne jusque loin dans ses entrailles.
De maigres échelles couchées en de fragiles pontons de bois renforcés de fer, qui m'apparurent comme étant bien plus récentes que le reste, descendaient le long des parois forées, et Julmbarl nous en désigna une.
-C'est là. Nous devons descendre plusieurs mesures avant d'atteindre le lieu du rassemblement. Endossez bien vos rôles mes gaillards, et par le Trône, tenez vous tranquilles. Nous serons au beau milieu des comploteurs dans moins de vingt minutes. Je vous suggère de rester au plus près de moi que vous le pourrez.
Hivar et moi hochèrent du chef pour tout réponse. Puis nous suivîmes notre guide sur le ponton tremblotant et qui me semblait affreusement instable. A l'abri derrière mon casque, communications coupées, je ne pus empêcher mes lèvres de réciter toutes les prières de protection et de bénédiction que je connaissais.


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Message par Turielo Mer 15 Mai 2013 - 12:55

Mea culpa, mes frères, voilà donc plus d'un mois que je n'ai pas posté!
Beaucoup de choses m'ont occupé, notamment un travail approfondie sur mes écrits des Chroniques de l'Ordre de l'Epée ainsi que le fanfluff qui gravite autour.
Je réalise maintenant que c'est chose difficile de poster avec régularité comme je le voulais, aussi je vais tâcher de garder la cadence, mais hélas il arrivera que je manque de temps et que le loupe le coche quelques fois...

En attendant, bonne lecture! N'hésitez pas à commenter! Wink

***

Implorant l'Empereur-Dieu de veiller sur moi et m'efforçant de ne pas regarder en contrebas vers le néant, une main agrippée à la corde faisant office de rambarde, je suivais Julmbarl, pas à pas, heureux d'avoir coupé mon émetteur pour ne pas entendre les sinistres craquements du pont que je ressentais au travers de mes bottes. Notre guide avançait avec bien plus d'assurance, et marquait de temps en temps une pause pour porter une main à son oreillette. Il se tourna vers nous au bout d'un moment pour nous dire quelque chose, et je ralluma mon communicateur.
-Damnées radiations! jura-t-il. Pas moyen de détecter d'autres présences.
-C'est à cause d'elles que la vieille mine à été interdite? demandé-je.
-Nul ne le sait vraiment, mais je suppose que c'est pour cette raison, oui. Lorsqu'elle en a donné l'ordre, Maîtresse Asma n'a fourni aucune explication.
-La Borà? le coupa Hivar, l'air surpris. C'est la fille de Böjnr qui a interdit l'accès à la vieille mine?
-Quand elle et son frère Sven ont repris l'entreprise de leur défunt père, oui. confirma Julmbarl. Ce fut même une de ses premières directives en tant que nouvelle directrice des mines. Son frère n'a rien dit pour s'y opposer, au contraire il a fait présenter un dossier sur les radiations de la vieille mine et l'utilité de sa condamnation.
-Pensez vous à quelque chose, mon garçon? demandé-je à Hivar.
-Non. Enfin, pas tout à fait. Je ne suis pas sûr, mais je suspecte depuis quelques temps déjà Asma Böjnr de nous cacher des choses.
-La Borà, une insurgée? Ne sois donc pas ridicule, Hivar! le rabroua Julmbarl en riant. Dame Asma est un citoyenne impériale fidèle au Trône, elle l'a toujours été!
-Et elle est aussi du Clan Freyr, tout comme le Hersar Djorgson, qui ne s'est jamais caché de ses vues séparatistes. le contra Hivar.
-Allons mon vieil ami, voilà bien un rapide parallèle! Crois tu que tous les membres du noble Clan Freyr sont des rebelles?
- Djorgson fait partie du complot, j'en suis certain. Et ces derniers mois, sept séparatistes ont été emprisonnés, et un fut exécuté, tous appartenant au Clan Freyr. Oui, mon ami. Je commence à fortement les soupçonner de contribuer d'une manière ou d'une autre à la rébellion.
-Pourquoi aucune enquête approfondie n'a été ordonnée dans ce cas? demandé-je. Je suis même surpris que après vos dires, votre Hersar ne soit pas déjà enchaîné...
-Les choses sont plus compliquées que cela mon père. La situation est tendue et le Gouvernement tient à faire preuve de prudence. Les séparatistes sont rusés, croyez moi, et nous ne disposons par encore de suffisamment de preuves pour confondre Djorgson et le faire arrêter. Les derniers Freyr mis aux arrêts étaient de trop petits éléments pour permettre de faire chuter les vrais instigateurs, et beaucoup ont gardé le silence, déclarant seulement opérer seuls.
Hivar sembla fixer longuement Julmbarl, pensif, avant de pointer vers leur destination d'un geste de la tête.
-Si Asma fait partie des insurgés et que nous parenons à la faire tomber, alors Djorgson et tout les autres tomberont de concert, comme un château de carte.
-Mais la Borà... Tout de même! insista Julmbarl d'un air désespéré. Ne crois tu pas que dans ta précipitation tu en viens à suspecter n'importe qui?
-Cette rébellion doit cesser, vieux frère. Je ne peux négliger qui ou quoi que ce soit. Et Asma Böjnr en fait partie. Je dois savoir.
-Par les Ancêtres, quel dommage de devoir en arriver là... lâcha Julmbarl dans un souffle. J'espère... Non, je prie pour que tu vienne à changer d'avis sur elle et de reconnaît ton erreur, Hivar.
-Moi aussi, mon ami. répondit le jeune Futhark en posant une main amicale sur l'épaule de notre guide contrarié.
Sans un mot de plus, nous reprîmes notre chemin dans le silence, cette fois je n'accorda plus une pensée aux plaintes torturées du ponton ployant sous notre poids, tout plongé dans mes réflexions que j'étais.
Après quelques minutes de marche tortueuse, nous arrivâmes en vue d'une entrée percée dans la roche épaisse, entourée d'un chapelet de petits lumiglobes scintillants. Même sans être un expert dans le travail de la roche, j'étais persuadé que cette ouverture était bien plus récente que toutes les autres blessures de La vieille mine, et je reconnu aisément les traces d'un forage au laser, la pierre parfaitement lisse sur tout le pourtour de l'accès.
Pas âme qui vive pour garder l'entrée.
Julmbarl s'arrêta à quelques pas de l'entrée du repaire des conspirateurs, et nous fit signe de bloquer notre fréquence privée. Puis il s'adressa à nous sur un ton grave.
-Passé ce point, nous serons dans l'oeil du cyclone. J'espère que vous êtes prêts, il n'y aura pas de place pour l'erreur. Hivar, je te suggère de te faire passer pour un travailleur temporaire, tu en connais suffisamment sur nos coutumes pour passer inaperçu, mais pas assez sur la mine pour prétendre les flouer en te prétendant mineur habituel. Quant à vous Ùtlendr, je vous conseille d'opter pour le silence et de rester muet comme une carpe. Et surtout, qu'aucun de vous deux ne fasse quoi que ce soit de stupide, ou nous sommes tous morts.
Il laissa passer un silence le temps que nous digérions la procédure à adopter. Puis il reprit.
-En temps normal, il n'y a pas de fréquence privée sur nos scaphandres, j'ai fait installer la notre avant que nous ne partions. Inutile de vous dire que certains de ces rebelles pourront éventuellement avoir apporté des détecteurs de transmissions avec eux, ce qui nous empêche d'utiliser autre chose que la fréquence générale pour communiquer. Là encore, je compte sur votre discrétion. Car tout le monde nous entendra parler, et si l'un de vous est assez bête pour le tenter, passer sur la fréquence privée serait comme hurler haut et fort que nous les espionnons.
Hivar opina sans rien dire, et je l'imita aussitôt, ma gorge déjà trop sèche pour me permettre d'émettre un seul son. Ma peur était telle que Julmbarl n'aurait pas à s'inquiéter: une carpe serait probablement plus bruyante que moi en ce moment.
Notre guide parut satisfait, et il nous ouvrit la marche pour pénétrer dans ce nid à vipère que nous avions l'audace de fouler.
Un petit couloir illuminé de lampes d'un âge passé nous conduisit dans une chambre assez moyenne, taillée dans la roche par le même procédé qui avait permis de sculpter l'entrée.
Un lumiglobe plus volumineux était soudé au plafond, diffusant une faible clarté jaune, mais néanmoins assez puissante pour éclairer toute la salle. Dans un coin, une petite estrade avait été produite par un judicieux nivellement de la roche, un écritoire de fer rouillé posé dessus, et une petite porte blindée se trouvant derrière, donnant sûrement sur une autre partie de la vieille mine.
Déjà une petite dizaine de conspirateurs étaient réunis, anonymes derrière le confort hermétique de leurs combinaisons, et attendaient debout, conversant les uns avec les autres au travers de leurs grilles de vocodeur, rendant des voix nasillardes et métalliques.
Julmbarl fit mine d'en saluer quelques uns, puis nous amena près d'une des parois donnant sur le côté droit de l'estrade, mais à l'opposé de l'entrée. Hivar hésita un instant, regardant l'entrée par dessus son épaule, visiblement nerveux à l'idée de s'éloigner de tant de notre unique moyen de sortie. Mais son ami parut deviner ses pensées et secoua simplement la tête, indiquant du doigt un appareil grossier posé à même le sol à côté de l'entrée.
-Brouilleur de transmission. dit il assez bas, sa voix rendue crissante comme du sable à travers sa grille. C'est un ancien modèle, et rester trop près risquerait d'activer nos autres fréquences par erreur.
Hivar lâcha un soupir, transmis comme un sifflement d'ozone par son casque, et secoua la tête et les mains pour signifier nerveusement qu'il avait compris, mais qu'il n'aimait pas ça. Julmbarl se contenta de hausser des épaules puis se tourna à nouveau vers l'estrade, comme attendant que quelqu'un s'y rende. N'ayant rien d'autre à faire, nous nous miment à attendre avec lui.
Pendant ce temps, d'autres arrivèrent, d'abord quelques arrivants solitaires, puis de plus en plus de groupes, de trois à six personnes, et très vite, la petite salle se retrouve encombrée de presque une trentaine de conspirateurs. Sous mon scaphandre, je sue à grosses gouttes sous le coup de la nervosité, et Hivar lui même montre des signes de nervosité, faisant sans cesse gigoter ses doigts, comme pour les dégourdir.
Julmbarl, lui, reste de marbre, et continue patiemment d'attendre en observant l'estrade vide.
Les conversations entre conjurés, bien que tenues à voix basses, ne tardent pas à résonner dans le petit espace comme un bourdonnement désagréable d'abeilles mécaniques, certains d'eux tentant maladroitement de circuler entre leurs confrères, ou restant ostensiblement à l'écart, bras croisés, observant et attendant.
Ayant passé suffisamment de temps auprès d'Hivar pour parfaire les quelques notions que j'avais de la langue futhark, je put comprendre la teneur de certains propos, hormis certains termes spécifiques. Si pour un homme comme moi l'apprentissage de dialectes étrangers est une bonne chose, je regretta instantanément mes heures de travail et d'hypno-apprentissage lorsque je tendis l'oreille à ce que sifflaient ces vipères de traîtres.
L'une des conversations teintées de blasphèmes et de rébellion arrivent jusqu'à mes oreilles, et je ne peut m'empêcher d'y être attentif.
-Ce bâtard de Jarl a doublement trahi son sang, cette fois... grogna le premier. Gendrak était son cousin, par le sang des Ancêtres! Comment a-t-il put lui transpercer le coeur, et cracher sur son honneur en disant que "justice a été faite"?
-Gendrak Sulkison n'est pas mort pour rien. Il vit dans nos coeurs, et son martyr sera longuement célébré après notre victoire. prophétisa un deuxième. Que la Vérité les étouffe tous, ces chiens impériaux! Je jure par mon sang et mon nom que le Jarl et toute sa clique paieront de leur sang!
-Tempère toi, frère. fit un troisième. Patience est de rigueur en ces sombres temps. La colère ne fera que nous mener sur le Rocher, faire face aux tyrans et mourir. Garde ta colère pour le moment de la victoire. Qu'elle leur jaillisse alors au visage, leur brûle les yeux et la langue.
-Oui, ce jour béni, je festoierai sur leurs cadavres. promit le deuxième. J'arracherai leur coeur, broierai leurs enfants et ferai de leurs femmes mes esclaves! Je serai riche et comblé. Mais surtout je serai libre. Et chaque jour je célèbrerai notre victoire sur le Dieu Charogne avec le sang de nos ennemis et de leurs alliés!
Le reste de la discussion ne fut que rires gras, paroles obscènes et promesses lugubres.
A l'écoute de tant de vilenie, je ne parvins pas à retenir un petit gémissement étranglé monter de ma gorge, et qui s'échappa tel le couinement apeuré d'un animal pris au piège. Le seul soutien que put m’apporter Hivar fut tout bonnement de me lancer un discret et méchant coup de pied dans le tibia pour m'intimer l'ordre de demeurer calme. Il peut rendre grâce à nos visières teintées, qui lui épargnèrent de se trouver fusiller par mon regard. Par le Trône, si mes yeux avaient été des armes, le pauvre garçon aurait été réduit en charpie!
Je réprima un grognement de douleur et me baissa discrètement pour masser ma jambre endolorie, sans succès avec ces vilains gants épais et cette combinaison à multiple-couches. Je formulais une nouvelle prière dans ma tête pour en appeler au soutien de l'Empereur-Dieu, lorsqu'un claquement sonore retentit, faisant se redresser tout le monde, et manquant de me faire tomber victime d'une crise cardiaque.
Me relevant nerveusement sous quelques regards intrigués - supposé-je, puisque ces foutues visières rendaient les visages lisses et sans traits - je scruta l'assemblée à la recherche de la source du bruit. Mes yeux se portèrent jusqu'à l'estrade, sur laquelle venaient d'apparaître trois personnages, la lourde porte blindée grande ouverte derrière eux.
Ma gorge se noua d'appréhension lorsque je constata que, en dépit de la dangerosité de l'endroit, l'un d'eux ne portait ni scaphandre, ni casque, et laissa apparaître un visage cadavérique, creusé de rides violacées comme des hématomes fissurés, deux yeux jaunes et brillants d'une lueur qui à elle seule suffisait à me procurer des frissons glacés. Son crâne rasé était plaqué de toutes parts d'éléments biomécaniques, grossiers et visiblement non entretenus, des grappes de câbles enduits d'une substance écoeurante lui tombant sur les épaules comme de rares cheveux malades. Il se tenait courbé, agrippé sur un bâton torsadé et gravé de runes étranges, une robe aux teintes mauves passées lui tenant plus lieu de haillons que d'habits, et une capuche violacée aux liserés verdâtres couvrant à moitié sa tête m'évoquant celle d'un vautour tombé dans les mains d'un mauvais artisan d'automates.
L'homme ne semblait nullement perturbé par la radioactivité ambiante, ni par la chaleur infernale qu'affichait mon écran d'avant bras. Il souriait, affreusement, dévoilant une rangée de chicots pourris. Sinistre individu dont l'aspect de traître lui collait à la peau comme une aura maladive.
Les deux autres portaient des scaphandres de mineurs, l'un des deux relativement ouvragé et neuf, comme n'ayant que peu servi, et visiblement doté de meilleurs dispositifs que les nôtres. Et au vu des courbes de l'armure, cette personne était indubitablement féminine. Je vis du coin de l’œil Hivar se tendre et fixer cette femme.
Cette dernière salua vaguement l'assistance qui lui répondit par un murmure de salutations, puis elle ouvrit les bras et son émetteur transmis sa voix, nette et pure cette fois.
-Frères! Soeurs! Une fois encore nous nous retrouvons ici pour poursuivre notre lutte. déclara-t-elle avec emphase. L'Imperium de l'Empereur Cadavre a une fois encore fait couler le sang de valeureux Futharks. Honorons les ce soir!
Un rugissement de voix déformées par les émetteurs de piètre qualité retentit dans le petit espace, ressemblant alors à un crachat concentré d'interférences radio.
-Néanmoins, de plus en plus voient la Vérité de cette tyrannie qui n'a que trop duré, et nombreux sont ceux qui rejoignent nos rangs. Nos frères de la cellule d'Ilkavjor ont rapporté une victoire la semaine dernière, avec la capture et l'exécution de vingt agents impériaux infiltrés, des traîtres au sang futhark, et la destruction de leur base. Au nom de tous les Vrais Futharks, nous les remercions!
Un nouveau rugissement grésillant me secoua les tympans.
-Bientôt, ce sera notre tour de répondre aux attentes de l'Adeinsköng, le Vrai Roi! Il est tant de tremper nos lames dans la chair de l'usurpateur de Vjorheim! Mort à Hjalmar Leikson! Mort à sa famille! Mort à ses alliés puants!
Par l'Empereur, que mes pauvres tympans souffrent de tant de blasphème et de cris inintelligibles! Mais la harpie continuait à cracher son discours affreux avec la conviction que seul un possédé pourrait avoir.
-Vrais Futharks, nous avons de plus un allié puissant avec nous, envoyé par les Incarnés eux mêmes pour nous aider. C'est lui qui va nous amener à la victoire sur le Jarl collaborateur.
L'intéressé s'avança d'un pas raide et leva un bras maigrelet pour saluer l'assistance, son ignoble sourire gâté s'élargissant un peu plus. Il abaissa son bras et adressa un geste négligeant à la femme pour lui signifier que sa diatribe enragée était terminée, avant de pointer son bâton noueux vers des cieux inexistants.
-Gloire à l'Avènement! déclara-t-il, d'un voix à vomir, semblable à un noyé hurlant avec ses poumons encore envahis de fluides.
Les conjurés reprirent ses mots dans un murmure et l'homme à face de vautour ouvrit ses bras dans un geste d'adoration fanatique.
-Les vents ont parlé, la victoire approche! gargouilla-t-il de sa voix lépreuse. Kir'k'aria le Banni va se lever à nouveau, et son règne apportera la Vérité sur la Galaxie! Gloire à l'Avènement du Libérateur Primordial! Gloire aux Annonciateurs qui le précèdent! Les augures ont parlé, serviteur du Roi Déchu, et le futur vous amène proches de la Lumière. Kir'k'aria vous attends, vous, son armée de fidèles, aspirants à la liberté, à l'indépendance! Tout cela sera vôtre très bientôt! Mais avant cela le sang doit couler! Le sang de vos oppresseurs! le sang de vos frères indignes! Brûlez les idoles du Faux Empereur, abattez son règne paré de mensonges, et le Libérateur vous récompensera en vous redonnant vos terres chéries!
Ses paroles se déversaient de sa gorge de poulet malade comme un flot d'insanités, et je pus le supporter plus longtemps, les larmes aux yeux, et la bile coincée dans la gorge. Je coupa la transmission de mes écouteurs, et observa l'assistance soudainement silencieuse, avec pour seul son dans l'espace réduit de mon casque le bruit sourd de ma respiration accablée.
Cela dura un long moment, et je sus qu'Hivar était lui même terriblement perturbé, à en juger de la façon qu'il avait de tapoter du pied et gigoter les mains, comme un homme au comble de la tension, proche de l'explosion de fureur.
Ces discours teintés de haine portaient indubitablement la marque du Grand Ennemi, et le venin du Chaos se répandait à travers chaque rebelle au gré des paroles empoisonnées. Mon coeur saignait de constater aussi cruellement combien la corruption avait commencé à gangrener le peuple Futhark.
L'horrible avatar des Dieux Sombres continua son odieux discours et ses abjectes promesses pendant un temps qui me sembla interminable, quand enfin il salua à nouveau l'assistance de traîtres avant de s'effacer pour laisser la parole à la femme qui l'avait introduit à la congrégation rebelle.
-Frères, sœurs, en ce jour béni soyez prêts, car la victoire est à portée de main. reprit-elle, la voix transpirant la haine la plus profonde. L'Annonciateur vous a apporté sa bénédiction, et grâce à lui nous obtiendront la liberté tant recherchée. Vous me connaissez tous, vous savez tous que ma famille a toujours su privilégier les vrais Futharks. Notre mine en est le symbole le plus révélateur. Nous en avons fait un sanctuaire pour ceux qui ont vu la vérité et qui rejettent cet Imperium orgueilleux.
Hivar parut chanceler un instant et il se rapprocha de moi, comme fuyant une vérité qu'il ne voulait pas accepter tout en l'ayant toujours suspecté.
La femme se tourna vers lui de façon terriblement nette, et sembla alors s'adresser directement à lui et à lui seul.
-Que la guilde Böjnr soit à jamais connue pour avoir aspiré à l'indépendance de notre peuple. Moi, Asma, fille du vieux Böjnr, je revendique ce titre.
Cette fois, l'attitude d'Hivar ne souffrit aucun doute. Il en avait entendu, comme moi, suffisamment et voulut sortir au plus vite de ce nid de vipères. Mais l'hérétique déclarée ne lui laissa pas ce luxe, et ces paroles suivantes me pétrifièrent sur place.
-Au nom de feu mon père et de ses Ancêtres, que par ma main périssent les traîtres à la cause! Ceux là même qui se terrent parmi nous en cette heure!
Elle étendit son bras et désigna du doigt le pauvre Hivar sur la voie de retraite. Sentant sur lui ce doigt accusateur et les regards sans teint le dévisager, mon guide se figea sur place.
-Honte sur toi, Hivar Jorvalson, serviteur aveugle du Faux Empereur! Tu as trahi ton propre sang! Résigne toi maintenant et les Incarnés accueilleront ta mort avec merci.
Hivar se retourna lentement, sur la défensive. Déformée par son vocodeur fatigué, sa voix gronda, lourde de menaces.
-Sorcière... siffla-t-il. Ton venin ne peut atteindre le juste. Mon cœur est pur, battant pour mon peuple et l'Empereur. Soyez tous mille fois maudits pour votre odieuse rébellion, puissiez vous souffrir mille morts.
Le rire grésillant d'Asma résonna dans la caverne, alors qu'Hivar s'avançait lentement vers elle, serrant les poings. Il bouscula plusieurs traîtres pour s'avancer, et lorsque je fus moi même repoussé, le message fut clair. Il gagnait du temps pour me permettre de me sauver.
Tout tremblant, terrorisé que j'étais, je feignit de m'éloigner de lui, pour tenter de rejoindre la sortie.
Personne ne sembla s'opposer à mon passage, et la peur au ventre, je vis une occasion de me sortir de ce cauchemar, jusqu'à ce que Julmbarl s'avance à son tour et pointa un doigt inquisiteur vers moi, me clouant sur place.
-Et où l'Ùtlendr maudit croit-il aller? grinça-t-il.
L'infâme salopard! Il était depuis le début avec eux! Je compris immédiatement pourquoi toutes ces fois où il s'était adressé à Hivar son discours avait tant sonné faux à les oreilles.
Je me retrouvais tel un papillon épinglé sur la table d'un collectionneur, entièrement à sa merci, alors que tout les regards se braquaient sur moi, les visières tentées ne m'empêchant nullement de sentir brûler sur moi leurs regards haineux.
Hivar hésita un moment, comme si il cherchait comment réagir à une mauvaise blague.
-Pourquoi? finit-il par émettre, sa voix brisée par le choc et la transmission exécrable de son casque.
Julmbarl lui répondit d'un éclat de rire mauvais en ouvrant théâtralement les bras en grand.
-Comment, Hivar, tu ne crois tout de même pas que je vais trahir ceux qui se battent pour que le peuple Futhark recouvre sa liberté? ricana-t-il. Tu as vraiment cru que je croyais que ce sale bòlska allait pouvoir mettre son nez puant dans nos affaires, pour le compte de ces tyrans qui nous oppressent depuis des millénaires?
Ce disant il pointait vers moi un bras accusateur, et sa voix nasillarde transpirait le dégoût le plus profond.
-J'ai essayé de te mettre en garde par le passé, et alors même que je vous menait là. continua-t-il, sur un ton proprement colérique. Mais tu es resté sourd, vieux frère. Sourd aux appels des tiens, sourd au désir de liberté de ton propre peuple! Et pour quoi donc? Jouer la nounou avec les laquais du Dieu Cadavre?
Sous le choc, Hivar reculait en secouant la tête de désarroi, titubant comme un ivrogne. Le vil traître qui nous avait assuré sa loyauté, continua de vomir sur son serment.
-Nous avons grandi ensemble, Hivar. Je t'ai toujours vu comme un Futhark fier et pur de cœur, un Nerthus défiant toujours son rang pour clamer l'unité des Futharks. Mais tu n'es plus rien de tout cela, rien de plus qu'un ver aveugle qui rampe devant un maître que tu n'as jamais vu!
Hivar buta dos au brouilleur de transmissions à l'entrée, Julmbarl avançant vers lui en enchaînant ses paroles empoisonnées comme autant d'uppercuts portés à sa foi envers les siens. Je voulus le rejoindre pour le soutenir et lui faire savoir que l'Empereur veillerait sur nous, mais un des traîtres m'empoigna brusquement par l'épaule, m'interdisant tout mouvement.
-J'savais bien que que'qu'chose tournait pas rond avec toi, mon gars. me grogna la brute que je reconnu immédiatement comme étant celle qui m'avait parlé à notre entrée dans ce cauchemar. Maint'nant tu bouges, j't'écrase, foi de Jolski!
Je voulus me dégager, mais le fait qu'il me broya presque l'épaule suffit à me décourager.
À côté, Hivar faisait face à Julmbarl qui lui asséna le plus violent coup qu'il eut pu lui porter.
-Toi et ton idiot de père êtes la honte de notre peuple. cracha-t-il. Vous et les gens de votre espèce, les esclaves de l'Imperium mille fois maudit, serez les premiers à périr le jour ou les Futharks obtiendront leur liberté. Par chance, tout n'est pas pourri dans ta famille!
Derrière lui se présenta une silhouette dont rien dans le scaphandre minier n'aurait pu identifier, sauf sa voix.
-J'ai essayé de te raisonner, grand frère... lui dit sa soeur, doucement mais avec colère. Ton esprit à été irrémédiablement empoisonné par les mensonges des envoyés du Charognard de Terra.
-Eyla... s'étrangla Hivar en serrant les poings sur la machinerie contre laquelle il était bloqué. Par le Trône! Pas toi... Pas comme ça!
-Tu as toujours cru que ce n'étais qu'une phase de rébellion passagère, n'est ce pas? C'est ce que tu lui as dit? continua-t-elle en me désignant vaguement de la tête. Tu y a cru tellement fort. Que tu pourrais me ramener vers la soit disant Lumière de ton Dieu nauséabond... Pauvre Hivar. Comme je te plains. J'ai tant essayé de te sauver...
Elle secoua la tête, son vocodeur émettant un soupir grésillant. Lorsqu'elle se détourna finalement de lui, elle dit ce qui fut probablement le plus terrible à entendre.
-Tu vas me manquer, grand frère...
Déjà certains mineurs, sur un signe de tête impérieux d'Asma, approchaient de nous, armés de piolets et de barres en fonte. L'un d'eux avait même un large couteau.
-Les vents réclament le sang des traîtres! caqueta l'affreux messager à tête de rapaces, son souffle impie lâchant un nuage rougeâtre dans l'air.
Notre destin était scellé, et je ne nous retenir ni les larmes de couler de mes yeux, ni les prières désespérées de franchir mes lèvres tremblantes.
Mais Hivar n'entendait pas finir de cette odieuse manière.
Dans un hurlement sauvage dans lequel il canalisa toute sa haine et sa douleur d'avoir été ainsi trahi, il arracha tout le dessus du brouilleur de transmissions dans une grande gerbe d'étincelles, et abattit ainsi une plaque lourde et tranchante en travers du cou du premier des traîtres à se présenter devant lui.
Je glapis de terreur alors que jaillissait un torrent de sang qui se vaporisa presque aussitôt dans l'atmosphère surchauffée de radiations.
Mon gardien brutal tenta de m'agripper dans la confusion, sans doute pour me briser la nuque, mais je le fit lâcher en lui donnant un méchant coup de coude dans l’entrejambe.
Hivar venait d’occire un autre conjuré d'un coup de la dague qu'il avait prise à sa première victime. La lame ouvrit une brèche dans le scaphandre du traître qui se mit à hurler comme jamais, en train de subitement bouillir à l'intérieur de sa combinaison ouverte.
Asma hurlait une suite d'ordres paniqués, tandis que l'Annonciateur vociférait à qui voulait l'entendre que notre sang devait couler pour ses odieuse divinités. En un instant, ce fut la panique totale, Hivar enchaînant des coups de poignard mortels, et une bonne trentaine d'hérétiques enragés nous tombant dessus en hurlant leurs envies de meurtre.
J'étais encore bêtement en train de m'excuser de mille manière à mon gardien qui gémissait à terre en se cramponnant ses parties martyrisées, quand Hivar dégagea un renégat d'un coup de coude pour m'empoigner sévèrement et me tirer vers la sortie.
-Par tous les démons du Warp, mon père! pesta-t-il. C'est pas vraiment le moment de faire dans l'humanisme!
Il me poussa manu militari au dehors tout en envoyant valdinguer son arme de fortune au visage d'un autre agresseur, en envoya un autre basculer sur le brouilleur déjà brisé, ce qui provoqua une nouvelle profusion d'étincelles mortelles, et nous partîmes de là à toutes jambes sans se retourner, sentant souffler sur nos nuques toute la rage des insurgés et de leurs maîtres.
Proférant mille malédictions à l'encontre de mon pesant scaphandre, je tâchais de suivre Hivar sur les chemins qu'il empruntait au jugé, n'entendant résonner dans mon casque que ma respiration rauque. Derrière nous, plusieurs des rebelles s'étaient déjà mis à courir à notre poursuite. L'enfer se refermait toujours plus sur nous, seuls et abandonnés au beau milieu d'une mine inconnue et une horde de serviteurs du Désordre à nos trousses.
Par l'Empereur, je crois que je n'ai jamais autant juré que ce jour là!
Les dédales se succédèrent, et plusieurs fois je crus voir notre périple s'achever sordidement, alors qu'Hivar stoppait sa course dans un dérapage paniqué pour me hurlait de faire demi tour.
A plusieurs reprises, il dût faire face à nos poursuivants pour nous frayer un nouveau chemin, brisant des casques, tordant des membres, asphyxiant des êtres humains dans les vapeurs toxiques de cette abysse oubliée de tous.
Le temps était à la fois ralenti et affreusement accéléré. Mon coeur battait à tout rompre, comme hurlant son désir de vivre encore quelques instants, menaçant de me jaillir de la poitrine, et je crus bel et bien parfois que j'allais répandre le contenu de mon estomac à l'intérieur de mon casque.
A force de détours et de rixes mortelles, nous finîmes par perdre le gros de nos poursuivants, et nous engageâmes avec précipitation dans une partie sombre aux parois lézardées et menaçant à tout moment de rompre.
Puis très vite, seules les ténèbres nous accompagnèrent dans notre fuite.


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Message par Turielo Sam 25 Mai 2013 - 12:21

La suite d'Ùtlendr!

***

Nous attendîmes durant ce qui nous sembla une éternité, puis Hivar se relâcha en poussant un soupir de soulagement, s'appuyant contre la paroi dévasté de l'espèce de caverne dans laquelle nous avions trouvé refuge. Pour ma part, il me semblait impossible de ralentir les battements angoissés de mon coeur.
Aucun de nous n'osa allumer sa lampe.
Le silence se fit à nouveau, seulement perturbé par les gémissements du vent radioactif et nos respirations saccadées. L'obscurité oppressante nous cachait de nos poursuivants, mais pour combien de temps encore?
Je ne parvenais pas à pleinement retrouver les esprits après être passé aussi prêt de la mort, et je ne cessait de triturer le devant de ma combinaison, cherchant désespérément le contact rassurant de mon amulette, collée contre ma poitrine par une sueur glacée.
Après un moment, je réussi tout de même à m'assoir sur un rocher, en glissant contre le mur éclaté par des siècles de travail minier.
Je dus faire un raffut terrible, car j'entendis Hivar sursauter.
-Mon père? appela-t-il dans le noir. Vous allez bien?
Au comble de la nervosité, j’éclatai d'un rire sans joie, tant la question de mon compagnon me semblait absurde.
-Nous avons survécu à une horde d'hérétiques, au fin fond de nulle part, et mon scaphandre indique qu'il nous reste moins de trois heures d'apport en oxygène. énoncé-je sombrement, regardant sans rien voir dans la direction d'où provenait sa voix. Je ne me suis jamais porté aussi bien, mon garçon...
Il y eut un nouveau silence, puis j'entendis Hivar chercher à s'approcher de moi à tâtons.
-Je suis profondément désolé de vous avoir embarqué la dedans, mon père. dit-il enfin, arrivant jusqu'à moi avec difficulté. Je... Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça. Julmbarl. La Borà. Ma soeur. Tout ça...
Sa main tatillonnant pour trouver mon épaule, non sans déclencher chez moi un sursaut de panique incontrôlé lorsqu'elle me toucha, et se laissa tomber à mes côtés.
Il lâcha un autre profond soupir avant de reprendre.
-J'ai tant espéré que nous soyons encore loin d'une telle catastrophe. Quel naïf! Qu'ils souffrent mille mort, ces chiens!
-Oh ça, croyez moi que ça va advenir! le coupé-je sèchement.
-Bien sûr. souffla-t-il, impuissant. Vous avez eu ce que vous étiez venu chercher, n'est ce pas? Yggdrasil est condamné. Lorsque vos supérieurs auront lu votre rapport...
-En premier lieu, il faudrait commencer par sortir d'ici vivants pour que je rédige quoi que ce soit. rétorqué-je, l'arrêtant dans ses pensées tourmentées. Et ensuite, doutez vous à ce point de la valeur de ma parole? Je crois ne souvenir vous avoir promis de vous aider à sortir votre peuple de cette folie.
Ce fut tour de rire jaune.
-Et qu'y a-t-il encore à sauver quand la gangrène s'est déjà tant propagée? ragea-t-il. Quel espoir avons nous, alors que les Puissances de la Ruine sont déjà à l’œuvre? Vous avez entendu cette créature comme moi! Cet "annonciateur"... Ce n'est pas une simple insurrection, c'est une corruption massive du peuple Futhark par le Chaos!
Il fit une courte pause, distillant son écœurement dans une sombre colère. Envers son peuple, et envers lui même.
-Vos maîtres avaient raison à notre sujet. Le Chaos est parmi nous. J'ai été trop stupide pour l'admettre.
-Ce n'est pas de votre faute Hivar... tenté-je de le calmer.
-Ça l'est depuis le début! À cause de notre trop grande confiance. À cause de notre fierté, de notre conviction que nous pouvions faire justice face à un Imperium que nous pensions moribond. À cause de ce maudit Ordre, qu'ils soient tous damnés!
Son poing s'abattit de rage sur le sol, et je sentis des gravillons rebondir furieusement contre ma combinaison.
-L'Ordre? répété-je. Vous voulez parler de l'Ordre de l'Épée?
-Bien entendu! cracha-t-il avec mépris. Ces chiens nous ont bercé d'illusions et de douces paroles, sur le meilleur de l'Imperium, sur notre rôle de défenseur des vérités cachées par Terra. Et j'étais assez bête pour y croire, Nevenski! Je croyais suivre une voie juste et pure!
-Précisément ce qu'a toujours craint le Diacre... murmuré-je.
-J'aurai pourtant dû m'en douter. continua Hivar. La façon dont ils encadrent Yggdrasil et le Köng, la manière dont ils nous impliquent dans leurs manigances. Par Terra la Miséricordieuse! Ils ont même placé un des Dix en disant qu'il aiderait à stopper la rébellion, alors qu'il en est peut être le véritable instigateur! Fumier!
-Hivar. le stoppé-je. C'est précisément sur cela que porte ma mission! Sur eux, sur l'Ordre! Pourquoi ils sont si proches de vous? Quelles sont leurs intentions?
Le cœur battant à l'idée de toucher au but, je me releva d'un bond.
-Mon garçon, si nous pouvons les pousser à se trahir eux mêmes, nous présenterons les vrais coupables à mes seigneurs, pas seulement leurs infortunés pantins. Nous pouvons sauver Yggdrasil, Hivar!
Je l'entendis se lever à son tour.
-Comment, par l'Empereur? demanda-t-il d'une voix vibrant d'un espoir ravivé.
-Sortons nous d'ici et allons retrouver le 51ème Hexxien. Je connais les officiers qui le dirigent, ils pourront nous aider.
-Si ils n'ont pas été visés en premier par les hérétiques.
-Hivar, allons! Qu'est ce qu'un pauvre petit prêtre face à un demi régiment de la Garde Impériale? Me faire disparaître n'aurait éveillé que peu ou pas de soupçons du tout. Mais des milliers d'hommes? C'est chose bien plus risquée.
-Je crois savoir qu'ils sont cantonnés à Valhall, la capitale d'Àsgard. En supposant que nous parvenions à les rejoindre, et ensuite?
-Ensuite je parlerai avec le Commissaire Malkh et le Capitaine Valar et nous verrons ce que nous ferons. Il suffirait de frapper fort et sur une cible précise...
-Et les rebelles s'exposeraient tous. Et avec eux, l'Ordre lui même! comprit Hivar.
Il me passa devant en trombe, tout excité qu'il était à l'idée de sauver son peuple bien aimé qu'il manqua même de trébucher.
-Par ici mon père, suivez moi!
Suivant mon compagnon d'infortune, je revins sur nos pas jusqu'à ce que l'obscurité cède la place à la pâle lueur de la vieille mine.
Hivar me fit signe de m'arrêter un moment, guettant le moindre signe hostile, puis nous reprîmes notre chemin ventre à terre, aux aguets.
Au bout d'un certain temps, nous longeâmes à nouveau le gouffre béant par lequel nous étions arrivés, et nous mimes à cherchez le ponton de sortie. Il y en avait beaucoup, dont bon nombre étaient inutilisables ou brisés, ce qui ralentit notre recherche, nous faisant redoubler de prudence, attentifs au moindre mouvement, au moindre bruit.
-Le voilà! me souffla Hivar.
Je reconnus en effet les gros rochers qui entouraient son seuil, ainsi que, plus loin, l'ouverture éclairée menant vers le repaire des traîtres. Sauf que cette fois, les lumiglobes avaient étaient éteints, et les guirlandes de biolume enlevés des parois, plus rien ne balisant le chemin, ni aucun signe de présence clandestine. La vieille mine était redevenue une ruine obscure et oubliée de tous.
-Ils sont partis... marmonna Hivar, pensif.
-Peut être ont ils jugé inutile de nous poursuivre plus, que nous nous étions perdus dans ce labyrinthe. hasardé-je.
-Ce serait sous estimer son ennemi que de penser comme ça. contra le Futhark. Ne faisons pas cette erreur, attendons nous à un piège de leur part. Il ne nous ont certainement pas délaissés comme ça, pas sans une preuve de notre mort...
Un soudain roulement de cailloux résonna fortement, son écho allant se perdre dans le ravin que nous suivions. Hivar fut plus prompt que moi à réagir, mon cœur malmené ayant encore décidé de cogner contre mes côtes, une sueur glacée me coulant dans le dos.
Mon camarade ramassa une grosse pierre, son casque scrutant le décor lentement. Un instant, il hésita à allumer sa lampe portative, mais il était assez futé pour ne pas exécuter une telle folie.
-Nous ne sommes pas seuls... grogna-t-il.
-C'est peut être la roche qui s'effrite. Ils sont partis, nous sommes seuls. Vous l'avez dit. couiné-je, plus pour me rassurer que pour le contredire.
Hivar m'imposa le silence d'un geste sec de la main.
Le temps se dilata à nouveau à l'extrême dans cette attente tendue, les seuls disposés à se manifester bruyamment à mes oreilles étant les battements terrifies de mon coeur.
Enfin, Hivar reposa son arme improvisée avec douceur sur le sol, et jetant un dernier regard aux alentours, me fit signe de me détendre.
-La voie est libre. dit il en se retournant. On dirait que vous aviez raison, nous pouvont conti...
Si il n'avait pas eu le réflexe de se baisser immédiatement, le coup l'aurait sûrement décapité, mais son agresseur parvint tout de même à le projeter en arrière d'un coup de botte dans la poitrine.
Deux autres mineurs apparurent derrière lui, l'un armé d'une grosse barre de ferraille, l'autre d'une carabine laser à l'apparence vétuste. Ce dernier me mit en joue immédiatement, me forçant à tomber à genoux, mains brandies au dessus de ma tête.
-C'est cela! cracha l'hérétique à mon attention. Rampe devant moi, chien de l'Empereur!
Le premier avait réussi lui aussi à maîtriser sa proie, plaquant Hivar contre un amas de roche effondrée, sa lame rouillée posée sur le cou du vaincu.
Celui à la barre à mine s'avança nonchalamment vers nous, alors qu'Hivar était amené à mes côtés sans aucune finesse.
L'autre gardait ostensiblement sa relique de musée braquée sur moi.
Le deuxième mineur se plaça devant Hivar, poings sur les hanches, arrogant et sûr de lui.
Ou plutôt d'elle, à en juger par la voix qui grésilla depuis son vocodeur.
-Aussi difficile à attraper qu'un laonska... soupira-t-elle. Mais cette fois, on dirait bien que j'ai gagné la partie.
-Ne crie pas victoire trop tôt, petite sœur. ricana Hivar. Tu as toujours été nulle à ce jeu là.
-Sauf que ce n'est plus un jeu, et nous ne sommes plus des enfants. répliqua froidement Eyla. Tu es un homme mort, Hivar, tu le sais bien. La Borà a prononcé ton arrêt de mort. Tu nous as non seulement fait honte, mais du sang Futhark a coulé aujourd'hui à cause de toi. Dans ton aveuglement, tu as tué de véritables enfants d'Yggdrasil, et nous ne pouvons pas te le pardonner.
-Avoir soulagé la galaxie de quelques hérétiques n'appelle aucun pardon, ils ont eu ce qu'ils méritaient. lui retourna son frère avec virulence. Que ce soit dans cette mine ou sur le Rocher, vous y passerez tous, un par un, pour votre crime odieux.
Il secoua rageusement la tête, un grondement colérique remontant sa gorge, que son transmetteur vox s'empressa de reproduire en un affreux gargouillement.
-Eyla, je t'en conjure! dit-il gravement. Il n'est pas encore trop tard pour toi. Je connais du monde, des gens haut placés. Ils pourront fermer les yeux sur toi, petite sœur.
-Qu'est ce que tu es maintenant? Une espèce de sous fifre du Jarl? le railla Eyla, d'un air goguenard. Tu es un Nerthus, un bouseux. Qui pourrait bien t'écouter?
-Tu serais pas mal surprise... ricana Hivar, sans aucune joie.
-Qu'importe! Tu ne peux rien là haut! lâcha l'adolescente. Je suis la seule à pouvoir t'aider, frangin. Malgré tes crimes envers notre cause, je peux encore parler à la Borà pour toi. Quoi que tu puisse penser, tu es toujours mon frère, et je ne peux me résoudre à te voir mourir comme ça. Laisse moi t'aider. Laisse moi t'ouvrir les yeux.
Hivar éclata d'un rire mesquin.
-Et ensuite quoi? Je rejoindrai votre petite secte minable? Si tu comptes me faire gober toutes vos inepties comme ça, tu es dans l'erreur, sœurette! Ma loyauté ne va qu'au Köng et à l'Empereur!
-J'en ai assez entendu. grogna notre gardien au fusil. Finissons en et ramenons sa tête à la Borà.
Il avança d'un pas vers Hivar en levant son antiquité, prêt à loger un tir mortel en plein front de mon camarade. Mais la soeur téméraire le retint par le bras, son cœur ne pouvant permettre cette exécution sommaire.
-Non, Varl, je peux encore le sauver. Laisse moi lui parler.
-Perte de temps! répondit l'interpellé en la repoussant rudement. Ce chien aveugle a tué des bon Futharks ce soir. Frère ou pas, je le bute!
-Varl, non! cria Eyla, perdant tout son calme en voyant l'hérétique armer la culasse, pointant le canon entre les yeux d'Hivar.
Elle se jeta sur lui, et le tir partit se perdre dans le plafond. Vif comme l'éclair, Hivar se pencha en avant pour expédier un coup de poing fulgurant dans le ventre de l'homme au gourdin, qui se plia en deux en gémissant, avant de balancer un coup dans le vide, vainement destiné à éloigner son assaillant.
Je me jeta de côté alors que la tempête éclatait, faisant tous mes efforts pour garder le contrôle de ma vessie.
Celui qui s'appelait Varl administra une gifle phénoménale à Eyla qui tomba en arrière, tout près dû bord du gouffre sans fond de la vieille mine.
-Sale chienne! siffla-t-il. T'as jamais eu les tripes pour servir la cause. Va donc préparer le terrain à ton frangin, le temps qu'on l'envoie te rejoindre.
Ce disant, il braqua son arme sur la malheureuse qui tenta de ramper en arrière avant de se figer de terreur en sentant arriver le vide sous ses paumes.
Elle était morte, que ce soit en basculant dans les abysses, ou en ayant la poitrine ouverte par l'antiquité qui pointait vers elle.
Hivar, inconscient de la dramatique situation, échangeait un déluge de coups de poings et de coups de pieds avec l'autre.
Le sang me battait furieusement aux tympans, et un élan inattendu de rage m'envahit. Je me fendis d'un "Pour la gloire du Trône d'Or!" et fondis sur Varl.
Trouvant un courage que je ne me connaissais pas, je lui expédia un généreux coup de poing derrière le casque, et il fut projeté en avant. Il fit un soudain volte face et tenta de me fracasser la visiere d'un coup de crosse, mais je parvins à attraper l'arme, tandis qu'il basculait dans vide.
La seule chose qui le retenait de tomber était son arme rustique, lui l'agrippant par le canon, moi par la crosse. Je fit tout mon effort pour l'empêcher de glisser, ma nature prenant le dessus pour préserver une vie que je pouvais empêcher de s'interrompre de façon si violente.
Je commençais tout juste à tirer le bougre vers moi, quand, malgré sa position délicate, il se laissa aller à sa rage et tira un poignard de sa ceinture pour me le lancer à la gorge.
Je me baissa en piaillant de terreur et de surprise, évitant la lame tournoyante de pas plus d'une épaisseur de cheveu. Dans le geste, mon doigt se crispa sur la détente.
Le coup claqua horriblement fort à mes oreilles, et ma visière fut couverte d'une couche sombre.
Tout tremblant, je ne fis qu'apercevoir entre deux giclées de son sang le malheureux basculer mollement dans la fosse, un trou béant dans la poitrine ayant ouvert ses côtes comme les ailes d'un macabre volatile.
J'étais pétrifié sur place, le regard rivé sur l'endroit où, un instant plus tôt, se tenait un homme. Un homme que je venais de tuer.
Je sentis qu'on me secouait pas le bras, et mis un moment à retrouver mes esprits, relevant la tête pour voir Hivar tenter de me relever.
-Vous allez bien, mon père? Vous n'êtes pas blessé?
Je ne pus que bêtement bredouiller une suite de mots inintelligibles, pointant un doigt tremblant vers l'endroit depuis lequel j'avais envoyé Varl faire son ultime plongeon.
-Ça va aller, mon père. Il est mort. Vous... Vous avez sauvé ma sœur. Merci.
-Mais, par la miséricorde de l'Empereur! articulé-je dans un souffle que même ma grille vox eu du mal à retransmettre. Un vie prise pour une autre sauvée, quelle affreux tribut...
-Vous plaignez les hérétiques, à présent? se moqua Hivar en m'aidant à me remettre sur pieds.
Je secoua la tête, chassant ma torpeur, et retrouvant mon ventre douloureusement noué.
-Non. Non, mon garçon. finis-je par répondre, reprenant consistance. C'est juste que je n'ai jamais tué personne avant. Je ne pensais pas que ça arriverait un jour.
Hivar eut la bonté de ne rien ajouter et me laissa me remettre de mon baptême du feu, continuant de me soutenir sans un mot.
Plus loin, Eyla était prostrée au dessus du cadavre de l'autre renégat, sa visière éclatée contre un rocher, laissant entrapercevoir son visage ensanglante et tordu de souffrances, tout boursouffle par les radiations environnantes.
Même camouflée par la surface teintée de son casque, je pouvais sentir qu'en dessous, Eyla pleurait à chaudes larmes le trépas de ses camarades damnés.
-Nous devons continuer. me dit Hivar. Votre pétarade aura sûrement alerté les autres.
J’opinai, sentant mon corps se revigorer après cette épreuve difficile, et Hivar rejoignit sa sœur pour la relever.
Elle le rejeta sèchement en arrière d'un brusque mouvement d'épaule, refusant d'abandonner là le corps sans vie de son compagnon d'hérésie. Hivar leva une main apaisante et se mit accroupi à ses côtés.
-Tu ne peux plus rester là, petite sœur. dit il avec douceur. Plus maintenant. Si ils te voient ainsi, tes compagnons vont te blâmer pour ces morts.
-Vas t-en. lâcha-t-elle, la voix brisée par les sanglots.
-Eyla, si ils arrivent ici et te trouvent vivante avec deux cadavres de leurs frères et nous ayant disparu, ils te tueront. Tu ne peux plus rester là, tu es en danger.
-Si seulement tu m'avais écouté, nous n'en serions pas là! gémit-elle en donnant libre cours à son chagrin. Mais tu ne pouvais pas, n'est ce pas? Trop loyal! Trop parfait! Trop "pur" pour entendre la vérité!
Elle refoula ses pleurs un instant avec difficulté, Hivar restant silencieux, n'osant même pas la toucher.
-Tu as raison, comme toujours. grogna-t-elle. Après ça, ils penseront que je les ai trahi. La Borà ne me laissera pas vivre en sachant que j'ai fait tuer deux des nôtres dans mon échec.
Elle se leva, repoussant la main proposée par Hivar avec une expression de profond mépris.
-Je dois partir de Vjorheim, sinon je suis morte. dit-elle fermement. Mais ne crois pas la partie gagnée, grand frère, c'est loin d'être le cas!
-Eyla, ce n'est pas comme ça que... commença Hivar.
-Tais toi. le coupa-t-elle froidement. Je ne veux cas t'entendre. Contente toi de suivre la cadence, je n'attendrai pas.
Elle partit en avant d'un pas raide, ne daignant même pas me jeter un regard. Hivar me fit signe de les suivre sans un mot et je leur emboita le pas, ramassage au passage la vieille pétoire du défunt Varl, sans trop savoir pourquoi. Mais je priais intérieurement pour ne jamais avoir à m'en servir à nouveau.
L'Empereur ayant sans doute un sens de l'humour bien particulier et sans limites, ce fut tout le contraire qui allait se passer.


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Message par Turielo Sam 1 Juin 2013 - 12:47

VII



La remontée vers la mine se fit longuement, dans un silence de plomb, Eyla devant, avançant rudement sans un seul mot, portant farouchement le deuil de ses défunts camarades, Hivar en second, se gardant bien de lui adresser la parole, et moi en queue de cortège, ruminant sombrement mon meurtre, adressant silencieusement tout un chapelet de prières à l'Empereur afin qu'il me pardonne mon geste homicide, tandis qu'une autre part de moi même, enfouie au plus profond de mon être, tentait de me rassurer en me rappelant que ce Varl était un traître de la pire espèce, versé dans les sombres sortilèges du Chaos, et qu'en le poussant dans le ravin j'avais sauvé la vie, et peut être à terme l'âme d'Eyla.
Nous primes un chemin différent que celui que le traître Julmbarl nous avait faut suivre, évitant ainsi de mauvaises rencontres, et accélérant notre progression, nous faisant gagner pas loin d'une bonne demi heure de trajet.
La voie tracée par le sœur d'Hivar était cependant bien plus tortueuse, et j'en vint à regretter par moment l'équilibre précaire du vieux monte charge et les dédales surchauffés de la basse mine, mais je préféra taire ma fatigue et suivre tant bien que mal la cadence endiablée de notre progression.
Un détour de plus et nous retrouvâmes les galeries bruyantes de la zone couramment exploitée. Eyla nous accorda un court instant de considération, nous faisant signe de nous faire le plus discrets possible. Je glissai aussitôt la carabine laser du défunt Varl sous un drap sale qui traînait là, ramassa une pioche délaissée et la laissa dépasser, faisant passer mon fardeau pour l'outillage d'un mineur sur le départ.
Le flot des travailleurs nous conféra un certain anonymat, mais nous ne tardâmes pas à comprendre que nous étions activement recherchés, à la démarche scrutatrice de certains ouvriers ou par les allers et venues des contremaîtres, détaillant chaque mineur. Il était évident qu'ils nous cherchaient.
Slalomant entre les mineurs, faisant mine de nous affairer au même rythme que ces pauvres diables que nous croisions, nous parvînmes finalement vers le sas de sortie principal, et nous fondîmes dans la masse des équipes exténuées qui faisait route vers la surface pour être relevées.
L’élévateur prit son envol et nous tachâmes de ne rien dévoiler de notre intrusion, les autres travailleurs de toute manière trop fatigués pour nous remarquer.
Arrivés en haut, les grilles s'ouvrirent et nous pûmes accéder aux quartiers ouvriers pour nous changer. Par chance, nos affaires étaient encore sur place, et nous les récupérâmes en vitesse, les fourrant dans de gros sacs de travail, optant pour la discrétion en passant d'amples blouses de mineurs pour pouvoir continuer. J'en fit de même avec mon arme trophée en tapant dessus pour qu'elle rentre sans dépasser, l'enroulant dans ma bure.
Nous étions sur le point de repartir prestement vers la gare lorsque j'arrêtai soudain Hivar en le tirant par le bras.
-Mon serviteur! Je dois le récupérer.
Le Futhark opina en silence et fit signe à sa sœur de nous suivre, alors que nous prenions la direction du hangar où nous l'avions caché.
Faisant profil bas, nous y parvînmes en peu de temps, mais mon serviteur n'y était plus. Un ouvrier au regard de chien battu balayait négligemment le sol sans trop nous voir. Hivar l'interpella discrètement.
-Il y avait un serviteur transcripteur ici. Où est il?
-Le service de recyclage l'a emmené aux fonderies, ordre du haut contremaître. répondit l'individu, pas mécontent de faire une pause dans sa besogne. 'Sont venus y'a pas long, m'est avis que vous pouvez encore les rattraper.
Hivar le remercia en lui glissant un "tu ne nous as pas vu" agrémenté d'une généreuse poignée de couronnes impériales, l'ouvrier les acceptant sans protester et appliquant à la lettre la consigne en reprenant son travail en nous ignorant ostensiblement.
Nous partîmes d'un pas forcé vers la zone des fonderies, quelques baraquements plus loin, et en effet, nous retrouvâmes mon pauvre serviteur jeté sans plus de cérémonie au milieu d'un gros tas de ferraille destiné à être englouti par les titanesque fourneaux.
Le remettant difficilement sur ses chenilles, je constata avec bonheur qu'il était encore parfaitement fonctionnel, quoique quelque peu cabossé.
Sans plus nous éterniser, nous lui passâmes un pardessus orange de serviteur de maintenance et il nous suivit sans émettre un son, totalement inconscient de ce qui se passait.
Après ce petit interlude il nous fallait encore parvenir au levmag sans se faire repérer, opération délicate compte tenu du nombre de gardes chiourme parcourant les quais. À la mine qu'affichaient certains, inutile de tergiverser quant à savoir à qui ils avaient fait allégeance.
Suivant une file d'ouvriers sur le départ, adoptant la même posture avachie qu'eux, traînant des pieds, nous arrivâmes en vue d'un wagon fumant avalant quantité de mineurs pour aller les recracher vers leurs pénates.
Un colosse en uniforme de contremaître vérifiait les papiers d'un regard absent et je vis Hivar se crisper sous sa casquette de travailleur, serrant avec nervosité son pass délivré par les autorités minières de la guilde Böjnr, priant de toutes ses forces pour que le titre soit encore valable.
Mais l'Empereur, et son sens de l'humour incomparable, étaient encore avec nous, car l'individu que je reconnu comme la grosse brute nous ayant accueilli à notre arrivée, nous reconnut et nous gratifia d'un large sourire bêta.
-Ah vous revoilà! gazouilla-t-il. La visite a-t-elle été intéressante, mes seigneurs?
-Au plus au point, l'ami. Au plus haut point. répondit Hivar avec un rictus de sourire forcé.
-Fort bien! tonna le garde, visiblement inconscient de ce qui se tramait. Revenez nous voir un jour si le cœur vous en dit! Bon retour!
Hivar opina, ne sachant pas bien quoi répondre, et nous rejoignîmes nos banquettes dans un espace isolé, accueillant une sécurité bienvenue par un concert de soupirs nerveux lorsque le levmag cahota un coup avant de partir, laissant derrière nous cet infâme nid de vipères.
Le retour se fit sans encombres, et toujours dans un silence de mort, Hivar en pleine contemplation du plancher, Eyla évitant soigneusement de croiser nos regards, blême de colère et de peur.
Pour ma part, je fit courir à son serviteur toute une batterie de tests de bon fonctionnement, avant d'extracharger ses données sur une plaque mémorielle.
Je surpris un instant le regard d'Eyla, surveillant ce que je faisais avec une flamme de dégoût viscéral brûlant au fond de ses yeux de jade, et lorsqu'elle croisa le mien, elle daigna enfin m'adresser la parole.
-Alors voilà? lâcha-t-elle en dissimulant mal son mépris. Vous avez eu ce que vous vouliez. Vos maîtres vont être content quand ils viendront tous nous brûler.
Je pris sur moi de ne pas relever la pique acerbe, retournant à mon travail de sauvegarde.
-Personne ne va brûler, Eyla. lui répondis-je sans lever le regard. En vérité, mes maîtres ne sauront rien de ce qui s'est passé ici. Du moins... pas encore.
Elle lâcha un petit rire moqueur.
-Eh bien! Voilà qui est bien gentil de votre part! Et en quel honneur?
-Aucun. J'ai simplement fait une promesse à votre frère. J'entends d'honorer avant d'aller plus loin.
Eyla releva la tête, et son regard, assombri par ce qui s'était passé, se tourna vers moi, plein de surprise. Hivar hocha la tête, se remémorant sans doute notre discussion dans notre cachette précaire dans la vieille mine, et l'espoir que lui avait procuré ma promesse.
-Je dois vous avouer qu'au début je ne m'attendais pas à cela de votre part, mon père. confessa-t-il, cherchant ses mots. Après ce que nous avons vu, pourquoi voudriez vous encore protéger mon peuple?
Sa voix se faisait amère tandis qu'il poursuivait, comme si il cherchait à porter le poids tout entier de l'hérésie de ses frères de sang sur les épaules, malgré la chance infime de pouvoir les sauver en suivant le plan audacieux - ou fou - que je lui avais proposé.
-Vous aviez raison, Kristophus. Mon peuple est damné, et quand bien même les amis dont vous m'avez parlé pourraient nous aider, pourquoi cherchez vous à passer cette ignoble trahison sous silence?
Je secoua la tête, désolé d'entendre à quel point mon hôte était affligé par ce qu'il avait découvert. Eyla pour sa part suivait l'échange avec dans ses yeux farouches, passé l'effet de surprise, un mélange de défi et d'appréhension.
-Chaque chose en son temps, mon garçon. dis je sans quitter mon travail des yeux. Dans un premier temps, nous ferons comme convenu, et irons trouver le capitaine Valar pour l'informer de la situation. Dans le même temps, il serait sage que vous fassiez jouer vos affinités avec le Köng pour s'assurer de sa coopération.
-Toi, des affinités avec le Köng? s'étonna Eyla, tentant de camoufler sa surprise sous une inutile couche de moquerie. Voilà autre chose!
-Je te l'ai dit, j'ai certaines relations haut placées. rétorqua son frère, agacé.
-Par leurs actions, continuai-je plus pour Eyla que pour Hivar à qui j'avais déjà exposé mon plan, nous pourrons confondre les traîtres, mais surtout ceux qui les commandent. Si, par la grâce du Trône, nous pouvons étouffer cette révolte dans l’œuf, alors nul besoin que Fortis Hexx connaisse tout les détails. Sur ce point, j'entends simplement honorer la promesse que je vous ai faite, à savoir protéger votre peuple, et surtout votre famille.
Je leva enfin les yeux, mon travail achevé, mais surtout pour constater la surprise et le doute se faire sur le visage d'Eyla.
-Et puis je vous en prie! lui dis-je. Cessez donc de me voir comme un fanatique qui ira faire brûler des innocents au premier écho d'hérésie! Nous, prêtres, ne sommes pas tous comme ça. Je suis pour ma part avant tout un serviteur de l'Empereur-Dieu et de ses sujets, pas un juge, et encore moins un bourreau. Votre frère le sait déjà, ce que je veux c'est cet Ordre de l’Épée, pas le sang de votre peuple.
Ce disant, j'évitais soigneusement de leur parler d'individus comme Eurifas, qui connaitraient beaucoup moins d'hésitations à tous les faire massacrer pour s'assurer que nulle trace de corruption ne subsiste.
Le silence s'installa à nouveau, seulement perturbé par les raclements en cadence du levmag sur son rail.
Hivar sembla une fois de plus rassuré par mes dires, même si il ne savait pas que sous ma couche d'assurance j'étais en réalité terrifié de la tournure que prenaient les choses.
Ce qui était vrai, du moins jusqu'à maintenant, c'est que je n'étais pas homme à verser le sang. Mais il était vrai aussi que la perspective d'être passé aussi près de la mort me faisait ressentir le besoin d'aller trouver des alliés et d'en finir au plus vite avec cette folie.
Lorsque je citais Valar, je pensais plus en réalité à des gens comme le Commissaire Malkh qui semblait, tout officier politique qu'il était, partager le même point de vue que moi. Ou encore au sergent Deludas qui saurait sûrement quoi me conseiller, fout comme Jonko ou Jibaltus.
J'avais besoin de soutien, mais aussi de réconfort, la situation mettant durement mon esprit à l'épreuve.
"Écoutes ton cœur avant ton cerveau, tout comme ton âme avant ton arme." m'avait un jour dit mon mentor, le père Seraphus. Il avait toujours craint que je ne finisse comme l'un de ces prêcheurs, l'écume aux lèvres et l'épée trempée de sang, fanatisé au point d'en oublier son humanité. C'est vrai, beaucoup trop à mon goût avaient suivi ce chemin, et n'auraient, ici, passé à peine qu'une heure avant d'appeler à une purge totale et insensée, jetant corrompus et innocents dans les mêmes flammes de la colère aveugle de Terra.
On m'avait déjà, par le passé, reproché cette faiblesse, certains allant même appeler cela une tolérance frisant l'hérésie, alors que moi je ne voyais que la démonstration de la dévotion la plus pure envers l'humanité et les préceptes de l'Empereur.
Étais-je dans la vérité? Ou étais-je finalement un hérétique en devenir? La question s'imposait cruellement à mon esprit alors que je ressassait tout ce que j'avais vu et entendu dans cette maudite mine.
Soudain, une voix sèche mais tremblant d'une émotion difficilement refoulée vint me sortir de mes sordides réflexions.
-Merci. me dit Eyla, en détournant du hublot un regard emprunt de fatigue. Merci de m'avoir sauvée, Ùtlendr.
Ne sachant pas, dans un premier temps, quoi répondre, je me contenta de sottement la regarder, bouche bée, comme un poisson hors de l'eau. Puis je repris contenance, et lui adressa un pâle sourire de reconnaissance.
-C'est tout naturel. C'était mon devoir en tant que...
-Par les Enfers, pitié! me coupa Eyla avec un soupir exaspéré, rivant à nouveau son regard au dehors. Inutile de me sortir vos sornettes, c'est déjà suffisamment difficile pour moi de vous reconnaître un quelconque mérite! Pas la peine de me rendre la tâche plus difficile avec toutes vos âneries. Vous m'avez sauvée de la mort, mais ne croyez pas que ça veut dire que je suis en paix avec votre présence. Loin de là.
L'avertissement avait le mérite d'être très clair, et je n'insista pas, retournant à mes pensées, forçant mon esprit à retenir une quelconque réplique malvenue.
A mon grand désespoir, c'est le visage de ce malheureux que j'avais projeté dans le vide qui s'imposa à moi, entachant irrémédiablement tout semblant d'honneur que je pouvais rattacher à mon acte de sauvetage. Je l'avais tué pour qu'elle puisse vivre. Mais je l'avais tué quand même. Et je sentais mon âme comme salie à jamais par cet acte qui m'était depuis longtemps inconcevable.
Le reste du trajet de retour se déroula comme son début, chacun de nous plongé dans d'amères pensées, un silence poisseux régnant en maître dans l'habitacle, comme pour mieux nous enfoncer dans nos tourments.


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Message par Babindeldotar Jeu 6 Juin 2013 - 10:53

merci

énorme pour le moment !!!!
J'ai commencé ton roman il y'a trois jours, j'ai tout lut d'affilé !!!! super !
j'adore tout simplement.

Va falloir que je relise tout au moins deux fois pour assimiler tout le fluff, les détails qui fourmillent, mais j'ai accroché.

Super boulot, continu comme cela j'attends la suite avec grande impatience.......

merci et Bravo


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La prévision est difficile, surtout lorsqu'elle concerne l'avenir. P.Dac   yoda
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Message par Turielo Jeu 6 Juin 2013 - 18:12

Merci beaucoup Babindeldotar! Ca me fait plaisir de constater que la lecture semble être plaisante!
Note cependant que certains passages risquent de changer d'ici peu, mais rien de significatif (je me suis rendu compte d'une ânerie trop éloignée du fluff canonique concernant l'organisation des régiments de Garde Impériale). De toute manière, une fois ce tome achevé, il sera relu, épuré et j'en proposerai une version définitive en PDF. (faudrait que je songe d'ailleurs à achever les PDF de Pour l'Empereur Malgré Lui...)

Si tu a aimé, il y a aussi Egorgeurs des Cieux qui est en cours (note: le lien t'amène direct à la partie réécrite, les posts d'avant sont la vieille version d'organisation)
N'hésite pas bien évidemment à m'indiquer si tu relève des fautes ou des incohérences (certains passages furent tapé via téléphone portable, et donc il peut y avoir des erreurs à cause de l'autocoerrecteur), ou si tu repère certaines parties trop éloignées du fluff canonique (imagination et originalité, oui, mais je tiens à rester fidèle à l'univers le plus possible)

La suite d'Ùtlendr tous les samedis et d'Egorgeurs tous les vendredi (sauf exception ou imprévu)

Merci encore! Smile


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Message par uther33 Jeu 6 Juin 2013 - 21:03

On ne t'arretes plus. Very Happy ...je suis en train de rattraper mon retard dans la lecture....



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Message par Vlad Jeu 6 Juin 2013 - 22:16

uther33 a écrit:On ne t'arretes plus. Very Happy ...je suis en train de rattraper mon retard dans la lecture....


Et comment ! Je crois que je vais tout imprimer tiens !


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Message par Turielo Ven 7 Juin 2013 - 20:26

Merci pour vos encouragements! Cela faisait longtemps! Smile

Kelsier Criid a écrit:Et comment ! Je crois que je vais tout imprimer tiens !
Alors, attention! J'ai encore fait quelques petites erreurs fluff, minimes cette fois, mais cela a nécessité la réécriture de certains petits passages. Si tu souhaites le texte définitif et corrigé, attend après ce week end (pour moi w-e=dimanche et lundi) car j'aurai remplacé les passages en questions par les versions corrigées.
Cela ne changera en rien l'histoire, pas de panique. Juste deux trois notions qui, à terme, auraient dérangé l'intrigue.

La suite demain!


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Message par Vlad Ven 7 Juin 2013 - 21:08

Ok, j'attendrais encore un peu alors ! J'vais essayer de faire quelque chose qui rende honneur à ton texte ! okay


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Message par Turielo Sam 8 Juin 2013 - 12:07

Kelsier Criid a écrit: J'vais essayer de faire quelque chose qui rende honneur à ton texte ! okay
Ah? ça m'intéresse! à quoi pensais tu? Smile

La suite!

***

Nous arrivâmes sans encombre jusqu'à Ysddral, mais néanmoins nous regagnâmes le village en restant les plus discrets possibles. Qui pouvait désormais dire où se cachait la corruption. Certainement pas Eyla qui, si elle savait qu'elle courait désormais le même danger que nous, refusait toujours obstinément de nous en révéler plus sur les rebelles.
Le soir tombait sur cette portion du globe, et déjà le ciel se revêtait de son manteau obscur, paré d'étoiles scintillantes. Par le Trône! que n'aurais-je donné pour être sur l'une d'entre elle plutôt qu'ici!
Ma mission, au demeurant d'une simplicité que même le plus ratés des scribes de l'Administratum serait parvenu à la remplir, avait pris une tournure catastrophique, rendue encore plus irritante encore du fait que je n'avais cessé de la redouter depuis l'instant où j'avais posé un orteil sur cette poubelle de cargo stellaire.
Même en faisant un effort considérable, en priant tout ce que mon esprit pouvait trouver à prier, en me convainquant que ce ne serait qu'une partie de tourisme innocent, ce sentiment criant que quelque chose de grave allait me tomber dessus n'avait cessé de tourmenter.
Si ce que j'avais pu entendre à bord de ce maudit Star Rider avait pu exacerber cette hantise, mes premiers jours sur Àsgard en revanche m'avait hautement apaisés. J'en étais même venu au point que je me mettais à penser parfois qu'après tout Eyla était peut être simplement une adolescente perturbée et que la rébellion dont me parlait Hivar était une affabulation créée autour de la grogne sans dangers de quelques manants mécontents.
Et nous voilà à présent en train de ramper dans les ombres, fuyant les regards et nos ennemis, fuyant une hérésie dont l'ampleur dépassait mes craintes les plus folles. Ah! Il aurait bien rit ce fou de Medrek en nous voyant ainsi, lui qui aimait tant parler de complots interminables et intergalactiques. Et Eurifas? Il devait se frotter les mains par avance, en jubilant à l'idée de mettre à jour pareille affaire. J'espérais de tout mon coeur qu'il n'en saurait jamais rien. Sinon, pas seulement Asgard, mais tout Yggdrasile serait condamné.
Lorsque nous arrivâmes proches du foyer de Jorval au bout de quelques dizaines de minutes, la nuit était totalement tombée, et plus personne ne circulait dans les rues du village, hormis quelques fêtards avinés, ou en passe de le devenir.
Dans le ciel s'étaient élevés quelques astres plus discernables que les autres, et je reconnut certains d'entre eux dont j'avais vu des holocapture dans mes tablettes de données. Ici, la plus proche et observable, grande orbe bleutée marbrée de veines blanches, ce devait être Jötunheim, le monde océan, dont les images de surface m'avait enchantées. Là, une boule fade d'une couleur ocre et terne, plus difficile à contempler, ce devait être Ljösalfheim, un monde qu'on disait sauvage et paradisiaque à la fois. Et celle là, aux reflets gris et tristes, c'était assurément Mìdgard, un monde cruel et sans pitié, à en juger par les deux perles d'argent qui semblaient graviter autour, ses deux lunes dont les noms m'échappaient. Les autres étoiles du système d'Yggdrasile étaient trop lointaines ou situées du côté diurne d'Àsgard pour que je les voient.
Je les contemplaient vaguement, tout en avançant derrière Hivar et sa soeur, à pas feutrés, les sens en alerte. Quel dommage que cette infamie ne se soit abattue sur nous. Je n'avais même plus goût à des choses aussi simples que la contemplation des astres.
Je me détourna de cette toile cosmique, et rattrapa mes compagnons d'infortune alors que nous arrivions en vue de la chaumière de Jorval, dont les fenêtres laissaient entr'apercevoir les lueurs apaisantes d'un doux feu de cheminée.
Hivar passa en premier le seuil de son foyer, et j'entendis son père l'accueillir en tonnant de sa voix de gaillard, visiblement nous tenant rigueur de l'avoir laissé cuver son meàd en nous éclipsant.
Si j'avais sus ce que nous avait réservé cette journée, peut être que j'aurai un peu plus bu alors pour pouvoir rester dessaouler avec lui...
-Par le Trône d'Or et les couilles divines qui y reposent! s'exclama-t-il quand nous fûmes entrés, meurtrissant mes oreilles d'une telle image blasphématoire. Où étiez vous passés tout les deux? Je me suis retrouvé affalé dans l'entrée d'une maison vide avec une gueule de bois que même les Puissances Noires ne pourrait supporter, et vous vous avez cru bon d'alors fureter je ne sais où en me laissant dans cet état!
Malgré le fait qu'il se donnait tout le mal possible pour paraître seulement furibond, le vieux Futhark avait du mal à empêcher sa voix d'exprimer toute l'inquiétude qu'il avait nourrie durant la journée.
Tandis que son père nous fusillait du regard, Eyla alla rejoindre les bancs cerclant l'âtre central sans un mot, ni pour nous ni pour son père, et s'y assit pour fixer les flammes vacillantes d'un air sombrement absent. Jorval la suivit des yeux, surpris pas son mutisme, et se tourna à nouveau vers nous en lâchant un soupir dans lequel se mélangeaient agacement et tristesse.
-Que s'est il passé? demanda-t-il à son fils qui venait de s'asseoir, exténué, sur le petit guéridon d'entrée. Passé son besoin de nous reprocher notre absence, il commençait à percevoir que quelque chose de grave était arrivé.
Hivar releva des yeux pleins de gravité vers son père et inspira profondément avant de répondre.
-Nous sommes allés, le père Nevenski et moi, aux mines, dans l'espoir de trouver ce qui s'y tramait. Puisse le Trône veiller sur nous, nous avons hélas trouvé ce que nous cherchions. Mon ami...
Il s'interrompit brusquement, réprimant un grognement de colère, avant de reprendre une fois son calme recouvré.
-Notre guide, Julmbarl Filkison, nous a trahi en agissant pour les rebelles. Ils ont tenté de nous tendre un piège lors d'une de leurs réunions clandestines, dans la vieille mine.
Jorval manqua s'étrangler, et je le vis agripper d'une main tremblante l'amulette de l'aigle bicéphale qui pendait à son cou. Celle que je lui avait offert à mon arrivée. Si l'instant n'avait pas été aussi terrible, j'aurai probablement ressenti une immense joie à l'idée qu'il avait accepté mon présent, et n'aurai pas manqué de le lui faire savoir.
-Que l'Empereur nous protège! murmura le vieux forgeron dans un souffle, comme si on venait de le frapper au ventre.
Hivar ne voulu pas prolonger sa désagréable surprise, et acheva d'un trait son récit de notre détestable journée.
Il raconta à son père comment son ami d'enfance nous avait vendu à l'ennemi, et comment celui ci nous avait donné la chasse. Il parla de la trahison de la Borà et de sa guilde. Il décrivit avec difficulté l'être immonde qui l'accompagnait alors qu'elle venait répandre ses mensonges auprès des autres rebelles. Il détailla notre fuite, et l'insoutenable peur que nous avions eu de ne jamais sortir vivants des mines.
Jorval, blanc comme un linceul, écoutait l'horrible récit, ne cessant de gémir et de nous gratifier de ses jurons les plus élaborés, saisit de stupeur à mesure qu'il se rendait compte de l'étendue de la rébellion. Et quand il était fait mention de Julmbarl, qu'il soit maudit à jamais, je souhaitais être sourd tant l'ingéniosité salace de Jorval le poussait à gratifier le traître de quolibets et d'insultes tout plus insupportables à mes oreilles les uns que les autres.
Hivar finit par apprendre à Jorval notre projet de nous rendre à la capitale d'Àsgard pour trouver le Köng et l'informer de notre découverte. Toutefois, et je l'en remercia intérieurement, mon guide se garda bien sur l'instant d'entretenir son père sur mes véritables motivations qui étaient de confondre l'Ordre de l’Épée, et de dévoiler sa duplicité.
Lorsque Hivar en vint à lui parler de mon sauvetage de sa soeur, et de comment elle s'en était retrouvée à fuir à nos côtés, Jorval jeta un regard vers sa fille, dans lequel on pouvait lire toute la déception et la colère d'un père apprenant la plus infâme erreur que son enfant avait commise. Puis il vint vers moi et me prit ses bras velus avec toute la délicatesse dont aurait pu faire preuve un Ork qu'on venait de gifler. Lorsqu'il eut finit de manquer de m'étouffer dans son étreinte d'ours, il me regarda droit dans les yeux, les siens scintillant de petites larmes, sa bouche tremblante esquissant un sourire. Mains plaquées sur mes épaules, comme un piège vicieux pour m'empêcher de manquer au rituel, il m'embrassa rudement sur les deux joues en baragouinant des termes que je savais même pas si voulais savoir le sens, tout en se répandant en larmes et en hoquets gargouillants.
Par le Trône tout puissant, comment un être en apparence aussi rude et bourru pouvait-il autant pleurer?
-Que les Ancêtres m'en soient témoins, Ùtlendr! déclara-t-il en reniflant bruyamment, après deux nouvelles bises qui me donnèrent l'impression qu'on me frottait les joues avec du papier de verre. Vous avez sauvé ma petite fille, non seulement de la mort mais aussi de l'emprise de ces ròttr! Vous êtes un homme bon, Ùtlendr, et le vieil homme que je suis ne pourra pas l'oublier. Ce soir, j'ai une blòtskuldr envers vous.
Je ne comprenais pas à quoi correspondait sa promesse, même si je devinais que c'était quelque chose de suffisamment rare et important pour nécessiter une telle cérémonie outrancière. Ses mains m'écrasaient toujours les épaules, et je tenta de m'en sortir sans grand succès, jetant un regard au sourcil levé à Hivar. Celui ci, malgré les épreuves passées et la fatigue, parvint à sourire devant mon embarras et consentit à répondre à mon interrogation silencieuse.
-Une dette de sang. m'expliqua-t-il. Mon père considère qu'il vous doit une vie, et que vous ne serez quittes que lorsqu'il vous aura sauvé la vôtre le jour où il le faudra.
Puis il pencha la tête de côté, son regard se faisant pénétrant, comme s'il voulait me faire ressentir tout l'extraordinaire honneur que son pleurnichard de père me faisait.
-Une blòtskuldr est chose relativement courante chez les Futharks. poursuivit-il en me fixant implacablement des yeux. Mais il est extrêment rare qu'un Futhark la contracte pour une vie sauvée autre que la sienne. Mon père considère qu'en sauvant la vie de ma soeur, c'est aussi la sienne que vous avez épargné.
Comme pour acquiescer à cette définition, Jorval daigna enfin me libérer de son étreinte de fer, et me considéra avec un grand sourire, un poing sur la hanche, l'autre passant sous son nez rougi dans un écœurant bruit de succion, tandis que je me frottais vigoureusement mes épaules meurtries.
-Les Futharks ont leur honneur, Ùtlendr. dit-il en séchant ses larmes et retrouvant contenance. Contracter une blòtskuldr ce n'est pas n'importe quoi. Dans ces contrées, le sens de l'honneur est chose chaleureusement récompensée, et sauver une vie est un acte que nous estimons énormément.
Je ne sus trop quoi répondre, et j'opta donc pour un hochement de tête gêné. La dette que Jorval avait contractée à mon encontre me remplissait de fierté, mais mon coeur ne pouvait s'empêcher de se serrer de tristesse. Ces hommes et femmes que j'avais rencontré - du moins ceux et celles qui n'ont pas tenté de me faire rendre gorge - étaient bien loin des clichés véhiculés ailleurs dans le secteur, et je doutais qu'aucun n'ai rencontré un vrai Futhark ou ai pris le temps de les comprendre.
Hivar prit congé en me posant une main sur l'épaule avec un sourire fatigué, et en embrassant son père, puis s'en alla trouver un semblant de repos. Jorval pour sa part prit la direction des cuisines, non sans jeter au passage un regard emplit de regret à sa fille, toujours en perdue dans ses sombres pensées devant le feu.
Me retrouvant seul sur le porche d'entrée, je ne sus trop ce qu'il me prit, et j'alla la rejoindre, m'asseyant doucement sur un banc de bois blanc à côté du sien.
Elle ne me jeta pas un seul regard mais savait que j'étais là puisqu'elle m'adressa la parole dès l'instant où je fus assis.
-Vous devriez aller vous coucher, Ùtlendr. dit elle d'une voix sans émotion, sans quitter l'âtre des yeux, les flammes se reflétant brillamment dans ses yeux de louve farouche.
-Je ne pense pas trouver le sommeil après tout ceci. avoué-je.
Ce fut alors qu'elle se décida à me regarder, posant son menton au creux de sa main, ses yeux encore rougis des larmes de son récent deuil, mais dans lesquels toute colère avait disparu pour laisser place à une profonde lassitude.
-Allons, vous allez me faire croire que tout ceci vous a traumatisé? tenta-t-elle de me provoquer, sans que cela fasse son effet. Vous avez dû en voir d'autre... Combien de ceux que vous appelez "hérétiques" avez vous déjà regarder brûler?
La question qui se voulait mordante, mais dont le fil était émoussé par la fatigue et l'abattement, me renvoya tout de même l'espace d'un instant fugace aux grands bûchers de Nubia, lorsque les derniers insurgés furent purifiés par les armées de l'Inquisition. Cela avait été à la fois une vision d'horreur pour moi mais aussi une étrange source de réconfort morbide alors que j'avais assisté à la démonstration de la Justice de l'Empereur.
Je cligna des yeux pour bannir ces sordides souvenirs de mon esprit.
-Trop, peut être. concédé-je. Mais je n'avais jamais tué quelqu'un auparavant.
Elle continua de me fixer en silence durant un moment, ses yeux las me détaillant, comme perçant mon âme au grand jour. Je dois avouer que c'était très gênant, mais que d'une certaine manière j'appréciais le simple fait qu'elle me regarde.
Puis elle inspira d'un coup en détournant le visage, s'arrachant elle aussi aux pensées - quoi qu'elles fussent alors - pour revenir à l'instant présent.
-Varl était un bon camarade, doublé d'un bon ami. dit-elle sans amertume mais avec une profonde nostalgie dans la voix. Nous nous sommes connus à mon entrée dans la mine.
-Je suis... désolé. articulé-je sottement, ne sachant pas quoi dire d'autre.
-De quoi? Qu'il ait essayé de me tuer? demanda-t-elle d'un ton anodin. Ne le soyez pas. Je ne le croyais pas capable de ça. Il m'a bien plus blessée quand il a tourné son arme vers moi que vous l'avez fait en le tuant.
Sa réponse me prit quelque peu au dépourvu, et je mis un moment à trouver mes mots, me tordant les mains dans tout un tas de sens dans mon effort de réflexion.
-Vous voulez dire que vous êtes... heureuse qu'il soit mort? demandé-je enfin maladroitement.
-Non, bien sûr que non. dit-elle en se tournant à nouveau vers moi, se reposant en arrière, les coudes contre le dossier du banc. Il m'aurait abattue sans l'once d'un remords si vous n'aviez pas agit. Mais pour moi ce n'était plus lui. Ce n'était pas Varl qui m'avait mise en joue. Du moins...
Son regard se perdit au lointain.
-Du moins je préfère voir les choses de cette manière. finit-elle en rivant à nouveau ses prunelles ambrées sur moi.
Un silence s'installa à nouveau, seulement perturbé par les craquements du feu dont pa chaleur bienvenue venait nous caresser le visage.
Je songeais une fois encore à ce qu'il s'était passé dans la vieille mine, à comment j'en étais venu à interrompre la vie de quelqu'un. Je savais bien que ce Varl, puisse l'Empereur miséricordieux pardonner son âme pécheresse, était un ennemi de l'Imperium et que son trépas de ma main était chose juste.
Lorsque j'avais été reçu au monastère supérieur de Teüto, après le décès du père Seraphus, nombreux avaient été mes professeurs à nous parler des dangers aussi bien externes qu'internes à notre glorieux empire. Ces prêtres accomplis, dont certains avaient participé à de sombres conflits, nous enseignaient la nécessité de haïr ces ennemis et le devoir que nous aurions de les traquer et de les détruire. Cela était juste parce que c'était la Volonté de l'Empereur.
On nous enseignait autant les vertus de la foi que le combat, et je me rappelle que j'avais été même un plutôt bon escrimeur. Mais ma force, je la trouvais dans les innombrables livres saints et dans la perpétuelle recherche de la bonté humaine, si bien que je resta toujours un bien piètre combattant.
De même, on m'avait inculqué, comme les autres élèves d'alors, et comme les élèves de maintenant, à quel point je devais viscéralement abhorrer les xenos, les traîtres et les mutants. Pour ce qui est des xenos, je les ai toujours détestés, plus par la force de ma peur de l'inconnu que par ce qu'on m'en apprenait, et il en était de même pour les mutants de tout poil, que je considérais tout simplement comme des êtres contre nature.
Pour ce qui est des traîtres en revanche, je n'ai jamais pu m'empêcher de toujours me poser la question de leur culpabilité, ayant toujours redouté le fait qu'on puisse condamner un homme à tort. Par bien trop de fois j'avais entendu parler de populations entières exterminées à la suite d'une simple intuition probablement erronée, et le simple fait de penser qu'un humble serviteur de l'Empereur puisse être injustement assassiné par ceux qui avaient juré de le défendre me rendait malade.
Aux yeux d'Eyla, j'étais l'un d'eux, un juge malsain venu ramener des innocents dans le droit chemin. A ceci près que dans son cas, il n'y avait plus de suspicion, elle s'était effectivement rendue coupable d'hérésie de même que beaucoup d'autres Futharks.
Avais-je donc tort de continuellement faire passer mes sentiments humanistes avant mon devoir de porter la Parole de l'Empereur, châtier l'infidèle et garder l'âme des justes? J'en venais trop souvent à me poser cette question ces jours ci.
Alourdie par une fatigue de plus en plus lourde, ma tête tomba en avant, et je me redressa d'un bond en clignant des yeux. L'aventure m'avait exténué bien plus que je ne voulais me l'avouer, et il étéait temps de tenter de trouver du repos. Peut être que je craignais simplement de revivre mon meurtre durant mon sommeil, et que le fantôme de Varl vienne obtenir sa vengeance en faisant s'arrêter mon cœur trop émotif en m’assaillant des terribles images de son trépas, et qui tournaient déjà trop en boucle dans ma tête.
Je me releva doucement, et me tourna vers Eyla pour prendre congé d'elle, mais elle s'était déjà assoupie, sa tête dodelinante, encore reposée sur ses coudes. Ses mèches de cheveux cuivrés lui tombaient devant le visage, et elle respirait calmement, enfin paisible après avoir vécu bien trop de malheurs en une seule journée.
Un instant je voulus la réveiller pour qu'elle aille rejoindre son lit, ou la prendre dans mes bras pour l'y mener, mais finalement je préféra la laisser là, de peur de la réveiller et qu'elle ne se rendorme pas.
Et puis, considérant la rancœur qu'elle portait toujours à mon encontre, j'imagine que cela n'aurait aucunement arrangé son humeur si elle s'était éveillée dans les bras de celui qu'elle considérait comme un ennemi de son peuple.
A la place, je fis le signe de l'aquila, adressant silencieusement une prière à l'Empereur pour qu'il veille sur l'âme torturée de cette pauvre enfant, puis m'en retourna à pas de loup vers ma chambre.
Prenant soin de ne pas réveiller Hivar ou son frère Hjangar, entendant au loin Jorval ronfler comme une locomotive en fin de carrière, je parvins à ma porte et la referma le plus discrètement possible, avant de filer droit vers ma couche, ma lassitude achevant de me briser les jambes.
Je me laissa tomber dans les draps et les fourrures, et presque aussitôt le sommeil me prit.


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