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[Portrait de Noël 2018] Pontifex maximus

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Message par Emperor Sam 12 Jan 2019 - 2:17



Pontifex maximus
[Portrait de Noël 2018] Pontifex maximus Pontif16




Beatificus IV, Monde Cardinal
Dix-huit jours plus tôt


Un monde prêt à embrasser le changement. C’est ainsi que Monseigneur Falco percevait désormais sa planète natale.

Convulsant de haine du haut de son belvédère privatif, le cardinal finit par lever les bras au ciel, englobant le firmament enfumé et rougeâtre dans sa gestuelle ulcérée, son être tout entier soumis à une saine pulsion de défi.

— Je crie vers l’Empereur-Dieu, avec tous les hommes de bonne volonté !

Il mit plusieurs secondes à reprendre son souffle et à se recomposer une façade seyant bien plus à un homme d'église de son statut. Une contenance toute artificielle, un enrobage de maîtrise de soi qui se désintégrerait à la moindre contrariété. Le fanatisme était prégnant chez lui.

Un sourire mauvais vint déformer les traits de son visage parcheminé alors qu'il continuait d'observer la ruine de son monde comme si cela n'était désormais plus qu'un simple désagrément.

Le Pontifex avait choisi de s'engager. Il attendait donc, confiant.


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Pontifex Mundi


Deux interminables rangées de thuriféraires gâteux aux lèvres cousues agitaient leurs encensoirs, dégorgeant des volutes de vapeurs caustiques qui piquaient les yeux des dizaines de milliers de pèlerins agglutinés sur l’immense place du Sanctificate Imperator, attendant le bon vouloir de la plus haute autorité religieuse qui soit.

Ils n’eurent pas à patienter plus longtemps. Quelques kilomètres plus haut, un chœur de psyber-nourrissons de culture amorça sa descente en spirale des plus hautes tours de la basilique, le bronze potelé de leurs corps scintillant à la lumière rasante des soleils jumeaux alors que leurs joues gonflées sonnaient du clairon pour annoncer Son arrivée.

Comme à Son habitude, le sérénissime Pontifex, plus haut représentant de l'Ecclésiarchie dans ce Secteur, arriva en sprintant. Mens sana in corpore sano, avait-il coutume de dire. Un esprit sain dans un corps sain.

S’accrochaient tant bien que mal derrière lui deux sœurs en armure énergétique aux visages congestionnés par l’effort, leurs braseros d’apparat dispensant les derrières braises de foyers consumés par une course d’une rare intensité. De la vapeur s’échappait des évents de paquetages énergétiques qui bourdonnaient bien plus fort que la normale.

Sa Sainteté ne fit aucun cas de la désapprobation de sa suite, mais cette nonchalance proverbiale n’entachait en rien l’aura de sainteté indéniable qui se dégageait de ce corps sec, à la fois vénérable mais d’une vigueur certaine. Un général de la garde impériale avec qui il avait servi dans sa jeunesse avait eu ses mots pour décrire le soldat qu’il était alors : souple, félin, manœuvrier.

– Et bien, prêts pour le Sermon ? demanda-t-il d’un air enjoué aux ecclésiarques de haut rang qui, avec lui, constituaient le Saint Synode.

Hormis la vieillesse qui le recouvrait aujourd’hui comme un linceul, il n’avait aucun défaut perceptible. Son visage glabre mais sillonné de rides avait la consistance du vieux cuir. De courts cheveux en bataille venaient encadrer des yeux hypnotiques, mélange d’argent et de bleu azur. Sa voix n’était que pure musique, ses paroles étaient plus avisées que les déclarations des plus grands sages. Quand il se déplaçait, c’était avec une grâce et une célérité qu’un athlète aurait eu du mal à égaler. Il était vêtu pour l’occasion d’une bure de la plus grande qualité et portait des sandales aux pieds.

Avant d’en appeler aux esprits guerriers des fidèles ouailles de l’Empereur-Dieu qui s’étaient attroupées en masse suite à Sa convocation, il retroussa légèrement ses manches bouffantes et s’attela aux sacrements d’usage, tant désirés par le commun.

Les pèlerins s’agglutinaient pour obtenir la bénédiction la plus infime, s’interposant parfois avec violence et faisant tout leur possible pour se retrouver ne serait-ce que fugacement dans la ligne de mire des faveurs qu’il prodiguait de sa gestuelle sacrée. Les trois premiers rangs de fidèles convulsaient déjà, les yeux révulsés. Une femme parmi les plus proches fit même une crise cardiaque. Voyant cela, Sa Sainteté s’en approcha et la ranima d’une simple apposition des mains. Tous eurent alors l’impression d’un bref halo doré, et se signèrent en renouvelant leurs vœux à l’Empereur-Dieu.
La femme reprit conscience quelques secondes plus tard, en inspirant l’air avec avidité, avant d’être tirée respectueusement par les rangs arrières. Touchée par la grâce de l’Empereur, elle finirait sa vie couverte de présents et de demandes de patronage en tous genres. À sa mort, son cas serait même sérieusement étudié en vue d’être canonisé en tant que sainte mineure.

Le Pontifex pouvait difficilement les blâmer pour leur admiration. Ce n’étaient que de fidèles servants du Trône d’Or après tout, alors qu’il était tellement plus que cela. Il dispensa le dernier et le plus important de Ses bienfaits, l’Immortel Aquila, puis alla monter énergiquement les quelques marches qui menaient à sa chaire enluminée et surélevée. De celle-ci pendait tout un appareillage magna-vox destiné à diffuser ses Saintes interventions au plus grand nombre.

Arrivé là haut, il s’accorda quelques secondes de contemplation, englobant du regard l’entièreté de l’immense Place et des dizaines de milliers de citoyens impériaux qui à présent se tenaient cois, les mains tendues vers lui. Hommes, femmes, nobles et ouvriers, enfants et vieillards, ils étaient tous dans l’expectative, n’attendant que d’être galvanisés. Il leur accorda la gloire d’un sourire, puis débuta son sermon.

– Au Commencement était l’Empereur. 


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D’après les standards de l’Ecclésiarchie, tous ses discours étaient parfaits, mais même lui devait admettre que celui-là avait eu quelque chose de plus que les précédents. L’Appel à la Croisade avait été rondement mené. Les Fraters militari orientaient en ce moment même de nombreux fidèles outragés quant au sort de leur planète-sœur et gonflés à bloc pour en purger les mécréants. Des milliers d’entre eux rejoignaient les fourriers de la milice en vue d’être équipés et, quelques fois même, sommairement entrainés. D’ici quelques jours, on les transborderaient vers les vaisseaux cargos, à destination de Beatificus IV.

En se dirigeant vers le Synode et toujours accompagné des vivats de la foule non mobilisable, le Pontifex repensait à l’invasion. Il avait choisi Falco comme gardien du Monde Cardinal car il était le mortel qui lui rappelait le plus sa propre personne, bien que de façon extrêmement éloignée. Sa résistance avait été honorable, mais manquait toutefois d’imagination. Heureusement, sa dernière initiative allait être décisive.

Sa simple arrivée ramena le silence parmi les rangs du cortège ecclésiastique.

– Le cardinal Falco nous fait part d’une nouvelle intéressante, entama-t-il d’un air enjoué. Il semblerait que ses Fraters monitor aient repérés le quartier général des impies.

Le Grand Astropathe hocha la tête, faisant de son mieux pour cacher son exaspération. Il était venu en personne apporter la transcription du message psychique de Falco, mais Sa Sainteté semblait déjà au courant...
Aucun des prêtres du Ministorum qui avaient l’insigne honneur de siéger disciplinairement à Ses côtés ne fut surpris de cela. Ils côtoyaient le Pontifex depuis assez longtemps pour savoir qu’il avait vent de choses dont il n’aurait normalement pas dû avoir connaissance. Et pourtant, il insistait pour entendre leurs rapports sur tous les sujets, pour la forme. Il y avait toujours une chance infime que quelque chose échappât à sa considérable attention. Mais pas cette fois.

– Vous ferez débarquer la Militia Frateris directement sur les terres du Diocèse, en vue d’en expurger au plus vite les forces apostates et de nous assurer le contrôle de cette Sainte emprise. Les fidèles fraîchement enrôlés seront quant à eux déployés en une manœuvre de contournement d’où ils pourront fixer l’ennemi sur place. L ‘extermination pourra alors commencer. Falco est déjà au courant de ce plan. Je vous laisse toute latitude pour finaliser les détails du dispositif.

Il les regarda tous, ses lèvres contractées en un rictus illuminé.

– Quant à moi, j’interviendrai personnellement depuis l’orbite, directement au cœur du quartier général hérétique. Une fois la bête décapitée, le reste suivra naturellement dans l’abîme. 

Les sœurs de l’Ordre du Suaire d’Argent encadraient le Pontifex en tous lieux. Pour le décorum et pour éviter les inquiétudes de ses suivants. Car en réalité, il était capable d’assurer sa défense bien mieux qu’elles ne seraient jamais capables de le faire. Même elles savaient qu’elles n’étaient là que pour la galerie, mais pour autant, leur dévotion à la tâche restait totale.

– Je l’interdis. 

La chanoinesse, rouge de colère, prenait comme un affront personnel toute tentative de l’Ecclésiarque d’exposer aussi outrageusement Sa vie.

– Ou permettez-nous au moins de vous accompagner, pour une fois, grinça-t-elle.

Le Pontifex en rit.

– Allons donc, ma sœur. Ne vous ais-je pas déjà prouvé maintes fois que j’étais parfaitement capable de veiller sur ma personne ? Et puis je dois dire que la subtilité n’est pas votre fort.

Il claqua joyeusement dans ses mains, l’affaire lui paraissant entendue.

– Non vraiment, il n’y a là rien que je ne puisse gérer par moi-même.


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Beatificus IV, Monde Cardinal
Maison de campagne du Libre Marchand Lucian Levasseur
Quartier-général des forces d’invasion hérétiques


Beatificus IV était un monde d’avenir…et le resterait.

Le général était satisfait du carnage qu’il voyait affiché sur la carte stratégique. Ses troupes faisaient du bon travail. Ce n’est que lorsqu’il dirigea son regard vers la droite de la projection que son visage baigné de la lumière bleue de l’hololithe laissa transparaître le plus petit signe de contrariété. À l’aura de malaise qui s’abattit tout à coup sur les membres de son état-major, il comprit qu’ils s’en étaient aperçu. Bien.

– Limitez l’élongation de la Scots Guard. Ils ne me serviront à rien étalés comme ils le sont ! Et redirigez-moi les clans de la 118ème à l’ouest de cette coupure humide. Oui, celle-là. Inutile de tenter de la franchir, ça serait un massacre avec ces fanatiques.

Son attention se reporta sur un regroupement de marqueurs bleus qui lui paraissaient être un peu trop profondément enfoncés dans le dispositif ennemi.

– Informez également le colonel Inverness que lui et son régiment doivent se redéployer… sur la cote 76. Temporairement. Dites-lui que le mot retraite ne fait pas partie de mon vocabulaire.

Il s’égara un instant devant les multiples flux pix-vidéo retransmis dans leur strategium improvisé. La vue de cadavres de ses hommes vraisemblablement éparpillés par des tirs de bolters lui donna un mauvais pressentiment.

– Je veux trois Valkyries avec mitrailleuses de sabord prêtes à décoller dans le quart d’heure. Je crains que cette maudite escouade de séraphines ne vienne prendre à revers notre brave colonel. Elles ont déjà fait assez de dégâts comme ça.

Les opérateurs vox répercutaient ses ordres avec une célérité et une efficacité que seule pouvait produire la menace de sanctions disciplinaires implacables.

– Et bon sang, redemandez donc à la Flotte de m’attendrir ces salopards là ! fulmina-t-il en pointant du doigt un renfoncement topographique hachuré de rouge. Il nous faut absolument investir les catacombes, ce n’est pas le moment d’y aller à l’économie. S’ils rechignent, dites-leur que trois passes canon devraient suffire.

– Et pour ce qui est de la Paroisse Maximus ? s’enquit le colonel Tsotornick.

C’était en effet un problème. Cela faisait des semaines que le quartier apostolique résistait à tout ce qu’ils leur envoyaient. Ce maudit cardinal était pugnace, il devait bien l’admettre. Il s’accrochait à son Diocèse comme un loup à sa tanière.

– Cela dépend. Qu’en est-il des Immolators que nous avons capturés ?

– Ils fonctionneront de manière nominale dans l’heure, général, certifia le technaugure de service.

– Alors nous l’annexerons demain.

Là dessus, il sortit du strategium, replongeant aussitôt dans son irrépressible haine de la tyrannie Impériale, comme à chaque fois qu’il se retrouvait seul.

Bien sûr, il n’avait pas toujours été comme ça. Il se souvenait encore de ses débuts prometteurs comme adjudant dans la Garde. Puis était venu l’ordre de trop, dicté par cette Ecclésiarchie méprisable. Le retour sur sa planète, et l’obligation de décimer son peuple, pourtant peu enclin à se plaindre, mais que des années de ponctions – hommes, ressources matérielles et finances – aussi abusives que croissantes par un Administrum avide de financer une quelconque Croisade avaient fini par mettre à genoux. À l’aube de la révolte, la Dîme en était même arrivée au niveau Decuma Extremis !

Depuis ce jour, celui de sa défection et de celle de plusieurs régiments de natifs, sa rancœur envers le despotisme de Terra n’avait fait que gonfler, alimentée par ses multiples assauts revanchards contre l’Empire qu’il avait autrefois chéri.

Sa foi en l’Empereur s’était également effritée et, inspiré par de bien sombres accointances, il devait le reconnaître, il avait comblé le vide avec des arts plus ouverts d’esprits et, disons plus palpables. Progressivement, il s’était accoutumé à l’aberrant, puis avait fini par faire corps avec.
Aujourd’hui, l’Apocalypse lui était si douce.

Telle était sa disposition d’esprit lorsqu’il ouvrit la porte.

Et quelle ne fût pas sa surprise lorsqu’il découvrit le vieillard attablé à son bureau, à l’étage le plus fortifié de son QG de campagne. Revêtu d’une grossière bure de voyage, ce dernier le dévisageait d’un air guilleret.

Comment s’était-il introduit ici ? Une vingtaine de pelotons sélectionnés parmi les meilleurs régiments de son armée verrouillaient le périmètre. Les derniers niveaux étaient même tenus par une force d’élite de Highlanders issus des régiments de Finreht 3-7, enfin parmi ceux qui avaient eu le bon sens de tourner le dos à l’Empereur tyran pour rejoindre son insurrection vengeresse.

Mais peu importait. Tout intrus était de toute façon condamné à mort.

– Gardes !


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[Portrait de Noël 2018] Pontifex maximus 211


Ils étaient restés dans son bureau, le vieillard toujours assis, désormais encadré par deux colosses en treillis aux visages et aux avant-bras tatoués de motifs tribaux d’un bleu tirant sur le violet. Les deux barbus, de véritables professionnels rien qu’à voir leur posture, tenaient d’imposants fusils laser lourdement modifiés, d’un modèle archaïque mais tout à fait efficace. Un chapelet de grenades d’assaut quadrillées pendait de leurs ceinturons, se confondant presque avec le motif de leurs kilts. Ils dégageaient une odeur forte et cela était principalement dû à la désagréable manie qu’ils avaient d’enduire leur chevelure hirsute de graisse de grox. Malgré ce désagrément, leurs compétences étaient indéniables.

Il avait été impossible de tirer quoi que ce soit du vieux, qui se bornait dans le silence. Son regard parcourait avec un intérêt manifeste la collection hétéroclite d’antiquités qui avait appartenu au précédent propriétaire des lieux. Il termina enfin d’inspecter la pièce puis soupira.

– Je meurs de soif. Pouvez-vous m’apporter quelque chose ?

Rapidement, une idée prit forme dans l’esprit du général. Il s’était lassé de cette rencontre. Par pur sadisme, il allait régler l’affaire d’une manière fort peu conventionnelle…

– Bien sûr. Roy, apporte-donc un récaf de ma réserve personnelle à notre ami. Le pot marron.

Le soldat à la pilosité rousse eut bien du mal à se retenir de sourire. Il accusa réception d’un grognement et revint quelques minutes plus tard, une tasse fumante dans une main, l’autre tenant un plateau de viennoiseries qu’il déposa brusquement sur le bureau. Les yeux du vieillard s’illuminèrent à la vue de ce que contenait le plateau.

– Comment êtes vous entré ici ? tenta une nouvelle fois le général, s’imaginant que les petites douceurs mettraient l’intrus dans de meilleures dispositions.

– Mais par la porte, bien entendu, répondit le vieil homme d’un air distrait tout en pointant du doigt la sortie et en continuant de fixer du regard les petits pains comme si ces derniers lui murmuraient des secrets.

Puis il se jeta dessus.

– Essayons encore. Dites-moi donc pourquoi… 

Il s’interrompit, choqué par le massacre en règle des viennoiseries. L’homme les engloutissaient comme s’ils contenaient l’antidote au récaf empoisonné qui l’attendait. De subtiles volutes à la teinte carmin en trahissaient le mortel contenu, mais l’intrus ne remarquerait rien. En quelques minutes il tomberait dans le coma, mais pas avant d’avoir souffert le martyre, puis tout serait terminé.

L’étranger s’empara de la tasse brûlante et la vida d’un trait. Il pinça les lèvre d’un air songeur, puis son visage s’éclaira.

– Absolument divin ! Oserais-je vous en demander un peu plus ? 

Le général sentit ses gardes remuer de malaise, Roy se permettant même de lui jeter l’un de ses rares regards en coin.
Les sourcils froncés, il finit par hocher la tête, signant son assentiment pour qu’une carafe soit amenée. Ce qui fut fait expressément.

Son invité surprise s’en servit une pleine rasade, dont il prit une nouvelle gorgée, qu’il sirota cette fois en retournant longuement le liquide dans sa bouche. Après plusieurs secondes durant lesquelles le général se surprit à retenir sa respiration, le vieillard se mit à sourire, de la vapeur ressortant de sa bouche, avant de se pencher vers lui avec un regard conspirateur.

– Dites-moi… Est-ce bien du Curpura curpurascens que je sens là ? demanda-t-il comme si l’un des trois poisons les plus mortels de la galaxie n’était qu’un surprenant arrière-goût de noisette.

Les gardes sursautèrent. Leur supérieur sut garder un visage impassible mais son cœur fit tout de même un bond. Il grinça :

– J’ai bien peur que oui. Et si vous voulez l’antidote…

– Allons donc, il n’existe aucun antidote, rit le vieillard tout en se versant une nouvelle tasse. Cette toxine est la plus mortelle de tout le Secteur.

Assez joué. Le général murmura un mot de pouvoir alors que sous la table, son poing se refermait brutalement. Les lumiglobes de la pièce explosèrent et le massif bureau en bois de nal se mit à trembler comme celui d’un capitaine de frégate durant une translation Warp.

Dans le silence qui suivit, le vieillard aspira bruyamment une nouvelle gorgée du liquide. Aussi incroyable que cela puisse paraître, son cœur semblait relativement peu broyé…
La sueur perlait au front du général, son poing tremblait, les jointures devenues livides à force de serrer.

Le vieillard vida ce qu’il restait de sa tasse et la reposa avec un soupir d’aise. À peine posée, celle-ci explosa, projetant des éclats de plastek dans toutes les directions alors que le bureau tressautait de plus en plus violemment. Mais pourquoi ne mourait-il pas ?

Affolé, le général envoya une requête psychique enrobée des plus hautes tonalités d’urgence à son tutélaire, qu’il avait relâché quelques jours plus tôt afin de s’occuper de la résistance impériale.

Il sentit la colossale entité remonter le faisceau étroit de sa pensée projetée, puis réinvestir son corps dans un moment fugace de plénitude. Ce fut comme la sensation d’être assaillit par une centaine de soupirs mentaux.

Il réorganisa rapidement ses pensées en vue d’en faire un bref rapport mental mais sa respiration se figea. Quelque chose n’allait pas. Il sentit ses yeux s’écarquiller alors qu’il n’était plus maître de ses mouvements. Puis le démon reflua tout au fond de ses pensées, comme s’il donnait l’impression de vouloir se cacher au plus profond de son hôte. L’esprit du général réintégra pleinement son corps alors que la présence recroquevillée du tutélaire hurlait de frustration.

++ QUE FAIT-IL ICI ! ++

++ Que… Comment ça ? Qui est-ce ? ++

++ Pauvre fou, n’as-tu donc rien ressenti ? ++

Il déglutit.

++ Je n’ai jamais vu un anathème mineur aussi puissant. Ça... ça brûle. Ça doit être leur fameux Pontifex, espèce d’abruti ! ++

Ce fut à son tour d’écarquiller les yeux. La renommée de ce fanatique impérial ne lui était pas inconnue. Il avait d’ailleurs lui-même fait les frais de ses épouvantables compétences…

++ Mais… Mais c’est impossible ! ++

++ Tu es condamné. ++

La présence du démon reflua. Il sentit une partie de son être s’arracher de sa personne, ce qui lui tira une grimace de souffrance. C’était comme si on avait téléporté son squelette en dehors de son corps. La nature avait horreur du vide et lui faisait savoir de la plus douloureuse des manières. Une brise sembla s’échapper de nulle part et de partout à la fois, pendant qu’un dernier murmure le parcourait jusqu’aux tréfonds de son âme.

++ Je t’attends là-haut... À mon avis ça ne sera pas long. ++

Puis plus rien. Depuis sa communion avec le tutélaire, il avait toujours ressenti sa présence. Même lorsque celui-ci était engagé dans l’une de ses vadrouilles sanglantes à l’autre bout de la planète, le lien restait présent, plus ténu, mais toujours perceptible. Il n’y avait maintenant plus qu’un vide béant.

Le tutélaire était un démon majeur, il s’était renseigné en son temps. Il l’avait vu un jour - ou plutôt ressenti d’une pensée partagée - comprimer un Leman Russ jusqu’à le réduire à la taille d’une caisse à munitions standard. Et pourtant, l’entité venait de s’enfuir dans le Warp à la vue du vieillard. Il n’osait imaginer ce qu’il fallait pour pousser un démon majeur à la fuite, à préférer le bannissement à une confrontation.

Il hurla un appel à l’aide psychique. Toute personne à son service dans un rayon de trois cents mètres devait maintenant se précipiter à son aide.

Les deux highlanders sursautèrent mais se reprirent vite. Pour eux, il s’était passé à peine quelques secondes depuis le début de son assaut psychique sur l‘intrus. Ils armèrent les glissières de leurs fusils pendant qu’un troisième soldat doté d’une cornemuse en bandoulière faisait une entrée fracassante dans la pièce tout en dégainant un pistolet bolter. La porte claqua violemment derrière lui, puis on entendit tambouriner derrière.

Plusieurs tirs laser trouvèrent le visage du Pontifex, mais ils ne firent que grésiller sur sa peau en y laissant comme des brûlures de cigalhos. Sans se départir de son insupportable air jovial, le vieillard pointa un bâton de bois noueux vers les soldats. Un bâton ? Mais où diable l’avait-il trouvé ? Les highlanders vétérans furent projetés sur le mur et y restèrent cloués, se débattant énergiquement contre une écrasante force psychique qui les pressaient progressivement contre la pierre. Des os commencèrent à craquer, et le bruit se mêla aux hurlements des hommes.

Après avoir adroitement esquivé l’onde de force d’une roulade et vu ses bolts exploser prématurément en plein air, le troisième Highlander se démenait à présent comme un beau diable contre sa cornemuse, l’agonisant d’injures alors que cette dernière avait semble-t-il pris l’initiative de jouer une gigue endiablée tout en tâchant d’étrangler son porteur. Le solide montagnard avait dû laisser tomber son pistolet bolter pour sauver sa vie, alors que la vessie de grox se gonflait d’elle-même et que les tuyaux s’entortillaient autour de son cou exposé.

Il grogna en direction de son supérieur.

– Kaocʼh ! Ça vous écorcherait la gueule de venir m’aider ?

Le général rassembla ses pouvoirs psychiques pour une attaque dévastatrice. Lui-même n’était pas dénué de potentiel offensif. Il avait même été classé Gamma+, frisant le Beta, lors de psycho-tests illégaux menés il y a bien longtemps sur sa personne.

Il trancha d’une pensée le nœud gordien de son esprit, son cerveau tisonné par les runes incandescentes qui l’enserraient. Éructant d’antiques mots de pouvoir que même un détenteur de l’oreille absolue n’aurait pu mémoriser, il projeta de ses doigts tendus des arcs psycho-électriques qui firent fondre jusqu’à la gomme des rangers des gardes. La température de la pièce augmenta brutalement tandis qu’au même moment s’écroulaient les highlanders, l’un étranglé à mort, les deux autres réduits à l’état de poupées de chair amorphes. Des coups de feu retentissaient derrière la porte, mais incroyablement, celle-ci résistait à toutes les tentatives pour entrer.  

Le vieillard encaissa l’assaut avec un flegme agaçant. Ses vêtements s’enflammèrent alors qu’il recueillait de sa main libre les faisceaux destructeurs, les réunissant en une boule d’énergie palpitante qu’il finit tout simplement par dissiper en invoquant une minuscule fenêtre donnant sur l’Immaterium. Sa maîtrise des arts était prodigieuse.

Puis il changea du tout au tout. Son attitude joviale s’effaça pour laisser place à un tout autre individu, confit d’aigreur. Le Pontifex le couva d’un regard haineux puis se jeta sur lui à une vitesse surnaturelle. Un revers de bâton le mit à genoux mais il se sentit aussitôt relevé par une volonté plus forte que la sienne.

– Vous êtes la lie de l’Humanité ! cracha le vieillard en braquant à nouveau son bâton. Son corps fumait et quelques flammèches continuaient de s’agiter des restes calcinés de sa bure.

– Repentez-vous et j’abrègerai vos souffrances...

Il commença à suffoquer. Cette vieille carne était en train de l’étrangler. La puissance psychique qu’il ressentait était colossale. Il tenta de la contrer de toute la force de son esprit alarmé, et des griffes psioniques vinrent laminer celui de son adversaire. Il réussit à défaire très légèrement l’étau tandis que des zébrures ensanglantées apparaissaient sur le visage de son bourreau, comme autant de contrecoups somatiques à sa contre-attaque psychique.

– Apostasiez ! s’époumona l’ecclésiarque dans un nuage de postillons.

– Bogden Prime… croassa-t-il.

– Pardon ? Le vieillard desserra très légèrement sa prise psychique. Son visage pourtant ravagé ne laissait transparaître aucune souffrance.

– Vous avez ex…exterminé… presque la moitié de la population, sous prétexte que… que nous étions non coopérants. Le niveau de Dîme… était abominable.

Le Pontifex sembla réfléchir.

– Possible. La recherche aliénante du bien-être, de même que les convictions illusoires, mènent à l’hérésie et engendrent nécessairement des représailles. Vous auriez dû le savoir.

– Vous mentez. Vous… vous en souvenez. Je viens de le lire dans votre esprit.

Il vit dans les yeux de l’écclésiarque passer une lueur de nostalgie. Sa moue satisfaite laissait clairement entendre qu’il ressassait un souvenir bienvenue. Il en aurait vomis s’il l’avait pu.

– Ce jour, le jour où j’ai honoré votre planète au nom de l’Empereur, était sans conteste le plus important de votre vie.

L’implacable étau psychique se resserra sur son cou. Le vieillard affichait une expression de détermination fanatique.

– Mais pour moi, c’était un jeudi.

Il entendit plus qu’il ne sentit ses vertèbres craquer. Puis il ne ressentit plus rien.


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Quelque part, en un plan d’existence où la raison n’avait plus cours, une entité attendait. Elle vit passer un trio d’âmes hurlantes qui lui semblaient familières, sûrement des soldats qu’elle avait connus dans le Materium. Mais ils ne l’intéressaient pas, alors elle laissa les émanations mineures s’en amuser.

Patiente, la créature attendit, plusieurs siècles ou quelques minutes, la différence était négligeable en ce royaume. Lorsqu’elle reconnût l’arôme et la radiance particulières de cette âme qu’elle connaissait bien, ses narines papillotèrent. Elle l’intercepta facilement, faisant preuve d’infinies précautions alors qu’elle accueillait tendrement l’âme hurlante du général dans le creux de ses serres.

++ Bonjour, toi. ++

L’animus du psyker s’embrasa de peur et de colère, et projeta des arcs foudroyants d’énergie aethérique, mais qui furent dissipés d’une pichenette.

++ Allons donc, ce n’est pas une façon de saluer un ami. ++

Un rictus monstrueux déforma son faciès à moitié formé dans l’Aether.

++ Permets-moi de t’initier aux plaisirs de mon royaume. Après tout, chacun son tour ! ++

Et elle reparti avec l’âme tremblante du psyker sous le bras, plongeant dans le néant en ricanant. Le démon savourait d’avance l’éternité de souffrance qu’il allait infliger.


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Le Pontifex regarda vers les cieux et l’immense cicatrice mauve qui les balafraient depuis quelques semaines. Son corps ne portait déjà plus aucune trace de l’affrontement car il avait utilisé ses pouvoirs psychiques pour accélérer drastiquement sa guérison.

Bien que contrarié par ce que lui donnait à voir la voûte céleste corrompue, il était heureux de constater que les forces de l’Ecclésiarchie régnaient à nouveau en maître dans le Diocèse, s’affairant à purifier le reste du continent principal de Beatificus IV.

Privés de leur stratège le plus expérimenté et confrontés aux renforts de Pontifex Mundi, les hérétiques étaient en pleine débâcle presque partout ailleurs. Le manoir du Libre Marchand était encore hors d’atteinte de sa Militia Frateris mais on racontait que le commandement ennemi avait commencé à l’évacuer.

Après avoir longuement hésité, il avait lui-même exigé qu’on les laisse s’échapper pour le moment. Il ne souhaitait pas interférer plus que de raison avec la mission de l’agent impérial infiltré dont il avait perçu la présence dans l’état-major renégat. Cette décision agaçait sérieusement le cardinal Falco.

– Les seuls bons hérétiques sont ceux transformés en chaleur et lumière et c’est une perte de temps que d’essayer d’en faire le tri, bougonna ce dernier.

– Tout juste Falco, tout juste. Mais j’ai mes raisons.

Surtout, sa parole était d’or. Ils s’en tiendraient à sa demande. Et il le faudrait bien.

Par trois fois déjà il avait été confronté à l’Inquisition, venue enquêter sur son inconcevable personne.
Il en était venu à respecter les agents du Saint Trône. Et même à les craindre, un peu. En tout cas suffisamment pour ne pas souhaiter se retrouver à nouveau en travers de leur chemin, surtout s’il pouvait l’éviter et encore moins en cette période bien sombre qui s’annonçait.

Il reporta son attention sur le peu d'étoiles qu'il pouvait encore apercevoir désormais.

– Ce voile infâme m’inquiète. Je ne perçois plus rien de l’autre côté. Auriez-vous l’amabilité de détacher quelques-uns de vos missi dominici pour en sonder les abords ?

– Tout de suite, s’empressa de lui répondre le cardinal. J’imagine que votre Sainteté échafaude déjà un plan pour dissiper cette souillure, poursuivit-il dans un sourire, une lueur de dévotion dans les yeux.

– Oh, Falco, cette fois j’ai bien bien peur que nous en soyons tous réduits au rôle de spectateurs impuissants. Moi y compris.

C’était la première fois que le cardinal Falco entendait le Pontifex évoquer une autre possibilité que l’absolue certitude de son succès. Cela n’avait rien de rassurant.



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Message par Corax Sam 12 Jan 2019 - 16:48

Très Sympa comme texte mais très long Razz


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Message par Rhydysann Sam 12 Jan 2019 - 21:51

Un bon texte bien ficelé avec un cardinal bien corrompu non?

L'image du vieillard souriant mettant une bonne raclée aux renégats(pas si méchants) m'a bien plu.
J'aime bien la subtilité que tu as ajoutée à l'histoire "gentil pas si blanc et méchants pas si méchants", dit vulgairement.


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Message par Argel Tal Mer 16 Jan 2019 - 22:37

Je me suis beaucoup plu à lire ce récit. Voir un cardinal aussi puissant, c'est rare. Et c'est encore plus rare de voir un homme de l'Eccliésarchie faire autre chose que de prêcher à tue - tête comme un illuminé. En lisant j'ai eu en tête l'image de Kyrinov, un confesseur fanatique présent dans l'ancien fluff qui se rendait lui aussi au combat en première ligne.

Ça apporte un vrai vent de fraîcheur, j'imagine en souriant le cardinal faire un petit sprint, mettre à l'amende toute sa suite, ne s'emmêlant même pas les pieds dans sa robe Razz
Vraiment un texte sympa, bien joué pour ta part Emperor.
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Message par Emperor Ven 18 Jan 2019 - 0:51


Merci pour vos retours !

En fait le personnage principal n'est pas un cardinal mais un Pontifex (un Pape quoi). Wink

...avec un cardinal bien corrompu non?

Je laisse ça à l'appréciation de chacun mais dans mon idée je le vois plus comme une sorte de Saint impérial, pur mais fanatique et intolérant. Mais sûrement non assermenté oui...
Et je précise que j'ai écrit la nouvelle avant même de lire Sombre Imperium : Guerre et Peste ! (qui touche au même sujet)

Voir un cardinal aussi puissant, c'est rare. Et c'est encore plus rare de voir un homme de l'Eccliésarchie faire autre chose que de prêcher à tue - tête comme un illuminé. En lisant j'ai eu en tête l'image de Kyrinov, un confesseur fanatique présent dans l'ancien fluff qui se rendait lui aussi au combat en première ligne.

Effectivement il y a de ça ! Au départ j'avais en tête d'écrire sur ce genre de curetons de combat que sont les missionnaires, prêcheurs, ou même les prêtres-guerriers de Battle.

Mais j'ai vite voulu écrire sur un perso qui concilierait ça avec plus d'envergure et de pouvoir car je reste un peu frustré que dans le fluff on ait bien souvent ou l'un ou l'autre ; les prélats y sont quasi toujours obèses, couards et impotents...

C'était moins vrai à Battle, et c'est ce qui me plaisait, donc voilà, j'ai voulu faire de mon Pontifex un peu le Volkmar de 40K. Razz



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